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 Etrusca Disciplina

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dale cooper

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MessageSujet: Etrusca Disciplina   Mer 24 Déc - 14:28

Etrusca Disciplina







Chapitre 1 : Milan


« Première fois à Milan ? Tu devrais te mettre dans la file avec les autres.
— Qu'est-ce qu'ils foutent ? demandai-je en désignant du menton l'attroupement de touristes.
— C'est la tradition : lorsqu'on arrive à Milan, on vient ici sous la galerie Victor Emmanuel et on écrase les couilles du taureau. Il faut faire un tour en équilibre sur le talon. Tu veux essayer ?
— Je ne suis pas venu pour le folklore.
— Dommage. Ça porte bonheur. »

Stefano parlait très bien français et son accent était presque supportable. Il prononçait chaque phrase avec l'assurance et la diction professorale qu'ont la plupart des jeunes intellectuels italiens. Les petites lunettes rondes posées sur son visage lui donnaient l'air de ce qu'il était : un doctorant en lettres. Je levai le nez vers l'impressionnante verrière au dessus de nous. Les magasins de luxe rutilants me mettaient mal à l'aise. Ces rues couvertes me firent l'effet d'un écrin de joaillerie. Les touristes en short contrastaient un peu trop avec la bourgeoisie locale qui naviguait en tailleur ou en costume, le cellulaire rivé à l'oreille. Je n'aimais pas cet endroit qui puait le fric et l'arrogance.



« Tu sais, ta sœur et moi, nous ne sommes plus ensemble. Elle est partie depuis peu de temps avec un autre garçon. Un étudiant de Bologne, je crois.
— Pourquoi ?
— La fascination, je pense.
— C'est quoi ces conneries ?
— Elle a été séduite par cet homme dès qu'elle l'a rencontrée. Elle ne m'a pas vraiment expliqué.
— C'est pourtant pas son genre de se laisser embobiner par les bobards des mecs.
— Pardon ? Je n'ai pas compris.
— Lydia n'a pas l'habitude de se laisser draguer par des inconnus. Encore moins de quitter un type avec qui elle est depuis presque un an sans explications.
— Elle avait ses raisons, je suppose.
— Sans doute, conclus-je en pensant que ce Stefano devait être d'un chiant au quotidien. Tu sais où elle habite ? Tu peux m'accompagner jusqu'à son appartement ?
— Oui. C'est pas très loin. »

Il me fit signe de le suivre à travers la foule empressée. Je m'étais toujours demandé pourquoi il y avait autant de monde dans les rues des grandes villes en plein après-midi. Tous ces gens n'avaient-ils pas de boulot ? Les jeunes n'allaient-ils pas en cours ? Nous sortîmes de la galerie et nous longeâmes la gigantesque cathédrale. Le buste de Scarlett Johannsonn s'étalait sur tout un pan de l'édifice pour vanter les mérites d'un opérateur téléphonique. Moi qui pensais que les ritals étaient attachés à la religion, je découvris qu'ils n'hésitaient pas à désacraliser leurs églises avec les icônes commerciales du nouveau siècle. De l'autre côté de la place, nous traversâmes le parvis du musée 900'. Stefano me fit l'éloge des œuvres des grands maîtres du XXème. Il énuméra une liste sans fin d'artistes dont je n'avais jamais entendu parler. De temps à autre je hochais la tête lorsqu'il pointait du doigt la façade d'un immeuble de style austro-hongrois pour me réciter l'intérêt historique de la demeure. Je ne l'écoutais plus. J'étais fatigué par les sept heures de trajet qui m'avaient menées jusqu'ici.

Mes parents m'avaient supplié depuis trois ou quatre jours de venir trouver Lydia à Milan. Ils ne comprenaient pas pourquoi elle ne donnait plus de nouvelles depuis quelques semaines. Persuadés que je parlais italien sans trop de difficulté – je n'avais pas pratiqué la langue depuis mon bac – ils avaient réservé un vol à mon nom et s'étaient convaincus que ça me ferait plaisir. C'était l'occasion de m'offrir des vacances ; eux ne pouvaient pas se libérer, tandis que moi... Disons que j'étais entre deux boulots.

J'avais arrêté mes études à la licence tandis que Lydia, pourtant plus âgée que moi de deux ans, était toujours à fureter à l'Université. D'après ce que j'avais compris elle préparait une thèse en histoire ou en philosophie, ou un mélange des deux. J'avais l'impression qu'elle étudiait toutes les disciplines de la Terre en même temps. En plus d'être studieuse, elle était aussi très attachée à nos parents et les appelait toutes les semaines. Je ne l'avais jamais connue imprévisible. La situation avait tellement inquiété mes parents, qu'ils m'avaient aussi offert un smartphone pour me permettre de l'approcher via réseaux sociaux et internet. Bien sûr, je l'avais dans mes contacts, mais je ne suivais pas réellement son activité. La plupart du temps elle écrivait des banalités à propos de ses amis, de ses rares sorties, elle placardait des photos d'elle et Stefano ou d'autres gens de son université. Elle tenait également à jour un blog très dense dont le sujet principal tournait autour de ses études. Rien de passionnant. Ma mère m'avait demandé de jeter un coup d'œil sur ces informations, alors pour lui faire plaisir j'avais survolé son mur et son site dans le hall de l'aéroport en attendant la correspondance pour Malpensa.




« C'est là, indiqua Stefano en cherchant un nom sur un interphone délabré. »

Une voix nasillarde lui répondit lorsqu'il se présenta. Le déclic se fit attendre et ne survint qu'après qu'il ait mentionné ma présence. Il me tendit une feuille d'un carnet qu'il venait d'arracher. Il y avait gribouillé son numéro de téléphone et son identifiant facebook ainsi que son adresse mail. Je notai immédiatement ses références dans mon appareil et lui transmis les miennes. Il me laissa au pied de l'immeuble, m'expliquant qu'il avait à faire. Il m'invita ensuite à me rendre au quatrième.

Comme je m'y attendais, les étages étaient hauts et il n'y avait pas d'ascenseur. Les parties communes puaient l'oignon et la friture et à travers chaque porte filtraient des voix fortes ou de la musique assourdissante.

