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 La médecine folle.

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Teclis
Rôliste


Masculin Nombre de messages : 1750
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Date d'inscription : 23/12/2007

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MessageSujet: La médecine folle.   Jeu 12 Fév - 12:25

Il fut un jour où je me trouvais mal.
Non pas que j'eusse des signes flagrants de dégénérescence
physique, encore moins quelques symptômes qui auraient témoigné
d'un quelconque état maladif. En vérité, je me sentais juste
étrangement fatigué, las ; à mi-chemin entre valétudinaire et
sain de corps. Après quelques jours, terrifié à l'idée que
derrière cette flegme ne se cache une terrible maladie, de celles
qui non dépistées, s'avèrent mortelles en quelques mois ; je
prenais la direction de mon généraliste. Ce dernier ne consultait
que de 17h00 à 18h30 tous les jours de la semaine, hormis le
mercredi, le jeudi, le vendredi et un samedi sur deux. Le brave homme
ne souhaitait pas que son travail n'empiète trop sur sa vie privée.


Craintif, je me dirigeais un de ces
lundis vers son cabinet. A mesure que j'avançais de la rue, je me
sentais nauséeux, comme s'il était inéluctable que ce rendez-vous
allait clore ma destinée. Le tintement d'un lugubre carillon
m'accueillit. Sa salle d'attente était étroite, le papier peint
défraichi et cinq malheureux sièges ornaient pitoyablement trois
pans des murs de la pièce. Le dernier s'ouvrait sur l'extérieur
d'une rue embouteillée, laissant filtrer par une fenêtre sans cesse
close la lumière blafarde de l'extérieur. Aujourd'hui, j'étais
seul, ce qui me soulagea : si je devais succomber, je préférais
qu'il n'y ait personne pour écouter à la porte le verdict létal du
médecin.

Ce dernier vînt quelques minutes après
mon entrée. Il portait comme à l'accoutumée une veste grise, de la
même teinte que ses cheveux. Le prêtre d'Hippocrate m'invita à
m'asseoir devant son bureau. L'entretien débuta.





  • Alors, qu'est ce que nous avons
    aujourd'hui ?

  • Et bien, en vérité, je ne
    saurais le dire moi-même docteur. Je n'ai pas de maux de ventre, ou
    le nez bouché, ma gorge se porte bien -du moins ce que j'en crois ;
    mon seul problème réside dans le fait que je me sens faible, très
    las.

  • Allons bon, on va voir cela.
    Asseyez-vous sur la table d'examen. Enlevez votre chemise.


De bonne grâce, je m'exécutais.
L'appréhension me saisit lorsqu'il s'approcha avec un stéthoscope.
Il écouta la fréquence de mon rythme cardiaque, et me demanda
plusieurs fois d'inspirer profondément.






  • Très bien, je
    vois...

  • Que voyez-vous
    ? Je pensais que vous ne faisiez qu'entendre avec ce truc là..

  • Chut, faîtes
    silence. Il n'y a rien de plus subtile que la mécanique humaine. Je
    dois pouvoir y déceler le moindre signe, aussi minime pusse t-il
    être, qui traduirait un dérèglement de votre fonctionnement
    physiologique.





Et je me tus donc.
Après en avoir fini avec le stéthoscope, il prit ma température,
puis me dit de me rhabiller. Enfin, il retourna derrière son bureau,
sans prendre une quelconque feuille d'ordonnance. Je pris ça comme
un très mauvais signe. Il ne dit mot, en joignant les mains, l'air
songeur. Quelques secondes passèrent dans la plus intense tension.
Je ne cessais de triturer un accroc dans la poche gauche de mon
pantalon. Le carillon dissonant de la porte d'entrée retentit,
indiquant l'arrivée d'un nouveau client dans le cabinet. Le docteur
prit alors la parole.





  • Bon écoutez
    moi, je n'ai rien diagnostiqué. Vous êtes seulement apyrétique.

  • Apy...quoi ?

  • Apyrétique.
    Bon... Ce n'est pas tout ça, mais je vous libère, bonne journée !

  • Ha... Heu... Et
    bien, je vais y aller...

  • Hahum, monsieur
    ?

  • Oui ?

  • Avant de vous
    libérer, je désire tout de même être payé -si vous n'y voyez
    pas d'inconvénients évidemment...









