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 La truite et le charbon

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Nicolas



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MessageSujet: La truite et le charbon   Jeu 5 Fév - 17:04

La truite et le charbon




Un véhicule brinquebalant s'immobilise dans la grande cour. Deux soldats en décadenassent la lourde porte arrière et en font sortir bien plus d'hommes que ce qu'on pourrait croire qu'il puisse contenir. Les misérables sont enchaînés et violemment traînés vers le sinistre chantier dont Anjon est le bâtisseur. Le gnoll géant s'équipe méticuleusement de ses instruments de travail : deux énormes pognes de fer garnies de pointes sur les premières phalanges. Il ricasse bruyamment ; son office de zélote lui est si doux. Il empoigne le premier hérétique de la file par les épaules et avec une délicatesse maniérée le dépose contre l’écœurant édifice en construction. « Tu peux encore renier ta foi et reconnaître le dieu-charbon, petit paysan. » Le jeune homme sue à grosses gouttes et son visage est tordu par la terreur et le dégoût. « Oui, oui, je renie... je renie ! » Anjon le toise avec sérieux, puis découvre ses dents brûlées et administre un chaleureux sourire. « Bien, je vais demander à ce qu'on te relâche. » Le zélote repose à terre le paysan et se dirige vers les gardes de la carriole. Il se retourne subitement et en deux enjambées est sur le pauvre homme, ses poings gantés de fer s'abattent mortellement contre son torse, son crâne, ses membres. Il n'a même pas eu le temps de crier et le voilà à son tour encastré dans la monstrueuse pyramide de chair éclatée, une brique humaine parmi des centaines d'autres. Les autres hérétiques s'effondrent dans le sang des pavés, à la vue du sort qui les attend. Anjon ricasse si fort que les gardes portent leurs mains aux oreilles : son office de zélote lui est si doux. Sur l'estrade au centre de la cour, le roi Madek regarde silencieusement les monuments à la gloire du dieu-charbon se bâtir.


Demetir gravit quatre à quatre les marches qui mènent à la tour nord. « Doucement, mon vieux, je n'ai pas votre verdeur ! » L'Hiérophante halète, s'appuie quelques secondes à la rambarde de l'escalier puis poursuit son ascension. A la porte de la chambre du roi, ils sont annoncés par deux gardes en armure rutilante: « Le Grand Chambellan et l'Hiérophante ! » Le souverain est presque invisible sous la masse des couvertures brodées au motif d'une carpe argentée, le symbole de sa famille depuis quatre générations. Il est amaigri par la maladie et on ne lui donne plus que quelques jours, sinon heures, à vivre. Le roi Wendel tourne vers ses sujets un visage raviné par une existence de malheurs. Demetir prend la main rabougrie dans la sienne. « Monseigneur, des nouvelles désastreuses nous parviennent du Levant. Votre, oncle, le duc Madek, multiplie les exécutions sur ses terres, au nom de son dieu noir. » L'ecclésiastique déglutit, essuie la sueur de son front et prend la parole : « Il fait décapiter les pères puis rendre les carcasses étêtées aux familles... farcies d'un poison volatil. » Le roi presse la main du Chambellan, les yeux envahis de tristesse, écoute les mots de son vieil ami. « Sire, depuis l'exécution... hé bien, à l'heure qu'il est, votre oncle est le seul héritier du trône. Avec votre disparition, le pays tout entier sera soumis à la loi de ce dieu-charbon. Ce n'est pas... Sire ! Vous devez agir ! Vous avez encore le pouvoir de désigner un successeur. Il n'aura pas la légitimité de votre oncle mais entre un boucher vassal de la nuit et quiconque aura votre aval, le peuple suivra votre choix. Si vous ne pouvez écrire, l'Hiérophante recevra votre aveu et le rendra licite. » L'odeur de mort et d'excrément se fait plus prégnante, impose son rôle de quatrième protagoniste. « Sire, nous vous en conjurons ! » Le roi fixe Demetir en silence. Son regard n'est pas vide, il est plein d'un torrent d'émotions : tristesse, rancœur, mais aussi angoisse et colère. Ses lèvres restent closes, sa main desséchée comprime avec une force inattendue celle du Chambellan.