Quand je parvins sur la palier du quatrième, les poumons en feu et la sueur aux tempes, je me rendis compte que je ne savais pas à quelle porte frapper. J'entendis une multitude de serrures s'activer les unes après les autres. Une minuscule brune de mon âge  me regarda de biais derrière ses lunettes carrées. Elle prononça mon prénom avec un accent rapide et une voie haut perchée. Je lui répondis qu'il s'agissait bien de moi. Elle écarta à demi la lourde porte blindée. Je dus passer l'embrasure de profil : le couloir était encombré de cartons et d'étagères dégueulant babioles et bouquins hors d'âge. La toute petite bonne femme me guida vers une chambre vide et sans un mot me fit signe d'entrer avant de me laisser. Elle avait l'air exaspérée au possible.

J'inspectai la chambre d'un regard circulaire. Aux murs je reconnus sur des photos Lydia et Stefano, Lydia et des copines, Lydia et nos parents, Lydia et des ruines antiques. Je me mis à fouiller dans les affaires de ma frangine, sans trop savoir ce que je cherchais. Sous son lit, une pile de carnets et de classeurs de notes présentaient des dates récentes. Je les ramassai et les engouffrai dans mon sac à dos, me disant que j'aurai le temps de les lire plus tard. La pièce était un espace entièrement dévolu à ses recherches ; partout des livres, des cahiers, des chemises cartonnées gorgées de coupures d'articles de toutes les langues, de photocopies, de dvd. Entre les photographies, plusieurs gravures représentaient des objets étranges ou des statues antiques ; il y avait également punaisées des cartes géographiques de diverses régions de l'Italie. De toute cette bibliographie hétéroclite, émergeait une seule véritable certitude : Lydia était obsédée par la culture étrusque. J'avais une vague idée de ce qu'était ce peuple et je me disais qu'il s'agissait bien là d'un cas typique de branlette intellectuelle ; qui à part des universitaires pouvait passer sa vie à décortiquer les débris d'une civilisation à peine connue du public. Civilisation qui n'était passée à la postérité dans l'esprit de personne.


Quelqu'un cogna contre le bois du chambranle. Je me retournai. Un type à la barbe hirsute et mal peigné me souriait. Tempes dégarnies et t-shirt au motif old-school : encore un thésard, décidément. Le gars se présenta à moi, il s'appelait Giancarlo. Il m'invita poliment à venir discuter dans le salon, une des pièces communes de la collocation. La brunette acariâtre avait disparu et Giancarlo me servit un coca bien frais que je n'eus pas le courage de refuser. Il m'expliqua que sur les sept habitants du logement, il était le seul garçon. Tous les locataires étaient étudiants à l'université catholique, certaines étaient étrangères, comme Lydia. Le jeune homme m'apprit que Lydia n'était pas très appréciée des autres filles de l'appartement, car elle ne  prenait que rarement le temps de participer aux tâches communes et encore moins aux sorties ou aux divertissements collectifs. Je souris à cet aveu, reconnaissant bien là le comportement hautain et presque asocial de ma frangine.

Le barbu m'expliqua en outre que depuis quelques temps, elle était de plus en plus absente et ne passait guère plus qu'en coup de vent à sa chambre. Elle était rentrée un soir toute excitée. Giancarlo était l'unique colocataire avec qui elle entretenait un semblant de rapport social. Elle lui avait expliqué qu'un groupe d'Alma Mater l'avait contactée et souhaitait collaborer à ses recherches ; ils disposaient de documents originaux et rarissimes qui pourraient intéresser sa thèse. En échange elle devrait les aider à en déchiffrer certains autres. Remarquant que j'avais du mal à suivre ses explications, Giancarlo m'éclaira : Alma Mater Studiorium, la faculté de Bologne, était réputée pour être la plus ancienne d'Europe et ses départements d'études antiques parmi les mieux reconnus. L'importance des éléments qu'ils s'apprêtaient à porter à la connaissance de Lydia semblait de premier ordre. Je l'interrogeai alors sur le sujet exact de la thèse de ma sœur ; il me révéla qu'elle planchait depuis plusieurs mois sur l'histoire des méthodes de divinations antiques, en particulier l'hépatoplastie étrusque. Je fis les yeux ronds et mon interlocuteur rit de bon cœur. Il m'avoua que Lydia était pressentie pour devenir une érudite internationale dans le domaine. Elle avait obtenu une bourse très conséquente de la part du gouvernement et travaillait avec des spécialistes mondiaux. J'ignorais que ma sœur puisse être considérée comme une star dans une discipline quelconque, aussi incongrue fut-elle.

Alors qu'il tentait de m'expliquer les subtilités des recherches de Lydia, je l'interrompis pour lui demander d'aller à l'essentiel : où était-elle passée et pourquoi ne donnait-elle plus de nouvelles. Giancarlo sembla embêté par mes questions. Il réfléchit un moment avant de répondre qu'il l'ignorait. Elle n'avait pas remis les pieds chez elle depuis plus de dix jours ; d'après ce qu'il savait, elle devait se rendre dans le sud du pays pour une fouille sur le terrain. Il avait contacté ses collègues et son directeur de recherche ; Lydia avait pris un congé de quelques semaines pour intégrer le groupe d'Alma Mater. Avant son départ, elle parlait sans arrêt d'un certain Mirko, le responsable de ce groupe, un Toscan de son âge qui étudiait la langue étrusque. Elle demeurait cependant discrète sur les détails de son nouveau projet, comme s'il s'agissait d'éléments confidentiels. Tout ce qu'il put lui tirer comme information, fut que l'existence de certains des documents ne devait pas être rendus publique avant plusieurs expertises préalables.




Frustré, je soupirai d'exaspération : toutes ces manigances de rats de bibliothèques m'échappaient. Je souhaitais la voir le plus vite possible et lui transmettre le message des parents avant de pouvoir rentrer chez moi. Je ne tenais pas du tout à parcourir l'Italie d'un bout à l'autre pendant des jours, même si mes parents couvriraient la dépense les yeux fermés.

J'étais éreinté par ma journée de voyage et demandais si je pouvais rester dormir dans la chambre de ma sœur. Il n'émit pas d'objection. Je déballai mon ordinateur portable et le branchai au bureau de Lydia. Le sien était évidement absent. Giancarlo me donna les codes wi-fi et je me mis à la recherche d'éléments plus concrets sur les différentes pages de ma frangine.

