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 Poésie Moderne et Contemporaine

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Masculin Nombre de messages : 505
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MessageSujet: Poésie Moderne et Contemporaine   Sam 19 Sep - 11:15


Dans le fouillis de branches
les bras étendus vers le vide
ça te pique les yeux
ce soleil qui pulse te traverse
jusqu'à ta naissance

la neige roule sur tes paupières
s'ouvrent se ferment
sur la nudité des arbres

ne résiste pas à casser les vitres
de l'enfance pour rejoindre
les mouvements de la terre

palpitation des feuilles
tu ne trembles plus
tu respires la simplicité de l'air
jusqu'à l'oubli de ton histoire



Cécile Guivarch
Revue Contre-Allées n° 19-20. 2006
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Masculin Nombre de messages : 505
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MessageSujet: Re: Poésie Moderne et Contemporaine   Dim 20 Sep - 11:02

VAGABOND


En aucune
partie
du monde
je ne peux
m'établir

A chaque
nouveau
climat
que je rencontre
je reconnais
avec lassitude
qu'une fois déjà
je m'y étais
habitué

Et je m'en détache toujours
étranger

Je vins au monde
retour d'époque trop
vécues

Jouir d'un instant
seul de vie
initiale

Je cherche un pays
innocent


Camp de Mailly, mai 1918




Giuseppe Ungaretti
écrit en 1918, et traduit de l'italien par Philippe Jaccotet .
Extrait du recueil "Vie d'un homme", Gallimard. :

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Goldmund

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Masculin Nombre de messages : 2123
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MessageSujet: Re: Poésie Moderne et Contemporaine   Dim 20 Sep - 11:33

(Très heureux de lire du Ungaretti sur ce forum, c'est un poète que j'aime particulièrement.)

"Chemin tournant" (Sources du vent, Reverdy)

Il y a un terrible gris de poussière dans le temps
Un vent du sud avec de fortes ailes
Les échos sourds de l'eau dans le soir chavirant
Et dans la nuit mouillée qui jaillit du tournant
des voix rugueuses qui se plaignent
Un goût de cendre sur la langue
Un bruit d'orgue dans les sentiers
Le navire du coeur qui tangue
Tous les désastres du métier
Quand les feux du désert s'éteignent un à un
Quand les yeux sont mouillés comme
des brins d'herbe
Quand la rosée descend les pieds nus sur les feuilles le matin à peine levé
Il y a quelqu'un qui cherche
Une adresse perdue dans le chemin caché
Les astres dérouillés et les fleurs dégringolent
A travers les branches cassées
Et le ruisseau obscur essuie ses lèvres molles à peine décollées

Quand le pas du marcheur sur le cadran qui compte
règle le mouvement et pousse l'horizon
Tous les cris sont passés tous les temps se rencontrent
Et moi je marche au ciel les yeux dans les rayons
Il y a du bruit pour rien et des noms dans ma tête
Des visages vivants
Tout ce qui s'est passé au monde
Et cette fête
Où j'ai perdu mon temps
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Masculin Nombre de messages : 505
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MessageSujet: Re: Poésie Moderne et Contemporaine   Lun 21 Sep - 10:26

Qu'il est beau ce texte de Reverdy ! Merci pour le partage Content

.....


L'océan s'entête à monter. Les eaux viennent mordiller les doigts de pied qui traînent là. Et personne ne recule. Personne ne tente d'échapper aux dents de lait des vagues. Aux morsures humides qui brillent au crépuscule. À ces minuscules piqûres dont on subit l'inconstance. Le vent. La nuit. L'air frais et les moutons. Les mégots qui se glissent entre les lèvres du ciel. Et dont on ne se détourne pas.

Au devant tout est mort. Le jour s'accroche à notre dos pour atteindre le bout de la plage.



Extrait du recueil "Passant l'été"
de Jean-Baptiste Pedini
Editions Cheyne - Prix de la vocation. 2012.

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Goldmund

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MessageSujet: Re: Poésie Moderne et Contemporaine   Lun 21 Sep - 10:52

Plus bas que moi, toujours plus bas que moi se trouve l'eau. C'est toujours les yeux baissés que je la regarde. Comme le sol, comme une partie du sol, comme une modification du sol.

Elle est blanche et brillante, informe et fraîche, passive et obstinée dans son seul vice : la pesanteur; disposant de moyens exceptionnels pour satisfaire ce vice : contournant, transperçant, érodant, filtrant.

A l'intérieur d'elle-même ce vice aussi joue : elle s'effondre sans cesse, renonce à chaque instant à toute forme, ne tend qu'à s'humilier, se couche à plat ventre sur le sol, quasi cadavre, comme les moines de certains ordres. Toujours plus bas : telle semble être sa devise : le contraire d'excelsior.

*

On pourrait presque dire que l'eau est folle, à cause de cet hystérique besoin de n'obéir qu'à sa pesanteur, qui la possède comme une idée fixe.