« Au nom du roi Wendel, les individus sont reconnus coupables de vol de chevaux et sanctionnés comme tels. Que le bourreau fasse son office. » Les deux criminels sont poussés sur l'estrade par un garde ridiculement petit qui les fouette aux reins de son étoile du matin. Ils sont introduits dans une cage couverte en son intérieur de pieux métalliques. Sumac, le nouveau Hiérophante du royaume, fait un signe solennel en direction du bourreau. Ce dernier pose ses mains cyclopéennes sur la manivelle et, bandant ses muscles, ébranle le mécanisme. Les parois de la cage se rapprochent au rythme régulier de la rotation des engrenages. Les condamnés poussent d'affreux cris alors que les pics viennent les transpercer de toutes parts puis les écraser l'un contre l'autre. En un ultime effort, le demi-ogre entame le tour qui brise leurs squelettes fragilisés par la disette. Quelques applaudissements courent dans la foule ; l'entrain n'est pas là, ça n'est pas pour ça que les paysans sont venus si nombreux. Sumac déglutit et tamponne son front. Il transpire dans son lourd attirail doré. La raison de la démission de son prédécesseur et de l'impatience populaire s'avance à son tour pour être jugée : Iulot, fils unique de Wendel, héritier du trône, accusé et reconnu d'imprécation contre les dieux. Tout juste vingt-et-un ans. Il a le visage inondé de larmes et deux gardes doivent le soutenir pour qu'il ne s'effondre pas. Il implore des yeux son père le roi trônant au fond de l'estrade. L'Hiérophante guette à son tour une réaction royale. Les faits blasphématoires doivent être jugés avec sévérité mais bien des choses peuvent se soumettre à la discrétion des rois. Les accusateurs, un couple d'aubergistes dévoyés et trois hommes qui jouaient aux cartes, pouvaient finir leurs jours au fond du lac dans une indifférence relative. Un jeune homme apprécié de beaucoup et rendu vulnérable par la mort de sa mère, il pouvait être pardonné. Il peut d'ailleurs l'être encore. Cela s'est déjà vu plus d'une fois : le père du père de Wendel avait publiquement pardonné à une paysanne accusée d'avoir volé de quoi nourrir ses enfants. La clémence est une vertu divine. Ému, l'Hiérophante entame le verdict. « Au nom du roi Wendel... » Il ménage une longue pause, se tourne vers son suzerain, prie pour son intervention. On n'entend que les sanglots du prince. L’ecclésiastique implore les dieux de pardonner l'offense et de desceller les lèvres du roi. Rien. « L'individu est reconnu coupable d'imprécation et sanctionné comme tel. Que le bourreau fasse son office. » Recroquevillé au sol et suppliant qu'on le réveille de son cauchemar, le prince est traîné par les gardes jusqu'à une deuxième cage.


Le prince Iulot a trois ans et rit aux éclats. Sa mère la reine a posé sur sa tête une branche tordue et fait mine d'être un cerf. Une partie de campagne a été organisée à la faveur d'un temps radieux et la famille royale se prend au jeu d'un déjeuner sur l'herbe en comité restreint. Les domestiques sont restés au château et les gardes sont à distance de cri. Le chapon était délicieux et, exceptionnellement, on verse un peu de vin de châtaigne dans la coupe du prince. Le goût sucré le ravit. Le roi Wendel, comme un homme du peuple, va se soulager dans les fourrés à une centaine de mètres. Lorsqu'il franchit la butte qui donne sur le lieu du déjeuner, le bucolisme a fait place à l'abjection. Deux hommes ceinturent et bâillonnent la reine. On a tiré son jupon sur ses chevilles et un troisième lui claque les fesses en gloussant. Iulot est tranquillement assis dans l'herbe, semblant hésiter sur comment réagir à ce désordre. « Oh, mon gros bourgeois, tu tombes à pic ! Mes amis et moi, on allait justement donner une leçon de danse à ta bourgeoise. » Il défait son pantalon, se presse contre le bas-ventre de la reine, avec un râle de satisfaction, puis s'active avec brusquerie. Le roi est comme étourdi et ses grands yeux se perdent dans ceux de sa femme, où se mêlent la honte et le désespoir. « Tu dis rien, mon bourgeois ! Ça te plaît ? Tu as besoin de voir comment on s'y prend. Je sais pas comment ça se passe avec toi, mais là, elle adore. Pas vrai les gars ? » Les brutes acquiescent et rient bruyamment. Wendel presse son fils face contre lui pour lui éviter la vue de cette profanation. « Ben, laisse-le voir ! Au moins, il sera plus dégourdi que son père. » Iulot ne comprend rien sinon qu'un drame intime se joue entre ses parents. Sa mère hurle dans son bâillon. Le chef des vauriens glapit et se relève, prenant son temps pour remonter son pantalon, son vit dressé et suintant en ultime offense. « Madame, monsieur, petit, ç'a été un plaisir. J'espère qu'il a été partagé. » Quand Iulot se retourne, les trois hommes ont disparu et son père rhabille sa mère. Il flotte dans l'air des flammes qui taquinent la nuque du jeune enfant. « Pourquoi tu n'as rien dit, Wendel ? Je suis souillée maintenant !Pourquoi tu n'as rien fait, pourquoi tu n'as pas appelé au secours ? Quelle espèce de roi misérable, tu fais ! » Son père prend sa tête dans ses bras, se recroqueville. « Je ne pouvais pas. Je ne pouvais pas. » Sa mère virevolte autour d'eux, ses bras s'élèvent et s'abaissent à un rythme infernal. «Lâche ! Tu as laissé faire, tu n'as pas appelé, et devant ton fils ! Wendel, tu ne mérites pas d'être roi ! Ça n'est pas la première fois que tu te montres si pleutre, si ? Quand ton frère... - Tais-toi ! » Elle devient cramoisie. Il répète : « Tais-toi ! » Iulot regarde les mains de son père autour du cou de sa mère, il observe les tendons se bander, les veines se gonfler. Un souffle caresse le visage mouillé du jeune prince.