Mon téléphone sonna et je dus faire un premier compte rendu à ma mère. Cela dura presque une demi-heure et les dernières minutes virent ma patience s'émousser fortement. Je raccrochai, conscient que je n'aurai jamais dû céder au chantage paranoïaque de mes vieux.

Puisqu'il fallait bien commencer par quelque chose, je passai en revue les derniers statuts du mur de Lydia.


Statut a écrit:
31 mars :
Je viens d'être contactée par des étudiants de la faculté de Bologne. Ils ont entendu parler de mes travaux et souhaitent me rencontrer. Je ne sais pas ce qu'il en sortira. J'ai peur de perdre mon temps et mon énergie, même si j'ai encore pas mal de marge avant de rendre mes premières ébauches de thèse. Chi vivrà vedrà !


4 avril :
Lydia est désormais amie avec Mirko
Merci Mirko pour l'opportunité de collaboration. Je sens que nous allons faire très vite de grands progrès dans nos domaines respectifs.
Ciao, ci vediamo presto !


8 avril :
Lydia a mis à jour son statut : Lydia n'est plus en couple.


9 avril :
Bon, c'est décidé. Je prends des vacances romaines ! Direction la capitale pour rencontrer le reste du groupe de la mission Fanum Voltumnae. Je serai donc absente pour les prochaines semaines. Vous pouvez me contacter par sms, j'essaierai de vous répondre si mon téléphone capte.
NB : là où nous allons passer pas mal de temps, le signal risque de ne pas passer.
See you soon fellows.


11 avril :
Lydia a ajouté trois images à l'album “Roma”
Lydia était à cet endroit : Villa Borghèse
Lydia a été identifiée sur une photo de Mirko avec trois autres personnes.


Le 11 avril. C'était exactement il y a une semaine. Fou de rage, je rappelai mes parents et leur demandai pourquoi il n'avait pas tenu compte de cette information au lieu de m'envoyer à Milan, j'aurai pu aller directement la chercher à Rome. Ma mère, tenta vainement de me calmer en me disant qu'elle ignorait si Lydia était rentrée depuis. Je lui relus le message à haute voix et lui enjoignis de regarder par elle-même : Lydia expliquait tout à fait clairement qu'elle s'absentait pour plusieurs semaines à Rome. Je m'en voulus également de n'avoir pas vérifié par moi-même ce fil d'information. Je raccrochai et promis de rappeler le lendemain.

Je poursuivis mes investigations et au bout de quelques minutes je m'amusai de constater que je me prenais pour un véritable détective. J'avais contacté par message privé l'ensemble des connaissances de Lydia afin d'obtenir de plus amples informations sur sa position actuelle. Aucun ne répondit. Je décidai alors de m'attaquer aux carnets manuscrits de ma sœur, un peu honteux de violer l'intimité de son journal.


statut a écrit:

7 avril :
Je dois me faire une raison : Stefano n'est pas vraiment un garçon pour moi. Ou plutôt si. Il est parfaitement adapté à mon mode de vie, à ma personnalité. Il est en quelque sorte mon double, mon homologue masculin : casanier, prévisible, lisse.
Je crois que je suis en train de découvrir quelque chose sur moi. Jusqu'ici, j'ai gaspillé ma vie à me figurer à travers le prisme de mes connaissances. Je n'étais que l'expression d'un vide à remplir. Je me contentais d'emmagasiner les informations, le savoir et la sagesse des autres sans jamais essayer de comprendre si je possédai une existence propre.
Une boîte. Une boîte vide que je cherchais à combler avec tout ce qui me passait sous la main.
Il faut croire qu'aujourd'hui quelque chose est tombé au fonds de la boîte et un écho en est remonté. Pour la première fois j'ai l'impression qu'un cri s'est élevé d'en bas, à l'intérieur de moi.
Mirko n'a même pas cherché à m'ouvrir les yeux. Ils se sont ouverts d'eux-même. Ils se sont ouverts sur lui.
Il y a encore quelques jours je me serais dit que je regretterais cette décision, que ça n'était pas moi, que ça ne me ressemblait pas.
Je suis allé voir Stefano cette après-midi et je lui ai dit que c'était fini. Il n'a même pas cherché à se défendre ou se débattre. Il l'a accepté. Point. Peut-être avait-il senti avant moi ce changement. Peut-être est-ce qu'il me voyait déjà lui échapper depuis quelques jours ou semaines.

8 avril :
Mirko
<3 <3 <3
Oui je sais, c'est ridicule, on dirait une gamine au collège qui écrit le nom de son amoureux pour mieux le graver dans son cœur et sur sa peau. D'ailleurs, c'est ce que j'ai fait aujourd'hui dans le métro qui me ramenait de notre rendez-vous. J'ai écrit son prénom à l'intérieur de mon poignet à l'encre rouge.
Je suis folle !
Mais ça fait du bien.
J'ai hâte de partir dans quelques jours avec lui et sa bande. Ça va être si excitant : la montagne, le vin, les fouilles, la nuit à l'auberge... la nuit avec lui ? Je rêve les yeux ouverts !
Il est temps de redescendre sur Terre, ma fille ! Note à moi-même : mettre le drive de la mission F.V. à jour sur le portail d'Alma Mater.
ID : Fanum Voltumnae
Password : Tagès
PS : comme ce carnet est presque fini, j'emporterai avec moi un nouveau, spécial Fanum Voltumnae.


Ayant épuisé toutes les pistes qui étaient disponibles sur le moment, je me résignais à consulter le site professionnel dont je venais de trouver le mot de passe à l'instant. Je craignais n'y trouver que des notes et des articles sur les sujets d'études du groupe et m'apprêtais à survoler toute cette littérature à laquelle je ne comprenais pas grand chose. Il s'agissait d'un site internet très sommaire dans lequel les membres du groupe avaient posté un tas de rubriques de façon plus ou moins aléatoire. Le titre portait à nouveau cette mention très pompeuse de “MISSION FANUM VOLTUMNAE”. N'y tenant plus j'ouvris la section nommée “introduction” afin de connaître enfin le but de tous ces secrets de polichinelle.


