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 Anthologie Poétique.

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Goldmund

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MessageSujet: Re: Anthologie Poétique.   Sam 25 Avr - 19:38

C'est toute la différence entre l'anthologie qui, conformément à son étymologie ("cueillir des fleurs") réunit un certain nombre d'oeuvres possedant une cohérence formelle et thématique, et la citation. Tu es pardonné bien sûr.


Dernière édition par Goldmund le Sam 25 Avr - 21:39, édité 1 fois
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Ruby

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MessageSujet: Re: Anthologie Poétique.   Sam 25 Avr - 19:46

Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.
J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers le Harfleur,
Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

Victor Hugo, Les contemplations
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Goldmund

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MessageSujet: Re: Anthologie Poétique.   Sam 25 Avr - 19:49

Encore un peu de Baudelaire, l'un de mes poèmes favoris. Je vous le fais de tête, la ponctuation est donc assez approximative. La troisième strophe est très célèbre. Je profite de l'occasion pour signaler que Jean-Louis Murat a interprété ce poème: par ici pour le lien. Soit dit en passant, sa prononciation et son respect de la scansion classique sont loins d'être parfaits.

L'Examen de minuit

La pendule, sonnant minuit,
Ironiquement nous engage
A nous rappeler quel usage
Nous fîmes du jour qui s'enfuit.
- Aujourd'hui, date fatidique,
Vendredi, treize, nous avons,
Malgré tout ce que nous savons,
Mené le train d'un hérétique.

Nous avons blapshémé Jésus,
Des dieux le plus incontestable.
Comme un parasite à la table
De quelque monstrueux Crésus.
Nous avons, pour plaire à la brute,
Digne vassale des Démons,
Insulté ce que nous aimons
Et flatté ce qui nous rebute.

Contristé, servile bourreau,
Le faible qu'à tort on méprise;
Salué l'énorme Bêtise,
La Bêtise au front de taureau;
Baisé la stupide matière
Avec grande dévotion,
Et de la putréfaction
Béni la blafarde lumière

Enfin, nous avons, pour noyer
Le vertige dans le délire,
Nous, prêtres orgueilleux de la Lyre
Dont la gloire est de déployer
L'ivresse des choses funèbres,
Bu sans soif et mangé sans faim.
- Vite, soufflons la lampe, afin
De nous cacher dans les ténèbres.
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Ruby

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MessageSujet: Re: Anthologie Poétique.   Sam 25 Avr - 20:17

La mort du Loup

Les nuages couraient sur la lune enflammée
Comme sur l'incendie on voit fuir la fumée,
Et les bois étaient noirs jusques à l'horizon.
Nous marchions sans parler, dans l'humide gazon,
Dans la bruyère épaisse et dans les hautes brandes,
Lorsque, sous des sapins pareils à ceux des Landes,
Nous avons aperçus les grands ongles marqués
Par les loups voyageurs que nous avions traqués.
Nous avons écouté, retenant notre haleine
Et le pas suspendu. -- Ni le bois, ni la plaine
Ne poussait un soupir dans les airs; Seulement
La girouette en deuil criait au firmament;
Car le vent élevé bien au dessus des terres,
N'effleurait de ses pieds que les tours solitaires,
Et les chênes d'en-bas, contre les rocs penchés,
Sur leurs coudes semblaient endormis et couchés.
Rien ne bruissait donc, lorsque baissant la tête,
Le plus vieux des chasseurs qui s'étaient mis en quête
A regardé le sable en s'y couchant; Bientot,
Lui que jamais ici on ne vit en défaut,
A déclaré tout bas que ces marques récentes
Annonçait la démarche et les griffes puissantes
De deux grands loups-cerviers et de deux louveteaux.
Nous avons tous alors préparé nos couteaux,
Et, cachant nos fusils et leurs lueurs trop blanches,
Nous allions pas à pas en écartant les branches.
Trois s'arrêtent, et moi, cherchant ce qu'ils voyaient,
J'aperçois tout à coup deux yeux qui flamboyaient,
Et je vois au delà quatre formes légères
Qui dansaient sous la lune au milieu des bruyères,
Comme font chaque jour, à grand bruit sous nos yeux,
Quand le maitre revient, les levriers joyeux.
Leur forme était semblable et semblable la danse;
Mais les enfants du loup se jouaient en silence,
Sachant bien qu'à deux pas, ne dormant qu'à demi,
Se couche dans ses murs l'homme, leur ennemi.
Le père était debout, et plus loin, contre un arbre,
Sa louve reposait comme celle de marbre
Qu'adorait les romains, et dont les flancs velus
Couvaient les demi-dieux Rémus et Romulus.
Le Loup vient et s'assied, les deux jambes dressées,
Par leurs ongles crochus dans le sable enfoncées.
Il s'est jugé perdu, puisqu'il était surpris,
Sa retraite coupée et tous ses chemins pris,
Alors il a saisi, dans sa gueule brulante,
Du chien le plus hardi la gorge pantelante,
Et n'a pas desserré ses mâchoires de fer,
Malgré nos coups de feu, qui traversaient sa chair,
Et nos couteaux aigus qui, comme des tenailles,
Se croisaient en plongeant dans ses larges entrailles,
Jusqu'au dernier moment où le chien étranglé,
Mort longtemps avant lui, sous ses pieds a roulé.
Le Loup le quitte alors et puis il nous regarde.
Les couteaux lui restaient au flanc jusqu'à la garde,
Le clouaient au gazon tout baigné dans son sang;
Nos fusils l'entouraient en sinistre croissant.
Il nous regarde encore, ensuite il se recouche,
Tout en léchant le sang répandu sur sa bouche,
Et, sans daigner savoir comment il a péri,
Refermant ses grands yeux, meurt sans jeter un cri.


