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 Fawlfield

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Aillas
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MessageSujet: Fawlfield   Mer 1 Sep - 18:42

16 août, aux alentours de Milwaukee, Wisconsin, 1923.

- Mallory ! Viens voir ce que ces petits cons ont fait !

J'ai ma lampe torche braquée sur la porte de l'ancienne maison des Fawlfield, complètement enfoncée cette dernière pend pesamment d'un unique gond. Des coups de couteau ont servis à pratiquer de multiples entailles dans le vieux bois et j'ai du mal à discerner s'il y a quelque chose d'intelligible malgré la lumière que j'approche.

Ma collègue monte l'allée jonchée de mauvaises herbes et de broussailles pour s'arrêter à côté de moi et poser le faisceau de sa lampe droit sur la porte que j'éclaire déjà. Elle fait la moue.

- Il y a quoi d'écrit ? Je n'arrive pas à lire.

- Je ne sais pas, je n'ai pas réussi à lire non plus. Je hausse des épaules. On entre, suis-moi.

Je pénètre dans la vieille bâtisse à pas mesurés, éclairant les murs et les pièces que je croise au fur et à mesure que je parcours le couloir central. Je suis déjà venu ici il y a deux ans de cela pour un autre problème de squat et l'ambiance n'était pas aussi pitoyable. Là, les murs ont été griffés au couteau un peu partout, le sol est collant, les restes d'un feu trônent au milieu du séjour avec à leurs abords quelques restes de carcasses de viandes. Ça doit dater d'environ deux jours. Je suis estomaqué par l'état des lieux, pour la grande majorité des squatteurs le fonctionnement est totalement différent : ils laissent l'intérieur propre et s'aménagent un cocon de vie le plus confortable possible -malgré un grand laisser-aller- mais inscrivent à l'extérieur une masse de messages d'avertissement pour quiconque voudrait entrer sans leur accord.

- Philip.

Je me retourne vers Mallory qui me suit juste.

- Oui ?

- C'est vraiment glauque ici. Tu as vu les marques sur les murs ? On dirait des dessins morbides. Elle s'approche un peu d'un mur. Regarde, là je crois que c'est un œil et, autour, des flammes. Mais ça se répète, j'ai vu ça dans le couloir aussi et sur la porte.

Je suis assez d'accord avec son ressenti, cet endroit est glauque, frôlant le malsain. Quelque chose dans l'ambiance générale me met mal à l'aise, j'intime à Mallory de sortir, nous en avons assez pour notre inspection ce soir. Je suis certain que les gars au poste vont être ravis d'entendre qu'une nouvelle tribu de dégénérés s'est installée chez les Fawlfield.






19 août, Milwaukee, Wisconsin, 1923.

- On l'a interpellé ce matin, il trainait devant le squat des Fawlfield. Apparemment, il n'a pas toute sa tête, j'ai essayé de discuter avec lui mais tout ce qu'il dit est complètement dénué de sens.

- Merci Mallory. Je vais lui parler, on ne sait jamais.

J'entre dans la salle d'interrogatoire, sous la lumière pâle du luminaire le prévenu est assis bien droit et silencieux. Il doit avoir entre cinquante et soixante ans, fin de corps et de visage, les cheveux courts mais pas en brosse, un regard étrangement vide. Je m'assois devant lui.

- Bonjour. Je m'appelle Philip Gasterson, inspecteur de police de Green Bay, et vous vous êtes Eloah, c'est ça ? Il hoche la tête de côté. J'ai la désagréable sensation d'être jaugé. Vous avez été vu plusieurs fois à errer devant l'ancienne propriété de Mr. Fawlfied, quelle en était la raison ?

Il me sourit brièvement.

-Je vais souvent là-bas pour voir.

- J'imagine que vous savez que vous n'avez pas le droit d'entrer comme cela dans une propriété privée, même si celle si est inhabitée.

- Je sais.

- Vous y allez avec des amis, des gens que vous connaissez, des inconnus ?

Une lueur de frayeur très fugitive passe dans son regard.

- Non, enfin, non. Je ne crois pas, non.

- Vous êtes certain ?

Il se mordille un ongle.

- Je vais souvent là-bas pour voir, c'est tout. Je sais.

- Vous entrez donc régulièrement dans une propriété qui ne vous appartient pas juste pour voir, et vous y allez seul à chaque fois. Avez-vous déjà vu d'autres personnes dans la maison ou le parc ?

- Non, enfin, non. Personne connait ça. Moi j'y vais pour voir, juste.

- Oui, bon. Nous n'avons rien de plus à vous reprocher, sachez que nous serons moins cléments la prochaine fois.

Je sors de la pièce et me retrouve de nouveau nez à nez avec ma collègue.

- Je n'ai pas trouvé qu'il délirait tant que ça ce Eloah.

- Ah bon ?

- Ça me dit quelque chose Eloah, ce ne serait pas un nom indien ?

- Non, je crois que c'est de l'Hébreu, ça veut dire « Le Seigneur » ou quelque chose dans le goût.

Brusquement, une agitation se fait dans le commissariat, un agent vient me voir en gesticulant et en insistant à propos de soupçons de meurtre à la résidence Fawlfield. Je serre les dents et fais un geste à Mallory et trois autres policiers pour qu'ils me suivent. Je n'ai aucune envie d'y remettre les pieds.






19 août, aux alentours de Milwaukee, Wisconsin, 1923.

Je soulève quelque chose du pied, ce sont des phalanges humaines. Ce que nous avions pris pour des restes d'un banal repas n'était rien d'autre que le vestige d'un festin cannibale. Les ossements sont répartis dans la maison, depuis la cuisine jusqu'à la chambre à coucher des enfants nous retrouvons des os, surement laissés à terre après avoir été rongés. Nous n'avons strictement aucun moyen de savoir de qui il s'agit. La seule chose dont nous soyons certains c'est que la victime n'a jamais été « cuisinée » et qu'elle a probablement été dévorée vivante. Le feu au milieu du salon n'a donc plus réellement de raison d'être, surtout avec la chaleur ambiante des dernières semaines.

La maison est pratiquement retournée par mes agents, je vois des faisceaux lumineux fureter dans tous les coins. Tout le monde est à cran, le holster vide, l'arme sortie. Un pareil acte n'a pas été commis dans cette région depuis des décennies et rien n'avais laissé pressentir à cela. J'aurais aimé qu'on n'arrive pas sur les lieux en pleine nuit, l'aspect lugubre et sinistre de la demeure n'en est que davantage accentué. Rien n'a changé depuis notre dernier passage, mais je m'applique à regarder partout afin d'être certain de rien oublier de ce que je vois. Je m'arrête pour noter dans mon carnet l'état des lieux. Les ossements humains, le feu, les dessins au couteau, la porte défoncée, les fenêtres condamnées.

Une fois que nous quittons les lieux, personne n'est serein et chacun est bien heureux de s'en aller rapidement. Désirant rentrer directement, Mallory me souhaite tout de même une bonne nuit et s'en va.





20 août, Milwaukee, Wisconsin, 1923.

Je prends mon café au bureau, comme d'habitude, avec devant moi le dossier d'une affaire de braquage de banque avorté dont le coupable est toujours en cavale. Cependant, l'affaire Fawlfield, dont le nom revient de plus en plus souvent dans le commissariat, accapare mes pensées. J'ai beau essayer de me concentrer, je n'arrive pas à me défaire de cette sensation de mal être qui me hante depuis que j'ai mis les pieds il y a quelque jour dans ce squat.

Je finis mon café et me résous à demander à l'un de mes collègue d'aller interpeller Eloah qui reste le seul suspect sur ma liste. J'abandonne l'affaire de la banque pour me pencher sur la seule qui m'intéresse réellement. Un nouvel interrogatoire d'Eloah, avec un nouveau centrage des questions m'aidera peut-être à obtenir une piste et trouver les cannibales. Le photographe de la police a pris des clichés de la maison des Fawlfield, je retrouve les éléments que j'y ai vus la veille. Je pose méthodiquement tout ce que j'ai sur le bureau afin d'essayer d'avoir une vue d'ensemble sur les choses.

- Philip ?

Rodger est à la porte de mon bureau avec une mine désastreuse.

- Oui ?

- Nous n'avons plus de nouvelles de Mallory... Son mari ne l'a jamais vu rentrer hier, il pensait qu'elle était restée au poste à travailler tard mais ce matin il s'est inquiété.

Je me sens devenir tout pâle. Mallory qui ne rentre pas chez elle alors qu'elle sort à peine d'une scène de meurtre cannibale, la vision qui s'offre à moi est affreuse. J'ordonne immédiatement d'envoyer des patrouilles en ville et dans le périmètre autour de la résidence Fawlfield pour la retrouver et je prends moi même la direction de celle-ci avec Rodger et un autre agent.





20 août, Milwaukee, Wisconsin, 1923.

Rien. Rien du tout, nous avons eu beau passer la proximité de la maison au peigne fin, refaire le trajet qu'aurait emprunté Mallory, rien n'a été trouvé qui puisse nous permettre de savoir s'il lui est arrivé quelque chose et ce qu'il lui est arrivé. Tous les centres hospitaliers, hôtels et motels ont répondu négativement à nos questions. Pour tout le monde Mallory a bel et bien disparue. L'affaire Fawlfield semble bien rattachée à cette disparition et prend une tournure capitale au commissariat, tout est sans dessus dessous et l'ensemble du personnel se concentre sur cette unique affaire.

Rodger entre à nouveau dans mon bureau, il m'annonce que Eloah a été interpellé et qu'il se trouve déjà en salle d'interrogatoire. Je me lève précipitamment de ma chaise pour y courir. Je sais pourtant pertinemment que ça ne peut être lui qui a enlevé Mallory, qu'il ne se serait pas laissé avoir aussi facilement s'il avait capturé un agent de police ou s'il avait dévoré un humain, mais j'ai l'ultime conviction qu'il est un élément clé de l'enquête et que je suis passé à côté des bonnes questions lors de mon premier entretien avec lui. J'ouvre la porte et m'assied fébrilement, tentant vainement de me contenir.

- Bonjour inspecteur.

- Bonjour Eloah. Cette entrée en matière m'arrête instantanément. Le calme que je ne parvenais pas à trouver quelques secondes plus tôt vient de me tomber dessus tel une chape de plomb. Écoutez Eloah, l'une de nos agentes est portée disparue en ce moment même après avoir quitté l'ancienne demeure des Fawlfield. Sachant que vous êtes la seule personne à aller régulièrement à cet endroit, il est vital que vous nous confiiez tout ce que vous savez sur les gens qui le fréquentent.

- Vous y êtes allé ?

- Bien sûr.

- Vous avez vu ?

Il me regarde avec attrait, comme un enfant ayant découvert quelque chose de fabuleux se rendant compte que le secret est partagé. La question qu'il aurait fallu que je pose lors du premier entretien s'impose alors immédiatement à moi. Suggérée par cet idiot même.

- Voir quoi, Eloah ?

- Le regard de feu, celui qui voit par les murs. Vous avez vu ça, non ? L'homme semble un peu perdu que je ne comprenne pas directement le sens de ses propos. Il paraît gêné de devoir me l'expliquer, sentant comme couler de source ce que j'ai peine à intégrer.

- Vous aimez voir ça ?

- Non ! Mais j'ai besoin. Des fois quand je suis chez moi je reste tout seul dans le noir pour voir. Et je vois dans ma tête.

- Vous voyez le regard de feu ?

- Oui. Il me souffle. Mais les gens devraient pas voir. Votre amie elle aurait pas dû voir, et vous non plus.

- Pourquoi est ce qu'on ne devrait pas voir ?

Il gémit sur sa chaise en se tirant les doigts, paniqué.

- Parce qu'elles nous aiment trop. Je suis resté tard un jour et je les ai vues. Elles viennent la nuit quand tout est noir. J'ai eu très peur, mais elles sont trop...

- Belles ?

- Non ! Ce n'est pas ça !

- Qui sont-elles, Eloah ?

- Elles sont le regard de feu.

Dans ses yeux luit une démence profonde qui ne demandait qu'à s'exprimer. Je sens que ma prochaine question serait de trop pour sa pauvre santé mentale. Néanmoins, j'ai maintenant quelques éléments supplémentaires pour mon enquête. Il y a un groupe de femmes cannibales qui vient parfois le soir dans la maison des Fawlfield et Mallory a surement été capturé par elles. Une seule chose à faire à présent, aller dans cette maison la nuit venue et y traquer toutes ces folles pour les enfermer avant que Mallory ne subisse le même sort que leur précédente victime. Pour ça il me faut l'accord de mon supérieur pour réunir les hommes nécessaires.





20 août, Milwaukee, Wisconsin, 1923.

