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 Fer et Sang.

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Lilith
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MessageSujet: Fer et Sang.   Ven 4 Sep - 11:39

Spoiler:
 



Fer et Sang.

Je regardais la jeune fille avec une intense curiosité. Elle avait la tête baissée et tremblait visiblement entre les mains de ses gardes. Ses cheveux blonds aux reflets roux me cachaient la plus grande partie de son visage. Sa peau était blanche et laiteuse, elle avait l’air très douce. Pourtant elle ne dégageait rien de doux, au contraire. Son corps était tendu comme un arc près à céder sous la pression, ses mains se tordaient inlassablement entre ses menottes de plastique qui lui rougissaient les poignets. Même à l’abri de sa chevelure, je sentais son regard, avide, désespéré, affamé. Elle paraissait sur le point de bondir au moindre bruit mais se laissait docilement guider par les deux hommes qui l’encadraient. Je lançais un regard circonspect à mon hôte qui me rendit un sourire éblouissant. Il posa une main amicale sur mon épaule, toujours souriant, et tendit l’autre bras pour indiquer deux larges fauteuils. Je m’installais à ses cotés. La fille n’était plus là, emmenée pour les besoins de la démonstration. Elle réapparut quelques instants plus tard de l’autre coté de la vitre qui me faisait face. Je reportais toute mon attention sur elle. on l’avait placée au centre d’une toute petite pièce. Trois murs de béton brut et une vitre transparente. Elle posa un instant son regard sur moi. Il me terrifia. Dans ses yeux je lus tellement de haine et d’envie mélangées qu’un frisson glacé me dévala l’échine. Je me renfonçais dans mon siège.

— C’est une moléculaire ?

— Non, élémentaire mon cher ami.

— Alors elle ne se régénère pas plus vite, c’est dommage.

— Non mais son élément est très intéressant. Elle module l’acier. Nous la gardons sous confinement spécial.

Je haussais un sourcil surpris, et ravi. Voilà qui promettait d’être intéressant.

— A-t-elle une spécialité ?

— Oui, on peut dire ça. Disons que nous avons réussi à la mater mais ce fut long et laborieux. Cependant elle est excellente dans son domaine vous verrez.

— Et le prix sera à la hauteur de son talent j’imagine.

— Vous imaginez bien, me sourit mon compagnon. Maintenant, profitons du spectacle, ça risque d’être assez rapide. Faites amener le moléculaire !

***

Elle avait mal aux bras. Où était-elle ? Que se passait-il ? Elle releva la tête, comme émergeant d’une sorte de transe. Une fraction de seconde s’envola dans un cri muet. Elle regarda ses mains pleines de sang, noir et luisant. Ça lui faisait comme des gants sombres et visqueux. Au bout de sa main droite, l’arme dégouttait sur le sol carrelé. Un flash douloureux s’imposa dans son esprit. On avait fait rentrer un homme. Il était drogué, il bavait, elle avait eu peur. En titubant il s’était approché d’elle, elle avait voulu fuir. Fuir ces bras tendus, ce regard vide. Mais la pièce était close et elle tremblait trop. Cela faisait tellement longtemps qu’on la retenait enfermée dans cette prison de plastique. Trop longtemps qu’on l’empêchait de moduler les choses, les objets. Toute cette énergie retenue dans son corps, la dévorait de l’intérieur, comme un animal qui tourne dans une cage trop petite, qui guette la faille pour jaillir. Alors elle la vit, la brèche qu’elle attendait depuis si longtemps, sous la forme d’une paire de ciseaux abandonnée là, à même le sol. Minuscules, un outil de manucure, à peine plus grand que la paume de sa main. Son instinct la submergea et la bête s’arracha de sa cage dans un grondement furieux. Puis tout était flou. Elle reporta à nouveau son regard sur la paire de ciseaux qui s’agitait devant elle. Les petites lames autrefois fines et brillantes faisaient maintenant plus de trente centimètres de long. Trente centimètres d’acier noir et rouillé, effilés comme des rasoirs et couverts d’hémoglobine coagulée. Elle releva la tête, son bras s’agitant toujours devant elle, comme animé d’une vie propre. Ses yeux s’agrandirent, entre horreur et plaisir. Un sourire carnassier mêlé d’effroi s’étala sur son visage. Elle sombra à nouveau dans le néant, son corps inlassablement mouvant et meurtrier.