J'ai reposé mon front sur mon fusil sans poudre,
Me prenant à penser, et n'est pu me résoudre
A poursuivre sa Louve et ses fils qui, tous trois,
Avaient voulu l'attendre, et, comme je le crois,
Sans ses deux louveteaux, la belle et sombre veuve
Ne l'eut pas laissé seul subir la grande épreuve;
Mais son devoir était de les sauver, afin
De pouvoir leur apprendre à bien souffrir la faim,
A ne jamais entrer dans le pacte des villes,
Que l'homme a fait avec les animaux serviles
Qui chassent devant lui, pour avoir le coucher,
Les premiers possesseurs du bois et du rocher.


Hélas! ai-je pensé, malgre ce grand nom d'Hommes,
Que j'ai honte de nous , débiles que nous sommes!
Comment on doit quitter la vie et tous ses maux,
C'est vous qui le savez sublimes animaux.
A voir ce que l'on fut sur terre et ce qu'on laisse,
Seul le silence est grand; tout le reste est faiblesse.
--Ah! je t'ai bien compris, sauvage voyageur,
Et ton dernier regard m'est allé jusqu'au coeur.
Il disait: " Si tu peux, fais que ton âme arrive,
A force de rester studieuse et pensive,
Jusqu'à ce haut degré de stoique fierte
Où, naissant dans les bois, j'ai tout d'abord monté.
Gémir, pleurer prier est également lâche.
Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
Dans la voie où le sort a voulu t'appeler,
Puis, après, comme moi, souffre et meurs sans parler."

Alfred de VIGNY
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MessageSujet: Re: Anthologie Poétique.   Mer 8 Juil - 21:29

L'Inquiétude

Qu’est-ce donc qui me trouble, et qu’est-ce que j’attends ?
Je suis triste à la ville, et m’ennuie au village ;
Les plaisirs de mon âge
Ne peuvent me sauver de la longueur du temps.

Autrefois l’amitié, les charmes de l’étude
Remplissaient sans effort mes paisibles loisirs.
Oh ! quel est donc l’objet de mes vagues désirs ?
Je l’ignore, et le cherche avec inquiétude.
Si pour moi le bonheur n’était pas la gaîté,
Je ne le trouve plus dans ma mélancolie ;
Mais, si je crains les pleurs autant que la folie,
Où trouver la félicité ?

Et vous qui me rendiez heureuse,
Avez-vous résolu de me fuir sans retour ?
Répondez, ma raison ; incertaine et trompeuse,
M’abandonnerez-vous au pouvoir de l’Amour ? ...
Hélas ! voilà le nom que je tremblais d’entendre.
Mais l’effroi qu’il inspire est un effroi si doux !
Raison, vous n’avez plus de secret à m’apprendre,
Et ce nom, je le sens, m’en a dit plus que vous.


Marceline Desbordes-Valmore, Élégies
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Ruby

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MessageSujet: Re: Anthologie Poétique.   Sam 18 Juil - 17:46

Il pleure dans mon coeur
Comme il pleut sur la ville;
Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon coeur?
O bruit doux de la pluie
Par terre et sur les toits!
Pour un coeur qui s'ennuie
O le chant de la pluie!
Il pleure sans raison
Dans ce coeur qui s'écoeure.
Quoi! Nulle trahison?...
Ce deuil est sans raison.
C'est bien la pire peine
De ne savoir pourquoi
Sans amour et sans haine
Mon coeur a tant de peine!