Retour à mon bureau, je fulmine, on ne m’a pas accordé l’attaque. Mallory est peut-être déjà morte et rien de concret n’est fait pour empêcher cette hypothèse. J’essaie de rassembler mes esprits afin de trouver une échappatoire à la situation. Peut-être qu’un nouvel agencement des éléments de l’affaire apportera un éclaircissement, j’ose croire à cette éventualité et dispose à nouveau sur mon bureau les pièces de l’enquête. Les photographies et les extraits d’interrogatoires s’enchevêtrent sans n’apporter aucun sens neuf. Je m’énerve et je descends aux archives.

Je fouille pendant plusieurs heures les archives du commissariat sans obtenir d’éléments probants, j’ai à peine quelques brochures de journalistes dont de brefs articles de faits divers parlant de Fawlfield. L’auteur de la feuille de chou parle du traumatisme des voisins de la demeure, du fait qu’ils aient tous déménagé et il relie finalement cela en créditant la thèse du quartier : la maison est hantée et la police n’y voit que du feu. L’édition date de dix ans.

Un détail m’interpelle, une photo agrémente l’article, à l’aide d’une loupe je parviens à voir avec une netteté modeste ce qu’elle représente : la maison des Fawlfied. Rien de bien surprenant en cela qu’elle est l’objet de l’article, mais c’est l’état qui me fait ouvrir de grands yeux. Les gravures sur la porte sont moins nombreuses qu’aujourd’hui mais l’on distingue sans trop de mal l’œil entouré de flammes bien au centre. Je frissonne.

Je me rends chez l’éditorialiste et je parviens à obtenir les articles du journaliste ayant précédés à celui sur lequel je suis tombé dans les archives. Le journaliste, Marwin Ashtomp, y raconte comment l’étrange famille Fawlfield, composée sur sa fin que des filles héritières, avait fini par se couper du monde extérieur et disparaître totalement en laissant supposer aux habitants du quartier qu’ils étaient partis rejoindre leur famille au-delà de l’Océan Atlantique, en Angleterre. Tout cela ne m’avance guère quant à l’explication de ce qui se passe actuellement dans cette maison mais j’ai du mal à rayer mentalement les suppositions superstitieuses d’Ashtomp.





21 août, Milwaukee, Wisconsin, 1923.

Je circule en ville à toute allure, ma voiture fait de grands dérapages dans les avenues, dans ma frénésie de retourner au commissariat je roule sans prendre gare au décor. Rodger m'a appelé, Mallory est rentrée, vivante mais terriblement choquée et la hiérarchie m'autorise à mener un assaut ce soir même sur Fawlfield. J'arrive au poste, je quitte mon automobile et me rue dans l'entrée où Rodger m'attend. Il me montre où est Mallory sans m'arrêter, et je ne m'arrête pas. Toutefois, j'essaie de ralentir le pas en me rapprochant de la salle de repos où est la rescapée. J'arrive à entrer sans fracas, soufflant fort.

Mallory est dans un coin de la pièce, des vêtements mal mis sur le dos, les cheveux en bataille, prostrée. Je m'avance doucement en murmurant son nom. Elle semble me reconnaître mais alors que ses yeux se tournent vers moi j'ai la désagréable impression que son regard plonge à travers moi en me traversant de part en part sans s'accrocher. Le vide qui stagne dans ce regard dénote une folie et une horreur indicible. Son visage est partiellement tuméfié et sa lèvre inférieure tremble frénétiquement. Une terrible douleur au cœur et au ventre me prend en la découvrant dans un tel état.

- Philip... Tu as vu ?

Si j'ai vu ? Mais voir quoi ? Eloah m'a posé la même question et j'ai à peine su de quoi il parlait. Qu'est ce que j'ai bien pu louper que Mallory et l'idiot ont bien pu découvrir de si terrible.

- Si j'ai vu le regard de feu ?

Si un mur ne l'avait retenu je crois que Mallory aurait fait un bond en arrière, sa tête tapa violemment contre la brique. Ses deux bras devant elle, elle semblait vouloir repousser quelque chose d'incroyablement effrayant.

- Oui ! C'est lui qui est là. Je ne veux pas, je ne veux pas. Dis-leur !

J'essaie de garder mon calme malgré la panique qui m'envahit.

- Je vais leur dire, je vais leur dire. Rassure-toi maintenant, tu es en sécurité. Tout va bien Mallory. Tout va bien.

Elle s'arrête, figée un instant. Puis elle me regarde à nouveau.

- Non Philip. Quand on a vu, on n'est plus jamais en sécurité. Dis leur que je ne voulais pas. Je t'en supplie. Je ne veux pas. Elle pleure en poussant des gémissements. Il veut ma chair. C'est tout ce qu'il veut.





21 août, aux alentours de Milwaukee, Wisconsin, 1923.

Je suis effondré. Mallory est décédée en début d'après midi. Elle a finit par se suicider, se fracassant le crâne contre une porte. J'ai la nausée et une rage terrible. Je mène seize policiers armés et aux abois à Fawlfield. Malgré les fenêtres condamnées et la porte que nous avons remise sur ses gonds, une lumière verte tremblotante filtre des interstices, une espèce de feu a été fait à l'intérieur. Me tournant vers mes hommes je leur fais signe de mener la charge. Nous avançons en courant vers l'entrée. J'ai les mains moites et tellement serrées sur mon revolver que mes doigts en sont blancs.

Et ce rire, ce rire qui me glace le sang. Nous sommes obligés de défoncer la porte pour entrer, mais nous nous arrêtons tous sur le perron, trop subjugués par la vision que nous avons pour faire un pas de plus. Au centre du séjour, Eloah est en pleine crise de démence, riant de manière hystérique, auréolé d'une lumière verdâtre, malsaine et lugubre. Il est habillé d’un simple drap, passé sur lui à la manière d’une toge. Autour de lui, des femmes aux contours étranges psalmodient langoureusement en le caressant. Je n'ai qu'une envie : partir loin. Quitter tout ça. Mais alors je comprends ce qu'Eloah et Mallory disaient, les dessins sur les murs n'y sont plus, mais sont gravés à même la chair des femmes. Les contours boursouflés des dessins semblent perler d'un liquide sirupeux. Plus encore, les flammes des dessins paraissent se mouvoir le long de leur peau, courant sur l’épiderme en provoquant à leur passage d’iridescentes escarres.

Une musique se fait presque entendre, je ne parviens pas à mettre de mot pour la décrire, c’est un panaché de démangeaisons vibrantes qui m’arrache toute chaleur. Les femmes resserrent lentement leur cercle à mesure qu’elles tournent autour d’Eloah et les caresses se multiplient au rythme haletant de leur chant monstrueux. Nous sommes tous là à contempler avec horreur cette scène surnaturelle, baignés dans un halo vert sombre sordide. Elles s’arrêtent et je vois clairement l’œil enflammé me dévisager. Je le vois me sourire.

