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Dissertation sur le théâtre pour Irrumo

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Goldmund
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MessageSujet: Dissertation sur le théâtre pour Irrumo   Dim 20 Avr - 20:51

Ceci est une dissertation de littérature rédigée par le dramaturge français Jean Anouilh (XXe siècle) lorsqu'il était en seconde, au lycée. Le texte qui suit ainsi que les appréciations sont extraites des Pièces Juvéniles, recueils d'écrits de jeunesse publiés après la mort de l'auteur. Les fautes d'orthographe ont été corrigées, par souci de lisibilité (j'en ai peut-être oubliées). L'intitulé "pour Irrumo" est une réponse narquoise au coup du Rabelais, libre à tous ceux qui auront le courage de lire d'intervenir sur le sujet...

__________


Sujet: Dites ce qu'il faut entendre par une tragédie classique. Montrez les règles qu'elle observe et les caractères qui font son originalité.



Ce qu'il faut entendre par une tragédie classique ? Une solution très étendue d'évènements, pour employer le langage des chimistes.
On avait besoin de ce calme après une période qui s'est complu aux solutions sursaturées d'évènements qu'étaient les tragi-comédies.

La tragédie classique est une étude psychologique. Cette étude est étroitement prisonnière d'un cadre stupide qui a peut-être entravé le génie de Racine, et surtout de Corneille.

La règle des trois unités est le cadre de la tragédie. Elle fut promulguée par Mairet. Ce médiocre rival de l'auteur du Cid a ainsi, sans le savoir, porté un coup terrible à son ennemi le grand Corneille.
Il voulait que l'on respectât l'unité de temps. C'est-à-dire que la pièce se passât entièrement dans une période n'excédant pas vingt-quatre heures.

Cette unité de temps entraîne, dans le théâtre d'alors qui subissait déjà une véritable disette d'idées, une platitude et une monotonie désespérante.

Le dramaturge dans une tragédie classique prend une crise morale. A dessein il la choisit le plus près possible de sa fin. Il bannit tout spectacle. Les personnages s'en viennent sur scène, deux par deux, et, en de longs dialogues composés de tirades, vous exposent leurs sentiments. Quand ils ont fini, ils laissent la place à deux autres.

Seulement un héros ne peut pas dire tout ce qu'il pense. D'où la création de la race des confidents qui infecte la tragédie classique. Le confident est un être complaisant qui écoute tout ce qu'on lui dit en ne plaçant que des interjections timides ou des "Seigneurs..." en temps voulu.

C'est horriblement soporifique. Il vous prend envie de leur crier: "Mais agissez un peu ! Remuez ! Vivez ! Parlez moins ! Soyez moins longs ! Devenez hommes !"

Est-ce que l'on vit jamais quelqu'un parler par tirades interminables !
Est-ce que l'amour, la colère, peuvent s'exprimer ainsi ?

Le sujet de la tragédie est toujours pris soit dans l'Antiquité soit dans l'histoire d'un peuple éloigné à une époque qui peut être plus récente.

C'est ainsi que Racine a écrit Bajazet, Voltaire Mahomet, Zaïre, L'Orphelin de Chine.
Mais dans ce genre les classiques n'ont jamais réussi car n'ayant aucune couleur locale, leurs oeuvres exotiques sont ternes.

Le style jamais épique ou lyrique semble souvent celui d'avocats qui plaident. Il y a bien entendu des exceptions, surtout chez Racine.

Les personnages parlent le même langage. Ce n'est pas la diversité amusante d'un Molière où chacun a son parler bien à lui suivant son caractère ou son rang. Dans la tragédie classique, c'est toujours l'auteur qui parle, jamais le héros.

Le dénouement est immuablement une catastrophe, ce qui termine radicalement les crises psychologiques. Il faut que le spectateur ressente la pitié et la terreur.
Voilà les deux principales aspirations de la tragédie classique.


Vérifions ces caractères sur une tragédie de Corneille, Horace par exemple.


L'unité de temps est respectée, les lamentations diverses, le combat, la mort de Camille, le pardon du Roi peuvent se passer dans un même jour.

L'unité de lieux l'est aussi. C'est la salle classique des tragédies. Cette salle qui sert spécialement aux héros pour venir y dire leurs joies ou leurs peines.

L'unité d'action est respectée comme les autres. Rien ne vient nous distraire de la lutte de Rome et d'Albe.
La peinture psychologique est simpliste. Nous avons une douzaine de braves gens heureux, une catastrophe survient, la guerre. Ils sont tous malheureux, seulement certains le montrent et d'autres le cachent. C'est clair, c'est net, le spectateur n'a pas à réfléchir.

Evidemment, nous ne voyons pas le combat. L'éternel confident (qui ici est une confidente) nous le raconte en arrangeant son récit pour permettre de belles répliques au vieil Horace.

Mais nous apprenons que le fils n'a pas fui. Tout va pour le mieux, l'idéal de Corneille est préservé et l'amour plie devant le devoir. La crise va finir.

Seulement voilà, il reste encore une fiancée qui pleure. Ca vous semble difficile à apaiser, les pleurs d'une fiancée ? Allons donc ! Les héros de tragédie n'en sont plus là ! On la tue pour qu'elle cesse de pleurer. Et voilà, tous ceux qui restent sont du même avis, donc la crise psychologique est résolue.

On est tenté de dire, comme les prestidigitateurs, rien dans les mains, rien dans les poches. Tout cela est faux et affreux et si ce n'était les caractères vraiment originaux et quelques beaux vers, on pourrait faire foin de Horace à mon avis.

Quant à l'originalité de la tragédie classique, c'est proprement de ne pas en avoir.

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Note du correcteur: 1/20
Appréciation: Devoir qui marque une absence totale de mesure, de goût, de tact et beaucoup d'ignorance. Plaisanteries naïves, puériles et déplacées.

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Irrumo





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MessageSujet: Re: Dissertation sur le théâtre pour Irrumo   Lun 21 Avr - 14:41

Citation:
L'intitulé "pour Irrumo" est une réponse narquoise au coup du Rabelais, libre à tous ceux qui auront le courage de lire d'intervenir sur le sujet...


Où ça?
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Goldmund
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MessageSujet: Re: Dissertation sur le théâtre pour Irrumo   Lun 21 Avr - 17:22

Il est Tarquin le monsieur: vois comme il m'a marqué, ton Ronsard, j'en faisais allègrement un panurgisme. J'y pense. Les Amours de Rabelais... ça doit avoir quelque chose des 120 journées de Sodome - avec deux siècles d'avance, excusez du peu.
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