Paul Verlaine
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MessageSujet: Re: Anthologie Poétique.   Dim 19 Juil - 2:16

Le temps de vivre

Il a dévalé la colline
Ses pieds faisaient rouler des pierres
Là-haut entre les quatre murs
La sirène chantait sans joie

Il respirait l'odeur des arbres
Avec son corps comme une forge
La lumière l'accompagnait
Et lui faisait danser son ombre

Pourvu qu'ils me laissent le temps
Il sautait a travers les herbes
Il a cueilli deux feuilles jaunes
Gorgées de sève et de soleil



Les canons d'acier bleu crachaient
Des courtes flammes de feu sec
Pourvu qu'ils me laissent le temps
Il est arrivé près de l'eau

Il y a plongé son visage
Il riait de joie il a bu
Pourvu qu'ils me laissent le temps
Il s'est relevé pour sauter



Pourvu qu'ils me laissent le temps
Une abeille de cuivre chaud
L'a foudroyé sur l'autre rive
Le sang et l'eau se sont mêlés



Il avait eu le temps de voir
Le temps de boire à ce ruisseau
Le temps de porter à sa bouche
Deux feuilles gorgées de soleil

Le temps de rire aux assassins
Le temps d'atteindre l'autre rive
Le temps de courir vers la femme
Il avait eu le temps de vivre

Boris Vian
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Ruby

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MessageSujet: Re: Anthologie Poétique.   Mar 21 Juil - 23:06

Les Djinns


Murs, ville
Et port,
Asile
De mort,
Mer grise
Où brise
La brise
Tout dort.
Dans la plaine
Naît un bruit.
C'est l'haleine
De la nuit.
Elle brame
Comme une âme
Qu'une flamme
Toujours suit.
La voix plus haute
Semble un grelot.
D'un nain qui saute
C'est le galop.
Il fuit, s'élance,
Puis en cadence
Sur un pied danse
Au bout d'un flot.
La rumeur approche,
L'écho la redit.
C'est comme la cloche
D'un couvent maudit,
Comme un bruit de foule
Qui tonne et qui roule
Et tantôt s'écroule
Et tantôt grandit.
Dieu! La voix sépulcrale
Des Djinns!... - Quel bruit ils font!
Fuyons sous la spirale
De l'escalier profond!
Déjà s'éteint ma lampe,
Et l'ombre de la rampe..
Qui le long du mur rampe,
Monte jusqu'au plafond.
C'est l'essaim des Djinns qui passe,
Et tourbillonne en sifflant.
Les ifs, que leur vol fracasse,
Craquent comme un pin brûlant.
Leur troupeau lourd et rapide,
Volant dans l'espace vide,
Semble un nuage livide
Qui porte un éclair au flanc.
Ils sont tout près! - Tenons fermée
Cette salle ou nous les narguons
Quel bruit dehors! Hideuse armée
De vampires et de dragons!
La poutre du toit descellée
Ploie ainsi qu'une herbe mouillée,
Et la vieille porte rouillée,
Tremble, à déraciner ses gonds.
Cris de l'enfer! voix qui hurle et qui pleure!
L'horrible essaim, poussé par l'aquillon,
Sans doute, o ciel! s'abat sur ma demeure.
Le mur fléchit sous le noir bataillon.
La maison crie et chancelle penchée,
Et l'on dirait que, du sol arrachée,
Ainsi qu'il chasse une feuille séchée,
Le vent la roule avec leur tourbillon!
Prophète! Si ta main me sauve
De ces impurs démons des soirs,
J'irai prosterner mon front chauve
Devant tes sacrés encensoirs!
Fais que sur ces portes fidèles
Meure leur souffle d'étincelles,
Et qu'en vain l'ongle de leurs ailes
Grince et crie à ces vitraux noirs!
Ils sont passés! - Leur cohorte
S'envole et fuit, et leurs pieds
Cessent de battre ma porte
De leurs coups multipliés.
L'air est plein d'un bruit de chaînes,
Et dans les forêts prochaines
Frissonnent tous les grands chênes,
Sous leur vol de feu pliés!
De leurs ailes lointaines
Le battement décroît.
Si confus dans les plaines,
Si faible, que l'on croit
Ouïr la sauterelle
Crier d'une voix grêle
Ou pétiller la grêle
Sur le plomb d'un vieux toit.
D'étranges syllabes
Nous viennent encor.
Ainsi, des Arabes
Quand sonne le cor,
Un chant sur la grève
Par instants s'élève,
Et l'enfant qui rêve
Fait des rêves d'or.
Les Djinns funèbres,
Fils du trépas,
Dans les ténèbres
Pressent leur pas;
Leur essaim gronde;
Ainsi, profonde,
Murmure une onde
Qu'on ne voit pas.
Ce bruit vague
Qui s'endort,
C'est la vague
Sur le bord;
C'est la plainte
Presque éteinte
D'une sainte
Pour un mort.
On doute
La nuit...
J'écoute: -
Tout fuit,
Tout passe;
L'espace
Efface
Le bruit.

Victor Hugo
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Jarod
Rôliste


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MessageSujet: Re: Anthologie Poétique.   Sam 25 Juil - 9:38

O Capitaine ! Mon Capitaine !