Je sens alors l’irrépressible besoin de mettre un terme à cette folie. J'ouvre le feu sur tout ce qui se trouve dans le salon. Mes agents font de même et bientôt la pièce du séjour s'emplit de cris, de plomb et de sang. Mais le rire reste encore à résonner dans ma tête. Ce rire effroyable dans lequel on ne discerne aucune joie, aucun bonheur, simplement une terreur ne venant pas de notre monde.

Quand tout cesse enfin, il ne reste plus dans la maison Fawlfield que le corps inanimé d'Eloah, criblé de balles, seul. Même en fouillant toute la demeure, en fracassant les murs, en retournant les lits, démontant la cuisine, rien n'est retrouvé que des os de victimes plus anciennes encore. Je prends la décision de faire raser Fawlfield et de la mettre sous garde permanente.





3 septembre, Daily Bay, rubrique nécrologique du Wisconsin, 1923.
Suicide de l'inspecteur Philip Gasterson.


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Dernière édition par Aillas le Ven 3 Sep - 15:52, édité 2 fois
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Pandore
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MessageSujet: Re: Fawlfield   Mer 1 Sep - 20:48

OUAW ! J'en ai des frissons ! Tu viens de me fair voyager. J'avais l'impression d'y être, de le vivre. Tu m'as captivée. J'ai trouvée ton recit prenant... Non passionnant, oui voilà j'ai étais prise dans le tourbillons de ton texte. Je n'arriver pas à m'arrêter. Et arrive la fin... Cette fin tout simple et pourtant. Deux petites lignes pour résumer la mort d'un grand inspecteur... Je sais pas si ce que je dis est très clair mais ce que je veux dire c'est que j'ai vraiment beaucoup aimer ton texte même si généralement ce n'est pas vers ce genre de lecture que je me tourne.
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Teclis
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MessageSujet: Re: Fawlfield   Mer 1 Sep - 21:07

Et bien et bien. Deux textes de grande qualité sur un sujet similaire.

Excellente narration Aillas, si ce n'est de très légères irrégularités dans les derniers paragraphes("...composée sur sa fin que des filles héritières..."). La tenue des dialogues est impeccable. Ils sont vivants et spontanés. On se croirait dans un véritable interrogatoire de police.
L'atmosphère glauque et pesante entraine le lecteur dans l'enquête morbide à souhait de notre héros qui, pour une fois, est pragmatique.

Cette histoire ne se termine pas "mal" en tout cas. ça change de la large tendance d'aujourd'hui, cinématographique ou romanesque, à vouloir absolument la fin la plus détestable et noire possible. En tout cas, le scénario fait froid dans le dos.

Je regrette juste peut-être là encore un fantastique trop bien affiché. Néanmoins, il est plus subtilement distillé sur les ultimes moments du récit ce qui contribue à maintenir une interrogation constante du lecteur.
La narration au présent, et à la fois sous la forme d'un compte-rendu de police, ajoute à l'effroyable distance qu'on entretient avec les évènements, qui pourtant, nous touchent réellement. On prend conscience de toute l'horreur du cannibalisme qui a été perpétré dans la maison. brrrr

Une très bonne nouvelle donc, glauque au possible. Clin d\'Oeil
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Cordelia Melicerte

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MessageSujet: Re: Fawlfield   Jeu 2 Sep - 11:32

Je précise avant tout : ceci est une bonne nouvelle, à mon goût. Elle respecte plutôt bien le genre de Lovecraft. Si je devais lui repprocher quelque chose, ça serait la longueur : elle est trop courte pour qu'on puisse bien profiter de l'histoire et s'immerger dans l'horreur petit à petit.

Bon, sur ce, je corrige les coquilles qui trainent... (nou n'avons manifestement pas les mêmes vues sur la ponctuation)

Aillas a écrit:
16 août, aux alentours de Green Bay, Wisconsin, 1923.

- Mallory ! Viens voir ce que ces petits cons ont fait !

J'ai ma lampe torche braquée sur la porte de l'ancienne maison des Fawlfield, alors ici il faut ABSOLUMENT mettre un point, puis une virgule après "enfoncée" complètement enfoncée cette dernière pend pesamment d'un sur un unique gond. Des coups de couteau ont servis à pratiquer de multiples entailles dans le vieux bois et j'ai du mal à discerner s'il y a quelque chose d'intelligible intelligible ne colle pas trop là, je trouve. Il s'utilise plutôt pour parler de choses écrites, non ? Enfin, là ça me fait bizarre malgré la lumière que j'approche.

Ma collègue monte l'allée jonchée de mauvaises herbes et de broussailles pour s'arrêter à côté de moi et poser le faisceau de sa lampe droit sur la porte que j'éclaire déjà. Elle fait la moue.

- Il y a quoi d'écrit ? Je n'arrive pas à lire.

- Je ne sais pas, je n'ai pas réussi à lire non plus. Je hausse des épaules. On entre, suis-moi.

Je pénètre dans la vieille bâtisse à pas mesurés, éclairant les murs et les pièces que je croise au fur et à mesure que je parcours le couloir central. Je suis déjà venu ici il y a deux ans de cela pour un autre problème de squat et l'ambiance n'était pas aussi pitoyable. Là, les murs ont été griffés au couteau un peu partout, le sol est collant, les restes d'un feu trônent au milieu du séjour avec à leurs abords quelques restes de carcasses de viandes. Ça doit dater d'environ deux jours. Je suis estomaqué par l'état des lieux, j'allais te dire de mettre deux points au lieu de la virgule, mais y'en a juste après... un point ou un point virgule alors ? pour la grande majorité des squatteurs le fonctionnement est totalement différent : ils laissent l'intérieur propre et s'aménagent un cocon de vie le plus confortable possible -malgré un grand laisser-aller- mais inscrivent à l'extérieur une masse de messages d'avertissement pour quiconque voudrait entrer sans leur accord.

- Philip.

Je me retourne vers Mallory qui me suit juste le "juste" tombe un peu comme un cheveux sur la soupe.

- Oui ?

- C'est vraiment glauque ici. Tu as vu les marques sur les murs ? On dirait des dessins morbides. Elle s'approche un peu d'un mur. Regarde, là je crois que c'est un œil et, autour, des flammes. Mais ça se répète, j'ai vu ça dans le couloir aussi et sur la porte.