L'air
envahit du linceul blanc des pots d'échappement pénétrait comme un
venin par mes narines. Apyrétique... Ainsi, il semblait que j'avais
un problème. Ce terme incongru n'avait aucune signification pour
moi, tandis que mon médecin s'était débarrassé de ma personne
comme si un mal plus dangereux encore que la peste, la fièvre jaune
ou l'Ebola me rongeait depuis l'intérieur.


Les trois
semaines qui suivirent ne firent rien pour améliorer mon moral et ma
santé. Il me sembla être de plus en plus fatigué. Une certaine
langueur me saisissait parfois sans aucune raison. Chaque geste que
j'effectuais drainait en moi une énergie vitale dont je ne disposais
presque plus. Et ces étranges tournis...

Le
dernier mardi du mois, je me décidais à consulter quelqu'un de plus
compétent. Je pris rendez-vous dans une association de médecins
spécialistes, renommée, capable de résoudre ou de diagnostiquer
toutes les maladies. Au bout de sept semaines, je fus enfin reçu.
Dans mon cœur, j'avais la sombre crainte que mon attente allait
causer ma perte, et qu'il serait trop tard pour me soigner. Le mal
qui m'habitait avait déjà pris trop d'ampleur ; mais dans une
ultime tentative pour me raccrocher à la vie, je trainais ma
carcasse dans ce cabinet magnifique. L'immeuble était très vieux,
au moins du XIXème, et me faisait penser à un cabinet de notaires.
Une douzaine de plaques dorées encadraient l'entrée dont les portes
étaient faites de chêne massif. Toutes ces inscriptions, vantant
les diplômes et distinctions de ces médecins, me rappelaient les
antiques tablettes mayas que j'avais vu dans un documentaire télé.
Finalement, j'avais plus l'impression de me rendre sur l'autel
sacrificiel d'un temple d'Amazonie que de faire une démarche
thérapeutique.


Je
franchissais le seuil de la porte comme le fait un lycéen à l'oral
de son bac. Une ravissante secrétaire m'accueillit, me demandant mon
nom, mon numéro de téléphone et mon adresse. Je fus inviter à
attendre dans une salle d'attente.


encore, elle était vide, tout comme lors de ma visite chez le
généraliste. La ressemblance due au nombre de clients était
inversement disproportionnée par rapport aux divergences physiques
des deux pièces. Si celle de mon médecin traitant était petite et
confinée, la pièce dans laquelle je me trouvais faisait facilement
dix mètres sur sept, et le plafond était haut de plus de trois bons
mètres. Un imposant lustre en faux cristal pendait dangereusement en
son centre. Les fauteuils étaient tout de velours noir recouvert,
rivé par un capiton usé. Une moquette douce s'enfonçait dans le
sol sous chacun de mes pas, qui me portèrent vers un coin envahi
d'une montagne de magazines. La plupart consistait en des revues
féminines à la mode, ou des brochures de conseils. Les prospectus
se répandaient en avertissement contre toutes les maladies
imaginables, et inimaginables. Je voulus en saisir un mais on
m'appela. Un docteur m'attendait dans un petit bureau tamisé.





  • Bonjour
    docteur.

  • Bonjour
    monsieur, il me serra chaleureusement la main, que puis-je
    pour vous ?

  • Et
    bien voilà... Ca va prendre un peu de temps...

  • Hahum,
    ne vous en faîtes pas. Pour le prix que vous me payez, je peux bien
    vous écouter quelques minutes supplémentaires.

  • Merci
    beaucoup docteur.

  • Mais
    je vous en prie.

  • Alors,
    tout commença lorsque...





Et
pendant huit longues minutes et quarante six secondes -mon
interlocuteur semblait calculer mentalement- je racontais ma visite
chez mon généraliste, son diagnostique, et le mal insidieux dont je
souffrais depuis des semaines. Mon récapitulatif terminé, il se
leva l'air conquérant.





  • Je
    vois... Il a donc dit que vous étiez apyrétique. J'ai du mal à
    voir en quoi cela soulèverait un problème...

  • Je
    ne sais absolument pas ce que ça veut dire en tout cas.

  • Moi
    si, mais à savoir ce que cela inclus... Asseyez vous dans la pièce
    à coté. Je vais voir ce que je peux faire.