Certes, tout au monde connaît ce besoin, qui toujours et en tous lieux doit être satisfait. Cette armoire, par exemple, se montre fort têtue dans son désir d'adhérer au sol, et si elle se trouve un jour en équilibre instable, elle préférera s'abîmer plutôt que d'y contrevenir. Mais enfin, dans une certaine mesure, elle joue avec la pesanteur, elle la défie : elle ne s'effondre pas dans toutes ses parties, sa corniche, ses moulures ne s'y conforment pas. Il existe en elle une résistance au profit de sa personnalité et de sa forme.

Liquide est par définition ce qui préfère obéir à la pesanteur, plutôt que maintenir sa forme, ce qui refuse toute forme pour obéir à sa pesanteur. Et qui perd toute tenue à cause de cette idée fixe, de ce scrupule maladif. De ce vice, qui le rend rapide, précipité ou stagnant ; amorphe ou féroce, amorphe et féroce, féroce térébrant, par exemple ; rusé, filtrant, contournant ; si bien que l'on peut faire de lui ce que l'on veut, et conduire l'eau dans des tuyaux pour la faire ensuite jaillir verticalement afin de jouir enfin de sa façon de s'abîmer en pluie : une véritable esclave.

Cependant le soleil et la lune sont jaloux de cette influence exclusive, et ils essayent de s'exercer sur elle lorsqu'elle se trouve offrir la prise de grandes étendues, surtout si elle y est en état de moindre résistance, dispersée en flaques minces. Le soleil alors prélève un plus grand tribut. Il la force à un cyclisme perpétuel, il la traite comme un écureuil dans sa roue.

*

L'eau m'échappe... me file entre les doigts. Et encore ! Ce n'est même pas si net (qu'un lézard ou une grenouille) : il m'en reste aux mains des traces, des taches, relativement longues à sécher ou qu'il faut essuyer.

Elle m'échappe et cependant me marque, sans que j'y puisse grand-chose.

Idéologiquement c'est la même chose : elle m'échappe, échappe à toute définition, mais laisse dans mon esprit et sur ce papier des traces, des taches informes.

*

Inquiétude de l'eau : sensible au moindre changement de la déclivité. Sautant les escaliers les deux pieds à la fois. Joueuse, puérile d'obéissance, revenant tout de suite lorsqu'on la rappelle en changeant la pente de ce côté-ci.


Francis Ponge, "De l'eau" (Le parti pris des choses).
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MessageSujet: Re: Poésie Moderne et Contemporaine   Mer 23 Sep - 11:31

le jardin est à cueillir quand l'éternité
dit bonjour
avec des doigts qui ouvrent ta main
à la nuit
en renversant les fruits dans le désordre
des saisons
le jardin pousse dans l'arbre plein d'air
tu respires
sans vouloir décrire aucun ciel bleu
je rougis
tes connaissances jardinent ma bordure
mon oiseau



°


le fenêtre du matin s'ouvre au vent
pousse le
rideau qui tire nos yeux au jour
plein de nuit
tu ouvres les arbres et les oiseaux
tirent les
lignes d'un coin à l'autre jusqu'au
ciel sans nues
et s'engouffre le monde des ondes
ta bouche
entend nos rêves qui volent devant
le plein jour



Serge Ritman,
Extrait de "tu es claire mes nuits".
Parus dans le numéro double 21. 22 de la revue Contre-Allées.

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Cassiopée
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Pseudo : Maelun
Pseudo : Lucia

MessageSujet: Re: Poésie Moderne et Contemporaine   Jeu 15 Oct - 2:13



La Rose et le Réséda (Louis Aragon, 1943)


Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Tous deux adoraient la belle
Prisonnière des soldats
Lequel montait à l'échelle
Et lequel guettait en bas
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Qu'importe comment s'appelle
Cette clarté sur leur pas
Que l'un fût de la chapelle
Et l'autre s'y dérobât
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Tous les deux étaient fidèles
Des lèvres du coeur des bras
Et tous les deux disaient qu'elle
Vive et qui vivra verra
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Quand les blés sont sous la grêle
Fou qui fait le délicat
Fou qui songe à ses querelles
Au cœur du commun combat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Du haut de la citadelle
La sentinelle tira
Par deux fois et l'un chancelle
L'autre tombe qui mourra
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Ils sont en prison Lequel
A le plus triste grabat
Lequel plus que l'autre gèle
Lequel préfèrent les rats
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Un rebelle est un rebelle
Nos sanglots font un seul glas
Et quand vient l'aube cruelle
Passent de vie à trépas
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Répétant le nom de celle
Qu'aucun des deux ne trompa
Et leur sang rouge ruisselle
Même couleur même éclat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Il coule il coule il se mêle
A la terre qu'il aima
Pour qu'à la saison nouvelle
Mûrisse un raisin muscat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
L'un court et l'autre a des ailes
De Bretagne ou du Jura
Et framboise ou mirabelle
Le grillon rechantera
Dites flûte ou violoncelle
Le double amour qui brûla
L'alouette et l'hirondelle
La rose et le réséda

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