***

Je ne pouvais détacher mon regard de la fille. Elle m’hypnotisait, m’absorbait tout entier dans sa danse macabre. Sa tunique et son pantalon, autrefois beige, étaient maculés de sang carmin qui lui faisait comme une robe mortelle. Ses cheveux avaient pris une teinte rougeâtre qui lançait des éclairs sous la lumière des néons. Son visage et son cou semblaient littéralement transpirer du sang. Elle bougeait à une vitesse incroyable, presque surhumaine. Les petits ciseaux laissés à son intention s’étaient métamorphosés entre ses mains en une arme monstrueuse et implacable. Elle tranchait dans la chair, les muscles et les tendons, visant le torse, le cou et le ventre de son adversaire. Le sang giclait en fontaines écarlates. C’était magnifique et terrible à la fois. L’homme face à elle subissait ses assauts sans pouvoir se défendre, elle virevoltait autour de lui comme une déesse vengeresse. Assailli sous les attaques, son corps luttait pour se régénérer après chaque blessure infligée. De mon fauteuil, bien à l’abri derrière la vitre maculée de trainées rouges, je pouvais voir sa peau s’ouvrir et se retendre, les fibres de ses muscles se rejoindre et tenter de se réparer. Mais la fille était trop rapide même pour cet organisme aux capacités extraordinaires. C’était une effroyable boucherie, exécutée avec une grâce et une violence absolue. En quelques minutes tout fut fini. L’homme s’écroula au sol, sa mutation vaincue par une autre, plus puissante, plus désespérée. La jeune fille accompagna le corps de sa victime dans sa chute et continua de s’acharner sur la dépouille inerte. Sans m’en rendre compte je m’étais approché et j’avais collé mon front à la vitre pour mieux l’observer. Sur son visage rouge, deux traces roses s’écoulaient de ses yeux à son menton, sillons plus clairs et humides. Je la regardais pleurer, frappant encore et encore. J’étais toujours dans la même position quand on vint la chercher. Mon ami me parlait, débout à côté de moi, babillant sur le prix, le talent et la docilité de la fille. Mais moi, je n’avais d’yeux que pour cette minuscule paire de ciseaux qui gisait au sol, poisseuse et inoffensive.

***

Il faisait froid. De la buée blanche s’échappait de ses lèvres glacées. La fille resserra sa cape rouge autour de ses épaules et observa la forêt, immobile sous son manteau de neige. L’air lui-même semblait s’être figé autour d’eux. Le bruit des chiens leur arriva, porté par le vent. Ils étaient encore loin, mais ils arrivaient. Inéluctablement, ils les trouveraient. Une onde de panique la traversa. Un tremblement saisit ses mains déjà bleuies par le froid. Elle réalisa qu’il n’y avait rien dans la forêt, rien pour l’aider, rien à moduler, pas de fer, pas d’acier, rien que des arbres et des feuilles. Elle tourna son regard vers l’homme qui l’accompagnait. Assis contre un arbre, il comprimait la blessure qui gouttait à son ventre.

— Je suis désolé, murmura-t-il. Je voulais t’aider mais je crois que j’ai échoué.

Elle ne répondit rien, il n’y avait rien à dire. Elle allait se détourner quand la bête en elle se remit à faire des ronds, impatiente, le regard tourné vers l’homme agonisant. Alors elle comprit. Lentement, comme un chasseur prudent devant une proie inconnue, elle s’accroupit devant l’homme blessé, sa cape s’étalant autour d’elle comme une corolle. Elle plongea ses yeux dans ceux de l’homme et tendit la main vers lui. Il hurla de douleur alors qu’elle fouissait dans ses entrailles déchiquetées du bout des doigts. Ses cris allaient exciter les chiens qui les poursuivaient. Ça et l’odeur du sang. Elle n’avait pas le choix. Elle enfonça plus franchement sa main dans l’abdomen déchiré jusqu’à refermer le poing sur la balle qui avait ouvert le passage. Elle la retira d’un geste. L’homme ne bougeait presque plus, ses yeux toujours noyés dans les siens. Il leva la main vers elle et elle eut un mouvement de recul. Il sourit, du sang perla à la commissure de ses lèvres et il lui indiqua la forêt d’un doigt tremblant. Elle se releva d'un bond et s’enfuit entre les arbres. Le regard de l’homme la suivit, brulant entre ses omoplates, tandis que la cape rouge disparaissait entre les arbres.

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D.A.