O Capitaine ! Mon Capitaine ! Notre voyage effroyable est terminé
Le vaisseau a franchi tous les caps, la récompense recherchée est gagnée
Le port est proche, j'entends les cloches, la foule qui exulte,
Pendant que les yeux suivent la quille franche , le vaisseau lugubre et audacieux.

Mais ô cœur ! cœur ! cœur !
O les gouttes rouges qui saignent
Sur le pont où gît mon Capitaine,
Étendu, froid et sans vie.


O Capitaine ! Mon Capitaine ! Lève-toi pour écouter les cloches.
Lève-toi: pour toi le drapeau est hissé, pour toi le clairon trille,
Pour toi les bouquets et guirlandes enrubannées, pour toi les rives noires de monde,
Elle appelle vers toi, la masse ondulante, leurs visages passionnés se tournent:

Ici, Capitaine ! Cher père !
Ce bras passé sous ta tête,
C'est un rêve que sur le pont
Tu es étendu, froid et sans vie.


Mon Capitaine ne répond pas, ses lèvres sont livides et immobiles;
Mon père ne sent pas mon bras, il n'a plus pouls ni volonté.
Le navire est ancré sain et sauf, son périple clos et conclu.
De l'effrayante traversée le navire rentre victorieux avec son trophée.

O rives, exultez, et sonnez, ô cloches !
Mais moi d'un pas lugubre,
J'arpente le pont où gît mon capitaine,
Étendu, froid et sans vie.

Walt Whitman
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MessageSujet: Re: Anthologie Poétique.   Sam 25 Juil - 15:18

ROMANCE DU MÉTROPOLITAIN

Ne pas gêner la fermeture
automatique des portières
pas question d'une place assise
à cette heure-ci mais peut-être
en se faufilant réussir
à s'appuyer sur la paroi

On dépose des usagers
qui se dispersent par les quais
les couloirs de correspondance
et les escaliers mécaniques
un instant de respiration
le temps que les autres s'enfilent

Aussi le bras qui m'interdit
de savoir comment se termine
l'article dont j'ai piraté
la lecture a déjà changé
quatre fois depuis le début
de mon trajet de ce matin

Et c'est maintenant qu'il me faut
à moi aussi me faufiler
en bousculant le moins possible
mes voisines pour parvenir
jusqu'au quai puis aux corridors
aux escaliers et aux trottoirs

Michel Butor
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MessageSujet: Re: Anthologie Poétique.   Dim 16 Aoû - 14:32

Il me plait ce poème de Butor !


VAGABOND


En aucune
partie
du monde
je ne peux
m’établir

A chaque
nouveau
climat
que je rencontre
je reconnais
avec lassitude
qu’une fois déjà
je m’y étais
habitué

Et je m’en détache toujours
étranger

Je vins au monde
retour d’époques trop
vécues

Jouir d’un instant
seul de vie
initiale

Je cherche un pays
innocent


Giuseppe Ungaretti
Camp de Mailly, mai 1918
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Hao Panda's Addict

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MessageSujet: Re: Anthologie Poétique.   Dim 23 Aoû - 20:24

Les joyeux éboueurs des âmes délabrées
Se vautrent dans l'algèbre des mélancolies
Traînant leurs métastases de rêve karchérisé
Entre les draps poisseux des siècles d'insomnie
Ça sent la vieille guenille et l'épicier cafard
Dans ce chagrin des glandes qu'on appelle l'Amour
Où les noirs funambules du vieux cirque barbare
Se pissent dans le froc en riant de leurs tours

{Refrain:}

J'ai volé mon âme à un clown
Un cloclo mécanique du rock'n'roll cartoon
J'ai volé mon âme à un clown
Un clone au coeur de cône du rêve baby baboon
J'ai volé mon âme à un clown
Je rêve d'être flambé au dessus du Vésuve
Et me défonce au gaz échappé d'un diesel
À la manufacture métaphysique d'effluves
Où mes synapses explosent en millions d'étincelles
Reflets de flammes en fleurs dans les yeux du cheval
Que j'embrasse à Turin pour en faire un complice
Ivre de prolixine et d'acide cortical
Je dégaine mon walter PPK de service

{au Refrain}


Bien vibré, bien relax en un tempo laid back
Rasta lunaire baisant la main d'Oméga Queen
Je crache dans ma tête les vapeurs d'ammoniaque
D'un sturm und drang sans fin, au bout du never been
Fac-similé d'amour et de tranquillisants
Dans la clarté chimique de ma nuit carcérale
Je suis l'évêque étrusque, un lycanthrope errant
Qui patrouille dans le gel obscur de mon mental.

