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 The stars aren't talking / Les étoiles ne parlent pas

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D.A.

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Féminin Nombre de messages : 667
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MessageSujet: The stars aren't talking / Les étoiles ne parlent pas   Mar 27 Oct - 13:37


Ce court texte est le produit d'un instant particulier qui n'a d'autre but que celui de transmettre une image.
Je pense qu'il n'y a pas grand chose à y changer, mais je suis ouverte aux avis.


The stars aren't talking


Elle entre dans la salle sans plafond d’un pas rare, celui de ceux qui ont trouvé ce qu’ils cherchent. L’espace parcouru d’étoiles s’étend au-dessus d’elle et sous le plateau où elle marche, elle ressent leur mouvement, la conjonction infiniment délicate de cercles que cela représente.

Elle le voit au milieu de la salle blanche. Allongé sur un monument surélevé, sa peau est métallique et ses yeux fermés. Aucun mouvement de respiration. Elle avance vers lui la bouche entrouverte, sans parvenir à croire ce qu’elle a sous les yeux. Ce profil lui appartient. Alors qu’elle approche du monument et le découvre sous de nouveaux angles, elle sent les larmes lui tirailler l’intérieur. Ses lèvres tremblent d’anticipation quand elle se trouve assez proche pour poser la main sur lui. Elle ne réfléchit pas quand elle monte à ses côtés pour le regarder.

Ses cheveux blonds lui tombent dessus. Elle recouvre son torse large et son cou de mèches claires.
Elle le chevauche d’amour et pleure au-dessus de lui. Elle embrasse les lèvres de métal âpre. Un sillage de cauchemar lui reste sur la bouche, qu’elle adore. Elle embrasse ses cils, ses tempes, ses épaules et ses cheveux figés.
Il est d’une splendeur antique, tout entier figé dans cette roche souple.

(Il est si parfait maintenant.)

Cette pensée la traverse et la dérange mais ne s’attarde pas.
Anéantie par sa passion, elle se cale près de lui sur la pierre froide et s’endort sous l’univers qui ne cesse de bouger.



Le calme est revenu dans la pièce d’ivoire où les étoiles s’agitaient dans le ciel. Il n’y a rien à part le monument et les murs de marbre blanc. La trouée sur l’espace est obsédante. La fille n’entend plus que sa respiration. Ce son s’avère être l’un des plus terrifiants qu’elle ait jamais eu dans les oreilles. Sa respiration, seule dans l’univers.
Couchée au côté du dieu endormi, les astres passent sur son visage en points blafards, oscillent sur la chair blanche de sa peau et dans ses yeux ouverts.
Elle relève la tête pour admirer le visage de l’homme. Le menton froid, les paupières scellées, les tracés prononcés de son anatomie. Il est plus impressionnant encore vu sous cet angle.
Elle se love contre lui et profite de l’accalmie qui s’est emparée d’elle. Alors qu’elle pose la main gauche au niveau de ses côtes, elle distingue le D. qu’elle a tatoué en noir sur le flanc, juste sous l’index.
Pourquoi ce D. ?
Il y a comme un trou dans sa mémoire.

La vérité remonte comme un courant vers la surface.

La statue de métal reste imperturbable quand elle se redresse pour la surplomber. Elle réalise une chose qui la glace toute entière de douleur. Il n’a que l’essence du souvenir.
Elle avait toujours su qu’elle pourrait le reconnaître si elle l’avait en face d’elle. Pas parce qu’il ressemblerait à ce dont elle avait le souvenir, cet état de fait était corrompu depuis longtemps. Elle le saurait en voyant l’étendue troublante de ses imperfections, ces ratures dans ce qu’elle avait fantasmé, dans toutes les déformations qu’elle avait fait subir à son souvenir. Elle l’avait rendu sublime mais désespérément vide. Elle le saurait en voulant tomber à genoux devant cette grandiose incarnation d’imprévisibilité.

Mais il est parfait sur cette table. Parfait.

Les étoiles s’agitent et hurlent la réponse dans leur course compliquée. La fille s’emplit d’une horreur ancienne.

Cette fille, c’est moi.



Je me redresse dans tout le dégoût que j’éprouve pour ma propre faiblesse. Pourquoi ne suis-je pas en rage ? Pourquoi la colère ne s’exprime à travers moi qu’en tristesse annihilante ?
J’ai des voix dans la tête et je tente de leur laisser l’espace suffisant pour être entendues. Elles émergent du chaos et des guerres qui prennent naissance dans mon esprit, particulièrement claires cette fois.

(Il ne se réveillera pas, parce qu’il n’est pas ici. C’est une coquille vide. Une statue. Une projection. Il n’est pas ce que tu crois. Il te l’a déjà dit. Tu es couchée sur un produit de ton imagination au lieu d’aller chercher le véritable être caché derrière.)