C'est une lourde nuit d'été. Toute la famille royale est réunie au pavillon d'ambre. Au sommet des coupoles flottent les bannières à la truite argentée et leurs mouvements hypnotisent le jeune prince Wendel, entrant dans sa dixième année. Il a trop mangé de desserts, son ventre est gonflé. Il s'émerveille de la disposition des étoiles selon le plan des dieux. Il sait que c'est de l'orgueil mais il ne peut s'empêcher d'y voir son propre rôle au sein d'une constellation en forme de truite : fils de roi, futur frère et conseiller de roi, l'un des jeunes hommes les plus intelligents du royaume aux dires de beaucoup. Un cliquetis résonne sur le marbre du balcon et le tire de ses rêveries. Intrigué, le prince passe la tête par-dessus la toile de son lit aérien. Grande comme un âne, une créature abominable rôde dans le large couloir qui mène aux chambres. Une chimère ! Une bouche immense, indescriptible, toute en largeur et en dents prolonge une tête étroite où ne brille la lueur d'aucun œil. Le corps, trapu, est rugueux et luisant, comme celui d'un crapaud sorti de sa mare et se perche sur huit longues pattes extrêmement fines, semblables à celles d'un faucheux. Une queue touffue qui traîne sur le sol parachève ce grossier assemblage. Wendel se blottit dans son drap en essayant de se rendre invisible au monstre et l'épie du coin de l’œil. Il ne se sent pas en sécurité, bien qu'en hauteur. L'horreur hésite, tourne sur elle-même, puis s'engage pas la seule porte entr'ouverte, celle de la chambre de Scol, son grand-frère. Le prince est terrorisé. Il veut crier, prévenir ses parents, les gardes, qu'une chimère vient d'entrer dans la chambre de Scol. Mais rien ne sort de sa bouche. Les sons se bousculent contre ses dents, contre ses lèvres, sa gorge le brûle. Il engage toute son âme dans un appel libérateur, un cri d'amour fraternel. Quand il ouvre la bouche, un air corrosif embrase sa langue, l'entrave dans l'atonie. Les larmes lui montent aux yeux. Il voudrait taper dans ses mains à en réveiller tout le pavillon mais il reste paralysé. Conscient mais impuissant, Wendel attend. Un cri d'horreur résonne dans les coursives.