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MessageSujet: Re: Fer et Sang.   Ven 4 Sep - 12:02

Preum's ! Juste quand je furetais dans les sections pour trouver quelque chose de savoureux à me mettre sous la dent. Quel timing.

Ce qui a vraiment suscité un sentiment de peur en moi ce n'est pas la fille : c'est les ciseaux. Cette paire a priori inoffensive qui se mue en arme effroyable, je trouve que c'est un passage de l’inconscient fort bien retranscrit. Bravo. Je n'ai pas de mal à imaginer la place que cet objet du quotidien pouvait revêtir dans un rêve.

Mike va te taper sur les doigts si tu ne mets pas les bons tirets (—). Te voilà prévenue.

Merci pour la lecture. J'ai beaucoup apprécié  Bleu



Lilith a écrit:
Elle réapparue (réapparut) quelques instants plus tard de l’autre coté de la vitre qui me faisait face.

Lilith a écrit:
De mon fauteuil, bien à l’abri derrière la vitre maculée de trainées rouge (traînées rouges), je pouvais voir sa peau s’ouvrir et se retendre, les fibres de ses muscles se rejoindre et tenter de se réparer.

Lilith a écrit:
La fille resserra sa cape rouge autour de ses épaules et observa la forêt autour d’eux, immobile sous son manteau de neige. L’air lui-même semblait s’être figé autour d’eux.

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Lilith
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MessageSujet: Re: Fer et Sang.   Sam 5 Sep - 1:00

Tout a été corrigé, merci Ana Heureux

Et merci pour ton commentaire. Moi aussi dans ce rêve j'ai été particulièrement choqué par les ciseaux et la façon dont la fille (moi) s'en servait. C'était d'une violence inouïe même pour moi!

Heureux

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Lepzulnag

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MessageSujet: Re: Fer et Sang.   Sam 5 Sep - 12:44

Hé bien, tu fais des rêves sacrément épiques ! Je croirais lire un marvel novel  Content

Je ne vais pas rentrer dans le détail, mais j'ai deux remarques qui je pense pourraient t'être utiles même par la suite :

- dans le premier paragraphe, il y a une petite confusion imparfait/passé simple à la première personne des verbes du premier groupe :
Lilith a écrit:
Je regardais la jeune fille avec une intense curiosité. Elle avait la tête baissée et tremblait visiblement entre les mains de ses gardes. Ses cheveux blonds aux reflets roux me cachaient la plus grande partie de son visage. Sa peau était blanche et laiteuse, elle avait l’air très douce. Pourtant elle ne dégageait rien de doux, au contraire. Son corps était tendu comme un arc près à céder sous la pression, ses mains se tordaient inlassablement entre ses menottes de plastique qui lui rougissaient les poignets. Même à l’abri de sa chevelure, je sentais son regard, avide, désespéré, affamé. Elle paraissait sur le point de bondir au moindre bruit mais se laissait docilement guider par les deux hommes qui l’encadraient. Je lançais (lançai) un regard circonspect à mon hôte qui me rendit un sourire éblouissant. Il posa une main amicale sur mon épaule, toujours souriant, et tendit l’autre bras pour indiquer deux larges fauteuils. Je m’installais (m'installai) à ses cotés. La fille n’était plus là, emmenée pour les besoins de la démonstration. Elle réapparut quelques instants plus tard de l’autre coté de la vitre qui me faisait face. Je reportais (reportai) toute mon attention sur elle. on l’avait placée au centre d’une toute petite pièce. Trois murs de béton brut et une vitre transparente. Elle posa un instant son regard sur moi. Il me terrifia. Dans ses yeux je lus tellement de haine et d’envie mélangées qu’un frisson glacé me dévala l’échine. Je me renfonçais (renfonçai) dans mon siège.


- ensuite, c'est à propos de l'utilisation des "comme".

En premier lieu, j'ai été absolument charmé quand j'ai lu cette comparaison :
Lilith a écrit:
Elle regarda ses mains pleines de sang, noir et luisant. Ça lui faisait comme des gants [...]

Mais par la suite, je me suis aperçu qu'elle avait été vilement plagiée !
Lilith a écrit:
Sa tunique et son pantalon, autrefois beige, étaient maculés de sang carmin qui lui faisait comme une robe [...]

