AccueilBlogFAQRechercherS'enregistrerMembresGroupesConnexion

Partagez | 
 

 Ça fait des histoires à raconter !

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Invité
Invité



MessageSujet: Ça fait des histoires à raconter !   Ven 26 Déc - 17:13

Ça fait des histoires à raconter !

Thomas n'est habituellement pas le genre de type qu'on vient ennuyer. Il est grand, musclé par des années de rugby au club de son village. Un type gentil comme tout en plus, pas le genre à s'énerver pour rien, tout sauf méchant, typiquement le genre d'ami qu'on aime à avoir, les biceps et les trapèzes en plus. Vous allez vous dire que si ce type est gentil, costaud, c'est sûrement qu'il est un peu idiot. Le genre de grand costaud timide devant les filles à qui l'on joue les mauvais tours dans la cour de récréation. Eh bien même pas ! Thomas était un type dégourdi, très capable de se débrouiller tout seul les soirs de relâche. D'ailleurs, il a monté sa compagnie, et l'a transformé en petit business confortable avant de se faire racheter par un gros poisson et de toucher une jolie prime.

Thomas, jeune et étudiant, un soir, rentre chez lui après une pizza. Le ventre plein, ses écouteurs vissés aux oreilles, un bon fou rire en mémoire, il se sent bien, distrait. Quelques minutes pour attendre le bus, l'écharpe chaude autour du coup, le vent qui se lève, froid et humide. Il fait presque nuit et les trottoirs luisent de la dernière pluie. Thomas se détend, pas du genre à imaginer pour rien. S'assoupit un moment.

Un ronflement. C'est le bus, Thomas se réveille en sursaut pour voir le bus partir de l'arrêt. Ses appels n'y changent rien, le conducteur ne fait même pas mine de ralentir. À ce moment, Thomas sent bien que sa soirée vire mal, mais refuse d'y croire. Il se morigène, vérifie les horaires et constate que c'était le dernier bus. Il n'a pas d'argent sur lui, ou pas assez pour appeler un taxi. Restent les amis, mais son mobile n'a plus de batterie. Il se résigne et commence à marcher en grommelant. La nuit va être longue. Alors, Thomas décide de couper au plus court, et passer par la grande usine. Un vieux complexe désaffecté en instance de destruction. Sordide, humide, personne n'y traine, même les toxicos ont désertés l'endroit à cause des nombreuses descentes de police. Il peut y gagner une trentaine de minutes de marche. Dans le froid et l'obscurité, une demie heure, c'est une éternité.

Thomas saute l'enceinte grillagée défoncée et s'enfonce dans le noir. Il connait les lieux, il est déjà venu ici gosse pour jouer aux terroristes et aux américains. Mais dans le noir...

Des bruits, Thomas sursaute, des gouttelettes qui s'écrasent sur les tôles ondulées. Une brève averse, avant la bruine. Il frissonne, roule des épaules. Entend un crissement de verre brisé. Sous sa semelle, une seringue vient d'exploser. Thomas pousse un juron.

« Hyahahaha »

Cette fois ci, Thomas fait un véritable saut. Volte face. Un type est appuyé contre un mur de béton. Il porte un bonnet, des frusques dépareillées et déchirées. Il se rapproche, Thomas distingue son visage, et ça ne lui plait pas du tout. Il a le nez rouge, la barbe plus sel que poivre, les rides et des poches énormes autour des yeux. Ses joues sont crevassées et ses lèvres gercées par le froid. C'est un clochard ; Thomas déteste les clochards. Depuis tout petit, ils lui font peur, l'intimident avec leurs culots monstrueux, leurs haleines chargées à la vinasse et à la Bavaria. Il n'a jamais su leur faire face.

« Petite pièce mon bon monsieur ? »

En quelques bonds, le sourire hilare fétide vient faire une révérence devant lui. L'odeur révulse Thomas, qui n'aime rien tant que la propreté. Mais il parvient à extirper un euro de sa poche et le lance au mendiant, plein d'espoir quant à une disparition soudaine. Le clochard attrape la pièce au vol, la mord, sourit de plus belle.

