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 8h14

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Seed of Madness

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Féminin Nombre de messages : 273
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MessageSujet: 8h14   Mar 7 Déc - 12:49

Je suis là, assise dans le bus de la ligne 20. Il est 8h14 et j'attends en observant.

Je vois arriver le malvoyant, que je croise à chaque fois que je prends ce bus. Il dit bonjour à un chauffeur absent et bataille pour valider son ticket de bus sur une machine récalcitrante qui fait grève. De ma place, j’hésite puis fais mine de me lever, mais on me devance et une de ses élèves l’aide. Oui, ce monsieur est professeur à l’IUT qui est ma destination tout comme la sienne.

Je me réinstalle le plus confortablement possible, tendue à l’extrême, tentant de me réchauffer. La porte du bus est restée ouverte, le froid s’engouffre et me pétrifie jusqu’au plus profond de mon être. Le chauffeur revient, je prépare ce qu’il faut et je vais payer mon voyage. Il bataille pour trouver ses tickets, bataille avec sa caisse et je me sens désolée de ne pas avoir l’appoint. Mais il finit par lâcher son portable et retourne ses poches qui m’ont l’air sans fond. Enfin dans les règles, je tente pour la troisième fois de m’enfoncer à ma place.

Un garçon arrive juste à temps. Il a un regard profond, fuyant et à moitié caché par ses cheveux. Il se place devant moi, debout et soupire. Il croise les bras sur son torse et rentre la tête dans l’immensité de son écharpe.

Je détourne le regard timide vers le paysage qui défile. Que je connais par cœur. La Loire s’est bien regonflée, ses arbres baignent leurs racines et leur tronc dans l’eau qui doit être glacée. Mon chauffeur est nerveux ce matin, le moteur rugit, les freins crissent et les corps se bousculent.

Je redirige mon regard à l’intérieur du bus et je découvre Peau Nacré. Un jeune homme à la peau douce au touché de mes yeux. Il parle, discute de théâtre et d’opéra. Il doit être littéraire. Je me surprends à me dire que je pourrais bien me laisser tenter par ce genre de spectacles s’il m’invitait à l’accompagner. Aimerais-je ? Je doute de le savoir jamais.

Et vient une femme, bien sur elle, l’air hautain. Elle se plait à rester dans le passage, bloquant les autres voyageurs dans le froid de Décembre, dans le froid neigeux. Une jeune femme force le passage et Madame la regarde en fronçant les sourcils. Méprisante. Et méprisable si seulement je lui accordais la moindre importance, assez pour en éprouver le sentiment. Je détourne le regard avant qu’elle ne me fustige d’avoir osé poser les yeux sur Elle.

Un coup de frein me ramène brutalement à ma place. Mon regard tombe sur Fines Lèvres. Blond à tendance roux, des yeux verts ? Je m’imagine me lever pour aller vérifier et un sourire étire un coin de mes lèvres. Il me prendrait pour une folle, et il ne serait pas loin de la vérité. Il parle avec Peau Nacré, un autre littéraire ? Il en a le profil, si on peut seulement en déterminer un profil. Cependant, ce ne sont pas des sportifs, ils ne dégagent pas cette sensation de maîtrise de soi que possède les sportifs réguliers. Ils ont l’air trop rêveur, trop… littéraire pour être des scientifiques. Ces derniers sont plus terre-à-terre, plus rationnels. Et ne discutent pas sur les différentes significations de telle ou telle œuvre. A moins que celle-ci soit une publication scientifique relatant quelques expériences nouvelles.

Regard Profond a les yeux qui papillonnent, hésitant ou bataillant pour rester ouverts. Alors qu’ils perdent peu à peu, je remarque un trait de crayon noir. Fin, discret, presque invisible mais qui pourtant est acteur de l’impression qu’ils me donnent.

Une dame vient s’assoir à mes côtés, sort un livre et en commence la lecture. J’y jette un œil, un policier surement. J’en lis quelques lignes des pages 36 et 37 et me conforte dans mon idée. Mon esprit s’évade alors et songe au livre que j’ai commencé. Un genre qui m’est totalement étranger et pourtant, je sens qu’il va me toucher. L’histoire d’une jeune fille, plutôt de deux, qui errent solitaires. Mais la vie les rassemble. Tout finira bien au final. Mais c’est la vision de l’auteur qui me semble intéressante. Enfin, je verrai bien.