Mission Fanum a écrit:
« Fanum Voltumnae est le sanctuaire fédéral de la dodécapole étrusque dont l'emplacement exact reste à ce jour sujet à caution. Des divers écrits qui nous sont parvenus des chroniqueurs et historiens romains, les auteurs contemporains ont déduit que ses emplacements les plus probables se situeraient à Orvieto ou Viterbe. Jusqu'ici le peu de documents de premières mains étrusques ont fait défaut quant à ce lieu mythique. Nous savons juste que s'y tenait tous les ans au printemps une réunion politique et religieuse à laquelle assistaient les représentants des douze cités de la dodécapole. Les écrits de Pline nous renseignent sur les divers jeux sacrés ou ludi qui y étaient également présentés en ces occasions.
La mission  Fanum Voltumnae, mise en place par notre association et financée par nos partenaires universitaires a pour but de retrouver le site exact du sanctuaire.
Grâce aux compétences de nos membres, nous sommes aujourd'hui sur le point de redécouvrir l'antique savoir divinatoire des haruspices et les mystères de l'Etrusca  Disciplina.»




Je ne comprenais rien du tout à ce charabia et j'avais la flemme de consulter wiki. Avant de fermer ma session, je vérifiai une dernière fois le réseau social. Une icône clignotait dans le coin supérieur m'indiquant une réponse à mon appel à l'aide. Une certaine Chiara me disait avoir rencontré Lydia et ses camarades quelques jours auparavant à Rome. Ils devaient passer quelques jours dans la capitale avant de remonter vers la Toscane. Elle était d'accord pour me rencontrer pour en parler et me donna rendez-vous devant la Galleria Borghèse le lendemain en milieu d'après-midi avant de se déconnecter. Je maudis les communications modernes et, dépité, affichai les horaires des trains pour le matin suivant.
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MessageSujet: Re: Etrusca Disciplina   Mer 24 Déc - 14:57

Chapitre 2 : Rome




J'avais dû me lever bien plus tôt que je ne l'aurais souhaité afin d'être à l'heure à mon rendez-vous. Le trajet de la gare vers la Villa Borghèse m'avait valu quelques frayeurs dans le métro tant le flot incroyable de romains et de touristes était impressionnant. Je me laissai porter par ce fleuve humain qui s'engouffrait sous terre et entendis toutes les langues de Babel réunies. Je retrouvai la surface quelques kilomètres plus loin, non loin de la Piazza di Spagna aux pieds d'escaliers monumentaux où une faune bigarrée s'agglutinait pour profiter du paysage.

J'abandonnai derrière moi deux millénaires d'Histoire fastueuse pour me diriger vers mon seul objectif de la journée. Parvenu à l'entrée de Villa Borghèse, je désespérais à nouveau devant la dimension des jardins ; mon point de rendez-vous était à l'autre bout du parc. Je traversai les allées boisées à l'aide d'une carte téléchargée sur mon écran de cellulaire, ne prêtant qu'une faible attention aux témoignages de marbre disséminées par les artistes au cours des derniers siècles.




La Galleria Borghèse m'apparut peu à peu au bout d'une perspective majestueuse de verdure et de gravier. Mes pas s'enchaînaient au rythme d'une mélodie diffuse dont je découvris l'origine une fois arrivé devant la place du musée. Un accordéon égrenait les notes de la Toccata et Fugue et je m'assis à proximité, sur l'un des derniers bancs de l'allée, loin de la foule et à l'abri de la chaleur. Les harmoniques étranges de l'instrument transformaient le célèbre morceau et emplissaient le lieu d'une présence solennelle. Aussi étrange fut-il, personne d'autre que moi et le musicien ne se trouvait dans cette partie de la métropole en cet instant. Afin de dissiper mon malaise, je dégainai mon téléphone et me connectai à internet afin de vérifier une quelconque activité en ligne de Lydia. Mon faible espoir fût bien entendu balayé par son mutisme entêté. Elle ne répondait à aucun message, que ce fût sur répondeur ou mail. Le signal était plus que correct et j'ouvris la page de son blog, plus par désœuvrement que par réel intérêt pour ses études bizarres. Au bout de quelques instants je remarquai que la plupart des articles avaient été supprimés très récemment. Le dernier en date attira mon attention.


statut a écrit:
12 avril :
Bonjour,
Comme vous avez pu le remarquer, j'ai supprimé la plupart des articles de ce blog en lien direct avec mon sujet d'étude. La raison en est tout à fait simple : j'ai décidé de reprendre la majeure partie des théories avancées par mes honorés collègues. Du moins sur le chapitre propre à certaines activités cultuelles des religieux étrusques.
J'ai depuis quelques jours accès à certains objets d'une valeur inestimable, non répertoriés dans aucune muséographie officielle. Ces documents uniques en leur genre constituent les éléments les plus précieux dans le domaine depuis la découverte des Livres d'Or et même de la momie de Zagreb.
Jusqu'à ce jour nous ne connaissions rien aux rites du sanctuaire fédéral, et nous nous contentions de simple rapprochements avec les autres cultures du bassin méditerranéen. Mais au-delà des similitudes, l'Étrurie semble avoir développé une science secrète qui nous a échappé depuis plus de deux mille ans. Ce savoir et cette tradition arcanique commencent à peine à être découverts, mais ils laissent déjà entrevoir des répercussions telles qu'il serait envisageable de réétudier certains faits historiques sous un œil nouveau.


« C'est toi le frère de Lydia ? »

Je levai la tête brusquement. Une jeune fille a l'air sévère me toisait de sa hauteur. Ses cheveux blonds contrastaient avec sa peau dorée par le soleil, et sans son accent local, je ne l'aurai pas cru Italienne. Sa voix rauque était typique de certaines femmes de ce pays. Elle était la première Transalpine que je croisais depuis le début de mon séjour que j'aurai pu qualifier de « jolie ». Malgré son air boudeur, je l'invitais à s'asseoir près de moi.

« Non. Je préfère marcher. »

Je rangeai mon téléphone dans une poche et saisis mon sac à doc pour suivre ses pas. Je n'étais pas d'humeur pour la balade, mais je remarquai très vite qu'elle non plus. Elle semblait avoir des difficultés à vouloir entamer franchement la conversation. Après quelques banalités échangées à propos du climat propice et de la richesse infinie des Sept Collines, je lui demandai ouvertement de me rencarder sur ma frangine.