Toujours
peureux, mais confiant que j'allais enfin savoir ce que j'avais, je
me dirigeais dans une pièce blanche du sol au plafond. Un batterie
énorme d'instruments aseptisés était ostensiblement en vue sur une
table proche. Je respirais profondément. Le médecin vînt quelques
minutes plus tard m'ausculter. Successivement, il me fit ouvrir la
bouche, examina ma gorge, ma respiration, m'ordonna de faire des
flexions, puis prit ma tension ; par la suite, ils plongea dans mes
narines et mes oreilles d'étranges tiges argentées avant de me
coller des ventouses sur le corps, reliées à un appareil
électrique. Enfin, il me prit ma température. Quand il eut fini et
me dit de me rhabiller, il murmura pour lui-même...





  • Etrange,
    vraiment, étrange...

  • Qu'y
    a t-il d'étrange ?

  • Et
    bien, malgré tous mes examens, je ne parviens à vous diagnostiquer
    qu'une unique chose : vous êtes apyrétique.

  • C'est...
    C'est grave ?

  • Je
    ne saurais vous dire sans des examens plus approfondis. On ne sait
    jamais... En attendant, il est l'heure de nous quitter. Vous
    règlerez ma secrétaire.

  • Mais...





Il me
reconduisit une main dans le dos vers la porte.





  • Je
    vous remercie de votre visite monsieur, je suis sûr que tout ira
    bien ; au plaisir de vous revoir.

  • Heu...
    Merci... Moi aussi.





Et la
porte se ferma brutalement. Ainsi donc, j'étais abandonné de tous.
Et toujours ce mot qui revenait sans cesse : apyrétique, dont la
signification m'échappait totalement.









L'humeur
grincheuse, le moral dans les chaussettes, la forme à Z, je
poursuivais ma vie douloureusement dans les jours qui suivirent. Même
l'élite des médecins ne pouvaient savoir ce que j'avais, ou en tout
cas me guérir d'une quelconque façon. Toutefois, dans ma misère
médicale, je trouvais une nouvelle forme d'assurance. Solitaire, je
devenais combattif : la maladie ne triompherait de moi qu'après une
âpre bataille. Un soir où il me restait quelques forces, je prenais
ma voiture et me rendait dans l'hôpital le plus proche. Une
véritable pagaille semblait régner dans le lieu. En effet, c'était
un soir de fête. Par « pagaille », je n'entendais pas
que le personnel hospitalier faisait la ribouldingue ou une orgie,
mais que les blessés affluaient nombreux. Apparemment, un important
carambolage avait eu lieu à quelques kilomètres de là, et
plusieurs individus semblaient se trouver suspendus entre la vie et
la mort. Entre le coma et la mort aurait été plus correct. Je
restais donc dans un coin, laissant passer les médecins,
chirurgiens, infirmières ou aides-soignantes débordés. Après une
heure, lorsqu'on eut désaffecté une plaie purulente, un interne aux
yeux vagues s'occupa de ma présence.





  • Et
    vous ! Vous êtes là pour quoi ?

  • Heu...
    Et bien voilà... Je vais succinctement vous expliquer... Une
    sonnerie de portable retentit.



  • Excusez-moi, on m'appelle...







Sans autre mot, il se volatilisa. Je dus attendre un bon quart
d'heure avant qu'il réapparaisse, encore plus énervé et fatigué.



  • Oui, vous vouliez ?


  • Heu... voilà, je suis là parce que... Une sonnerie de portable
    retentit à nouveau.



  • Pardon, mais on m'appelle. Je suis à vous directement après...







Et voilà... Le manège recommençait... Cinq minutes, puis dix, puis
vint, puis trente passèrent. Au bout d'une nouvelle heure, je
m'asseyais dans un coin. Plus le temps passait, plus j'entrai dans un
état de semi-léthargie. Vers les quatre heures du matin, mon
interne refit surface...







  • Hey vous, dégagez le passage, on est débordés ici ! Que faites
    vous ici d'abord ?


  • Hahum ! Vous m'aviez dit de patienter ici...


  • Haaa ?


  • Oui... Le problème, c'est que je commence à ne plus devenir
    patient du tout. J'aimerais d'ailleurs être « patient de cet
    hôpital » tout court...


