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 la Valse

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Lilith
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MessageSujet: la Valse   Sam 4 Oct - 16:26

La Valse



Lilith se regarda dans le miroir. La rumeur de la grande salle de réception s’insinuait jusqu'à elle. Les mélodies échappées tombaient doucement dans son oreille.
Sa robe était parfaite, audacieuse mais sans excès, de circonstance pourtant et sans excentricité. Lilith considéra un instant cet attribut purement féminin, qui étalait au grand jour sa nature de femme ainsi que la classe a laquelle elle appartenait. La classe qui la possédait et qui la tenait entre ses filets. Elle se regarda dans cette robe, détestant et fière a la fois de ce reflet que la glace lui renvoyait.
Un coup d’œil à l’horloge lui logea une boule d’angoisse au creux de l’estomac. La musique se frayait toujours un chemin jusqu'à elle. 1, 2, 3,4. Danser. Lilith se répéta mentalement les conseils de sa mère déjà parmi les invités. Le dos droit, l’allure fière et grande. Sourire, quoiqu’il arrive. « Sois parfaite, cette fois-ci », les mots de cette mère la poussaient en avant autant qu’ils la blessaient, la déchiraient et mordaient au plus profond de sa chair. Dans la surface placide du miroir Lilith se vit enfant, au même endroit s’examiner de la même façon, s’entrainer, répéter inlassablement les même pas au rythme des réflexions maternelles. 1, 2, 3,4. Recommencer encore et encore, sans arrêt, jusqu'à l’épuisement. Et toujours cette déception, cette lassitude dans le regard de sa mère. Sa mère pour qui elle aurait tant voulu être parfaite, pour qui elle aurait tant voulu être la petite poupée coquette et fragile que cette dernière avait espéré. Sans succès.

Lilith regarda sa robe. Ses yeux erraient des fils croisés entre ses omoplates à la bordure du tissu ceintré autour de ses reins, s’échappant sur la jupe vaporeuse et légère qui soulignait la finesse de sa taille. Le bustier émeraude rappelait la couleur de ces yeux verts qui le considéraient. Elle s’attarda un instant sur ses cheveux et leur entrelacs complexes et minutieux, déplaça une mèche puis la replaça. Un soupir s’échappa de ses lèvres carmin. Elle se serait mordu jusqu’au sang que sa bouche n’aurait pu être d’une couleur plus intense. L’appréhension gagnait du terrain sur son ventre. Lilith commençait à paniquer. A quoi tout cela rimait-il ? Elle n’aimait pas danser, elle n’aimait pas ces réceptions ni les gens qui les accompagnaient. Elle détestait danser, et elle haïssait toutes ces filles de bonnes familles qui se bousculaient pour faire étalage de leur éducation et éblouir le beau monde. Qu’elle détestait ce monde où on voulait l’enfermer. Il lui bouffait le cœur et le temps, il la broyait dans ses codes et son étiquette, il la confondait dans on étroitesse d’esprit et son reactionisme patent. Et pourtant, pourtant elle faisait tout pour qu’il l’accepte. Elle se laissait vider de tout pour que ce monde auquel elle ne pouvait échapper mais qui semblait la rejeter toujours plus violemment l’accepte enfin en son sein. Que n’aurait-elle pas donner pour que toutes ces filles lui fassent une place dans leur cercle, pour trouver sa place et s’en satisfaire. Pour cela il fallait danser, pour cela il fallait être comme elles. Sa naissance l’avait placé au dessus de ces dernières, lui interdisant l’accès à leurs jeux, leurs discussions, leurs amitiés et la forçant à une perfection qu’elle n’arrivait pas à saisir.

Et il lui fallait danser. 1, 2, 3,4. La musique, tourbillonnait de plus en plus fort, envahissant tout. L’engloutissant tout entière, la rappelant a ce qui devait être. Lilith soupira. 1, 2, 3,4. Arrêt, mouvement et glissade, révérence. Un pas a droite, 2, a gauche, 3, fermer le carré, repartir. Se laisser guider par son partenaire sans se laisser aller. « Maitrise et grâce. » La boule dans son ventre grandissait toujours. Dans le miroir son alter ego dansait et valsait avec toute la grâce qui était attendu de Lilith, devant le miroir celle ci immobile s’imprégnait de cette danse qui l’emportait sur toutes les autres. Le regard du miroir plein d’assurance et son sourire charmeur faisait écho a celui plein de terreur de son double de chair et a la tension qui paralysait son visage. Lilith se flagella mentalement, il ne fallait pas céder à la panique. Il ne fallait pas se laisser engloutir par la peur, ni par leur rire, leurs chuchotements et leurs regards qui ne manqueraient pas de la suivre pas après pas. Des rires justement couvraient peu à peu la musique. La gorge de la jeune fille se serra comme pris dans un invisible étau. Elles arrivaient. Lilith respira un grand coup et se composa un visage plus approprié à la soirée. Un sourire attirant et distingué se crocheta à ses lèvres au moment ou la porte s’ouvrit. 1, 2, 3,4 avec grâce. Un joyeux brouhaha envahit soudainement la pièce alors qu’une demi douzaine de jeunes filles y pénétrait, les joues rouges, les yeux rieurs et le souffle court d’avoir trop dansé.
Liolia tourna la tète dans leur direction et leur sourit gentiment. Sans illusion. Elles la considérèrent une fraction de seconde, hochèrent de la tête où rendit un sourire par obligation plus que respect et reprirent leur discussion dans un froissement de robe.