La douleur m’atteint dans mes retranchements. Je regarde tout autour. C’est un espace enfermé dans l’univers. La porte par laquelle je suis entrée a disparu depuis longtemps. Je réalise l’ampleur dramatique de l’erreur. Je suis gelée dans le temps depuis des heures. Des années. Maintenant je regarde le ciel.

(On ne peut pas être nulle part.)

Voilà ce qui m’attend. De longues nuits de solitude avec mes cicatrices et ma mémoire, chaque seconde passée à lutter contre l’obsédant besoin que j’éprouve pour cette chambre. Et toujours ce terrifiant silence qui me suit où que j’aille.

(Mais ce n’est pas réel. Ce n’est pas réel. Et si cette salle le devient un jour, c’est que tu auras perdu. Tu es proche de ce précipice aujourd’hui. Tellement proche d’amener ces illusions à la vie. Il faut que tu marches avant d’être avalée. Tu dois créer pour détruire.)

Je me dirige vers le bord de la salle blanche. Je lève les yeux vers la mer de planètes.

(Il n’y a pas de sens à pleurer les morts. As-tu oublié pourquoi ?)

— Il vit.

La fureur qui s’échappe de ma bouche par ces deux mots m’est familière, bien que très lointaine. J’ai dans mes yeux le destin de quelqu’un d’autre.

(Pas ici.)                             (Il est ailleurs.)                                   (Pas ici.)

Les murs tombent soudainement en arrière comme ceux d’un château de cartes. Ils s’écroulent sous la puissance de la vérité. Le sol se met à trembler et à vrombir, les dalles à s’ouvrir.
Je me retourne vers la statue de métal et hurle en la voyant s’affaisser sur elle-même, détruite par la violence des chocs qui envahissent la salle.

(Ce n’est pas lui.)

— C’est un rêve de lui !

(Détruis-le. Il t’écarte de la route. Détruis-le maintenant.)

Je me détourne à grand peine et marche jusqu’au bord de la salle ouverte. Devant moi, l’espace s’étale en silence indicible. Gigantesque. Infini.

(Tu n’y arriveras pas.)

Cette voix-là est bien différente des premières. C’est une tristesse fatidique couvrant un lit de mensonges. Un bruit d’insecte sous la surface corrompue d’une voix familière. Cet insecte-là, je l’écraserais sous mon pied sans l’ombre d’une hésitation.

Je me retourne une dernière fois vers la statue qui s’effondre. A chaque fois qu’on regarde en arrière, c’est un dé lancé avec un dévoreur de temps. Je saute dans l’espace muet alors que les larmes dévalent mes joues.
Ce visage de métal est plus beau que jamais avant de se disloquer dans les vagues de mon esprit.

_________________






Dernière édition par D.A. le Mer 28 Oct - 12:03, édité 1 fois
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Chikoun
Coordonnateur Littéraire


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MessageSujet: Re: The stars aren't talking / Les étoiles ne parlent pas   Mar 27 Oct - 15:10

Tout cela est très beau. Une sorte de gris argenté mêlé de rouge sur un fond bleu nuit. Une sensation....


J'ai adoré, dès la première phrase. Mais j'ai aussi aimé ces passages là :

Citation :
Voilà ce qui m’attend. De longues nuits de solitude avec mes cicatrices et ma mémoire, chaque seconde passée à lutter contre l’obsédant besoin que j’éprouve pour cette chambre. Et toujours ce terrifiant silence qui me suit où que j’aille.

(Mais ce n’est pas réel. Ce n’est pas réel. Et si cette salle le devient un jour, c’est que tu auras perdu. Tu es proche de ce précipice aujourd’hui. Tellement proche d’amener ces illusions à la vie. Il faut que tu marches avant d’être avalée. Tu dois créer pour détruire.)


Citation :
Cette voix-là est bien différente des premières. C’est une tristesse fatidique couvrant un lit de mensonges. Un bruit d’insecte sous la surface corrompue d’une voix familière. Cet insecte-là, je l’écraserais sous mon pied sans l’ombre d’une hésitation.

Citation :

(Pas ici.) (Il est ailleurs.) (Pas ici.)



Je n'ai cependant pas aimé ce passage :


Citation :
Elle le saurait en voulant tomber à genoux devant cette grandiose incarnation d’imprévisibilité.





C'est intéressant comme au fil du texte, tu parsèmes l'image d'instants très lyriques. Comme des touches de couleur plus présentes.

A première lecture, je n'ai pas vu de faute particulièrement.

Le passage de la troisième personne à la première n'est pas mal venu. Ca joue bien dans cette prise de conscience, cette sorte d'illumination qu'elle a de tout ce qu'elle est.


Bref, je suis content que tu écrives autant en ce moment ! (: Et j'ai du coup d'autant plus hâte de lire L'Industrie des Cauchemars

_________________
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