  • Bref, qu'est ce que vous avez...


  • Et bien voilà, après avoir consulté un généraliste et un
    spécialiste, on m'a diagnostiqué le fait que j'étais apyrétique.







Devant l'air dubitatif de l'interne, je décidais de continuer.







  • Et donc, je venais vous voir pour ça...


  • Je vois... Et vous ne souffrez de rien d'autre ?


  • Heu, je ne crois pas, mis à part que je suis apyrétique.


  • D'accord, et vous venez dans un service des urgences parce que vous
    êtes apyrétique ?


  • Oui.


  • Parfait, je comprends tout... Et bien écoutez mon ami, votre cas ne
    relève pas de notre... branche. Mieux vaudrait vous adresser à un
    psychiatre si vous voulez mon avis.







Je fus passablement étonné.







  • Un psychiatre dites-vous ?


  • Oui, un psychiatre. C'est la personne qui est le plus en mesure de
    vous aider en ce moment.


  • Merci, mais... Il saura quoi faire pour mon problème apyrétique ?


  • Oui, soyez en certain. Sur ce, je ne vous retiens pas. Bonne journée
    monsieur.







Sur ces mots, l'interne s'éclipsa en grognant avant de courir dans
une autre direction. Je fus à la fois contrarié et heureux. Mon mal
n'étais pas guéri, mais je savais enfin à qui m'adresser, même si
l'idée d'être soigné par un psychiatre pour une maladie
physiologique et rare semblait bizarre.


Dernière édition par Teclis le Jeu 12 Fév - 12:34, édité 1 fois
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Teclis
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MessageSujet: Re: La médecine folle.   Jeu 12 Fév - 12:25

Ragaillardi, mais toujours un peu faible, je me dirigeais vers le
cabinet du psychiatre qu'on m'avait conseillé. Le soleil luisait
faiblement derrière de lourds nuages. Le ciel était semblable à
l'état de mon esprit : la vérité m'éblouissait de sa clarté sans
pour autant m'être totalement dévoilée. D'un pas assuré, je
pénétrais chez le psycho-médecin. L'immeuble était d'un grand
luxe là encore, mais au deuxième étage, j'entrais avec étonnement
dans une salle d'attente digne de mon médecin traitant. Elle était
tellement sombre qu'un cafard troglodyte s'y serait assurément
suicidé au bout de quelques jours s'il avait élu domicile dans
celle-ci. Les murs d'un jaune crasseux ne renforçaient pas l'aspect
curatif à la psyché de la salle. Pire encore, l'obscurité aurait
pu quelque peu reposer l'esprit si cette affreuse couleur ne
parjurait pas autant avec le bon goût. Les fauteuils étaient
toutefois relativement corrects, sûrement par souhait de supporter
le poids de quelques malheureux venus s'ouvrir les veines ici. Après
avoir attendu quelques minutes, une porte s'ouvrit et deux personnes
traversèrent le couloir. Je perçus quelques paroles perdues entre
le psychiatre et un de ses patients.







  • Oui. Donc, je vous ai prescris ??? ??? ??? et de ??? ??? ???.
    Toutefois, il faudra revenir me voir a-b-s-o-l-u-m-e-n-t.


  • Vous êtes sûr docteur ?


  • Certain ma bonne dame. Vous souffrez encore énormément. J'en suis
    convaincu.


  • Mais... J'ai l'impression que ça va beaucoup mieux depuis quelques
    temps.


  • Ce n'est juste qu'une nouvelle illustration triomphante de votre
    subconscient pathologique. Il faut combattre ce dernier par tous les
    moyens, c'est là une preuve flagrante de votre guérison encore
    lointaine.


  • Bien...







Une femme richement vêtue passa devant moi, raccompagnée par un
homme de taille moyenne. Une porte s'ouvrit puis se claqua. Le
psychiatre vînt alors m'accueillir. Je me levais avec un certain
effroi. Ses cheveux, ou plutôt ses touffes de cheveux étaient
emmêlées dans le désordre le plus parfait, et je priai
intérieurement pour que sa cohérence mentale ne soit pas égale à
l'anarchie qui régnait sur son crâne. Il me sourit avec un air
carnassier, ou en tout cas c'est ce que mon instinct interpréta. Ses
dents étaient à l'inverse de sa chevelure parfaitement droites et
blanches, ce qui offrait un étonnant contraste entre ordre et
anomie. Cet homme là à coup sûr, était une personne aux buts
parfaitement clairs, mais qui usait de moyens aussi ambigus
qu'intangibles dans la réalisation de ses objectifs. Son regard
capta une fraction de seconde mon inquiétude, il commença alors à
parler.