« J't'aime bien tu sais, tu veux une gorgée ? » Dit-il alors d'une voix faussement précieuse, en agitant la bouteille verte remplie d'un liquide noirâtre.

« Merci, non. »

« Tu sais pas c'que tu perds mon gars, mais j't'aime bien quand même. »

« Génial... »

Thomas sent qu'il a fait une erreur, et perdre son temps avec un alcoolique ne le tente pas vraiment. Il se mord la lèvre et commence à marcher. Le tintement de la bouteille sur la pièce le poursuit aussitôt.

« Tu veux pas taper la causette ? Tu veux pas une cigarette ? Tiens, t'as pas une cigarette ? »

« Je ne fume pas, désolé. » Parvient difficilement à articuler Thomas/

Thomas se concentre, cherche ses mots pour envoyer balader poliment cette fichue haleine infecte. Au bout de quelques dizaines de secondes, l'argumentaire tout prêt, il se retourne..

« Bon ! Euh... »

Le type a disparu. Thomas soupire de soulagement, parvient même à sourire un peu.

« BLAH »

« Aaah ! »

Ce crétin s'était caché, puis glissé dans son dos. Il fait retentir son rire de hyène de plus belle.

« J't'ai bien eu gamin ! »

« Putain, ça va pas ? »

« Oh allez. T'en es pas mort. »

« Faut vraiment que j'y aille, là. »

Thomas se met à courir, l'autre le poursuit, en s'esclaffant de plus belle devant la fuite. Thomas court, Thomas prend des allées sombres et Thomas se perd. Les échos de rire du clochard retentissent encore, Thomas a peur maintenant, se maudit intérieurement. Le rire s'estompe, Thomas se calme. Un hurlement ! Le clochard est revenu.

« Viens donc te marrer un peu avec moi, fais pas ta tête de cochon. »

« Par pitié laisse-moi tranquille. »

« Pitié ? Mais j'ai rien fait de mal » Son sourire continue de s'élargir. »

« Casse toi, merde, va emmerder quelqu'un d'autre ! »

Le sourire disparaît du visage abimé.

« Je déteste les insultes ! » À nouveau le sourire « Allez viens, on va bien s'amuser »

Ses yeux brillent. Thomas crève de trouille. Jette des regards affolés partout alentour. Puis il se décide. Il se recroqueville. Le clochard tord sa bouche de plus belle et s'approche. Lorsqu'il est a une dizaine de mètre. Thomas bondit, prend sa posture de rugbyman, plante un énorme raffut sur le visage du vagabond et pique le sprint le plus rapide de sa vie. Il enchaîne le dédale d'allées à toute vitesse. Derrière lui, il n'y a plus de rire, plus d'explosions.

Enfin ! Thomas aperçoit la clôture. Il s'arrête un peu avant, reprend son souffle mais un point de côté lui cisaille le ventre. Thomas tremble, ses jambes flageolent, il transpire à grosses gouttes, de peur.

Des mains apparaissent brusquement sur ses yeux et sa bouche. Le clochard s'accroche à son dos, en riant comme un détraqué. Des « s'marrer » entrecoupés d'éclats déments résonnent aux oreilles de Thomas qui panique de plus belle, les yeux écarquillés, le souffle court, la sueur aux tempes. Soudain, une décharge d'adrénaline lui déchire le ventre. Il mord de toutes ses forces la main qui le couvre. Pendant que le mendiant laisse échapper un cri de douleur au milieu des rires stridents. Thomas agrippe les épaules et le fait basculer à terre. Le type rit toujours. Thomas n'en peut plus, il voit rouge et commence à frapper le vagabond à terre. Il lui décoche dix, douze coups de poings à la tête. Il ne sait plus s'arrêter, il frappe sans discontinuer le visage, les côtes. Un dernier direct. Le mendiant ne rit plus maintenant.