« J'ai rencontré Lydia il y a quelques jours, avant qu'elle ne reparte avec la bande de Mirko. Le groupe de la mission Fanum souhaitait avoir mon avis sur certains éléments qu'ils ont découverts. Je suis docteur en Histoire antique, j'ai étudié le panthéon étrusque. Les pièces qu'ils ont avec eux sont... Disons qu'elles m'ont laissées perplexes. Beaucoup de détails indiquent qu'elles seraient authentiques, bien qu'elles n'ont pas été expertisées encore. C'est surtout le contenu des textes qui m'a étonnée. Je n'avais encore rien vu de tel. C'est comme si nous étions passé depuis des décennies à côté de tout un pan de la culture de ce peuple. Les traductions des Bolognais étaient correctes d'après ce que j'ai pu constater. Ceci dit, ils avaient tous l'air tellement convaincus de leur théorie que je n'ai pas réussi à les mettre en doute. J'ai émis la possibilité d'un faux ou d'une supercherie, mais ils se sont fâchés. J'avais déjà eu l'occasion d'échanger par mail avec Lydia au cours des dernières semaines. Je l'ai mise en garde. J'avais peur que cette mission ne soit en fait qu'un canular. J'ai pensé que le groupe avait truqué ces vestiges et ces objets et voulaient que des experts comme moi ou Lydia donnent du crédit à leurs théories. »




Chiara s'éloigna un instant de l'allée pour aller cueillir une fleur dans un arbuste. Un vol de perruches passa au-dessus de nos têtes en piaillant. Je ne comprenais pas comment ma sœur avait pu se laisser berner à ce point. Ça ne lui ressemblait tellement pas.

« Elle avait l'air très amoureuse de Mirko. Elle ne lui a pas lâché la main pendant les quleques jours où ils sont restés à Rome. Je me suis renseigné sur lui. J'ai lu les sites qu'il a mis en ligne. Beaucoup parlent du monde souterrain et des puissances telluriques. Je crois que c'est un mystique. Il profite de la bourse d'étude pour réunir des documents et du matériel scientifiques. Je ne sais pas ce qu'il compte faire, mais il m'a paru malhonnête. »

La jeune femme blonde s'approcha d'un des nombreux bustes sculptés qui ornaient la partie du parc où nous nous trouvions. Elle déposa sa fleur sur le socle. Je lu le nom sur le piédestal. Dante Alighieri.




« Je sais qu'ils voulaient rejoindre les Vie Cave près de Pitigliano pour faire des fouilles. Tu connais ? Ce sont des endroits fascinants. Sur des kilomètres, des couloirs creusés à même la roche forment des labyrinthes entre les nécropoles. Il y a des gravures mythologiques le long des parois. Peu de personnes s'y aventurent de nos jours, mais certaines de ces voies ont été habitées par des troglodytes au Moyen-Âge. Les scientifiques savent juste que ces routes avaient une signification religieuse très forte. On ne sait pas exactement pourquoi.  Mirko pense qu'il s'agit de chemins qui convergent vers le Fanum Voltumnae. »

Je la remerciai de son aide mais elle ne sut me dire où le groupe était parti loger durant son expédition sur site. Toutefois elle m'assura que Pitigliano était un village reculé et minuscule ; si une douzaine d'étudiants y étaient venu dormir tous en même temps, ils ne seraient pas très difficile de les retrouver.

Chiara s'en alla en me souhaitant bon courage pour la suite de mon voyage. Elle me conseilla une agence de location de voiture : sans véhicule, je n'arriverai pas avant le lendemain soir dans cette région des Apennins.
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MessageSujet: Re: Etrusca Disciplina   Mer 24 Déc - 15:07

Chapitre 3 : Pitigliano




Malgré l'efficacité de mon GPS, la route me sembla fastidieuse au possible. Elle serpentait le long de ravins et la lumière du jour déclinait rapidement sous les arbres. J'entrai à Pitigliano juste avant la tombée de la nuit. Le village à flanc de montagne était sur le point de s'endormir. À peine descendu de ma voiture, j'interpellais un trio de vieillards qui somnolaient sur un banc devant le café d'une place. De leur baragouinage je crus comprendre qu'ils avaient bien remarqué les allées et venues du fameux groupe d'étudiants. Ils me montrèrent du doigt la direction de la Petite Jérusalem, vieux quartier médiéval où ils semblaient s'être installés quelques jours dans une pension. Les ruelles étroites n'étaient peuplées que de quelques chats qui surgissaient des arrière-cours et levaient parfois les moustaches vers le vol bruyant des hirondelles. Je m'étonnais de voir de nombreuses inscriptions hébraïques sur les murs de pierre ; la forteresse portait bien son nom. Je me perdis dans la semi-obscurité, incapable de me repérer dans ce dédale de tuf et de tuiles. Un escalier couvert et étroit me mena à une placette dallée au fond de laquelle une grille ouvrait sur le paysage. Le gouffre sous la cité plongeait dans une épaisse vallée boisée. Des pipistrelles chassaient le long de la muraille et s'aventuraient par moment au dessus de moi. J'hésitais à revenir vers le centre du village, là où j'avais laissé mon véhicule. En revenant sur mes pas, je reconnus la vitrine illuminée d'un restaurant devant lequel j'étais déjà passé deux fois.



Désemparé, je choisis d'y pénétrer dans l'espoir d'obtenir une aide pour trouver mon chemin vers la pension. La serveuse me sourit aimablement et me dessina un fil d'Ariane sur son carnet de commande : ma destination n'était qu'à trois cents mètres de là. Je lui promis de revenir quelques minutes plus tard pour manger.

La tenancière de l'hôtellerie m'accueillit de bonnes grâces, malgré l'heure tardive et l'absence de réservation. J'avais de la chance : toutes ses chambres étaient restées occupées jusqu'à ce matin. Je lui montrai une photo de ma sœur téléchargée sur mon téléphone. Elle la reconnue immédiatement, la mission Fanum avait bien logé ici avant de commencer ses fouilles dans les Vie Cave. Elle sortit un vieux guide touristique et me montra quelques clichés de l'endroit où ils avaient déclaré se rendre. Elle m'offrit également une carte de la région qui aurait très bien pue être un set de table. Je n'avais aucune envie de poursuivre ma frangine et les autres apprentis archéologues durant la nuit ; je m'installai dans l'une des chambres de la vieille. L'endroit serait assez confortable pour me reposer enfin plus de quelques heures. Je me remettrai en chasse le lendemain en fin de matinée. Lydia n'était plus qu'à quelques kilomètres, rien ne pressait plus.

