Aligby Rédacteur en chef


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| Sujet: Billet - actualité : Une annulation bouc émissaire. Dim 1 Juin - 21:46 | |
| Une annulation bouc émissaire.
L’indignation généralisée de l’ensemble de la classe politique et médiatique à propos de l’annulation du mariage fondée sur le mensonge relatif à la virginité de la mariée par le Tribunal de Grande Instance de Lille s’assoit sur une logique bancale et étrange.
C’est Libération qui a révélé l’affaire du mariage annulé ce jeudi 29 mai dans un simple article avant d’en faire sa Une samedi 31 mai. Le scandale a fait le tour des médias qui en ont tous parlé. La décision est très fortement critiquée dans une sorte de quasi-unanimité qui amène à se poser certaines questions. Comme le souligne Erich Inciyan dans son article sur Medipart, l’indignation et l’incompréhension réussie à réunir des personnalités politiques dont on soupçonnera très difficilement qu’elles s’inscrivent dans une forme de connivence suspecte : de Marie-George Buffet à Marine Le Pen, on fait le grand écart, même si on imagine que leurs motivations ne sont pas tout à fait identiques…
Le Tribunal a donc décidé que le mariage était nul en raison de l’erreur sur les qualités essentielles de la personne caractérisée par le mensonge de l’épouse à propos de sa prétendue virginité. Et c’est là que l’amalgame se crée, et que le quiproquo né, mélangeant ainsi la religion, le droit, et les problèmes de sociétés. Le tribunal fait office de bouc émissaire, et l’ordonnance qui est loin d’être une absurdité juridique – et on parle bien d’absurdité juridique et non sociétale – est accusée de tous les maux. Cette décision est analysée sous l’angle de la question sexuelle et religieuse : elle remettrait en cause le droit pour les femmes de pouvoir perdre leur virginité avant le mariage, c’est du moins ce que l’on prétend. On va même jusqu’à nous expliquer que le Tribunal de Grande Instance considère la virginité comme une qualité essentielle du mariage… or ce n’est pas ce qu’il dit. Si effectivement le tribunal avait jugé que la virginité au moment du mariage était une qualité essentielle de celui-ci, alors il y aurait effectivement de quoi tomber de sa chaise. Mais ce n’est pas le cas.
En vérité, ce n’est pas la virginité qui est l’axe essentiel de la décision, mais le consentement. En l’espèce le consentement du mari est estimé par lui et par le tribunal comme totalement vicié puisque, pensant se marier avec une femme vierge, il apprit que ce n’était pas le cas. Certes, on peut trouver la position de cet homme déplorable, ne pas le comprendre, et considéré qu’après tout la sexualité doit être libre. Certes, on peut la considérer totalement archaïque et rétrograde. Certes, on peut être « ulcéré » de voir qu’aujourd’hui encore des hommes puissent vouloir se marier avec une femme vierge. Et heureusement, nous n’avons pas à nous soumettre à un ordre totalitaire qui dicterait nos pensées, nos modes de vie, nous n’avons pas un régime qui oblige les femmes à se voiler, qui interdit l’homosexualité etc.
Mais à l’inverse, de quel droit doit on imposer à un homme de ne pas prendre en compte des considérations subjectives et personnelles afin de déterminer s’il veut ou non se marier avec une personne ? Les féministes combattent, avec raison, les mariages forcés des femmes avec des hommes qu’elles n’ont pas choisis et qu’elles ne désirent pas. Pourquoi ? Parce que la femme dans le mariage forcé est – c’est une lapalissade – forcée de se marier avec un homme qu’on lui impose. On refuse, on récuse, on écarte son droit à consentir. C’est une aberration. Le mariage, c’est du moins la conception que nous nous faisons dans nos sociétés occidentales, doit se baser avant tout sur ce concept fondamental de consentement.