  • Soyez le bienvenu cher monsieur. Je vous en prie, veuillez passer
    dans mon bureau.


  • Hahum... Oui.







Il m'accompagna une main sur l'épaule dans une expression emprunte
de bienveillance. Ses yeux semblèrent s'attarder un micro instant
sur l'excroissance de ma poche gauche, indiquant la présence de mon
portefeuille. A l'inverse de la salle d'attente, le bureau était
spacieux et bien meublé, même si l'horrible couleur jaune sur les
murs était la même. On aurait un peu dit que même les murs avaient
fini par « suer » de la présence de fous ou de
désorientés. Je me demandais une fois de plus pourquoi l'interne de
l'hôpital m'avait envoyé ici, mais j'avais confiance dans la
compétence du système de soins national. Cette confiance restait
toutefois anesthésiée par mon implacable désir, animal, de fuir à
toutes jambes de cet endroit. Au moment où je considérais cette
possibilité, mon interlocuteur prit la parole.







  • Parfait parfait, alors, je vous rappelle que vous pouvez vous
    confier ici comme à un ami, mais que nos rapports devront toujours
    être régis par l'éthique professionnelle, la sincérité et une
    relation d'expert à client. Je pratique des tarifs prohibitifs, en
    général 32 euros, presque tous remboursés par votre sécurité
    sociale. Le paiement est très important dans la démarche
    thérapeutique. Il est indispensable à votre bon soin qui serait,
    auquel cas inefficace, si vous ne déboursiez plus un seul centime.


  • Je comprends. Enfin, je ne pense pas avoir besoin d'être soigné
    comme beaucoup de vos patients...


  • … Ho ! Vous savez, on a tous des conduites suicidaires ou
    morbides. Si on me demandait mon avis, je recommanderais la
    psychiatrie à la moitié des habitants de ce pays...


  • Et la psychologie, la psychanalyse ?


  • PEUH ! Ces formes détournées et bâtardes de ma profession,
    véritable et complète ! Je vous rappelle monsieur qu'en consultant
    un psychiatre, vous consultez un médecin et non un de ces
    charlatans que j'associe aux devins ou aux conteurs de bonnes
    aventures ! On ne peut lire dans l'esprit comme on lit les lignes
    d'une main. La seule véritable psychologie est accompagnée d'une
    méthode médicamenteuse, un point c'est tout. On soigne l'esprit
    de façon véridique et reconnue. Si on commence à rechercher pour
    chaque personne l'interprétatif de son vécu et de son histoire
    personnelle, on ne s'en sortirait plus mon bon monsieur ! Voyons !
    Ayez un peu de bon sens.


  • Veuillez m'excuser, je ne pensais pas vous offenser.


  • Je ne suis pas offensé, je suis révolté qu'au
    XXIème siècle, on puisse encore croire en une méthode uniquement
    basée sur la psychologie pour soigner les maladies mentales.
    Préférez l'auto-médication à l'auto-analyse mon brave !


  • Bref, quoi qu'il en soit, je suis venu de la part d'un interne de
    l'hôpital qui m'a recommandé à vous.







Il bondit vers moi d'un air intéressé.







  • L'interne de l'hôpital psychiatrique ?


  • Heu non, de l'hôpital conventionnel, normal quoi.







Il eut l'air légèrement déçu, puis se reprit.







  • Et donc, pourquoi nos chers services hospitaliers si brillants
    vous ont-ils redirigé vers mon humble personne en particulier. Il
    est vrai que j'ai une réputation très flatteuse dans le milieu
    médical de notre chère ville.


  • Ho. On ne m'a pas envoyé vers vous en particulier, je vous ai pris
    au hasard dans l'annuaire.


  • Hahum. Alors, et si nous passions au but de votre visite ? Vous
    devez savoir que ma prestation se chiffre à la demi-heure...


