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 Annihilation Style

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dale cooper

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MessageSujet: Annihilation Style   Dim 7 Nov - 13:48

"Tu te rends compte que t'es juste un mammifère quand tu vas chier. Et ça, ça m'emmerde !"
K.



Annihilation Style




L’Homme, le vrai, celui avec un grand H inspiré, s’est toujours livré à une lutte d’indépendance vis-à-vis de son origine naturelle.

La Nature, la vraie, la sale, celle qui grouille, qui vit et qui meure en permanence. Celle qui est composée d’acides animés et d’amibes acidulées.

L’Homme et la Nature depuis que l’un est l’autre, se livrent à ce petit jeu de déni constant et consternant.
Lorsque l’Homme tente de s’affranchir de sa part animale, la Nature lui rappelle toujours sa composition biologique.

Et lorsqu’Il succombe à ses pulsions mammifères, c’est Elle qui le dénigre… pour mieux l’humilier.

Vous ne voyez pas hein ?!

Mais si… regardez avec vos écrans :

L’Homme décide de soumettre la Nature. Il ne veut pas avoir à manger pour subir l’appel du ventre, nécessité indiscutable de l’animalité. Il ne veut pas manger pour vivre, il préfère « déguster » et profiter de sa supériorité. L’Homme ne chasse pas son gibier, il le modifie génétiquement, il l’harmonise à grands coups d’hormones « artificielles » de sa propre invention. Il contourne les lois de la Nature, il dénature la vie. Il devient Homme parmi les miasmes et s’émancipe jusqu’à industrialiser la chaîne alimentaire. Il bouffe dans des chaînes de restaurants. Il brise ses chaines d’animal affamé : l’Homme mange à satiété, en société, en autarcie et avec (auto)suffisance. Il oublie que pour en être arrivé là, il a du sacrifier des races de bœufs, de poulets, de bactéries, de maïs, d’autant de créatures visibles et indivisibles sur l’autel de sa satisfaction unique, mais parce qu’il est Homme il peut se permettre d’oublier l’intime rapport que la vie entretient avec la mort. Il n’a plus besoin de tuer la bête, de cueillir le fruit, les machines le font pour lui. Mais l’Homme oublie aussi que parfois il crève de faim, tellement persuadé qu’il y a Homme et hommes. Et ceux-là, s’ils n’ont pas voulu accepter la main qu’Il leur tendait, alors c’est qu’ils méritent bien de vivre comme des animaux et de crever dans la bêtise et l’ignorance. L’Homme, lui, mange à sa Fin.

Et alors qu’il s’est libéré des contraintes que lui imposait la Nature, celle-ci se rappelle à lui. Il a bouffé, il a joui, il a roté en fin de repas, il a levé son majeur à la Nature en signe de remerciement ; le voilà paré à poursuivre son existence d’Homme, loin de la Vie, loin du Temps et de toutes ces contraintes stupides et inutiles. Il quitte son fauteuil repus et se dirige vers son véhicule personnel et oublie aussitôt les frites plus grandes que les pommes de terre, les nuggets qui n’ont de poulet que le nom, les pains de viandes hachées venues d’une bête devenue génétiquement unique, les sodas à base de Monsanto. Il est ravi, il a bien enculé la Nature avant de lu bouffer le cul.

Mais la Nature, dans les méandres d’organes d’un autre âge, dans le vice des intestins prépare sa vengeance. Dans quelques heures, l’Homme sera à nouveau humilié de revenir, le temps d’une chiasse, à cet état d’animal opprimé par son organisme. Il tentera bien vainement de se voiler les fèces et feuilletant le dernier catalogue d’Ikea. Il sera ravi de découvrir ce que sa grandeur et son intelligence sont capables de faire aux forêts de conifères : de beaux meubles, de beaux tiroirs, de belles lunettes à chiottes pour accueillir son imposant derrière de singe en pantalon baissé.

Convaincu ?

Non, bien sûr. L’Homme ne se laisse pas convaincre si facilement. L’Homme a tué Dieu en créant un mouton en légo chromosomique. De quoi pourrait-il avoir désormais peur ?

De lui-même ?

Vraiment ?

L’Homme crée l’Homme, parfois sans le vouloir. Parfois quand c’est le bon moment, parfois quand il le doit, parfois sans le vouloir. Tomber enceinte comme on tombe des nues ou des escaliers. Se répandre comme on épand de l’insecticide. Essaimer comme on encense un utérus, poche d’animalité qui vient tellement souvent contrarier le déroulement de l’Existence de l’Homme.

Mais l’Homme ne se laisse pas avoir : il triche, il modifie, il stérilise, il spermicide, il encapote, il homosexualise, il planifie familialement, il pilulise au lendemain, il déjoue les pièges de la Nature pour jouir et se passer du risque d’enfanter. Il veut resquiller : niquer sans avoir à en payer le prix.

Mais la Nature, sait le surprendre : elle met à sa disposition autant de messages, de phéromones, de décolleté, de bas résilles, de muscles saillants, de croupes arrondies, de piège à semences. Et dans la folie animale du rut dans laquelle l’Homme se rue, il en oublie jusqu’à la moindre décence, il oublie ses vœux et ses chastes projets d’avenir, pour tomber dans le piège orgasmique que lui tend insidieusement la Nature : le revoilà devenu animal replongeant dans les travers ataviques du besoin naturel.