Je fus réveillé en milieu de matinée par la sonnerie du smartphone. Ma mère venait aux nouvelles. Je fis un point rapide sur mon itinéraire depuis Milan et elle promit de me rembourser dès que possible mes nombreux frais. Je comptais rejoindre Lydia avant la fin de la journée et lui passer un savon monumental avant de regagner la France. Je n'avais même pas envie de prolonger l'expédition par quelques jours de repos en Toscane. Les vieilles pierres et les paysages sauvages ne faisaient pas partie de mes loisirs favoris.

Après un petit déjeuner copieux, j'entrai les coordonnées exactes de l'entrée du site antique où je m'attendais à trouver les Bolognais. J'avais un peu potassé les guides généreusement prêtés par ma logeuse, et compris que les accès aux Vie Cave étaient réputés discrets, presque confidentiels. Je longeai la vallée en direction de Sorano, autre village toscan aussi typique qu'adorable, m'avait assuré la vieille femme de l'auberge. J'avais eu un mal fou à lui faire comprendre que la visite de la région n'était pas ma priorité.

Un parking exigu en bord de route marquait l'entrée vers les nécropoles. Le sentier rocailleux se perdait très vite à travers une forêt dense. Au bout de quelques pas, je vis apparaître sous les branchages, les premiers vestiges étrusques. Je pénétrai un corridor creusé à même la pierre, lequel semblait s'enfoncer à travers les âges. Le silence des lieux m'impressionna : la végétation qui s'était développée en ces lieux depuis des siècles formait un microcosme intrigant. Un peu malgré moi, je m'émerveillais de cette atmosphère sereine et mystérieuse à laquelle je ne m'attendais pas. Je dus admettre que ces ruines couvertes de fougères et de mousses, au-dessous desquelles je devinais de nombreux symboles gravés, était l'endroit rêvé pour éveiller la curiosité académique de ma sœur, tout comme les fantasmes mystiques de chercheurs de trésors. Les couloirs bifurquaient parfois pour mener à des loges aménagées dans les parois, antres que je savais désormais avoir abrités jadis tombeaux et temples.





La descente sinueuse au sein du labyrinthe me mena au bord d'une rivière qui serpentait en contre-bas d'une falaise. Un village surplombait cet espace découvert plusieurs dizaines de mètres au-dessus. Je touchais enfin au but puisque je découvris un groupe de jeunes gens qui pique-niquait les pieds dans l'eau. Ils avaient tout à fait l'allure à laquelle je m'attendais : des étudiants dépenaillés qui se forçaient à s'amuser comme des gosses. Je pris un air sévère et irrité de circonstance et me mis à les passer en revue afin de dénicher ma sœur. Elle restait introuvable dans cette joyeuse compagnie. Je m'approchais d'une fille et lui tendis l'écran qui affichait la photo de Lydia. Elle me fit non de la tête et me demanda d'avantage d'explications. Elle ne parlait pas italien, mais une autre langue latine que je ne reconnus pas. Très vite, elle appela celui qui passait pour le chef du groupe. Il se présenta à moi en tant que conférencier de l'Université de Sofia. Il parlait un français impeccable.

« Désolé. Ce n'est pas nous que tu cherches. Nous avons bien croisé le groupe dont tu parles. Nous les avons rencontrés tôt ce matin. Ils avaient passé la nuit ici, dans les caves. Nous sommes restés un peu discuter. Ils nous ont dit qu'ils se rendaient sur une île, dans un lac à... J'attendis patiemment qu'il se concerte avec un de ses amis pour retrouver le nom de cette île.

Bolsano. Le lac dans le cratère du volcan. L'île s'appelle Bisentina. Ils étaient très excités quand ils sont partis. »

Cette course poursuite commençait sérieusement à m'épuiser. Je remerciai le type et consultai une fois de plus le GPS de mon smartphone. Fort heureusement, ce que j'espérai être ma dernière étape ne se trouvait qu'à une demie heure de route. Lorsque je tournai les talons pour reprendre mon ascension du sentier antique, la voix du professeur roumain me rappela.

« Au fait, l'un d'eux a oublié ça. Tu pourras leur rapporter. »

J'empochais le carnet qu'il me tendait après avoir reconnu l'écriture de Lydia sur les premières pages griffonnées.

« Une dernière chose. Je ne sais pas ce qu'ils ont fait cette nuit, mais ils ont laissé des morceaux de viande crue dans l'un des caveaux. Je crois que ce sont des foies de mouton. Dis leur que la prochaine fois qu'ils essaient de lire dans les entrailles de bêtes, qu'ils nettoient après eux. C'était dégueulasse. »

Je secouai la tête de dépit et repris la route.


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MessageSujet: Re: Etrusca Disciplina   Mer 24 Déc - 15:19

Chapitre 4 : Bolsena




Une fois parvenu sur les rives du Lac, j'abandonnai le véhicule de location et me dirigeai vers le port ; le prochain bac ne partirait pas avant une dizaine de minutes. Je m'assis au bord de l'embarcadère et feuilletai nerveusement le carnet de Lydia.

journal a écrit:
18 avril
Mirko est de plus en plus exalté. Il ne parle plus que des voies sacrées qui mènent à Agharti. J'ai l'impression qu'il est persuadé que le Livre d'Or d'Alma Mater lui permettra d'entrer réellement dans les mondes souterrains. Ce matin, il m'a bousculée lorsque je lui ai demandé s'il plaisantait ou s'il croyait vraiment à ces légendes.
La plupart des autres membres du groupe ne semblent pas choqués plus que ça de son comportement, mis à part Daniela. J'essaie de la convaincre de laisser tomber, mais elle souhaite poursuivre ; elle veut trouver l'emplacement du Fanum avant tout.
J'hésite à continuer. Mirko a confisqué tous les téléphones du groupe car ils ne veut qu'aucune information ne filtre avant la fin de la mission. C'est à peine s'il me laisse prendre des notes dans mon carnet.

19 avril
Ils ont sorti un moulage du Foie de Plaisance. Ils se prennent vraiment pour des haruspices ! Le pire c'est qu'ils comptent sur moi pour déchiffrer les oracles dans les viscères de mouton.
Avec mes connaissances, j'en serai presque capable, je connais le Foie de Plaisance par cœur, je pourrais presque le dessiner à main levée. Je ne sais plus quoi faire. Si je ne joue pas le jeu, ils seraient capables... J'en sais rien.