Je suis assez d'accord avec son ressenti, cet endroit est glauque, frôlant le malsain. Quelque chose dans l'ambiance générale me met mal à l'aise,point, pas de virgule j'intime à Mallory de sortir, deux points, pas de virgule nous en avons assez pour notre inspection virgule ce soir. Je suis certain que les gars au poste vont être ravis d'entendre qu'une nouvelle tribu de dégénérés s'est installée chez les Fawlfield.






19 août, Green Bay, Wisconsin, 1923.

- On l'a interpellé ce matin, il trainait devant le squat des Fawlfield. Apparemment, il n'a pas toute sa tête, j'ai essayé de discuter avec lui mais tout ce qu'il dit est complètement dénué de sens.

- Merci Mallory. Je vais lui parler, on ne sait jamais.

J'entre dans la salle d'interrogatoire, point sous la lumière pâle du luminaire le prévenu est assis bien droit et silencieux. Il doit avoir entre cinquante et soixante ans, fin de corps et de visage, les cheveux courts mais pas en brosse, un regard étrangement vide. Je m'assois devant lui.

- Bonjour. Je m'appelle Philip Gasterson, inspecteur de police de Green Bay, et vous vous êtes Eloah, c'est ça ? Il hoche la tête de côté. J'ai la désagréable sensation d'être jaugé. Vous avez été vu plusieurs fois à errer devant l'ancienne propriété de Mr. Fawlfied, quelle en était la raison ?

Il me sourit brièvement.

-Je vais souvent là-bas pour voir.

- J'imagine que vous savez que vous n'avez pas le droit d'entrer comme cela dans une propriété privée, même si celle si est inhabitée.

- Je sais.

- Vous y allez avec des amis, des gens que vous connaissez, des inconnus ?

Une lueur de frayeur très fugitive passe dans son regard.

- Non, enfin, non. Je ne crois pas, non.

- Vous êtes certain ?

Il se mordille un ongle.

- Je vais souvent là-bas pour voir, c'est tout. Je sais.

- Vous entrez donc régulièrement dans une propriété qui ne vous appartient pas juste pour voir, et vous y allez seul à chaque fois. Avez-vous déjà vu d'autres personnes dans la maison ou le parc ?

- Non, enfin, non. Personne connait ça. Moi j'y vais pour voir, juste.

- Oui, bon. Nous n'avons rien de plus à vous reprocher, sachez que nous serons moins cléments la prochaine fois.

Je sors de la pièce et me retrouve de nouveau nez à nez avec ma collègue.

- Je n'ai pas trouvé qu'il délirait tant que ça ce Eloah.

- Ah bon ?

- Ça me dit quelque chose Eloah, ce ne serait pas un nom indien ?

- Non, je crois que c'est de l'Hébreu, ça veut dire « Le Seigneur » ou quelque chose dans le goût.

Brusquement, une agitation se fait dans le commissariat, un agent vient me voir en gesticulant et en insistant à propos de soupçons de meurtre à la résidence Fawlfield. Je serre les dents et fais un geste à Mallory et à trois autres policiers pour qu'ils me suivent. Je n'ai aucune envie d'y remettre les pieds.






19 août, aux alentours de Green Bay, Wisconsin, 1923.

Je soulève quelque chose du pied, ce sont des phalanges humaines. Ce que nous avions pris pour des restes d'un banal repas n'était rien d'autre que le vestige d'un festin cannibale. Les ossements sont répartis dans la maison, depuis la cuisine jusqu'à la chambre à coucher des enfants nous retrouvons des os, surement laissés à terre après avoir été rongés relis cette phrase : elle ne tourne pas rond. Nous n'avons strictement aucun moyen de savoir de qui il s'agit. La seule chose dont nous soyons certains c'est que la victime n'a jamais été « cuisinée » et qu'elle a probablement été dévorée vivante. Le feu au milieu du salon n'a donc plus réellement de raison d'être, surtout avec la chaleur ambiante des dernières semaines.

La maison est pratiquement retournée par mes agents, je vois des faisceaux lumineux fureter dans tous les coins. Tout le monde est à cran, le holster vide, l'arme sortie. Un pareil acte n'a pas été commis dans cette région depuis des décennies et rien n'avaisT laissé pressentir à cela. J'aurais aimé qu'on n'arrive pas sur les lieux en pleine nuit, l'aspect lugubre et sinistre de la demeure n'en est que davantage accentué. Rien n'a changé depuis notre dernier passage, mais je m'applique à regarder partout afin d'être certain de rien oublier de ce que je vois. Je m'arrête pour noter dans mon carnet l'état des lieux. Les ossements humains, le feu, les dessins au couteau, la porte défoncée, les fenêtres condamnées.

Une fois que nous quittons les lieux, personne n'est serein et chacun est bien heureux de s'en aller rapidement. Désirant rentrer directement, Mallory me souhaite tout de même une bonne nuit et s'en va.





20 août, Green Bay, Wisconsin, 1923.

Je prends mon café au bureau, comme d'habitude, avec devant moi le dossier d'une affaire de braquage de banque avorté dont le coupable est toujours en cavale. Cependant, l'affaire Fawlfield, dont le nom revient de plus en plus souvent dans le commissariat, accapare mes pensées. J'ai beau essayer de me concentrer, je n'arrive pas à me défaire de cette sensation de mal-être qui me hante depuis que j'ai mis les pieds il y a quelqueS jourS dans ce squat.

Je finis mon café et me résous à demander à l'un de mes collègue d'aller interpeller Eloah qui reste le seul suspect sur ma liste. J'abandonne l'affaire de la banque pour me pencher sur la seule qui m'intéresse réellement. Un nouvel interrogatoire d'Eloah, avec un nouveau centrage des questions m'aidera peut-être à obtenir une piste et trouver les cannibales. Le photographe de la police a pris des clichés de la maison des Fawlfield, je retrouve les éléments que j'y ai vus la veille. Je pose méthodiquement tout ce que j'ai sur le bureau afin d'essayer d'avoir une vue d'ensemble sur les choses.

- Philip ?

Rodger est à la porte de mon bureau avec une mine désastreuse.

- Oui ?

- Nous n'avons plus de nouvelles de Mallory... Son mari ne l'a jamais vuE rentrer hier, il pensait qu'elle était restée au poste à travailler tard mais ce matin il s'est inquiété.