  • Oui. Alors, je venais ici car je souffre du fait que je sois
    apyrétique.







Il y eut un silence.







  • Oui... Et donc, j'en conclus donc que vous vous sentez peu à l'aise
    de ne pas être malade donc monsieur. J'en viens donc alors à
    diagnostiquer un masochisme profondément enfoui en vous. Parlez-moi
    de votre enfance.


  • Heu...


  • Vous savez souffert, un grave traumatisme, la perte d'un être cher
    ?


  • Pas que je me souvienne...


  • Votre manque de souvenir traduit un refoulement du sûrement à un
    puissant choc affectif. Vous n'auriez pas été victime
    d'attouchements sexuels ?


  • Jamais ! Mes parents ont été des modèles de...


  • Et en tant que modèles, vous les jalousez, or, vous sachant leur
    enfant, et ne voulant pas les renier pour leur bonté, vous vous
    auto-punissez en souhaitant souffrir. Dans ces cas là, on comprend
    très bien pourquoi être apyrétique vous est insupportable. Vous
    devez aussi souffrir de troubles du sommeil, d'un complexe
    d'infériorité flagrant et de pulsions agressives inexplicables.







Je commençais à perdre littéralement les pédales devant ce flot
d'inepties inconcevables sans queue ni têtes. Non, je ne souffrais
en général pas de pulsions agressives même si je commençais à
bouillonner intérieurement.








  • Je pense vous prescrire des médicaments contre l'insomnie, la
    dépression et pour simuler une fièvre chez vous.


  • Simuler une fièvre ? Mais je ne veux pas avoir de la fièvre, je
    n'ai aucun trouble du sommeil et je ne suis pas dépressif du tout !


  • Allons allons, qui est médecin ici ?







Son ton était devenu impérieux. Je m'échauffais.







  • Prescrivez vos cochonneries à quelqu'un d'autre de votre entourage
    !







Le psychiatre lança à coup d'œil apeuré au portrait d'une femme
(sa femme?) qui trônait sur son bureau. Je trouvais au passage
étrange pour un expert en psychologie qui recevait des cinglés à
longueur de journée que de laisser trainer sa vie sociale devant
n'importe quel étranger. Peut être était il fier de cette réalité
?







  • Bon, je sens que vous n'êtes pas réceptif à ma magnifique
    méthode psychianalytique.


  • PsychANAlytique non ?


  • NON ! PsychIAnalytique, comme psychIAtrie. Ne
    prononcez pas devant moi ce mot creux qu'est la psychanalyse, cette
    aberration de l'esprit ! D'ailleurs, donnez moi mes 32 euros et
    reprenez rendez-vous, vous êtes improductif aujourd'hui.


  • Vous aviez dit 32 euros pour une demi-heure. Ca fait à peine dix
    minutes que je suis ici !


  • SORTEZ TOUT DE SUITE DE CE BUREAU AVANT QUE JE VOUS CASSE LA GUEULE
    !















Et l'on pouvait lire dans le journal du lendemain, dans les faits
divers, un article nommé « Un psychiatre agressé par un
fou dangereux : Hier, en fin d'après midi, un patient a agressé son
psychiatre après quelques minutes d'entretien. Le psychiatre avait
d'après ses dires tout de suite vu la dangerosité de l'individu
qu'il avait prévu de traiter avec beaucoup de diplomatie. Pour citer
l'éminent docteur « J'ai vu qu'il s'échauffait pour rien,
j'ai donc tenté de le ramener à la réalité en lui proposant de
l'accompagner psychologiquement. Il était perdu et fort démuni. Ses
paroles étaient confuses. Je proposais de lui offrir une séance
gratuite car chacun sait que la bonté d'autrui trouve un certain
écho chez ces malades mentaux, malheureusement, il a très mal pris
l'offre. » En effet, apparemment, l'homme aurait sauté sur le
psychiatre avant de l'étrangler énergiquement. Heureusement, un
patient du psychiatre a entendu le bruit et a appelé la police.
Quand les agents des forces de l'ordre sont intervenus, le bureau du
médecin était en ruines et le fou s'évertuait à tout mettre sans
dessus-dessous. Malgré cet incident, le psychiatre a décidé de
continuer son travail qu'il qualifie de « ...merveilleux ».
Il ne pourrait « ...abandonner tous ses patients, et même s'il
y a des risques inhérents au métier, on ne peut que se réjouir de
la satisfaction qu'on ressent lorsqu'on aide quelqu'un à s'en
sortir. ». Tous les psychiatres interrogés espèrent vivement
que la population nationale sera enfin réceptive à cette méthode
si « efficace » pour soigner les problèmes mentaux ou
pathologiques des individus.