20 avril
J'ai réussi ! J'ai trouvé le passage vers le Fanum Voltumnae. J'y crois pas ! Tout ça à cause d'un foie de mouton. C'est complètement insensé mais ça a marché. L'île de Bisentina est bien le sanctuaire sacré. Les gravures du Livre d'Or disaient vraies : seuls les rites de l'Etrusca Disciplina pouvaient révéler son emplacement. Mirko pense l'avoir repéré, non loin de l'ancienne prison des hérétiques.
On part d'ici une heure.
Tout est possible, désormais !




Je n'attendis pas que la vedette fut correctement amarrée et sautai sur le ponton de Bisentina sous les insultes du batelier. Je pressentais que Lydia s'était fourrée dans de sales draps depuis quelques temps, mais ses derniers témoignages m'en convainquirent tout à fait. Je me précipitai vers le centre de l'île, suivant les quelques panneaux indiquant les sites remarquables. Je longeai une sente de terre battue en direction de la prison médiévale lorsque je perçus plusieurs cris joyeux. Je fonçai dans les fourrés ; les ronces et les fougères me fouettaient les jambes et j'entendis mon jean se déchirer avant de dévaler devant le tertre où la mission Fanum était réunie.

L'espace dégagé entre les cyprès et les pins formait un amphithéâtre naturel. Je vis Lydia, les yeux écarquillés et la bouche en sang. Elle se tenait agenouillée auprès d'un grand barbu exalté. Mirko, à n'en pas douter. Il tenait dans ses deux mains levées un cratère de terre cuite noir duquel coulait un liquide pourpre. Lydia recueillait le sang de cette offrande, curieusement vêtue d'une tunique à frange. La scène me parut à la fois sordide et ridicule. Je me dirigeai droit vers ma sœur pour la secouer et l'arracher à cette bacchanale insensée. Sitôt que je l'empoignai pour la relever, Mirko s'interposa et me menaça de son vase. La puanteur d'entrailles tièdes m'écœura : à mes pieds gisait la dépouille d'un agneau fraîchement égorgé.

« Mais qu'est-ce que vous foutez là, bordel ?!
— Qui es-tu ? Pourquoi tu veux interrompre notre cérémonie ?
— C'est toi Mirko ?
— Tu peux m'appeler Tarchon. C'est mon nom désormais.
— Conneries ! Debout, Lydia ! Je vais te tirer de là.
— Pourquoi tu es venu jusqu'ici ? Calme-toi et regarde, on est sur le point d'ouvrir la porte d'Agharti et...
— T'es folle ou quoi ? Qu'est-ce qu'il t'a fait boire ?
Rien. Je suis désormais une prêtresse de la nouvelle dodécapole. Nous allons  accéder aux savoirs perdus de...
— Comment est-ce que tu peux croire à ces conneries ? Merde !
— Regardez ! »

Il devait être midi ou treize heures, c'était la mi-journée de l'équinoxe de printemps. Le moment exact où plus de deux mille ans de cela, les haruspices et les prêtres étrusques vénéraient chaque année la venue de Tagès. Le génie répondait chaque printemps à l'appel de ses adorateurs et leur confiait les secrets des dieux et de la nature. Pendant des siècles cette tradition fut connue des seuls Étrusques, lesquels avaient bâti leur civilisation et leur culture autour de cette religion révélée. Beaucoup d'autres peuples entretenaient avec eux des relations commerciales et diplomatiques, dans le seul but d'apprendre les arts divinatoires : lire dans les entrailles ou la foudre, reconnaître les signes des dieux dans le vol des oiseaux ou le mouvement de la terre et de la pierre.




Ce que je vis ce jour-là, tenant ma sœur fermement contre moi, je ne saurai l'expliquer.  Tout ce que je puis vous dire, c'est qu'il m'aura fallu beaucoup de force pour retenir Lydia, pour ne pas la laisser disparaître avec les autres. Tous les autres.

Après que le gouffre lumineux se fut refermé sur eux, je restai de longues heures, l'esprit vide, ne percevant rien d'autres que les pleurs de Lydia.

Je retrouvai mes esprits bien plus tard, alors que les premières étoiles pointaient timidement au dessus du lac volcanique. Je ressentais une frustration monstrueuse, comme si je venais de gâcher la plus grande occasion de ma vie, l'opportunité de devenir riche au-delà de tout fantasme. Lydia se morfondait contre le tronc d'un cyprès, elle était restée plusieurs heures à gratter la terre, là où le puits de lumière s'était tenu pendant quelques secondes.

Là où Mirko et les siens avaient disparu à tout jamais. Ainsi que tous mes espoirs de connaître un jour les vérités du monde. Toutes les vérités.





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MessageSujet: Re: Etrusca Disciplina   Mer 24 Déc - 15:39

Notes


J'ai arpenté il y a de cela plusieurs mois (années ?) les chemins de l'Étrurie.

Des paysages incroyables et des témoignages de cette antique civilisation, j'ai ramené plus que de beaux souvenirs de vacances.

Emprunter les chemins sinueux creusés à même le tuf, dans ces caves oubliées du monde et des âges, est une expérience unique. D'autant plus que très peu de personnes connaissent leurs emplacements, en dehors de quelques rares habitants de la région qui en ont gardés précieusement le souvenir.

Parce que ces vie cave sont aujourd'hui vides de présence humaine, il est d'autant plus aisé de ressentir la magie des lieux. Encore plus que dans les nécropoles découvertes à ce jour, et dont certaines peuvent être visitées.

Si le cadre de cette nouvelle est bien évidement fictif, il repose sur des éléments tirés de l'Etrusca Disciplina, rites et traditions antiques de ce peuple qui n'existe plus aujourd'hui.

Le Fanum Voltumnae, les livres d'or, le foie de Plaisance, le livre de Zagreb, le mythe de Tagès et l'alphabet étrusque reste encore des mystères, que quelques très rares scientifiques et historiens étudient depuis peu d'années.

Il n'en demeure pas moins que les Étrusques ont été parmi les peuples les plus avancés et riches du bassin méditerranéen, leur influence s'étendant sur toute cette zone.

