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Aquamétaphysique

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Goldmund
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MessageSujet: Aquamétaphysique   Sam 24 Mai - 14:39

AQUAMETAPHYSIQUE (n.f. barbarisme greco-latin - métaphysique du verre d'eau - masturbation horizontale, verticale et lexicale)



"Fini, c'est fini, ça va finir, ça va peut-être finir. Les grains s'ajoutent aux grains, un à un, et un jour, c'est un tas, un petit tas, l'impossible tas."
(Beckett)

Notre fantasme à nous, c'est le vide. Notre obsession, c'est de combler ce vide. Le combler avec des mots, avec des sons, des gestes, des idées, du bruit. Le combler avec du sens. Et les mots ne sont précisément que du sens: il y a du sens partout, ça flèche dans toutes les directions, ça clignote, ça balise - encore un coup à se perdre -, et par dessus tout, ça ne veut rien dire. Il parle, le sens, il n'existe que tant qu'il parle, mais il ne veut rien dire. C'est pourquoi le discours est une tragédie. Le héros tragique ne vit que tant qu'il parle. Mais il faut bien qu'il se taise un jour, il faut bien que Phèdre dise son secret, qu'Antigone s'arrête de geindre un moment: alors il meurt, le héros tragique, il meurt d'avoir tout dit, il meurt quand le monde est poisseux de mots, quand il arrive à saturation, et qu'il n'y a plus rien à dire. Que ce n'est pas intéressant. Qu'il faut se taire. Qu'il ne reste plus qu'à se taire, c'est-à-dire ne plus agir, ne plus exister, sombrer dans le silence, dans le non dit, dans l'incommunicable. L'absolu de la page blanche:

Simplification
... ication
... tion
Absence de simplification
Absence de communication
Absence
Absence
Effervescente absence
...

Le fantasme du remplissage, c'est le fantasme de l'occulte, du culte, du cul. On me dit justement que dans la littérature, il y a Dieu à une extrémité, à l'autre, il y a le cul. Comment ne pas applaudir une telle définition ? Et a mi chemin entre les deux, entre Dieu et le cul, la Théologie et la Testostérone, c'est le cynisme, c'est le vide, c'est le monde réel, celui qu'on ne peut dire sous aucun prétexte.

"Tu édifies, tu inventes, tu multiplies; moi je détruis, je simplifie."
(Sade)

Le problème de celui qui parle, fatalement, c'est qu'il ne sait plus s'arrêter: il est comme enchanté par le son de propre voix, et bien sûr, il croit que nous partageons tous son émerveillement. Ce n'est pas souvent vrai... mais je commence moi aussi à me prendre au sérieux.

Et caetera

_________________
simplification
... ication
... tion
absence de simplification



Tic, tic et tic
La valse distinguée du précieux dégoûté


Dernière édition par Goldmund le Lun 9 Juin - 18:33, édité 1 fois
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Plumo



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MessageSujet: Re: Aquamétaphysique   Dim 8 Juin - 20:34

Carcasse: Une forme qui, bien sûr, ne s'adapte à aucun genre. On se retrouve plongé dans un texte mêlant ce qui pourrait sembler comme une note de fiche, une note d'édition, de commentaire:
Citation:
AQUAMETAPHYSIQUE (n.f. barbarisme greco-latin - métaphysique du verre d'eau - masturbation horizontale, verticale et lexicale)

Contraste direct entre la volonté d'une apparence plutôt pompeuse et le cynisme délicieux de l'auteur qui, d'entrée de jeu, montre ses cartes "barbarisme". Comique de l'absurde un peu plus loin: "AQUA" se transforme en "verre d'eau" et non plus en "eau", l'élément. Enfin, comble du cynisme et cerise sur le gâteau, l'ultime aveu de Phèdre l'auteur: "masturbation horizontale, verticale et lexicale". Masturbation, se faire mousser par l'emploi de termes étranges et incompréhensibles "masturbation(...)lexicale". Sublime enchaînement des masturbations géométriques (assez drôle ça d'ailleurs!) avec la considération littéraire.

Le paragraphe qui suit est, du point de vue de la forme, relativement peu original quoique parfait dans son expression: rien à lui reprocher. C'est évidemment le moment où l'auteur veut transmettre un message, (son message?) et où il privilégie le fond sur la forme.

Le paragraphe suivant, le "simplification...ication...Tion" est au contraire une oeuvre Parnassienne (ou pas), le plus pur chef d'oeuvre de la forme. C'est littéralement génial. Par une forme décoiffante et dépaysante, on atteint là l'expression d'un fond complexe: toute la supériorité de la forme au fond, tout le message Flaubertien est justifié par ce paragraphe.