J'ai alors fait un CTRL+F, rechercher "comme", tout surligner, et je me suis rendu compte que ce mot avait parfois été utilisé à outrance.
Puisque je ne l'avais pas remarqué sans la recherche automatique, je suppose que ce n'est pas grave, mais il y a un paragraphe tout de même où ils sont particulièrement florissants :
Lilith a écrit:
Elle avait mal aux bras. Où était-elle ? Que se passait-il ? Elle releva la tête, comme émergeant d’une sorte de transe. Une fraction de seconde s’envola dans un cri muet. Elle regarda ses mains pleines de sang, noir et luisant. Ça lui faisait comme des gants sombres et visqueux. Au bout de sa main droite, l’arme dégouttait sur le sol carrelé. Un flash douloureux s’imposa dans son esprit. On avait fait rentrer un homme. Il était drogué, il bavait, elle avait eu peur. En titubant il s’était approché d’elle, elle avait voulu fuir. Fuir ces bras tendus, ce regard vide. Mais la pièce était close et elle tremblait trop. Cela faisait tellement longtemps qu’on la retenait enfermée dans cette prison de plastique. Trop longtemps qu’on l’empêchait de moduler les choses, les objets. Toute cette énergie retenue dans son corps, la dévorait de l’intérieur, comme un animal qui tourne dans une cage trop petite, qui guette la faille pour jaillir. Alors elle la vit, la brèche qu’elle attendait depuis si longtemps, sous la forme d’une paire de ciseaux abandonnée là, à même le sol. Minuscules, un outil de manucure, à peine plus grand que la paume de sa main. Son instinct la submergea et la bête s’arracha de sa cage dans un grondement furieux. Puis tout était flou. Elle reporta à nouveau son regard sur la paire de ciseaux qui s’agitait devant elle. Les petites lames autrefois fines et brillantes faisaient maintenant plus de trente centimètres de long. Trente centimètres d’acier noir et rouillé, effilés comme des rasoirs et couverts d’hémoglobine coagulée. Elle releva la tête, son bras s’agitant toujours devant elle, comme animé d’une vie propre. Ses yeux s’agrandirent, entre horreur et plaisir. Un sourire carnassier mêlé d’effroi s’étala sur son visage. Elle sombra à nouveau dans le néant, son corps inlassablement mouvant et meurtrier.

Tu t'es même offert la friandise, à la fin, d'en mettre deux dans la même phrase :
Lilith a écrit:
Lentement, comme un chasseur prudent devant une proie inconnue, elle s’accroupit devant l’homme blessé, sa cape s’étalant autour d’elle comme une corolle

Trop de comparaisons, tuent les comparaisons. Attention à ces "comme" donc (:


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Goldmund

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MessageSujet: Re: Fer et Sang.   Sam 5 Sep - 12:45

Citation :
Je lançais un regard circonspect à mon hôte qui me rendit un sourire éblouissant.

« Je lançai », c’est du passé simple, pas de l’imparfait. Il y en a plusieurs à la suite. Je ne sais pas si ça t'aidera, mais on peut distinguer à l'oral l'imparfait du passé simple : la terminaison de l'imparfait se prononce "è" et celle du passé simple "é".
Citation :

Toute cette énergie retenue dans son corps, la dévorait de l’intérieur

Pas besoin de virgule entre le sujet et son verbe : ce n’est pas vraiment une « faute », mais c’est un signe d’oralité fort qui tranche avec le style très littéraire de cette nouvelle.

Citation :
Puis tout était flou.

Cet imparfait est surprenant, il casse la dynamique du récit : on attendrait plutôt un passé simple (Puis tout devint flou) ou encore un présent, choix plus audacieux mais justifié par la violence de la scène (Tout est/devient flou)

Citation :
Sa tunique et son pantalon, autrefois beige

« Beiges », tous les adjectifs de couleur ne sont pas variables, mais lui l’est.

Citation :
étaient maculés de sang carmin qui lui faisait comme une robe mortelle

Soit tu dis « étaient maculés d’un sang carmin qui lui faisait… », soit « étaient maculés de sang carmin, ce qui lui faisait… » : l’antécédent de la relative doit être actualisé (il doit référer à quelque chose de précis).

