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 (A la manière de Victor Hugo) Messieurs les députés

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MessageSujet: (A la manière de Victor Hugo) Messieurs les députés   Jeu 15 Oct - 1:01

Nota Bene: Ce texte est un pastiche écrit il y a deux ans. Il s'agissait d'imiter le style d'un "grand auteur" et de traiter d'un thème politique quelconque. Victor Hugo a été choisi, pour le culte que je lui vouais alors, pour l'admiration que j'ai toujours. Il y a une référence à Ruy Blas, avis aux amateurs.
C'est en le relisant ce soir que j'ai décidé de le poster ici. A vrai dire, je m'attendais à quelque chose de très décevant - comme toujours lorsqu'on relit à 18 ans des textes que l'on a écrit à 16 - mais j'y ai trouvé un je ne sais quoi qui, à mes yeux, avait de la valeur. C'est donc ma subjectivité qui me conduit à soumettre ce texte à votre subjectivité.


Bonne lecture




Messieurs les députés,

Avez-vous bien dormi ? Avez-vous bien mangé ? Vous avez tort ! J’ai vu l’un des nôtres enfreindre nos lois : il ose être pauvre et malheureux. Ce forcené avait l’outrecuidance de se pavaner dans nos rues, en nous bavant sans complexe sa misère à la face. Ce traître souillait nos pavés avec des linges sanglants qui lui servaient de chausses. Vêtu d’une blouse courte et boueuse, sa laideur blessait le regard. Dieu soit loué, les saints gardiens de l’ordre et de la paix dans notre société sont parvenus à l’arrêter avant qu’il ne fasse plus de dégâts, moins pour le pain qu’il avait volé que pour son existence, crime contre l’humanité.

Il osa même poser ses yeux de fauve sur une pauvre duchesse innocente et faible! Courageusement, la frêle Marianne tenta de protéger son enfant encore innocent de la perversion du Monstre qui la toisait de son regard maléfique, cherchant ainsi – atrocité suprême- à lui faire avouer qu’elle lui devait de sa robe jusqu'à son carrosse! Elle ! A lui ! Un gueux de la populace ! Vous entendez comme moi messieurs que de tels crimes ne doivent plus se reproduire, et qu’il est de notre devoir de protéger nos bons citoyens de telles horreurs. Pareil drame ne doit plus voir jour dans notre belle France si pure et si parfaite.

Voici en quelques phrases le résumé modéré du torrent d'idioties dont certains abreuvent leur discours. Il n'y a qu'une seule morale à retenir de leurs fables: les politiques ont tant échoué à faire de notre monde un Eldorado qu'ils s'acharnent désormais à en cacher les vices derrière des barreaux.

Messieurs, n’entendez-vous pas le tonnerre qui gronde au loin, se rapprochant chaque jour comme une menace ? Ne voyez-vous donc pas que le gouvernail de l’Etat vous échappe? Vous prétendez en tenir fermement la barre, simplement parce que vous avez le monopole de la violence ! De la violence légale ! Pensez vous que la Révolution ait gantée votre main d’un acier si solide qu’il vous permettrait d’étouffer éternellement la colère du peuple ? Ce mendiant qui ce matin volait pour manger, et qui ce soir hurlera pour sortir de sa geôle, deviendra un martyr ! Un héros ! L’emblème de la révolte ! Car lorsqu’il posa son regard sur celle qui deviendra l’expiatrice des pêchés des bourgeois fortunés, son œil est passé de la résignation lasse à une colère noire ! Son corps croulant sous d’innombrables maux s’est redressé ! Les malédictions du dieu Richesse ont fait de lui un exalté qui ira se battre aux barricades et tombera sous les balles de vos policiers ! Mais lorsque les balles se feront rares et les forcenés plus nombreux, où serez-vous messieurs ? Vous serez sous la guillotine, cet instrument si utile dont vous vous servez pour éliminer la « vermine ». Ce qui aura été votre idole sera votre diable et signera votre fin.