Lilith se retourna vers le miroir ou son reflet dansait toujours. Son sourire s’évapora quand elle aperçut dans l’ombre du miroir les silhouettes des autres danseuses qui riaient dans son dos. Un dernier soupir s’échappa de sa gorge et le premier coup de minuit retenti. Les rires discrets se transformèrent en cris de joie et d’impatience. Les danseuses se ruèrent vers la porte puis reprenant contenance l’ouvrir et sortir avec toute la dignité qui les habitait. Lilith leur emboita le pas. L’enfilade des couloirs ne semblait ne jamais vouloir s’arrêter. Puis elle arriva au sommet de grand escalier. A ses pieds s’étalait la salle de réception pleine d’une foule bruyante et bigarrée. Cachée dans l’ombre portée d’une voute, Lilith attendit le dernier coup annonçant le nouveau jour, et la nouvelle année. Lorsqu’il mourut enfin les conversations s’éteignirent et dans un mouvement feutré elle s’avança dans la lumière.

Du sommet des marches elle contempla son monde en contrebas, son regard ricochait d’un visage a un autre, capta les yeux bleus de sa mère qui lui sourit. Sa poitrine se soulevait et s’abaissait rapidement. Elle prit une profonde inspiration et se jeta au milieu des loups dont les sourires révélaient sous elle leurs dents acérées. Elle descendit les marches promenant ses yeux sur les différents partis qui s’offraient à elle. Sur la surface polie de la rampe, son reflet dansait toujours.
Elle arriva à la dernière marche, une foule de jeunes hommes se pressait devant elle. A peine son pied toucha-t-il le parquet de la salle que son champ de vision fut tout entier occulté par une silhouette inconnue. Elle leva les yeux, rencontra un sourire amusé et deux pupilles grises. La silhouette pris délicatement sa main et l’entraina au centre du cercle des invités. Sa main sur ta taille, la tienne sur ta jupe, les autres ensembles.
Il lui sourit. Et, Lilith valsa.

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et dun charabia

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MessageSujet: Re: la Valse   Sam 4 Oct - 18:40

Jolie description de ces instants qui n'appartiennent qu'à nous, un moment de lecture très très très (au risque de me répéter..) agrèable...

Belle présentation, aucun effort de lecture à faire, manquerait peut être juste un peu de couleur (histoire de faire un chouilla mon tatillon :o ).

Bravo ! !
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Lilith
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MessageSujet: Re: la Valse   Lun 6 Oct - 23:25

Merci =)

pour la couleur je ne voyais pas comment faire bien que j'y ai pensé donc dans le doute j'ai preferé eviter la faute de gout ^^
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dale cooper

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MessageSujet: Re: la Valse   Mar 7 Oct - 0:49

En l'occurrence, je dirais que le faute de goût ne viendrait surement pas de cette très judicieuse absence de couleurs, mais plutôt de cette propension à vouloir absolument "numériser" vos chiffres.

"un, deux, trois, quatre"

Visuellement, pour un effet "intrinsèque" identique, je trouve que ça fait plus joli. Pouvoir lire les chiffres donne certes moins d'effet de rythme musical, au sens technique du solfège et de ses temps ou de ses pas, puisqu'ici il s'agit de danse, mais l'effet graphique de la formule, me semble rendre la répétition plus lancinante que que des 1.2.3.4


Mais c'est tout ce que je peux retrouver à redire au texte. Car si l'histoire ne m'a pas transporté, au moins le style et le vocabulaire (ainsi que l'orthographe ça va sans dire), m'ont très largement comblé. J'ai trouvé de jolies images, notamment pour ce qui était de l'appréhension se répandant dans le ventre de la jeune fille.

Le jeu de miroirs et de regards est également intéressant.
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MessageSujet: Re: la Valse   

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