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  [Recueil] Echappées.

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Egorann

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Féminin Nombre de messages : 2050
Age : 20
Date d'inscription : 07/02/2008

MessageSujet: [Recueil] Echappées.   Mer 8 Oct - 1:09

Citation :
Ces trois textes n'ont absolument rien à voir les uns avec les autres ! Heureux




Ils n'ont rien vu, ils ne se sont aperçus de rien. Quand le ciel s'est déchiré, ils ne l'ont même pas entendu.
Tranquillement, chacun était aller vaquer à ses occupations : la petite nourrissait le chat, son frère se préparait à dormir, les parents lisaient dans le hamac devant la véranda, et ainsi chaque personne meublait sa soirée. Des tics-tacs raisonnaient partout, dans cette maison mais aussi dans le village, et, vue de haut, la terre elle-même avait l'air de scintiller en rythme.
Et pourtant, il y avait une personne pour qui le tic allait rester un tic. Sa machine enrayée de parvenait pas à laisser échapper le tac qui allait guérir la déchirure du ciel. Solitude, brusque, béante, sanglante. Temps suspendu et vie qui l'imite, perdition. Sans repère pour respirer, lui qui à ce moment regardait le ciel l'a vu se déchirer, lacéré par les étoiles, et a vu le sang des dieux couler sur lui. Et lui aussi coulait, suintait et dégoulinait, avachi face à sa solitude et à sa liberté ; le ciel l'invitait à faire tic-tac comme les autres, à refermer le monde. Il était libre de ne plus vivre et de plonger dans les plaies célestes ou libre de tomber au sol et de reprendre le temps en route. Cette déchirure était celle du ciel ou bien la sienne. Mais les autres n'ont rien vu et ne se sont aperçus de rien. Le tac a repris la main.


__________




Quand j'ai enfoncé ma clé dans la serrure, le cliquetis habituel s'est fait entendre. J'ai tiré la porte vers moi, dans le noir, et je me suis faufilée avant de refermer derrière moi. J'ai ensuite voulu allumer la lumière, mais je n'arrivais pas à trouver l'interrupteur. Il a fallu plusieurs minutes de tâtonnements pour le sentir au bout de mes doigts et pour m'insulter à voix haute : comment avais-je pu ne pas le trouver alors qu'il était énorme ? J'avais mal au crâne, j'ai donc fermé les yeux en appuyant dessus, afin de laisser à mes yeux le temps de s'habituer à la lumière. Puis je les ai rouverts.
J'ai ensuite porté la main à mon front afin de m'assurer que je n'avais pas de fièvre. Tout me semblait démesurément anormal. J'ai hissé à bout de bras mon sac sur mon canapé, et, ne parvenant pas à l'y poser, j'ai fini par l'y lancer comme un ballon de rugby. J'ai secoué la tête, senti un moment de vertige, et je me suis dirigée vers ma petite cuisine pour me préparer à manger. J'étais peut-être fiévreuse et sujette à des problèmes de perception, mais j'avais faim.
Arrivée devant le placard où j'entrepose ma nourriture, j'ai encore une fois fermé puis ouvert les yeux. Épuisée, j'ai fini par prendre une chaise et monter dessus pour atteindre la poignée très haute de mon immense garde-manger. Je voyais peu, l'ampoule au centre de la pièce paraissant aussi lointaine que le soleil les jours de beau temps.
Après avoir ouvert le placard, j'y ai pris une boîte de maquereaux à la moutarde. Toujours sur ma chaise, le sol très loin sous moi, je l'ai ouverte et j'ai mangé à même la boîte le minuscule quart de maquereau et la demi-goutte de sauce qu'elle contenait. Je devais être trop fatiguée et trop fiévreuse pour avoir une vraie conscience des choses. Je suis donc descendue de ma chaise et j'ai marché quelque minutes pour rejoindre l'échelle de ma mezzanine.
Arrivée à son pied, j'ai eu l'impression qu'il me faudrait des heures pour parvenir à son sommet. Je me suis donc laissée tomber dans la forêt douce sur laquelle j'étais perchée et me suis endormie entre deux poils de chats et une table.
Voilà pourquoi quand tu es rentré je dormais sur le tapis.