Messieurs, nous pouvons éviter cette apocalypse. Il suffirait que la duchesse accorde un regard au martyr, un sourire même. Le prix d’un pain et d’une chemise est moins élevé que celui d’une vie, la plus ingrate soit-elle. Le prix de l’estime et de la considération, lui, est incalculable. Accordez simplement ces vivres, ces frusques, et cette attention, et nos bourreaux se feront médecins. Depuis la Révolution, les hommes naissent libres et égaux en droits. Etendons cette idée à la vie entière de chaque citoyen !


Dernière édition par Plumo le Jeu 15 Oct - 11:41, édité 1 fois
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Grendelor
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MessageSujet: Re: (A la manière de Victor Hugo) Messieurs les députés   Jeu 15 Oct - 9:33

Que dire?
Les mots coulent et ne se heurtent pas, les idées s'enchainent sans difficulté. Bref, ça passe tout seul. Je n'irais pas comparé avec le style dont il est censé découler car j'en serais incapable malgré mes lectures. Cependant, même s'il est bien écrit, ce texte ne provoque pas grand chose en émotion chez moi. Il n'y a qu'une chose que j'ai retenue.

Citation :
les politiques ont tant échoué à faire de notre monde un Eldorado qu'ils s'acharnent désormais à en cacher les vices derrière des barreaux.

Celle-là, je l'ai trouvée très bien. Le reste ne m'a pas remuée.

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MessageSujet: Re: (A la manière de Victor Hugo) Messieurs les députés   Jeu 15 Oct - 9:45

J'aime bien ton texte. Certes, le thème a été mille fois traité et ce n'est pas pour ce que tu défends que j'aime ton écrit. Non, ce que j'apprécie - en dehors de la fluidité du texte, en grande partie liée aux interjections - ce que j'apprécie, donc, ce sont toutes les rimes qui se cachent dans le texte. Peut-être ne sont-elles pas voulues et que je les entends parce que je le veux bien, mais n'empêche, j'aime bien.

Par exemple :
Citation :
Vous serez sous la guillotine, cet instrument si utile dont vous vous servez pour éliminer la « vermine ».
Ou encore ici, avec en plus un rythme en six pieds :
Citation :
Messieurs les députés,

Avez-vous bien dormi ? Avez-vous bien mangé ?

Et euh... en fait je n'en trouve pas d'autres. Mais tout le texte sonne bien. Voilà.

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dale cooper

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MessageSujet: Re: (A la manière de Victor Hugo) Messieurs les députés   Jeu 15 Oct - 11:16

Citation :
Accordez simplement ces vivres, ces frustres, et cette attention

C'est pas plutôt "frusques" que tu voulais mettre ?

JE rejoins mes précédents camarades sur les deux points essentiels de ce texte : d'une part si le discours est déjà connu et reconnu, il n'en reste pas moins parfaitement exprimé, et d'autre part, la lecture se fait facile sous tes lignes fluides et coulantes. On sent la colère et la résignation, l'espoir et la révolte.

C'est franchement bien tourné. De là à dire que ça colle parfaitement "à la manière de Victor Hugo", je ne saurai le dire, puisque tu dois être mieux placé que moi pour le savoir... vu que je rechigne à lire "la grande littérature", lui préférant celle qui me plait :p
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MessageSujet: Re: (A la manière de Victor Hugo) Messieurs les députés   Jeu 15 Oct - 11:39

Frusques, effectivement

Comme il s'agit d'un discours, l'émotion passe véritablement à l'oral; l'écrit ne résonne pas, c'est vrai Grendelor. Il faut donner deux tons, un premier pour les paragraphes initiaux, un second pour ceux qui suivent.
Parlé cependant, il avait fait de l'effet lors de la fête de mon lycée Ca! A Neuilly! La salle scandait des "enculés de trotskyste" à la fin! Non, malheureusement, ceci n'est qu'un fantasme: j'aurais apprécié l'insulte, salué les spectateurs, et défié au mousquet porte de Champeret tous ces outrecuidants. Dommage...
Ceci dit, à l'oral comme à l'écrit, il se rattache à des exemples trop vagues, trop lointains pour qu'ils nous frappent directement.