Or qu’est-ce que le consentement ? C’est la manifestation d’une volonté, d’un accord. Et les causes du consentement peuvent être multiple, et elles sont totalement subjectives. Prenons l’exemple de deux végétariens. L’un, serait végétarien (c’est une pure hypothèse démonstrative) pour cause biologique, le second le serait pour cause idéologique, il a décidé de ne pas manger de viande. On accepterait le refus du premier végétarien car on considérerait que la raison de son refus serait totalement objective et légitime. Toutefois, on voit mal au nom de quoi on obligerait le second végétarien à manger de la viande au prétexte qu’on trouverait totalement absurde de décider de ne pas manger de viande.
Revenons au mariage. (L’exemple était probablement mal trouvé, il ne s’agit en rien de comparer la femme ou l’homme à un légume ou à un végétarien, ce qui nous intéresse est l’exigence de consentement.) Le mariage, c’est l’union de deux êtres qui décident de vivre ensemble. On admettra donc que le mari, tout comme la femme, a le choix des critères qui lui paraissent essentiels pour se marier avec l’autre personne. Que ces critères soient politiques, religieux, laïque, sexuel… pour le mariage, d’un point de vu juridique, peu importe. Et c’est tant mieux, le droit n’a pas à décider pour nous avec qui on a droit ou non de nous marier.
Or, dans cette affaire, viennent se greffer d’autres considérations totalement exogènes. Est-ce que la peur que les femmes ressentent lorsqu’elles craignent que leurs maris les répudient (dans le meilleur des cas, le pire étant qu’ils les violentent) est légitime ? Totalement. Est-ce une calamité ? Assurément !
Mais est-ce la faute du Tribunal de Grande Instance de Lille, ou bien même de cette loi ? Certainement pas ! Elisabeth Badinter a raison de s’indigner de l’humiliation qu’a du subir cette femme. Mais l’humiliation, l’aurait-elle moins ressentie si le tribunal n’avait pas jugé ainsi (alors même qu’elle ne s’opposait pas à l’annulation) ? Aurait-elle été moins humiliée si plutôt que de passer par l’annulation du mariage (somme toute beaucoup plus rapide) celui-ci avait été rompu par divorce ? L’aurait-elle été moins encore, si plutôt que de demander l’annulation, l’homme avait fait porter ce fardeau pendant des années de mariage ? Non.
Attention, entendons nous bien, c’est éminemment regrettable. Tout comme ces femmes obligées de se faire opérer de l’hymen par peur de subir des violences ou des humiliations. Ce n’est d’ailleurs pas que regrettable, ces phénomènes sont aussi évidemment à combattre. Le problème de l’indignation actuelle est qu’elle rejette la faute sur le juge et la loi. Retirons à l’époux (ou à l’épouse) le droit de faire annuler le mariage pour cette sorte de vice du consentement et alors ? Les violences ne cesseront pas pour autant. Soit le mari demandera le divorce (et au final le mariage sera rompu) soit on supprime également le droit au divorce pour être sûr que le mari ne va pas se fonder sur cette raison pour divorcer… ce n’est pas sérieux, et bonjour l’ambiance à la maison !
On pourra objecter que mariage rompu n’est pas mariage annulé. Certes. D’accord. Mais cela ne changera pas essentiellement la condition des femmes. Sans revenir sur la question du consentement au mariage. Ce problème – qui n’est apparemment pas nouveau (en dehors de la sphère médiatique s’entend) – doit être traité. Il doit l’être en renforçant solidement nos valeurs, en apportant nos propres réponses aux questions existentielles à l’origine de ce que l’on considère comme des dérives. En revalorisant la laïcité. Mais attention, il ne suffit pas de légiférer pour assoir une valeur. Il ne suffit pas de produire des textes à tour de bras pour lui donner une consistance. Au contraire, ce genre de production législative n’est que le reflet d’une incapacité à produire du sens. Il occulte les problèmes au lieu de trouver les solutions. C’est tout l’ennui de ce scandale, qui se situe dans ce registre.
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Merci à Ram'
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