J'ai voulu retranscrire au mieux les impressions et les ambiances des villes traversées, sans toutefois en faire un simple carnet de voyage.

J'espère que l'expérience vous aura plue Heureux

En tout cas j'ai pris beaucoup de plaisir à rédiger cette nouvelle et à réaliser les recherches préalables.
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MessageSujet: Re: Etrusca Disciplina   Jeu 25 Déc - 22:31

Le séjour a l'air de t'avoir vraiment marqué, tu m'as fait ressentir une impression de voyage dans ta nouvelle. Et j'ai vraiment apprécié cette sensation, moi qui adore partir à l'étranger. Le style est entraînant, j'ai était pris du début jusqu'à la fin sans interruption. Malgré tout, j'ai trouvé le passage sur Lydia un peu lourd...ou disons plutôt, un peu trop "accentué". Tu m'as donné l'impression d'avoir voulu rajouter du contenu pour étoffer le texte (pour le passage avec Lydia dans le chapitre 1 toujours Bleu )

Les photos; superbes au passage; accentuent la plongée au cœur du voyage. Si tu en a d'autres n'hésite pas à nous les partager.

J'ai remarqué une ou deux petites fautes (surement d’inattention) mais rien de scandaleux.

Merci pour le voyage, cT un bon moment que lire cette nouvelle. Vraiment vraiment vraiment !

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MessageSujet: Re: Etrusca Disciplina   Ven 26 Déc - 3:14

La fin est tellement... frustrante Larmoyant
Spoiler:
 

Les photos étaient les bienvenues, non seulement cela m'a permis de visiter depuis mon bureau des recoins perdus d'Italie ; mais elles ont de plus la vertu de mieux faire digérer les descriptions, de la même façon qu'un verre d'eau claire vient alléger un repas copieux C\'est cela

Le personnage de Lydia était très intéressant. J'ai particulièrement apprécié de jeter un coup d’œil voyeur à son journal intime, qui en quelques lignes lui a vraiment donné une personnalité réaliste et attachante.

Le héros, à l'inverse, est plutôt fade Blagueur Il semble n'éprouver que très peu de sentiments, ne sourit jamais, ne dit jamais plus que ce qu'il faut dire. Il vient en Italie uniquement pour faire plaisir à ses parents, et exercer son très sérieux rôle de "grand frère" auprès de sa sœur. Le fait d'être en vacances ne semble lui apporter aucune joie ; il se dépêche de finir ce pour quoi il est venu, sans chercher à profiter.
dvb a écrit:
Ils avaient tout à fait l'allure à laquelle je m'attendais : des étudiants dépenaillés qui se forçaient à s'amuser comme des gosses. Je pris un air sévère et irrité de circonstance et me mis à les passer en revue afin de dénicher ma sœur.
On peut pas faire beaucoup plus barbant Complice
(le héros me fait penser à l’Étranger de Camus)
Ce n'est pas une critique cependant, cela n'a rien d'inapproprié, mais du coup je me demande : était-ce un choix de faire un tel héros, ou bien est-ce simplement ton style d'écriture ? (ou alors y a-t-il encore une autre raison ?)
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MessageSujet: Re: Etrusca Disciplina   Ven 26 Déc - 13:31

Oui, c'est totalement volontaire Heureux

J'ai écris cette nouvelle à peu près en même temps qu'une autre où le personnage central est complètement vidé de sa substance : il est présent au coeur de l'intrigue, puisqu'il mène une enquête de place en place (un peu comme le frère de Lydia), et pourtant il est transparent et invisible.

Ici, le frère de Lydia (qui d'ailleurs n'a pas de nom ni de description), est narrateur. Pourtant il est lui aussi assez transparent et inexistant dans son genre ><

En fait je voulais planter l'ambiance dans un contexte froid et cartésien par le biais de ce personnage narrateur plutôt insipide. En fait il me fait penser à certains de ces touristes qui n'aiment pas voyager, qui vont en vacances par obligation et qui portent un regard faussement critique sur les lieux qu'ils traversent, se limitant à pleurnicher et râler. Les français sont d'ailleurs assez forts pour cet exercice Très Heureux

Pour l'anecdote, lorsque je visitai la nécropole de Tarquinia, l'un des sites les plus impressionnants d'Etrurie (on peut descendre dans les tombes souterraines et découvrir les chambres funéraires décorées et peintes à même la roche par des artistes venus de tout le bassin méditerranéen), il y avait deux groupes de visiteurs : des étudiants américains qui s'émerveillaient à chaque tombe, et des retraités français qui se plaignaient que le guide aurait pu trouver un meilleur restaurant qu'une buvette de musée où il n'y avait que des escaliers souterrains à visiter et quelques alignements de cailloux ronds en plein soleil, sans banc à l'ombre.

Le frère de Lydia est aussi le genre de pourceau à qui on lance des perles Heureux



Quant à savoir si c'est inhérent à mon style d'écriture... Je sais pas ! J'espère pas. A toi de me le dire, c'est toi le lecteur; c'est toi le mieux placé pour répondre à la question Très Heureux  
(ceci dit quand tu te seras fait ton idée, je veux bien ta réponse ^^)


Enfin, en ce qui concerne la fin frustrante... bah c'est une nouvelle, hein ! C'est fait pour être court et tenir en 40 000 caractères ><




http://www.necropoliditarquinia.it/blog/video-l-a-necropoli-su-youtube
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MessageSujet: Re: Etrusca Disciplina   Ven 26 Déc - 19:17

Ok, donc ce sont les touristes les plus grognons qui t'ont inspiré ce héros Peintre (plus l'autre nouvelle que tu étais en train d'écrire).

Quand j'étais plus jeune, je détestais accompagner mon père faire du tourisme ; j'avais l'impression que l'objectif était plus de tout voir/visiter dans le temps imparti (et de prendre des centaines de photos), plutôt que de prendre le temps de réellement s'imprégner d'un lieu ou d'une œuvre d'art (quitte à délaisser les autres), et de comprendre pourquoi cela nous parle ou nous fait de l'effet.
C'est comme regarder cinq films en accéléré, quand on a juste le temps d'en voir un : frustrant, et fatiguant.

Pour ce qui est de ton style, je ne saurais trop t'aider pour le moment, puisque Etrusca Disciplina est le seul récit de toi que j'ai lu Blagueur
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