Je me sens devenir tout pâle. Mallory qui ne rentre pas chez elle alors qu'elle sort à peine d'une scène de meurtre cannibale, la vision qui s'offre à moi est affreuse. là, pour une fois, je trouve ta virgule admirablement bien placée ! ;-) J'ordonne immédiatement d'envoyer des patrouilles en ville et dans le périmètre autour de la résidence Fawlfield pour la retrouver et je prends moi même la direction de celle-ci avec Rodger et un autre agent.





20 août, Green Bay, Wisconsin, 1923.

Rien. Rien du tout, nous avons eu beau passer la proximité "les abors" collerait mieux ici de la maison au peigne fin, refaire le trajet qu'aurait emprunté Mallory, rien n'a été trouvé qui puisse nous permettre de savoir s'il lui est arrivé quelque chose et ce qu'il lui est arrivé. Tous les centres hospitaliers, hôtels et motels ont répondu négativement à nos questions. Pour tout le monde Mallory a bel et bien disparue. L'affaire Fawlfield semble bien rattachée à cette disparition et prend une tournure capitale au commissariat, tout est sans dessus dessous et l'ensemble du personnel se concentre sur cette unique affaire.

Rodger entre à nouveau dans mon bureau,deux points il m'annonce que Eloah a été interpellé et qu'il se trouve déjà en salle d'interrogatoire. Je me lève précipitamment de ma chaise pour y courir. Je sais pourtant pertinemment que ça ne peut être lui qui a enlevé Mallory, qu'il ne se serait pas laissé avoir aussi facilement s'il avait capturé un agent de police ou s'il avait dévoré un humain, mais j'ai l'ultime conviction qu'il est un élément clé de l'enquête et que je suis passé à côté des bonnes questions lors de mon premier entretien avec lui. J'ouvre la porte et m'assied fébrilement, tentant vainement de me contenir.

- Bonjour inspecteur.

- Bonjour Eloah. Cette entrée en matière m'arrête instantanément. Le calme que je ne parvenais pas à trouver quelques secondes plus tôt vient de me tomber dessus tel une chape de plomb. Écoutez Eloah, l'une de nos agentes est portée disparue en ce moment même après avoir quitté l'ancienne demeure des Fawlfield. Sachant que vous êtes la seule personne à aller régulièrement à cet endroit, il est vital que vous nous confiiez tout ce que vous savez sur les gens qui le fréquentent.

- Vous y êtes allé ?

- Bien sûr.

- Vous avez vu ?

Il me regarde avec attrait, comme un enfant ayant découvert quelque chose de fabuleux se rendant compte que le secret est partagé. La question qu'il aurait fallu que je pose lors du premier entretien s'impose alors immédiatement à moi. Suggérée par cet idiot même.

- Voir quoi, Eloah ?

- Le regard de feu, celui qui voit par les murs. Vous avez vu ça, non ? L'homme semble un peu perdu que je ne comprenne pas directement le sens de ses propos. Il paraît gêné de devoir me l'expliquer, sentant comme couler de source ce que j'ai peine à intégrer.

- Vous aimez voir ça ?

- Non ! Mais j'ai besoin. Des fois quand je suis chez moi je reste tout seul dans le noir pour voir. Et je vois dans ma tête.

- Vous voyez le regard de feu ?

- Oui. Il me souffle. Mais les gens devraient pas voir. Votre amie elle aurait pas dû voir, et vous non plus.

- Pourquoi est ce qu'on ne devrait pas voir ?

Il gémit sur sa chaise en se tirant les doigts, paniqué.

- Parce qu'elles nous aiment trop. Je suis resté tard un jour et je les ai vues. Elles viennent la nuit quand tout est noir. J'ai eu très peur, mais elles sont trop...

- Belles ?

- Non ! Ce n'est pas ça !

- Qui sont-elles, Eloah ?

- Elles sont le regard de feu.

Dans ses yeux luit une démence profonde qui ne demandait qu'à s'exprimer. Je sens que ma prochaine question serait de trop pour sa pauvre santé mentale. Néanmoins, j'ai maintenant quelques éléments supplémentaires pour mon enquête. Il y a un groupe de femmes cannibales qui vient parfois le soir dans la maison des Fawlfield et Mallory a surement été capturéE par elles. Une seule chose à faire à présent, deux points aller dans cette maison la nuit venue et y traquer toutes ces folles pour les enfermer avant que Mallory ne subisse le même sort que leur précédente victime. Pour ça il me faut l'accord de mon supérieur pour réunir les hommes nécessaires.





20 août, Green Bay, Wisconsin, 1923.

Retour à mon bureau, je fulmine, on ne m’a pas accordé l’attaque. Mallory est peut-être déjà morte et rien de concret n’est fait pour empêcher cette hypothèse [/color=orange]étrange expression "empêcher une hypothèse"... soit on essaie d'empêcher un évènement, soit on écarte une hypothèse[/color]. J’essaie de rassembler mes esprits afin de trouver une échappatoire à la situation. Peut-être qu’un nouvel agencement des éléments de l’affaire apportera un éclaircissement, point? j’ose croire à cette éventualité et dispose à nouveau sur mon bureau les pièces de l’enquête. Les photographies et les extraits d’interrogatoires s’enchevêtrent sans n’apporter aucun sens neuf. Je m’énerve et je descends aux archives.

Je fouille pendant plusieurs heures les archives du commissariat sans obtenir d’éléments probants, j’ai à peine quelques brochures de journalistes dont de brefs articles de faits divers parlant de Fawlfield. L’auteur de la feuille de chou parle du traumatisme des voisins de la demeure, du fait qu’ils aient tous déménagé et il relie finalement cela en créditant la thèse du quartier : la maison est hantée et la police n’y voit que du feu. L’édition date de dix ans.

Un détail m’interpelle, deux points une photo agrémente l’article, point à l’aide d’une loupe je parviens à voir avec une netteté modeste ce qu’elle représente : la maison des Fawlfied. Rien de bien surprenant en cela qu’elle est l’objet de l’article, mais c’est l’état qui me fait ouvrir de grands yeux. Les gravures sur la porte sont moins nombreuses qu’aujourd’hui mais l’on distingue sans trop de mal l’œil entouré de flammes bien au centre. Je frissonne.

Je me rends chez l’éditorialiste et je parviens à obtenir les articles du journaliste ayant précédés à celui sur lequel je suis tombé dans les archives. Le journaliste, Marwin Ashtomp, y raconte comment l’étrange famille Fawlfield, composée sur sa fin que uniquement des filles héritières, avait fini par se couper du monde extérieur et disparaître totalement en laissant supposer aux habitants du quartier qu’ils étaient partis rejoindre leur famille au-delà de l’Océan Atlantique, en Angleterre. Tout cela ne m’avance guère quant à l’explication de ce qui se passe actuellement dans cette maison mais j’ai du mal à rayer mentalement les suppositions superstitieuses d’Ashtomp.