Malheureusement, je ne pense pas m'être rapproché du style de Victor Hugo. Si ce n'est une certaine emphase et la volonté de créer des images fortes pour dénoncer le politique (l'eldorado, la main gantée de fer, le monopole de la violence légitime*, etc)

*Je n'avais pas encore lu Max Weber, j'étais tout fier d'avoir (re)trouvé seul cette expression.




On s'amuse d'un rien!
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dale cooper

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MessageSujet: Re: (A la manière de Victor Hugo) Messieurs les députés   Jeu 15 Oct - 11:52

A oui... le monopole de la violence légitime, c'ets effectivement un concept de droit constitutionnel :p
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MessageSujet: Re: (A la manière de Victor Hugo) Messieurs les députés   Jeu 15 Oct - 12:34

C'est du droit constitutionnel, oui.C'est aussi du droit anti-constitutionnel puisque le monopole de la violence légitime justifie la raison d'Etat, c'est-à-dire la castration des droits de l'individu dans des circonstances exceptionnelles afin de protéger l'ensemble de la société.
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Ruby

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MessageSujet: Re: (A la manière de Victor Hugo) Messieurs les députés   Jeu 15 Oct - 13:04

Et bien je vais rejoindre mes collègues sur les mêmes points.
Moi non plus ça ne m'a pas emporté, quelques phrases m'ont arrêtés dont celle qu'a cité Grendelor.
Après dire que ça ressemble à du Victor Hugo, je n'irai pas jusque là.. bon la consigne était l'imitation donc je comprend l'idée mais ça aurait peut être plus gagné si tu avais apporté tes images même si tu te plaçais dans un contexte historique.
Etait ce un devoir? qu'avais tu eu comme commentaire à l'époque?
il est toujours intéréssant de relire les textes qu'on a écrit plus jeune, même si ça peut être maladroit il y a une certaine fraicheur qui en ressort et ça a été écrit à une autre période de notre vie, où on est peut être plus porté à la révolte, à s'enflammer que par la suite.
Sinon c'est bien écrit.
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MessageSujet: Re: (A la manière de Victor Hugo) Messieurs les députés   Jeu 15 Oct - 15:13

Voui c'était un devoir de première. Mon prof nous l'avait donné, il nous avait laissé deux heures pour écrire un p'tit quelque chose.
En guise de commentaire, il m'a mis 18/20. Pourtant, la note était bien entendue à mettre en relief avec le temps qu'il nous avait donné, et bien sûr au reste de la classe qui ne s'était pas foulé. Disons que c'était une excellente note par défaut, qui révélait plus la satisfaction de mon enseignant que son point de vue réel. Auquel cas j'aurais plutôt eu 12-13.

J'ai posté ce texte dans l'idée de le mettre en perspective. En effet, je vais avoir dès le second semestre un cours d'écriture créative où je serais chargé d'écrire un certain nombre de textes et de discours: je pourrais les publier ici, vous aurez l'occasion de constater s'il y a eu ou non une évolution (et pourquoi pas une amélioration) de mon style deux années plus tard.
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Ruby

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MessageSujet: Re: (A la manière de Victor Hugo) Messieurs les députés   Jeu 15 Oct - 16:02

Pourquoi pas c'est toujours bien de voir l'évolution d'un écrivain autant dans sa technique que dans sa réflexion.
Les professeurs ont tendance à surévaluer les notes quand quelque chose sort de la banalité et la fadeur de la majorité des élèves mais ça a le mérite de faire figure d'exemple.
J'ai un très bon souvenir de ma première avec un professeur qui encourageait à l'écriture et à l'exercice stylistique textuel. ( oui je sais je raconte ma vie).
Je remarque seulement qu'on a pas vraiment l'occasion à l'école de s'exercer vraiment à l'art d'écrire, comme si l'écriture était quelque chose d'audodidacte, qu'on n'apprend pas dans les livres.
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