__________




Je voudrais vivre dans une maison d'enfance. Une très grande maison, avec de hauts plafonds. Au rez-de-chaussée, des teintes chaudes au sol, des murs en pierres apparentes et des poutres tout aussi apparentes au plafond. A l'étage, des papiers-peints clairs et doux, des moquettes épaisses et des tapis moelleux. Et partout, partout, des bibliothèques dans le désordre et de gros fauteuils chaleureux. Des coussins devant un poêle et des chats, et un chien. Cette maison devrait être dans un petit village à l'écart d'une petite ville, et je voudrais pouvoir aller marcher des heures dans la garrigue. Je voudrais en ramener du thym en été et du houx en hiver. Je voudrais laisser ma maison respirer du feu de bois - partout, sauf ma chambre. Ma chambre est un nid, un cocon aux murs couverts de mes traces. Avec des coussins, partout, et une fenêtre donnant sur un tilleul ou nichent alternativement un hibou et un coucou. Je voudrais aussi avoir dans mon jardin des cerisiers, une arche de rosiers, de grandes pelouses, un poulailler, un potager, et une cabane dans le vieil arbre caché. Je veux pouvoir ramasser des noix et les manger à même l'arbre, aller voir les étoiles à la nuit tombée, manger sous le tilleul en compagnie des chauve-souris. JE veux en hiver sauver des hérissons et faire griller des chataîgnes sur le feu, puis les éplucher pendant toute la nuit. Je veux les odeurs de la garrigue, de l'enfance, de la cuisine épicée, de la cire sur la grande table en bois, de vin dans l'ancienne cuve. Je veux la chaleur de l'atmosphère et de la couleur, partout. Je veux aimer ma maison comme une personne et m'y sentir protégée. Je veux pouvoir rentrer chez moi pour lancer depuis une fenêtre du pain à des canards dans le ruisseau. Je veux un nid, un nid d'enfance.

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Egorann

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Féminin Nombre de messages : 2050
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MessageSujet: Re: [Recueil] Echappées.   Jeu 29 Jan - 0:19

Citation :
Monologue à écrire. Thème : Et si ma nuit n'était qu'un long cauchemars.

Ben oui mais, d'un autre côté, tu sais, dormir c'est pas si simple. Le sommeil ça se convoque pas comme ça d'u coup. T'arrives à dormir, la nuit, toi ? Comment tu fais ? JE te demande mais ça va rien changer, j'ai tout essayé. Tous les soirs, je me couche tard. Non, en fait, tous les soirs je me couche quand je culpabilise de pas être au lit parce que même si j'ai pas sommeil je sais que le lendemain le réveil va être très dur. Donc tu vois, déjà rien que ça c'est compliqué. Après y'a la première épreuve, arriver à garder les yeux fermés. J'ai pas peur du noir mais, tu vois, ça tourne dans ma tête, je pense à trop de choses. En plus c'est un cercle vicieux parce que plus je me rend compte que je pense trop moins je sais à quoi penser. Me regarde pas comme ça, va. Ça t'arrive jamais de pas savoir à quoi penser ? Ben moi c'est tous les soirs et ça m'empêche de fermer les yeux. Enfin bon, au bout d'un moment j'y arrive, quand même. Et quand mes yeux se sont enfin fermés, je commence à m'emmerder. Alors je cherche une position confortable, je pense à ce que je dois faire demain puis je m'arrête quand j'ai des bouffées de stress, je réfléchis, je... Quand j'ai vraiment pas de chance, au bout d'un moment je me rend compte que je suis en train de m'endormir et je me remet à penser. Faudrait un bouton on/off sur mon cerveau. Eh ! Imagine quand je me rend compte que j'ai envie de faire pipi. Ben tout est à recommencer. Ça peut durer longtemps. Attends, attends, j'ai pas fini. Non, sérieux, laisse-moi finir. Après, quand je dors enfin, j'ai une chance sur deux de faire des cauchemars. Tu sais, des cauchemars ? Et je te parle pas du vilain monsieur qui fronce les sourcils, non, je te parle des tripes enroulées autour du cou, des enfants morts-nés qui te regardent droit dans les yeux, d'un taureau fou qui te poursuit, un taureau gigantesque que rien ne retiens et toi t'as que tes jambes pour te sauver... Laisse-moi parler je te dis ! Et tout d'un coup bam ! T'as tellement peur que tu te réveilles, t'avais l'impression de tomber indéfiniment en ayant laissé tes entrailles en haut de la falaise. Tu regardes l'heures, t'es en retard, tu devrais être arrivé. Mais oui, je "prend le temps" de me doucher, mais tu vois c'est pour me laver de ma nuit, juste être propre à défaut d'avoir bien dormi pendant longtemps. Donc ouais... Ouais, je suis en retard, mais si mes plus plates excuses te suffisent pas, dommage mais ne me dis pas "t'as qu'à dormir plus tôt". Parce que là en l'occurrence, je peux pas me coucher plus tôt non. Je peux juste pas. Mais t'inquiète. T'inquiète. Quand toi aussi t'auras peur de dormir je te demanderais avec de jolis angelots aux coins du sourire : " pourquoi tu n'essaie pas de te détendre avant de dormir ?"

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