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 Le fuyard.

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MessageSujet: Le fuyard.   Sam 15 Aoû - 0:23

"L'Homme dépassé"

Il y a loin une tache couleur glaise qui s’accroche au regard. Quelques secondes.

La ville s'étend. Elle se répand sur la campagne comme chaque jour, à la vitesse d'un homme qui marche. Chaque matin, un peu plus de sa lourde chape de béton pèse sur la terre glaise et gluante. Au rythme des cycles blafards, cadencés par la lumière tremblotante du soleil, chaque soir, d'autres grandes barrières de gris et d'acier coupent l'horizon.

Il trébuche, tombe. Chaque chute le voit se relever péniblement. L’on se rapproche et son visage couvert de boue nous apparaît marqué par la panique.

Chaque millier de nouveaux appartements est aussitôt occupé par des familles qui viennent de nulle part et qui s'installent, sans que l'on sache d'où ni comment ni pourquoi. Ils sont comme des cafards, écrasés mais toujours vivant, grouillants, sales et collants. Comme une mélasse épaisse, la ville se déverse inexorablement sur la plaine.

Il essaie de courir, mais la glaise s’accroche a ses pieds, lui suce les jambes avec des bruits grossiers et avale goulûment ses chevilles à chaque pas . Il marche en s’extrayant tant bien que mal de la terre gluante qui lui vole son énergie comme un vampire.

La ville est surplombée d'un air si lourd qu'il pèse sur les toits presque autant que le goudron des routes écrase le sol. Des fumées anthracites, des émanations épaisses qui déroulent leurs volutes avec patience au-dessus des épaules. Dans le flou opaque et poisseux, le ciel est toujours couleur charbon. Les oiseaux nagent dedans presque autant qu'ils y volent. Battant péniblement des ailes, il lancent des cris étouffés, étranglés. Tout ce qu'on voit se transforme en noir et gris après quelques mètres, déchiqueté puis gobé par le monstre smog et la bête marée noire.

Sa respiration est difficile, il souffle comme un bœuf. Au dessus de sa tête, des coulées de charbon découpent lentement le ciel et le tâchent d’indélébile.Il y a un amas de ferraille dans sa poitrine qui lui déchiquète les poumons.

Il y a l’administration. Il s'y prend des décisions que personne ne maîtrise. Il s’y conduit une politique que personne n’envisage. C’est un trou noir engloutissant, rayonnant de vide. C’est son cerveau, qui envoie des signaux épileptiques dans toutes les directions, les lignes de bâtiments qui partent se perdre aux quatre points cardinaux. La ville convulse sans fin. Elle est incontrôlable tant son esprit pèse et cannibalise les pensées de ceux qui y vivent, tant son image tétanise la moindres pensée. Dans ses bureaux, des dizaines d'armées de fonctionnaires travaillent frénétiquement, écrivent, remplissent, tamponnent, raturent, tape a la machine. Dans le gruau de l'air ambiant, les stylos crissent et rayent sur des millions de feuilles. Un vacarme infernal et chaotique qui rend sourd les employés en quelques jours.

Il entend un grondement, un roulement, du sable qui dévale une montagne, une coulée de boue, un nuage de sauterelles grésillantes, une marée de picotements sonores incessants Le bruit rempli l'air, le mange, le couvre, l'avale, le digère. Le son est devenu physique, il étouffe, il se noie, sans air, il respire le fracas crayeux, un goût de stress au fond du palais.

Les habitants sont à l'image de la ville. Gris, toujours occupés, lourds et pesants. Toujours les rues sont inondées par le flot des gens et les pavés martelés si fort qu'ils se désagrège en quelques jours. Le bourdonnement dévale les rues, rattrape les constructions et part se perdre dans les campagnes. Ils sont innombrables. Ils ne vivent que pour vivre.

Au devant de l’horizon.

Quelques kilomètres devant les frontières mouvantes de la ville, un jeune homme marche. Il marche jour et nuit, chassé par l'ombre tentaculaire qui toujours s'acharne à le couvrir. Devant lui s’étend un paysage presque lunaire, fait de fermes crasseuses, de champs boueux. Il est devenu golem fuyant à force de s’arracher de l’argile. Il fuit le roulement fracassant des pas et le tumulte assourdissant des plumes sur le papier. Il fuit ce qui le terrifie, toujours titubant, à chaque instant risquant de tomber pour se faire engloutir, chaque seconde se rattrapant pour repousser l'échéance. Il est épuisé, mais il marche, il marche mais pas assez vite. La ville le rattrape. Et chaque fois qu'il regarde en arrière, la grande ombre grise est plus proche et menaçante.



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Reprise de mon duel avec Mickael.
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Aligby
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MessageSujet: Re: Le fuyard.   Mar 18 Aoû - 10:03

Voilà la preuve évidente que je n'ai pas voté : je ne connaissais pas ce texte que j'aime beaucoup. Toujours dans ton univers punky-walky. Toujours chez toi ces idées de crasses, de poisse, de saleté, dans ton univers ça grouille, et, connaissant ta sensibilité, il ne manque plus que ça suinte. Très bien écrit, avec une très jolie sonorité. J'aime.

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Ruby

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MessageSujet: Re: Le fuyard.   Mar 18 Aoû - 15:41

Comme quoi c'est une bonne idée que les auteurs des duels à mots publie par la suite leurs textes dans les bibliotèques pour en faire profiter tous! Heureux Cyan
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dale cooper

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MessageSujet: Re: Le fuyard.   Mer 19 Aoû - 10:54

Me semblait bien que j'avais déjà lu ça quelque part aussi ^^
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MessageSujet: Re: Le fuyard.   Mer 19 Aoû - 14:59

Ne vous y trompez pas, ce n'est pas la version du duel. J'ai retravaillé dessus pour l'améliorer.
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Ruby

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MessageSujet: Re: Le fuyard.   Mer 19 Aoû - 22:42

Effectivement, je m'y suis fait prendre, ce n'est pas le même donc j'ai relu les deux. C'est vrai que tu l'as étoffé et ça ne rend que mieux l'atmosphère étouffée et sale. Pour ma part, j'avais selon mes critères noter sévérement ton texte car il était jugé dans un cadre à thème et face à un autre texte.
Mais j'aime beaucoup cet univers, tu nous transporte bien , tu sais rendre une atmosphère en fait j'aime bien, et tu as vraiment une écriture riche en vocabulaire et argéable à lire.
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Le fuyard.
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