Hubert félix thiéfaine
(scandale mélancolique)


Simplement envie de vous faire découvrir ou redécouvrir un artiste incomparable.
Virtuose de la langue, cynisme et prose poétique sont à l'honneur.
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Dounette



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Personnages RP
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MessageSujet: Re: Anthologie Poétique.   Dim 23 Aoû - 22:17

Ah ! J'adore Thiefaine...C'est le genre d'auteur qu'on écoute en fumant un joint, l'esprit élevé par les paroles et par la fumée. C'est le genre de musique qu'on écoute dans une voiture, quand on ne dit rien, quand on a rien d'autre à faire qu'écouter ...
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Tr0n

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Pseudo: Sucedebout
Pseudo : Grocube
Pseudo : Tron

MessageSujet: Re: Anthologie Poétique.   Dim 23 Aoû - 22:25

I know its hard to tell
How mixed up you feel
Hoping what you need
Is behind every door
Each time you get hurt
I don't want you to change
Cuz everyone has hopes
You're human after all

The feeling sometimes
Wishing you were someone else
Feeling as though
You never belong
This feeling is not sadness
This feeling is not joy
I truly understand
Please don't cry now

Please don't go
I want you to stay
I'm begging you please
Please don't leave here
I don't want you to hate
For all the hurt that you feel
The world is just illusion
Trying to change you

Being like you are
Well this is something else
Who would comprehend
That some bad do lay claim
Divine purpose blesses them
Thats not what I believe
And it doesn't matter anyway

A part of your soul
Ties you to the next world
Or maybe to the last
But I'm still not sure
But what I do know
Is to us the world is different
As we are to the world
I guess you would know that

Please don't go
I want you to stay
I'm begging you please
Please don't leave here
I don't want you to hate
For all the hurt that you feel
The world is just illusion
Trying to change you

Please don't go
I want you to stay
I'm begging you please
Oh please don't leave here
I don't want you to change
For all the hurt that you feel
This world is just illusion
Always trying to change you
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Cassiopée
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MessageSujet: Re: Anthologie Poétique.   Lun 24 Aoû - 1:56

Tr0n, ne voudrais-tu pas ajouter l'auteur et le titre de la poésie que tu viens de poster ?

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Franz

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MessageSujet: Re: Anthologie Poétique.   Lun 24 Aoû - 13:54

C'est une chanson du groupe VNV Nation, nommée Illusion.
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Ruby

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MessageSujet: Re: Anthologie Poétique.   Lun 24 Aoû - 23:45

J'entends près de mon lit une dolente voix
Elle était à la voix de mon Lysis pareille
Je sens un bras plus froid que marbre mille fois
Dont l'un en me poussant, l'autre en criant m'éveille.

Un jeune homme tout couvert de plaies et de sang
Se prosterne à mes pieds, ma poitrine se glace
Mon coeur, saisi d'effroi pantelle dans mon flanc
Et à ce triste objet je tombe sur la face.

Madame, me dit-il, assurez votre peur
Je suis votre Lysis qui premier que descende
Dans le val ténébreux plein d'éternelle horreur
Le funèbre devoir je vous suis venu rendre.

Je reconnus sa voix, et ouvrant mes deux yeux
Je remarquai maints traits de sa beauté première
Lysis, dis-je en pleurant, quelle fureur des dieux
t'a fait si tôt quitter le soleil de lumière?


Marguerite de France
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Innomable

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MessageSujet: Re: Anthologie Poétique.   Mer 16 Sep - 12:08

PSALM

Niemand knetet uns wieder aus Erde und Lehm,
niemand bespricht unsern Staub.
Niemand.
Gelobt seist du, Niemand.
Dir zulieb wollen
wir blühn.
Dir
entgegen
Ein Nichts
waren wir, sind wir, werden wir
bleiben, blühend :
die Nichts-, die
Niemandsrose
Mit
dem Griffel seelenhell,
dem Staubfaden himmelswüst,
der Krone rot
vom Purpurwort, das wir sagen
über, o über
dem Dorn.



PSAUME

Personne ne nous pétrira de nouveau dans la terre et l'argile,
personne ne soufflera la parole sur notre poussière.
personne.
Loué sois-tu, Personne.
C'est pour toi que nous voulons
fleurir
A ta
rencontre.
Un rien,
voilà ce que nous fûmes, sommes et
resterons, fleurissant :
la rose de Rien, la
rose de Personne
Avec
la clarté d'âme du pistil
l'âpreté céleste de l'étamine,
la couronne rouge
du mot pourpre que nous chantions,
au-dessus, ô, au-dessus
de l'épine.


Paul Célan
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Franz

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MessageSujet: Re: Anthologie Poétique.   Ven 5 Nov - 23:30

Les paroles des chansons de The Doors font le bonheur de l'apprentie angliciste que je suis. Tout comme celles de Bob Dylan, certaines chansons des Doors font l'objet d'étude en Littérature dans certaines écoles américaines.
On ne peut pas évoquer The Doors sans parler des paroles qui accompagnent leur musique qui est tout aussi remarquable que savante. Je mets l'originale et non pas la version traduite en français, par peur de dénaturer la Bête.