Légère fausse note selon moi, cette parenthèse ignoble qui vient nous interrompre dans notre délire effervescent "(sans mauvais jeu de mot". C'est une aparthée absolument inutile et de plus vu et revu depuis un nombre incalculables d'années. Sorte de retour à la banalité coutumière des écrits modernes alors que ce texte est une bulle d'air, d'originalité, d'inventivité.

Le mot de la fin est sublime, parfait et reflète parfaitement l'ensemble du texe.


Chair: Que de cynisme et d'humour! Je me suis marré, mais marré nom de Dieu! Des heures durant j'étais écroulé, je me récitais parfois même en marchant dans la rue cette délicieuse petite masturbation géométrique et lexicale. Je me suis fendu la gueule et je relis souvent ce petit bijou avec l'air goguenard et vicieux qui s'y prête, un bon cigare à la main, cela va de soi.
Il me paraît cependant important de souligner la profondeur, la noirceur même de ce texte. Sans parler de la pertinence et de la beauté des citations, les réputations de Beckett et de Sade n'étant plus à faire, je soulignerai d'abord la finesse et l'originalité de l'interprétation que tu nous proposes. Car, si le lien entre la citation et le texte peut ne pas paraître évident à la première lecture (quoique...), l'ensemble est très intimement rattaché. Je voudrais donc souligner la finesse et l'originalité de ce lien, la manière d'exploiter et de tourner des citations aussi fortes. Je suppose qu'on en doit le mérite aux études littéraires de l'auteur.
Malgré une apparence drôle, cynique et comique particulièrement réussie, ce texte n'en referme pas moins un aspect noir et très perplexe relevant peut-être même du spleen le plus amer. Un spleen cependant étrange et peu reconnaissable car il ne s'agit pas ici d'une haine d'un sentiment mais du constat affligeant d'une réalité.

En quelques mots: Digne des plus grands classiques. Je ne peux dire si tu t'es vraiment cassé la tête à écrire ce texte ou si c'est au fur et à mesure que les mots ont jailli. Si la dernière proposition s'avère bonne, je m'incline alors pour une fois devant le sublime du premier jet. En d'autres cas, je salue avec beaucoup d'admiration ta prestation. Ce texte est un éclair de génie pur, simple, dénué de toute lourdeur, méritant l'estime et la considération de tous. Je le proposerai au Panthéon.

Le Cachet du Critique:
Citation:


Strictement personnel, le cachet du critique n'a pas pour vocation de donner une note au texte mais de montrer explicitement et rapidement le ressenti de l'auteur à son sujet. Il y a 5 grades possibles:
: Pas du tout enthousiasmé.
: Rien d'extraordinaire mais pas terrifiant non plus.
: Un texte agréable et sympathique à lire. J'ai passé un bon moment.
: Un excellent récit!
: A lire absolument! Un exemple à suivre!

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Goldmund
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MessageSujet: Re: Aquamétaphysique   Lun 9 Juin - 18:43

Je suis très touché par ce commentaire, Plumo.

Pour répondre à ta question, le gros du travail se situe sur le "simplification - ication - tion" et l'articulation du texte autour des définitions. Tout cela me trottait dans la tête depuis un petit moment. Le reste, c'est plus ou moins du premier jet, exception faite de quelques tournures un peu lourdes que j'ai dû corriger.

Cet écrit n'a pas la prétention d'être une oeuvre, je l'ai posté plus ou moins sur un coup de tête, histoire de faire mon rebelle, sachant que ça n'avait rien à voir avec une nouvelle ou écrit court: il s'agit plutôt d'une réflexion, d'une récréation, et le style est assez proche de mon écriture de tous les jours. L'idée première était de parler du vide en faisant un pont entre des oeuvres et des courants très différents: de Sade à Beckett en passant par la tragédie classique, toujours un même point commun, cette obsession du langage, cette angoisse du silence.

Je suis ton conseil pour la parenthèse.

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... tion
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MessageSujet: Re: Aquamétaphysique   Lun 9 Juin - 22:54

Goldmund a écrit:
Je suis très touché par ce commentaire, Plumo.


Non, c'est moi qui suis touché:

Goldmund a écrit:
Je suis ton conseil pour la parenthèse.


Je n'en demandais pas tant! Merci en tout cas de l'avoir suivi, je pourrais désormais relire cette phrase avec le plus grand délice.

Encore bravo!!

P.S: Je ne m'attarde pas plus sur ton commentaire car je reste relativement sans voix face à ton travail que, malgré toute ta modestie, je considère comme franchement superbe, ce qui est par ailleurs la toute première fois depuis mon arrivée sur le web. Cette rebelle attitude avait d'ailleurs fait fureur sur Aeringor si mes souvenirs sont bons... Laughing Ce texte n'avait pas plus au Doyen. Rolling Eyes
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