La vieille femme racle de sa cuillère les derniers morceaux de viande restés collés au bol. Son maître, le duc, la regarde avec intérêt dévorer le modeste plat qu'il lui a fait servir, cependant que du plat de la main, il martèle impatiemment la table. « Oh merci, Monseigneur, merci ! J'avions tellement faim ! » Madek lève sa chaise et la déplace pour s'assoir à côté d'elle. « Dites-moi, Ellia, êtes-vous une bonne croyante ? » Sans un soupçon de méfiance, elle lui répond qu'elle se rend quotidiennement au temple ou prie à l'autel lorsqu'il lui est difficile de se déplacer. « Et croyez-vous en le dieu-charbon ? - Oh non, monseigneur, ça, ce sont des balivernes de taverne ! » Un sourire jubilatoire déforme le visage du duc alors que, sous la table, sa dague perfore le ventre de la vieille. De son autre main, il la pousse à terre mais sa chute n'est pas interrompue par le sol, elle est engloutie à travers un carrelage qui a perdu toute substance. Un soupir de satisfaction et une voix aux intonations inhumaines résonnent dans la bibliothèque. « Hummm ! J'adore les hérétiques ! Madek, mon violent petit ministre, que me vaut cette charmante libation ? Ahah ! Non, laisse-moi deviner ! J'aime autant les devinettes que les offrandes. Tu as bien rosi, mon cher Madek. Qui t'a courroucé ainsi ? Ne dis rien, ne dis rien ! Oh oh oh ! Un garnement, ah ah, et de sang royal, évidemment. Sinon, tu te serais arrangé seul. Comme tu dois te sentir impuissant, mon Madek... Ridiculisé par un marmot tout juste torché ! Devant ton frère le roi ! AH AH AH ! Tu veux une réparation, Madek, tu veux la justice ? Ah ah, non, tu veux la vengeance, mon sanguin petit fauve ! J'en fais mon affaire, Madek ! Le petit bâtard va bien vite apprendre le silence. Ça, il continuera à cancaner à tort et à travers, à amuser son monde, mais quand il en aura réellement besoin, ses badines resteront aussi récalcitrantes qu'un con de moniale. Tu peux être réjoui, Madek : le prince Wendel souffrira bientôt plus que n'importe qui de sa condition de truite. »


Scol époussette pour la troisième fois de la soirée son épaule couverte d'une poussière marron. L'éprouvant voyage jusqu'au château de son oncle n'était que l'antichambre de l'enfer compartimenté que constituait cette visite : il faut maintenant supporter le climat abominable du Levant, son atmosphère étouffante et terreuse, la pesanteur inouïe qui se dégage de cette semi-ruine et surtout l'exécrable attitude leur hôte, camouflant son hostilité manifeste dans une gangue d'obséquiosité. Le repas est tellement frugal qu'il soupçonne le duc Madek d'avoir fait servir moins que son ordinaire. « J'espère que vous aviez bien mangé, mon frère. » Le roi Davenel cherche un bon mot, ne le trouve pas. « Disons que nous avons mangé. » Le duc rumine. « Je vous reçois avec joie, Sire, mais vous faire honneur est difficile tant mes terres sont infécondes. » Ses propos trahissent une rancœur profonde, celles d'un drame familial dont le prince ne connaît pas les ressorts. Le duc arpente la salle à manger de sa silhouette élancée. Scol est révulsé par son allure, sans pouvoir mettre le doigt sur la cause exacte de ce dégoût. Madek s'arrête à hauteur de Wendel, qui s'amuse tranquillement avec le contenu du poêle, un tisonnier à la main. L'homme s'agenouille auprès de l'enfant. « Prends garde, mon jeune neveu, en jouant avec les braises et le charbon, on titille les démons. Ils ont leur part au Levant, mais une âme noire, cela fait déjà beaucoup pour une seule famille. » Sans se retourner, le prince Wendel lui répond. « Mon oncle, monsieur le duc, je n'ai que six ans et j'ai pourtant passé l'âge de croire les superstitions de primitifs. Si je voulais l'avis d'un fou, je n'aurais eu qu'à demander à Mère de nous conduire dans les bicoques de nos serviteurs : il y a d'assez beaux cas parmi certains vieux. Je ne saurais dire si c'est le souffre qui émane de vos terres ou si l'âge vous déconvient précipitamment, mais vous devriez songer à moins ébruiter vos coquecigrues. Vous êtes déjà la risée de la famille, épargnez-vous le mal d'être celui de vos gens. »
Les yeux écarquillés, Scol regarde son jeune frère dont la surprenante répartie vient de pétrifier leur oncle. Il est abasourdi par son audace, sa tranquillité mais aussi l'aisance avec laquelle il manie la langue. Le roi Davenel lui aussi est interdit, mais un sourire de fierté apparaît progressivement sur son visage, de pair avec la peine qu'il a de le dissimuler. Madek, estomaqué, fixe son frère, attendant, sinon une cuisante calotte, au moins la réprobation de l'insolent. Un long silence cautionne son humiliation. Victorieusement, effrontément, le prince Wendel sifflote.

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Green Partizan
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MessageSujet: Re: La truite et le charbon   Ven 20 Mar - 13:15

Eh beh, faut se l'avaler celle-ci.
Quelle ambiance ! On n'est mal à l'aise du début à la fin.
Côté narration, il faut le temps de se faire aux différents noms mais ensuite ça se déroule tout seul, on perçoit bien la structure, et on n'a plus qu'à se laisser couler à rebours le long du fil des évènements.

Bravo pour cette redoutable nouvelle !

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