Alors c’est donc ça ?

L’Homme est-il un animal frustré ?

Doit-il rester cette créature castrée, battue, humiliée ?

Choisi ton camp petit hominidé : lève-toi, devient ce pourquoi tu es destiné.

Le véritable Homme ne mange pas, ne se reproduit pas. Il se moque bien de ses viles créatures persuadées qu’elles sont au-dessus de toutes les autres au simple prétexte qu’elles savent voir des formes dans les nuages. Ce qui définit l’Homme est-ce son pouce préhensible ? Est-ce sa boite crânienne développée par une station debout ? Est-ce son langage hyper-complexe ?

Non, ce qui fait vraiment l’Homme c’est sa stupidité : son déni permanent à voir qu’il a un corps de singe, un esprit tribal, des besoins animaux, des réflexes bestiaux.

Le véritable Homme saura s’émanciper de sa bestialité. Il devra cracher les cinq fruits et légumes quotidiens, il devra se moquer de tous ses congénères asservis par leur progéniture. Il rira à chaque fois qu’il verra une femme du monde, maquillée et civilisée donner le sein à la boule de chaire flétrie qui lui est sortie des entrailles. Il rira devant le visage déconfis du donneur de sperme éploré de voir ses journées trop longues et ses nuits trop courtes. Il rira de leur désarrois, surtout quand viendront ces éternels mots : « Faites des gosses ! », « et toi c’est pour quand ? », « c’est pas facile tous les jours, mais c’est que du bonheur ».

Devenez Dieu, devenez l’Homme, recréez le Mouton.

Suivez votre troupeau ou votre berger. Ayez peur du loup et respectez la main qui vous tond et vous trait. Broutez chaque jour l’herbe grasse qu’on vous offre. Montez sagement dans la bétaillère et ne faites pas trop de bruit quand on vous égorgera.

Soyez Moutons au pays des Hommes.

Moi j’ai choisi d’assumer ma situation : je serai le mouton noir, celui qui vous attirera vers le ravin.

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MessageSujet: Re: Annihilation Style   Mar 23 Nov - 23:16

Wouah ! Un sacré texte !

Au niveau du style, c'est vraiment le pied, plein de jeux de mots, de références, une verve efficace sans jamais aller trop loin (même si des fois ça rappelle un peu le sergent Hartmann ^^), ce qui fait que ça se lit vite et avec plaisir.

Pour ce qui est du fond, plusieurs remarques :
- La chute est étrange, elle embraye sur un sujet trop éloigné je trouve (le conformisme et le formatage), par rapport au thème initial (l'homme et la nature, et leur conflit), même si le mouton y est une excellente image-passerelle entre les deux.
- Quelle est la récrimination cachée derrière "il homosexualise" ? Je n'ai pas saisi, là.
- Les propos sont un peu trop tranchés, je trouve, voire manichéens, pour le corps principal du texte. Seule la fin vient un peu nuancer en disant que l'homme peut finalement s'affranchir de la nature (du moins en quelques sortes), cependant, ça n'est pas selon moi l'unique manière qu'il a de le faire (mais là on entre plus dans le débat d'idées que de critique du texte en lui-même).


En tout cas le parallèle avec le texte d'Aillas est plutôt pas mal. Un côté pamphlet bien maîtrisé, bravo !

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dale cooper

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MessageSujet: Re: Annihilation Style   Mer 24 Nov - 0:39

alors il faut entendre "homosexualiser" ici comme étant une méthode de contraception très efficace !

je veux pas rentrer dans le débat insurmontable des raisons du pourquoi du comment de la chose, mais dans la logique du texte, un couple "stérile" (de façon très schématique hein !) formé sciemment ou par "détournement" quelconque du couple "naturel" menant à la procréation et donc à la pérennité de l'espèce, me semblait être une autre image marquante du paradoxe humain/nature :

bah oui parce qu'on parle bien de ça : est-ce que le comportement humain est antithétique de la Nature ou au contraire est-il naturel puisque l'existence même de l'homme, son évolution, sa physiologie, ses instincts et ses repères sont issus de la Nature ? (d'où : l'homosexualité est-elle naturelle ?)

Ou autrement dit : la Nature (ou création, ou cosmogonie, ou vie dans l'univers appelez la comme vous voulez) a-t-elle prévue et acceptée la place de l'homme en son sein ?

De l'une ou l'autre de la position adoptée, il peut en découler un tas de conséquences néfastes ou idoines pour ce qu'on appelle "écologie" autre concept purement humain, puisque les autres espèces ne défendent pas leur planète mais se contente de disparaître ou de muter.
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MessageSujet: Re: Annihilation Style   Lun 13 Déc - 1:05

On y retrouve donc à travers les critiques, la dénonciation, une référence au texte de Aillas. Cependant, tu arrives à t'émanciper de celui-ci en étant, globalement, moins direct dans les termes que lui (ou alors c'est une impression car le texte est plus long il me semble) et en utilisant un style fluide procurant une lecture agréable. Tout cela tu le fais avec brio, accompagné d'exemples et de superbes métaphores.

J'ai essayé de gratter un ou plusieurs points négatifs, mais je n'en ai pas trouvé (il n'y a même pas de "ets" !), le manichéisme mentionné par Green peut (à mon avis) être expliqué par le fait que c'est le but recherché.


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