C'est franchement pas mal. Dans les derniers commentaires que j'ai fait sur Ter Aelis, je revenais souvent sur le fait de "malmener" un peu sa syntaxe, de lui donner un côté moins carré pour qu'elle gagne en vie et en énergie : c'est une chose que tu gères à la perfection tout au long de cette nouvelle. J'ai repéré quelques tics d'écritures, tu abuses un peu des appositions et des corrections : elles donnent une couleur un peu poétique au texte, elles génèrent un déséquilibre agréable, mais si tu recours trop souvent au même procédé à quelques lignes d'écart, ton lecteur distingue les ficelles et cesse d'être dupe. C'est le cas ici (je souligne) :
Citation :
Elle regarda ses mains pleines de sang, noir et luisant.
Fuir ces bras tendus, ce regard vide.
Trop longtemps qu’on l’empêchait de moduler les choses, les objets.
comme un animal qui tourne dans une cage trop petite, qui guette la faille pour jaillir
C'est vraiment du point de détail, en vérité je n'ai pas grand chose à dire sur l'écriture : ton style est classique mais solide. L'alternance des points de vue, c'est quelque chose qu'on nous sert vraiment à toutes les sauces, mais tu as su t'emparer de ce cliché avec une certaine finesse : on passe d'un point de vue interne (le "je" de l'observateur) au discours indirect libre (la voix du narrateur se confond avec celle du sujet d'expérience). La narration passe ainsi d'un personnage à l'autre sans pour autant élucider complètement l'intériorité de ton héroïne aux ciseaux, dont les pensées ne nous sont rapportées, précisément, que de manière "indirecte". Ton récit est mystérieux, un peu décousu, et par dessus tout il ne cherche pas à imposer une signification donnée aux événements qu'il rapporte : il n'en est que plus riche.

Si les ciseaux t'intéressent, je te conseille de lire les toutes premières pages d'Enfance, de Sarraute. C'est un coussin, non un être humain qui est éviscéré, mais la signification du geste (à la fois érotique et destructeur) est assez proche.


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Goldmund

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MessageSujet: Re: Fer et Sang.   Sam 5 Sep - 12:56

J'ai posté en même temps que Lepzulnag : d'accord sur tous les points. Je n'avais pas vu les "comme" à la première lecture, mais il y en a quand même beaucoup.

Vous savez, il y a eu tout un débat au siècle dernier sur ce "comme", entre Reverdy (qui l'utilise beaucoup lui aussi) et Breton (qui préfère l'association au rapprochement, la métaphore à la comparaison). Schématiquement, la métaphore crée une équivalence ("Aujourd'hui les roses sont bleues, le bois c'est du verre") alors que la comparaison suggère un lien pour mieux le dénoncer par la suite (si tu es "comme moi", tu n'es pas tout à fait moi). C'est une très belle chose qu'un "comme", mais c'est aussi une chose fragile qui doit rester rare.
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Lilith
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MessageSujet: Re: Fer et Sang.   Lun 7 Sep - 11:25

Merci à vous deux pour vos commentaires détaillés Heureux

J'ai bien noté le problème de temps, je vais le corriger!
Et oui, je plaide coupable pour les "comme" c'est une maladie mais j'essaie de me soigner. Je vais essayer de reprendre ça aussi et je posterai une nouvelle version corrigée !

Citation :
La narration passe ainsi d'un personnage à l'autre sans pour autant élucider complètement l'intériorité de ton héroïne aux ciseaux, dont les pensées ne nous sont rapportées, précisément, que de manière "indirecte". Ton récit est mystérieux, un peu décousu, et par dessus tout il ne cherche pas à imposer une signification donnée aux événements qu'il rapporte : il n'en est que plus riche.

J'ai tendance à faire de la narration alternée pq ça m'aide dans la progression de l'histoire. Dans ce rêve notamment je suis les deux personnages, l'homme et la femme. Mais je ne peux pas rendre les deux au "je" à l'écris, et il m'a semblé moins violent de passer sous silence le moment où je suis cette fille qui tue un homme (c'était extrêmement violent à rêver).
Le récit est assez décousu car il est exactement tel que je m'en souviens, pour moi ça me semble cohérent pq j'ai les images en tête. Mais il ne s'intègre pas dans un tout plus vaste que ce qu'il m'en reste et je n'ai pas ressenti le besoin de l'étoffer. C'était juste mon rêve en fait, je l'ai trouvé vif, je voulais l'écrire pour le garder quelque part. Merci pour les mots gentils Heureux
Citation :

Si les ciseaux t'intéressent, je te conseille de lire les toutes premières pages d'Enfance, de Sarraute. C'est un coussin, non un être humain qui est éviscéré, mais la signification du geste (à la fois érotique et destructeur) est assez proche.

Je vais aller voir ça !

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