The Crystal Ship

Before you sleep into unconsciousness
I'd like to have another kiss,
Another flashing chance at bliss,
Another kiss, another kiss.

The days are bright and filled with pain.
Enclose me in your gentle rain,
The time you ran was too insane,
We'll meet again, we'll meet again.

Oh tell me where your freedom lies,
The streets are fields that never die,
Deliver me from reasons why
You'd rather cry, I'd rather fly.

The crystal ship is being filled,
A thousand girls, a thousand thrills,
A million ways to spend your time;
When we get back, I'll drop a line.



Jim Morrison est (sans vouloir être radicale) l'artiste le plus brillant de son temps, il m'a toujours fait penser à Arthur Rimbaud. J'ai lu une quantité folle de choses à son sujet ; c'était quelqu'un d'extrêmement intelligent, intuitif, très cultivé et j'en passe. Adolescent, il était le genre perturbateur et à côté de ça, il avait des notes excellentes dans toutes les matières. Il a suivi des études de Philosophie où ses différents professeurs étaient consternés par l'étendue de ses connaissances littéraires et philosophiques. L'élève dépassait parfois le Maître devant la stupéfaction de ses camarades.

Je vous incite à lire des biographies à son sujet, c'est très passionnant.
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Goldmund

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MessageSujet: Re: Anthologie Poétique.   Jeu 30 Déc - 12:19

Sebastien K a écrit:
Il me plait ce poème de Butor !


VAGABOND


En aucune
partie
du monde
je ne peux
m’établir

A chaque
nouveau
climat
que je rencontre
je reconnais
avec lassitude
qu’une fois déjà
je m’y étais
habitué

Et je m’en détache toujours
étranger

Je vins au monde
retour d’époques trop
vécues

Jouir d’un instant
seul de vie
initiale

Je cherche un pays
innocent


Giuseppe Ungaretti
Camp de Mailly, mai 1918
*
J'ai un peu de retard, mais cela me fait plaisir de lire ici des vers d'Ungaretti. La poésie contemporaine est trop peu connue, les gens préfèrent écrire de mauvais alexandrins. Dans ce domaine, nous sommes restés très XIXe, très "vieille France".

D'une fleur cueillie à l'autre offerte
l'inexprimable rien


"Toujours", Giuseppe Ungaretti
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Franz

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MessageSujet: Re: Anthologie Poétique.   Mar 18 Jan - 21:26

Je vais te dire un grand secret Le temps c'est toi
Le temps est femme Il a
Besoin qu'on le courtise et qu'on s'asseye
A ses pieds le temps comme une robe à défaire
Le temps comme une chevelure sans fin
Peignée
Un miroir que le souffle embue et désembue
Le temps c'est toi qui dors à l'aube où je m'éveille
C'est toi comme un couteau traversant mon gosier
Oh que ne puis-je dire ce tourment du temps
qui ne passe point
Ce tourment du temps arrêté comme le sang
dans les vaisseaux bleus
Et c'est bien pire que le désir interminablement non satisfait
Que cette soif de l'oeil quand tu marches dans la pièce
Et je sais qu'il ne faut pas rompre l'enchantement
Bien pire que de te sentir étrangère
Fuyante
La tête ailleurs et le coeur dans un autre siècle déjà
Mon Dieu que les mots sont lourds Il s'agit bien de cela
Mon amour au-delà du plaisir mon amour hors de portée
aujourd'hui de l'atteinte
Toi qui bats à ma tempe horloge
Et si tu ne respires pas j'étouffe
Et sur ma chair hésite et se pose ton pas

Je vais te dire un grand secret Toute parole
A ma lèvre est une pauvresse qui mendie
Une misère pour tes mains une chose qui noircit
sous ton regard
Et c'est pour ça que je dis si souvent que je t'aime
Faute d'un cristal assez clair d'une phrase que tu mettrais
à ton cou
Ne t'offense pas de mon parler vulgaire Il est
L'eau simple qui fait ce bruit désagréable dans le feu

Je vais te dire un grand secret Je ne sais pas
Parler du temps qui te ressemble
Je ne sais pas parler de toi je fais semblant
Comme ceux très longtemps sur le quai d'une gare
Qui agitent la main après que les trains sont partis
Et le poignet s'éteint du poids nouveau des larmes

Je vais te dire un grand secret J'ai peur de toi
Peur de ce qui t'accompagne au soir vers les fenêtres
Des gestes que tu fais des mots qu'on ne dit pas
J'ai peur du temps rapide et lent j'ai peur de toi
Je vais te dire un grand secret Ferme les portes
Il est plus facile de mourir que d'aimer
C'est pourquoi je me donne le mal de vivre
Mon amour


Aragon.
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Franz

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MessageSujet: Re: Anthologie Poétique.   Jeu 20 Jan - 1:15

Sonnets.