Avec rage, je décidais de refermer ce foutu journal et me tournais
brusquement dans mon lit. Mon regard s'attarda sur la pelouse que je
pouvais voir à travers la fenêtre. Il y avait beaucoup d'espaces
verts dans cet hôpital psychiatrique...
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Nahïs
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MessageSujet: Re: La médecine folle.   Jeu 12 Fév - 12:50

Ca fait du bien à lire pendant la pause ^^

Scénario très bien ficelé, j'aime beaucoup cette façon d'écrire, cet humour !! Pas grand chose à signaler au niveau du style, pour moi c'est bien écrit, aucune difficulté de compréhension. Les dialogues s'enchaînent, ça aère, ça fait plaisir et la fin... slurp miam.
L'article était la cerise sur le gâteau. J'en redemande.


Merci pour le raffraîchissement, m'sieur. Heureux Cyan Heureux Jaune Content Vert
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Cassiopée
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MessageSujet: Re: La médecine folle.   Jeu 12 Fév - 12:59

J'ai la même réaction que Nahis.

J'ai lu ce texte avec plaisir. Bien écrit, bien présenté avec cette aération qui isole les dialogues de la narration.
Je ne me suis pas ennuyée en le lisant. J'apprécie l'humour assez fin véhiculé dans ce texte.

Moi aussi j'en redemande.

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dale cooper

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MessageSujet: Re: La médecine folle.   Jeu 12 Fév - 14:08

En vrac (et sur les mots uniquement) :


- "Flegme" : c'est masculin me semble-t-il comme nom

- Vieil immeuble du XIXème : tu sais quand on habite un vieil immeuble du XVIème ...

- Les Mayas ne vivaient pas en Amazonie la dernière fois que j'en ai vu

- Parler de clients dans un cabinet médical ça frise l'incorrection ... mais je concède que des fois parler de patients dans un cabinet médical çà défrise l'hypocrisie



J'ai un peu de mal à appréhender ton psychiatre analyste qui se dit tantôt versé dans l'art de la médication, et qui tantôt s'exerce à l'interprétation freudienne (bon ok c'est un effet volontaire et ironique mais tu connais mon hermétisme face à certaines figures ^^)


Le trait est un peu trop grossi(er) vis à vis du rapport à l'argent. Enfin je ne suis pas médecin mais je ne me fais pas d'illusions sur certaines "vocations".

Pour le reste...
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Dounette



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MessageSujet: Re: La médecine folle.   Lun 15 Juin - 22:50

Mon dieu, fait donc un effort de présentation !

Un texte absolument génial !! J'ai carrément adoré, l'écriture est fluide, simple, efficace. Tu traduis admirablement les pensées et l'état d'esprit d'un homme cultivé en pleine dérive médicale. Tu aurais pu faire un butor, un sombre crétin qui tombe dans le panneau de la sur-médicalisation. En avoir fait un quidam cultivé et "normal" nous permet de rentrer encore plus dans le texte, et ça c'est génial.

Par contre, je trouve que la fin est un peu brute, un peu bâclée. La réaction du médecin est un peu forcée. J'aurais bien vu une chute avec la définition de cette fameuse maladie qui n'en ai pas une, car même si on se doute de la définition, la chute n'en aurait que pu être plus forte, non?
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Ruby

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MessageSujet: Re: La médecine folle.   Ven 23 Oct - 2:09

Histoire de raviver nos mémoires, un bon texte de Teclis : drôle et inventif pas le temps de le commenter mais je vous laisse le lire ou le relire.

Et par là même je vous rappelle:

Duel de haut niveau =
http://ter-aelis.newgoo.net/les-duels-a-mots-f80/vote-teclis-contre-dvb-trophee-zola-t5310.htm
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MessageSujet: Re: La médecine folle.   

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La médecine folle.
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