Fines lèvres me fait face et il capte mon regard l’espace d’un instant. L’air de rien, je focalise mon regard sur le paysage juste derrière lui. Je décide de ne pas en être gênée et recommence dès que l’occasion se présente. Je remarque alors qu’ils ont le sourire facile. Et ils peuvent, ils ont un beau sourire, quoique ma préférence va à celui de Fines Lèvres. Il bouge et je remarque l’étudiante derrière lui.

Elle semble ailleurs, seule à se repasser quelques scènes de sa vie en boucle, se demandant pourquoi c’est arrivé. Elle est là à regarder le paysage, les yeux dans le vagues, sans bouger. Elle a l’air résignée à passer un temps considérable sur le chemin. Oui, mais quel chemin ? Où mène-t-il ? Qu’y a-y-il au bout ? Qui ou quoi ?

Les questions que beaucoup se posent, se demandant, hésitants, si ça vaut vraiment le coup de faire l’effort d’aller jusque là-bas. Certains me répondraient que je passerais à côté de beaux instants, de moments heureux. Que je dois me laisser le temps de voir. Voir quoi ? La vie est faite de bons et de mauvais moments, tous passent et s’oublient, se perdent dans les méandres de nos souvenirs. Souvenirs fragiles, voletant au vent de nos esprits tortueux. Mais en reste une impression générale, comme un résumé qui donne le ton.

Peau Nacré descend du bus, souhaite une bonne journée à ses amis et s’en va. Loin du bâtiment des littéraires. Mais proche de la BU. Encore une chose que je doute de savoir jamais. Est-ce vraiment un littéraire ?

Voilà mon arrêt. A bientôt.
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dale cooper

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MessageSujet: Re: 8h14   Jeu 9 Déc - 22:52

Les transports en communs sont à la mode ces jours-ci.

Ici aussi une belle description de ces déplacements quotidiens, moments où l'âme voyage plus vite et plus loin que le corps. Moments intimes et privés dans le flot des murmures, des parfums, des musiques bourdonnantes sur fond de discutions banales et trop légères, entrentendues dans l'intervalle de deux soupirs mécaniques.

Et puis toujours les questions, les regards, les hasards, les envies d'ailleurs, les besoins de tous les jours, la nécessité de la vie et le désir de l'esprit.

J'aime ce texte qui me parle beaucoup (moi c'est la ligne 1 le long de l'Odet ^^), son rythme et ses arrêts factuels et imaginés. On regarde tous les paysage pour ne pas voir que nous aussi nous en faisons partie.

Merci pour la ballade, mais je descends là.

A demain très certainement.
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Green Partizan
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MessageSujet: Re: 8h14   Lun 13 Déc - 0:54

Ca me rappelle un(e) autre membre, je ne sais plus qui exactement, qui faisait ce genre de croquis spontanné.
Je me demandais d'ailleurs quelle était la part de fiction ici, et la part de réalité. Vu qu'on retrouve un peu les clichés du beau garçon du bus ou de la femme insupportable (ceci étant, on a tous ce genre de personne dans nos bus).
Le style est plutôt frais, même si quelques lourdeurs (par exemple : "Un jeune homme à la peau douce au touché de mes yeux." ; un peu alambiqué). Un joli bloc-note en tout cas.

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Mike001
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MessageSujet: Re: 8h14   Mar 14 Déc - 17:04

Prenant la même ligne que Dvb, je vois exactement de quoi il parle. Les quais de l'Odet sont magnifiques mais on les regarde seulement pour ne pas regarder les autres personnes dans le bus.
De plus, étant moi même un grand utilisataire de ce transport en commun, je me retrouve parfaitement dans ce texte. Lorsqu'on entend une bonne musique on a envie de se rapprocher pour mieux l'entendre voire d'en discuter avec l'étranger qui l'écoute. La même chose quand quelqu'un lit le journal à tes côtés, lit un livre, te regarde pendant une fraction de seconde.


Si proche, et pourtant si éloignés.

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MessageSujet: Re: 8h14   

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