29.

Lorsqu'en disgrâce aux yeux du Sort et des humains
Je me prends à pleurer mon exil, solitaire,
Harcelant le ciel sourd de gémissements vains,
Maudissant mon destin quand je me considère,
Lorsque je voudrais être un plus riche d'espoir,
Enviant ses amis autant que sa prestance,
Désirant l'art de l'un, de l'autre le pouvoir,
De mes plus grands plaisirs tirant moindre plaisance,
Pourtant, en ces pensers presque me méprisant,
Je songe à toi soudain, et de pareille sorte
Qu'alouette au matin du sol gris s'élançant,
Je vais chanter un hymne à la céleste porte :

Ton amour rappelé m'apporte tels trésors
Que pour celui des rois ne veux changer mon sort.


39.

Au muet tribunal de la douce pensée
Quand sont mes souvenirs à comparoir cités
Je soupire au défaut de mainte chose aimée,
Vieux maux où je déplore à neuf mon cher passé.
Sur amis qu'à jamais la mort en sa nuit cèle
Je puis noyer un oeil malhabile à couler,
Sur chagrins d'amour morts verser larmes nouvelles,
Gémir sur maint objet à ma vue enlevé.
Je suis en peine alors de peines oubliées;
De malheur en malheur pesamment je refais
Pour la payer encor, bien que déjà payée,
La somme de ces pleurs qu'autrefois j'ai pleurés :

Mais si je pense à toi, tout ce que je perdis
M'est rendu, cher amour, et mon chagrin finit.


65.

S'il n'est bronze ni pierre, ou terre ou mer immense
Dont le triste pouvoir de la Mort n'est vainqueur,
Contre cette fureur que sera la défense
De beauté, dont la force est celle d'une fleur ?
Le doux souffle d'été, comment tiendrait-il tête ?
A l'assaut ruineux des jours au dur bélier
Quand par les coups du Temps voient leur force défaite
Et l'imprenable roc et la porte d'acier ?
O terrible pensée ! A son coffre soustraite,
Sa plus belle parure où, las, au Temps cacher ?
N'est-il de forte main qui son pied vif arrête ?
Qui le peut prévenir de dépouiller beauté ?

Personne, hélas, à moins que ce miracle agisse,
Et que par noir sur blanc mon amour resplendisse !


66.

Las de tout, à la Mort le repos je réclame,
Las de voir que mérite est né pour mendier,
Qu'un néant miséreux dans le luxe se pâme,
Qu'on trahit méchamment la pure loyauté,
Que la vierge vertu à débauche est livrée,
Que sont honteusement répartis les honneurs,
Que la perfection est à tort diffamée,
Que le pouvoir boiteux mutile la valeur,
Que par l'autorité l'art a langue liée,
Que la sottise prône et s'impose au talent,
Que la bonne foi simple est simplesse nommée,
Et que le bien captif est du mal le servant,

Las de tout, je voudrais tout quitter en ce jour
Si mourir n'était point laisser seul mon amour.


71.

Lorsque je serai mort, ne pleure plus longtemps
Que ne résonnera la cloche monotone
Qui à ce monde vil annonce sourdement
Que pour les vers plus vils mon séjour j'abandonne.
Ne te rappelle point, si ces mots tu relis,
La main qui les traça, car mon amour est telle
Qu'en tes tendres pensers je préfère l'oubli
Si mémoire de moi te doit être cruelle;
Si donc, dis-je, tu viens à revoir ce blason
Quand je me confondrai à l'argile, peut-être,
Évite d'évoquer même mon pauvre nom,
Mais laisse avec ma chair ton amour disparaître,

Car le monde pourrait à raison se moquer,
Quand je ne serai plus, de te voir me pleurer.


Shakespeare.
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MessageSujet: Re: Anthologie Poétique.   Jeu 20 Jan - 1:33


Cette lune sur l'eau.

Cette lune sur l'eau
Est-ce toi
Cette lune dans l'eau
Est-ce toi
Est-ce toi reflet et éclat
A toi-même inédits
En ton unique mémoire
Tu regardes
Et tu t'éloignes
Tu souris
Et tu t'éloignes
A jamais proche inaccessible
Dans l'au-delà d'ici
Dans l'au-delà de toi.

FRANCOIS CHENG




_________________
Il y a en toi le gâchis d'un soleil qui sommeille, plusieurs fois, on t'a dit : "Révèle".

I believe in you.