21 août, Green Bay, Wisconsin, 1923.

Je circule en ville à toute allure, ma voiture fait de grands dérapages dans les avenues, dans ma frénésie de retourner au commissariat je roule sans prendre gare au décor. Rodger m'a appelé, Mallory est rentrée, vivante mais terriblement choquée et la hiérarchie m'autorise à mener un assaut ce soir même sur Fawlfield. J'arrive au poste, je quitte mon automobile et me rue dans l'entrée où Rodger m'attend. Il me montre où est Mallory sans m'arrêter, et je ne m'arrête pas oula, grosse répétition !. Toutefois, j'essaie j'aurais mis le "toutefois" ici, plutôt de ralentir le pas en me rapprochant de la salle de repos où est la rescapée. J'arrive à entrer sans fracas, soufflant fort.

Mallory est dans un coin de la pièce, des vêtements mal mis sur le dos, les cheveux en bataille, prostrée. Je m'avance doucement en murmurant son nom. Elle semble me reconnaître mais alors que ses yeux se tournent vers moi j'ai la désagréable impression que son regard plonge à travers moi en me traversant de part en part sans s'accrocher. Le vide qui stagne dans ce regard dénote une folie et une horreur indicibleS. Son visage est partiellement tuméfié et sa lèvre inférieure tremble frénétiquement. Une terrible douleur au cœur et au ventre me prend en la découvrant dans un tel état.

- Philip... Tu as vu ?

Si j'ai vu ? Mais voir quoi ? Eloah m'a posé la même question et j'ai à peine su de quoi il parlait. Qu'est ce que j'ai bien pu louper que Mallory et l'idiot ont bien pu répétition de "bien pu"... découvrir de si terrible.

- Si j'ai vu le regard de feu ?

Si un mur ne l'avait retenuE je crois que Mallory aurait fait un bond en arrière,point sa tête tapa violemment contre la brique. Ses deux bras devant elle, elle semblait vouloir repousser quelque chose d'incroyablement effrayant. oh tiens... tu racontes au passé, là !

- Oui ! C'est lui qui est là. Je ne veux pas, je ne veux pas. Dis-leur !

J'essaie de garder mon calme malgré la panique qui m'envahit.

- Je vais leur dire, je vais leur dire. Rassure-toi maintenant, tu es en sécurité. Tout va bien Mallory. Tout va bien.

Elle s'arrête, figée un instant. Puis elle me regarde à nouveau.

- Non Philip. Quand on a vu, on n'est plus jamais en sécurité. Dis leur que je ne voulais pas. Je t'en supplie. Je ne veux pas. Elle pleure en poussant des gémissements. Il veut ma chair. C'est tout ce qu'il veut.





21 août, aux alentours de Green Bay, Wisconsin, 1923.

Je suis effondré. Mallory est décédée en début d'après midi. Elle a finit par se suicider, se fracassant le crâne contre une porte. J'ai la nausée et une rage terrible. Je mène seize policiers armés et aux abois à Fawlfield. Malgré les fenêtres condamnées et la porte que nous avons remise sur ses gonds, une lumière verte tremblotante filtre des interstices, une espèce de feu a été fait à l'intérieur. Me tournant vers mes hommes je leur fais signe de mener la charge. Nous avançons en courant vers l'entrée. J'ai les mains moites et tellement serrées sur mon revolver que mes doigts en sont blancs.

Et ce rire, ce rire qui me glace le sang. Nous sommes obligés de défoncer la porte pour entrer, mais nous nous arrêtons tous sur le perron le perron, c'est la petite terrasse qui se trouve devant l'entrée... ici, le "seuil" conviendrait mieux, sinon on a l'impression qu'ils sont bien trop éloignés de la porte, alors qu'ils viennent de la défoncer, trop subjugués par la vision que nous avons pour faire un pas de plus. Au centre du séjour, Eloah est en pleine crise de démence, riant de manière hystérique, auréolé d'une lumière verdâtre, malsaine et lugubre. Il est habillé d’un simple drap, passé sur lui à la manière d’une toge. Autour de lui, des femmes aux contours étranges psalmodient langoureusement en le caressant. Je n'ai qu'une envie : partir loin. Quitter tout ça. Mais alors je comprends ce qu'Eloah et Mallory disaient, les dessins sur les murs n'y sont plus, mais sont gravés à même la chair des femmes. Les contours boursouflés des dessins semblent perler d'un liquide sirupeux. Plus encore, les flammes des dessins paraissent se mouvoir le long de leur peau, courant sur l’épiderme en provoquant à leur passage d’iridescentes escarres ça, c'est joli, "irridescentes escarres".

Une musique se fait presque presque ? si musique il y a, alors on l'entend... après, on peut l'entendre plus ou moins bien... à la limite de la perception entendre, je ne parviens pas à mettre de mot pour la décrire, c’est un panaché de démangeaisons vibrantes qui m’arrache toute chaleur. Les femmes resserrent lentement leur cercle à mesure qu’elles tournent autour d’Eloah et les caresses se multiplient au rythme haletant de leur chant monstrueux. Nous sommes tous là à contempler avec horreur cette scène surnaturelle, baignés dans un halo vert sombre sordide. Elles s’arrêtent et je vois clairement l’œil enflammé me dévisager. Je le vois me sourire. [/color]grrrrr, un oeil qui sourit ! j'aime ! ^^[/color]

Je sens alors l’irrépressible besoin de mettre un terme à cette folie. J'ouvre le feu sur tout ce qui se trouve dans le salon. Mes agents font de même et bientôt la pièce du séjour s'emplit de cris, de plomb et de sang. Mais le rire reste encore à résonner dans ma tête. Ce rire effroyable dans lequel on ne discerne aucune joie, aucun bonheur, simplement une terreur ne venant pas de notre monde.

Quand tout cesse enfin, il ne reste plus dans la maison Fawlfield que le corps inanimé d'Eloah, criblé de balles, seul inutile de marquer "seul", tu le dis déjà avant et apès. Même en fouillant toute la demeure, en fracassant les murs, en retournant les lits, démontant la cuisine, rien n'est retrouvé que des os de victimes plus anciennes encore. Je prends la décision de faire raser Fawlfield et de la mettre sous garde permanente.





3 septembre, Daily Bay, rubrique nécrologique du Wisconsin, 1923.
Suicide de l'inspecteur Philip Gasterson.