Les yeux hagards, Thomas se réveillera, contemplera le sang qu'il a sur le main droite. Il lui viendra une sueur froide après l'adrénaline. Thomas s'enfuira et arrivé chez lui, il s'effondrera sur son lit, presque convulsant, pour se réveiller tard le lendemain et essayera de se convaincre que c'était un cauchemar...

Ça fait des histoires à raconter, mais pas à n'importe qui...
Revenir en haut Aller en bas
dale cooper

avatar

Masculin Nombre de messages : 7652
Age : 39
Date d'inscription : 08/09/2008

Personnages RP
Pseudo:
Pseudo : ▲
Pseudo :

MessageSujet: Re: Ça fait des histoires à raconter !   Ven 26 Déc - 23:18

Les petites phrases courtes .... c'ets fou ce qu'elles ont à dire. Ici, je leur reprocheraient surtout d'être trop déliées les unes des autres. On a l'impression que ce rideau hachure le récit plus qu'il ne le lisse. Du coup je trouve que la sauce prend difficilement. En tout cas au début. Une fois le rythme et le style assimilé on se laisse porter par l'histoire, sans doute grâce au coup d'accélérateur que tu y mets au bon moment.

Lentement, l'ambiance glauque se met en place; le cérémonial, la mise en scène permet de nous plonger dans cet endroit sordide et sale. Et d'un coup la course, le froid dans le ventre, le doute, la peur...



C'ets une analyse intéressante d'un coup de panique. J'aime l'idée de montrer la conséquence de la peur de l'autre, cette peur idiote qui vit dans les préjugés au fonds de nous.


Petit bémol cependant : vu la carrure de ton personnage, vu sa prestance et l'importance que tu sembles lui accorder, il aurait peut être fallu appuyer un peu plus sur les cauise de sa peur. Tel quel, on imagine mal une armoire à glace pris de panique devant un clodo titubant, juste parce qu'il le met mal à l'aise. Je pense que le mécanique qui le fait perdre pied est un peu légère et mérite peut être un ou deux engrenages supplémentaires.

Quant à la description du SDF, elle me semble un peu trop fouillée et précise, pour une scène se déroulant dans la pénombre (en tout cas c'ets ce qu'il me semble).


Quoi qu'il en soit, tu es toujours aussi à l'aise dans les bas fonds de l'âme ^^
Revenir en haut Aller en bas
http://dvb96.over-blog.com/
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Ça fait des histoires à raconter !   Sam 27 Déc - 4:56

Merci Dvb, j'aime bien te commentaires, souvent très justes.

Pour tout dire, (et pour parler de cette histoire d'armoire à glace), j'utilise souvent en ce moment le contre exemple. Les fora et les classiques regorgent d'histoires si bien qu'on arrive à toutes les avoir faites. Toutes les plus crédibles. Du coup, chercher un décalage par rapport à l'attente du lecteur devient un moyen de se différencier par rapport au reste du monde. Je fais mon autocritique, mais à mon avis, à force de me concentrer dessus, je finis par oublier la trame principale. Faut que je pense à bosser dessus.

En tous cas, merci.
Revenir en haut Aller en bas
Slider

avatar

Masculin Nombre de messages : 194
Age : 31
Localisation : Rosny sous bois (93)
Date d'inscription : 27/12/2007

MessageSujet: Re: Ça fait des histoires à raconter !   Dim 28 Déc - 1:32

Wow, belle frayeur !
Que du bon, félicitations Dance
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Ça fait des histoires à raconter !   

Revenir en haut Aller en bas
 
Ça fait des histoires à raconter !
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Ce besoin inassouvi d'inventer des histoires
» J'ai également deux histoires flippantes à raconter !
» les histoires de belles-meres !!!!!
» Cub'Histoires : Au Far West
» Histoires drôles

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Ter Aelis - Le Forum :: Wilwarin, Métropole Littéraire :: Nouvelles-
Sauter vers: