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 A la croisée des chemins

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Cassiopée
Héliaste
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Localisation : Les pieds sous l'eau, la tête au delà des étoiles.
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MessageSujet: A la croisée des chemins   Mar 9 Juin - 0:44

Le froid occupait à présent toute la pièce ; il avait gagné chaque recoin au fil de la journée et les doigts endoloris de Pierrot ne lui faisaient presque plus mal. Il avait passé le difficile moment où le besoin d’hurler sa douleur n’avait pas pu être soulagé.
A présent, il ne sentait plus les cordons qu’il devait assembler sans fin comme de longues chevelures nouées et multicolores. Il liait les lourdes poignées de fils plastifiés et colorés avec l’art et la méthode d’un ouvrier qualifié.

Ils n’étaient plus que deux dans l’atelier alors que huit ouvriers besognaient l’an passé et Paulot n’était guère bavard lorsqu’il travaillait.
La porte s’ouvrit à la volée et le patron appela :
« Pierre, passe dans mon bureau je te prie ! »
Pierre savait qu’en de tels instants la précipitation était de mise.
Pourtant, il prit soigneusement le temps de nouer d’un dernier lien le peigne qu’il terminait. Il se donna même le plaisir de constater la quasi perfection de son œuvre achevée. Ce peigne viendrait s’ajouter à ses semblables dans l’armoire électronique que Paulot assemblait.
Lorsqu’il se présenta devant la porte du bureau du patron, Pierre hésita un moment avant de frapper, soufflant sur ses doigts gourds ; il n’était pas certain de vouloir entendre ce qui suivrait.


La journée la plus froide de l’hiver tirait à sa fin et un silence envahissant martelait le cerveau de Pierre. Il lui semblait qu’un grand vide l’avait submergé et recouvrait à présent toutes ses hésitations, ses pleurs et ses projets. Sur le pavé, les craquelures verglacées crissaient sous ses pieds et le jeune homme avançait avec précaution pour ne pas glisser ne sachant pas très bien où le guideraient ses pas. Les oreilles bien à l’abri sous la capuche de son sweat-shirt et les mains dans les poches, il malaxait sans fin l’enveloppe, la dernière.
Il les avait comptés et recomptés, ils étaient toujours aussi peu nombreux. A chaque paye, ce sentiment d’injustice lui prenait la gorge. Pourquoi recevoir si peu pour tant d’heures passées à travailler sans arrêt ? Il avait juste assez pour payer sa chambre, l’électricité, si le froid ne persisterait pas trop longtemps, sa nourriture du mois et mettre un peu de coté pour passer son permis de conduire le jour où il aurait pu regrouper la somme nécessaire.

Cela faisait des mois qu’il économisait, des mois qu’il s’acharnait pour garder ce travail comme on s’accroche à une bouée de secours en espérant pouvoir atteindre la rive. Mais, à présent, les derniers mots avaient été dits. Le patron mettait la clé sous la porte et Paulot partirait en retraite anticipée.
Demain, il irait s’inscrire au chômage, mais la dernière entreprise encore viable avait licencié deux ouvriers le mois dernier, il avait donc peu d’espoir pour trouver un nouvel emploi de câbleur.

A la question que savait-il faire ? Il ne pouvait que répondre : « rien…et tout … »

Pierre malaxait l’enveloppe au fond de sa poche. Elle avait pris les plis de son tourment, froissée d’avoir été trop palpée, et la chaleur du papier ne lui apportait pas un réconfort bien puissant.
C’est d’un geste crispé et presque rigide qu’il fit une boule de l’enveloppe. Une boule serrée qui encombrait sa paume. Ses doigts se crochaient sur le papier comme un étau métallique et il s’arrêta brutalement comme si ses pas n’avaient plus de lieu où aller.

Une peur impitoyable venait l’assaillir, lui comprimait le ventre tout en lui étreignant les tempes et il s'assit. Il se recroquevilla sur lui-même comme un ressort que l’on tend, alourdi par le poids de la vie et il resta prostré autant que misérable, comme un indigent sans le sou qui mendierait un bienfait.
La nuit, perverse compagne des moments de désespoir, vint lentement tenir compagnie à ce corps qui attendait sans chaleur qu’une volonté le motive et l’emmène vers l’ailleurs, vers l’au-delà de la peine.





(Ce texte était abandonné sans commentaire. Si vous voulez vous défouler, ne vous gênez pas... Heureux Cyan)

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Dounette



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MessageSujet: Re: A la croisée des chemins   Ven 12 Juin - 20:53

Et un com', un !

Pendant la lecture, j'ai ressenti comme un décalage qui m'a empêchée de me sentir à l'aise... Le héros est un jeune homme? Alors pourquoi est il désespéré comme un homme fait, qui n'a plus ni courage ni volonté? Il n'a pas de famille à nourrir, il est jeune, il peut aller ailleurs où on embauche...
Le drame, extrêmement bien décrit, ne correspond pas, je trouve, avec la gravité de la situation que tu décris.
Tout pourrait, par contre, être plus logique si nous avions une indication de lieu. Où sommes nous? Les prénoms sonnent bien français, mais le dramatisme de la situation professionnelle, la région dévastée, le froid, les conditions précaires de vie pourraient faire penser à certaines régions de l'Est, comme la Russie. Dans ce cas, oui, ce drame, ce désespoir semble possible.

Si on oublie ce décalage que j'ai ressentit entre l"histoire et le drame, je trouve ton récit très bien écrit, finement imagé. Tu as le sens de la phrase choc, de la comparaison poignante. La fin est très bien menée.
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dale cooper

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MessageSujet: Re: A la croisée des chemins   Sam 13 Juin - 2:34

Malgre une ou deux tournures un peu longuettes, le texte est impecablement ecrit. Mais comme Dounette, j'ai une drôle d'impression quant au fonds de l'histoire: le froid, l'hiver, la peur, la faim tout ça fait trop d'un coup. La surenchère du drame réaliste sur fonds de crise économique me semble issue d'une autre époque.
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MessageSujet: Re: A la croisée des chemins   

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