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MessageSujet: Re: Anthologie Poétique.   Jeu 20 Jan - 14:45

Complainte amoureuse d'Alphonse Allais

Oui dès l'instant que je vous vis
Beauté féroce, vous me plûtes
De l'amour qu'en vos yeux je pris
Sur-le-champ vous vous aperçûtes
Ah ! Fallait-il que je vous visse
Fallait-il que vous me plussiez
Qu'ingénument je vous le disse
Qu'avec orgueil vous vous tussiez
Fallait-il que je vous aimasse
Que vous me désespérassiez
Et qu'enfin je m'opiniâtrasse
Et que je vous idolâtrasse
Pour que vous m'assassinassiez

_________________



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MessageSujet: Re: Anthologie Poétique.   Jeu 3 Mar - 2:30

Maurice Rollinat — Les Névroses

L’Amante macabre



À Charles Buet.


Elle était toute nue assise au clavecin ;
Et tandis qu’au dehors hurlaient les vents farouches
Et que Minuit sonnait comme un vague tocsin,
Ses doigts cadavéreux voltigeaient sur les touches.

Une pâle veilleuse éclairait tristement
La chambre où se passait cette scène tragique,
Et parfois j’entendais un sourd gémissement
Se mêler aux accords de l’instrument magique.

Oh ! magique en effet ! Car il semblait parler
Avec les mille voix d’une immense harmonie,
Si large qu’on eût dit qu’elle devait couler
D’une mer musicale et pleine de génie.

Ma spectrale adorée, atteinte par la mort,
Jouait donc devant moi, livide et violette,
Et ses cheveux si longs, plus noirs que le remord,
Retombaient mollement sur son vivant squelette.

Osseuse nudité chaste dans sa maigreur !
Beauté de poitrinaire aussi triste qu’ardente !
Elle voulait jeter, cet ange de l’Horreur,
Un suprême sanglot dans un suprême andante.

Auprès d’elle une bière en acajou sculpté,
Boîte mince attendant une morte fluette,
Ouvrait sa gueule oblongue avec avidité
Et semblait l’appeler avec sa voix muette.

Sans doute, elle entendait cet appel ténébreux
Qui montait du cercueil digne d’un sanctuaire,
Puisqu’elle y répondit par un chant douloureux
Sinistre et résigné comme un oui mortuaire !

Elle chantait : « Je sors des bras de mon amant.
« Je l’ai presque tué sous mon baiser féroce ;
« Et toute bleue encor de son enlacement,
« J’accompagne mon râle avec un air atroce !

« Depuis longtemps, j’avais acheté mon cercueil :
« Enfin ! Avant une heure, il aura mon cadavre ;
« La Vie est un vaisseau dont le Mal est l’écueil,
« Et pour les torturés la Mort est un doux havre.

« Mon corps sec et chétif vivait de volupté :
« Maintenant, il en meurt, affreusement phtisique ;
« Mais, jusqu’au bout, mon cœur boira l’étrangeté
« Dans ces gouffres nommés Poésie et Musique.

« Vous que j’ai tant aimés, hommes, je vous maudis !
« À vous l’angoisse amère et le creusant marasme !
« Adieu, lit de luxure, Enfer et Paradis,
« Où toujours la souffrance assassinait mon spasme.

« Réjouis-toi, Cercueil, lit formidable et pur
« Au drap de velours noir taché de larmes blanches,
« Car tu vas posséder un cadavre si dur
« Qu’il se consumera sans engluer tes planches.

« Et toi, poète épris du Sombre et du Hideux,
« Râle et meurs ! Un ami te mettra dans la bière,
« Et sachant notre amour, nous couchera tous deux
« Dans le même sépulcre et sous la même pierre.

« Alors, de chauds désirs inconnus aux défunts
« Chatouilleront encor nos carcasses lascives,
« Et nous rapprocherons, grisés d’affreux parfums,
« Nos orbites sans yeux et nos dents sans gencives ! »

Et tandis que ce chant de la fatalité
Jetait sa mélodie horrible et captivante,
Le piano geignait avec tant d’âpreté,
Qu’en l’écoutant, Chopin eût frémi d’épouvante.

Et moi, sur mon lit, blême, écrasé de stupeur,
Mort vivant n’ayant plus que les yeux et l’ouïe,
Je voyais, j’entendais, hérissé par la Peur,
Sans pouvoir dire un mot à cette Ève inouïe.

Et quand son cœur sentit son dernier battement,
Elle vint se coucher dans les planches funèbres ;
Et la veilleuse alors s’éteignit brusquement,
Et je restai plongé dans de lourdes ténèbres.

Puis, envertiginé jusqu’à devenir fou,
Croyant voir des Satans qui gambadaient en cercle,
J’entendis un bruit mat suivi d’un hoquet mou :
Elle avait rendu l’âme en mettant son couvercle !

Et depuis, chaque nuit, ― ô cruel cauchemar ! ―
Quand je grince d’horreur, plus désolé qu’Électre,
Dans l’ombre, je revois la morte au nez camard,
Qui m’envoie un baiser avec sa main de spectre.
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