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MessageSujet: Re: Fawlfield   Jeu 2 Sep - 15:08

Lovecraft inside Siffloter

Bel essai de réécriture, avec un suspens bien ficelé grace au huis-clos des lieux et des personnages (la corde vous serre la gorge peu à peu).

On retrouve les éléments qui font l'alchimie du genre : Les lieux délabrés, abandonnés, les peintures, les incantations et les rites, le mystère, et la folie surtout (qui est plutôt bien maîtrisée, bien dosée).

La conclusion me dérange un peu du fait qu'elle est amenée étrangement. Il paraît décalé d'annoncer la mort de l'inspecteur à travers cette voix off qui énonce les dates et lieux, quand bien même il s'agit d'une coupure de presse. Cependant, il est vrai que c'est quelque chose de difficile à amener quand on raconte à la première personne.


Très sympathique, en tout cas. Content Vert

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MessageSujet: Re: Fawlfield   Ven 3 Sep - 14:36

Va savoir pourquoi dès la première ligne j'ai pensé à Lovecraft ! Ouai va savoir pourquoi :p

Bon, je suis désolé d'avoir à le faire, mais je me dois tout de même y passer :

beaucoup de coquilles, pas mal de fautes inavouables, une syntaxe parfois over-limite, et surtout des incohérences qui m'ont un peu dérangées et qui désservent la narration. Ca peut sembler insignifiant mais comme ça touche à l'essence même du texte, je trouve certains de tes choix dommageables :

Wisonsin, 1923 :
- "squat" ? c'est un mot qui existait à l'époque déjà ? vagabondage ça fait pas plus authentique ?
- femme et inspecteur... dans un bled paumé aux fins fonds de l'amérique profonde dans les années 20 ? c'est original comme visions des choses, mais ça ne colle décidément pas (Mallory si c'est pas un patronyme ça m'évoque plutot un prénom de garçon mais ça c'est du chipotage !).

Tu vois c'ets pas grand chose, mais du coup ça rogne un peu sur le contraste entre le réalisme cru et factuel et le fantastique glauque, cette opposition inhérente au style.

Bon, voilà, ça ce sont les aspects négatifs et mis à part ces quelques points, c'est quand même très bon. L'ambiance est bien travaillée, le style respecté à la lettre, les personnages emblématiques. vraiment tous les éléments y sont, et j'y ai trouvé autant de plaisir devant cette nouvelle, qu'en lisant celle du maître lui-même, tant tu fais bien revivre ce genre mythique.

Mais que calà ne t'empêche pas de rester attentif à ta rédaction :p

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MessageSujet: Re: Fawlfield   Ven 3 Sep - 15:41

Je rejoins pleinement l'avis de Green & dvb, sur les aspects négatifs et positifs qu'ils exposent (sauf, peut-être, que j'ai trouvé la fin bonne au contraire : abrupte, simple, tranchante et ma foi logique).

Sinon, il fallait quand même que je dise que c'est l'un des textes qui m'a donné le plus de plaisir à lire, avec Tentaka, sur ce forum.
Histoire de préférences littéraires, sans doute, mais je l'ai vraiment trouvé excellent. Éloigné également de beaucoup de tes autres textes : plus simple, plus direct et efficace. Trempé dans la veine lovecraftienne, même si tu aurais pu ajouter une syntaxe plus élaborée en filigrane, pour coller un peu plus encore à l'original.

Il n'est pas exempt de défauts. Toutefois, et c'est pour moi là le vrai gros argument positif du texte : il a une histoire qui tient la route, originale, qui se lit formidablement bien autant dans le style que dans la construction. Et cela, on ne le retrouve pas souvent sur le forum, d'où le fait que je le considère vraiment, pleinement réussi.
Si tu veux t'en faire un chef d'œuvre, re-peaufine-le ?
Bravo Lapin

P.S. : J'ai dû l'imprimer pour pouvoir le lire. Quelle horreur. Les polices à empattement sont réservées à des textes de moyenne voire grande hauteur. Sur cette taille de texte, il faut utiliser exclusivement des polices type Trebuchet, Verdana ou Arial. Pitié, quoi. Ou sinon Schlaguevuk à la limite.
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MessageSujet: Re: Fawlfield   Ven 3 Sep - 21:51

Merci à tous.

J'ai passé pas mal de temps sur cette nouvelle, je voulais la peaufiner afin d'en faire un texte qui soit meilleur que ce que j'ai l'habitude de faire. Pour ça je l'ai relu pas mal de fois, j'ai ajouté des passages, j'en ai repris certains. Même si certaines choses m'échappent toujours.

Pour ce qui est du "squat" je vais changer ça en "vagabondage" ou quelque chose du style histoire que ça colle davantage. C'est vrai que ce n'est pas terrible "squat" comme appellation.
Sinon, j'ai changé la ville de Green Bay en Milwaukee. Green Bay ayant environ 35 milles habitants en 1923 et Milwaukee plus de 400 milles. Comme ça, plus d'interrogation sur la présence de l'institution policière. Quant à Mallory, c'est un prénom féminin, désolé de t'apprendre que ta dernière conquête était travestie. héhé.

J'apprécie ta correction Cordelia, je vais reprendre mon texte au fur et à mesure afin de modifier ce qui doit l'être. Pour le bref changement de temps pendant la discussion avec Mallory, j'en avais déjà noté quelques uns mais j'ai du en zappé... Boulet que je suis. Plus difficile qu'on ne pense de faire un texte qu'au présent.

Aussi, je ne peux que vous convier à aller lire et commenter le texte de Sanz sur le même thème. Nous avons commencé l'écriture en même temps, ça peut être intéressant de comparer et de rapprocher ce qui a été fait sur cette même base qui est :

L'Homme prévoit, Dieu rit.

A savoir que c'est tout simplement une phrase que j'ai choppé dans les commentaires MSN d'un de mes contact. Pratiquement au pif donc. Comme quoi l'écriture n'a besoin que d'un prétexte pour faire du texte. Lapin

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MessageSujet: Re: Fawlfield   Ven 3 Sep - 22:34

Hum hum, petit cours d'histoire lexical les enfants, squat est un terme anglais vieux de près de 300 ans ^^. Il est donc imaginable qu'il soit utilisé à cet époque, surtout lorsque l'action se déroule dans une région anglo-saxonne. Eventuellement, on pinaillera sur la date à laquelle le mot est entré dans le vocabulaire français, à la rigueur.

(faire des études d'Anglais, ça sert ! Si si !)



Tu connais seulement l'Anglais, ou tu sais le parler aussi ?

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