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 Conte en marge

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Cordelia Melicerte

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MessageSujet: Conte en marge   Ven 7 Jan - 21:21

Il y a dans l'air froid de janvier des gouffres qui vous ouvrent le cœur en deux et vous laissent haletant et terrifié sur le bord du trottoir. La ville aux cœur de l'hiver est une main noire, gluante. Son hésitation constante entre brouillard et pluie tue tout repère et vous voilà qui trébuchez, hagard, dans une flaque de solitude déchirante. Vos appels rebondissent contre les visages fermés de l'asphalte et du béton : ils n'ont plus rien à vous dire ; la ville en hiver appartient au silence. Les passants ont brandi leurs parapluies et manteaux comme des pièces d'armures. Chaque sortie est un combat ; contre le froid ; contre l'absence ; contre l'appel du retour au foyer.

Je sors dans la rue avec la nuit tombante. Ces derniers temps, toutes mes histoires débutent par un homme, dans la rue au petit soir. À croire que la rue est seule apte à faire sortir de nos yeux ces rêves bordés d'ombre qui font les meilleurs contes. Je suis sorti, donc, et je marche. J'ai mis mes mains dans mes poches, il fait froid. Ce n'était pas prévu, ça. Le froid. Le ciel avait une couleur chantante qui donne envie de printemps, alors je suis sorti sans me méfier. Foutu ciel menteur.

Il me faudrait une cigarette. Non pas que je fume, d'habitude, non. C'est juste que ça collerait bien au reste du tableau. Mettons donc que je fume, ne sortant ma main tremblante que le temps d'une expiration nerveuse entre deux bouffées de nicotine. Un geste tout en saccade et le regard ailleurs, l'air de rien. Très inspiré. Mes yeux vagabondent sur les façades sales des maisons et je me marre devant les décorations de Noël qui font la gueule aux balcons. Sur le trottoir d'en face, il y a un petit vieux en chaussons qui sort les poubelles en grommelant. Ça lui fait une tête toute plissée, de râler comme ça. D'habitude, j'ai pitié ; mais ce soir, ça me fait doucement ricaner. Je suis d'humeur guillerette et vaguement moqueuse, c'est agréable, ça monte à la tête comme les bulles du champagne l'après-midi.

Je ne marche pas vers le centre ville comme à mon habitude. Non, ce soir j'investis les faubourgs, je compte les vieux hangars et je trace les lignes abandonnées. La lune s'est levée. Le paysage se désole à la suite de mes pas. Le temps d'oublier le jour et les maisons ont disparu, il ne reste que le béton et les grillages, la tôle et la nuit. Ma clope est éteinte depuis un bon bout de temps – mettons que je n'en ai pas d'autre. L'ambiance n'est plus à la classe nonchalante du fumeur. L'heure est celle des ombres qui prennent vie et de l'humidité glacée du soir. Je ne suis plus aussi sûr de moi alors, pour me rassurer, pour vérifier que je suis toujours là, je lance un petit rire pointu. Qui sonne beaucoup trop faux. Beaucoup trop aigre. J'ai de plus en plus froid. Je devrais rentrer. Je devrais faire demi-tour alors qu'il est encore temps mais, va savoir pourquoi, je n'y pense pas. Je continue d'avancer, me protégeant comme je peux avec un mur un peu trop seul. Me protéger de quoi, d'ailleurs ? La lune a l'œil mauvais.

Un peu plus loin, il y a comme un crépitement ; une lueur, peut-être. Je vais vers elle. Comment s'éloigner d'une lumière au milieu de la nuit ? Les herbes rêches qui frôlent mes mollets à travers le bitume m'annoncent que je suis aux frontières de la ville. Dans un no mans land. Une marge, comme je les aime sans oser me l'avouer, espace libre de toutes contraintes qui a le droit de réinventer son histoire à chaque instant. Il y a tellement de place pour tout ! Tandis que je marche, la lueur n'a pas faibli. Elle n'a pas grandi non plus. Elle m'appelle, j'ai l'impression de la tenir par mon regard. Impossible de détourner les yeux ! Plus je marche et plus le sol devient agressif. Cassant. Mais je ne me rapproche pas. J'accélère, je trottine, je cours. Je lance les bras en avant. Regard fixe. Et je trébuche.

Je suis sur le sol abimé de gravas. Mes paumes me font mal, mes genoux aussi. Les bâtiments autour de moi ont disparu. Je ne vois rien d'autre que la boule de lumière qui rayonne à quelques mètres de mon visage. Elle a capturé mes yeux. Avec la lune, ça en fait quatre : quatre billes de quartz blanc. C'est ainsi que commence son histoire.


(... à suivre ...)

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Egorann

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MessageSujet: Re: Conte en marge   Ven 7 Jan - 21:34

Je trouve la première phrase un peu longue, compliquée à lire. Ceci dit, j'aime beaucoup tout le reste du texte et suis pressée de pouvoir lire la suite Heureux

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Cocoon
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MessageSujet: Re: Conte en marge   Mar 25 Jan - 21:23

Bien bien bien,

Petit commentaire pour ma part, j'aime assez la première partie. La pose du décor est peut être pas facile à lire d'une traite comme l'a souligné egorann, mais au moins elle se pose "bien". Contemporain coulé dans le béton sans couleur, voila un bon cadre.

Mais c'est plus le personnage qui me trouble. En essayant de le cerner, j'y ai vu des morceaux de femme collés ensemble : la désabusée

je me marre devant les décorations de Noël qui font la gueule aux balcons. Sur le trottoir d'en face, il y a un petit vieux en chaussons qui sort les poubelles en grommelant. Ça lui fait une tête toute plissée, de râler comme ça. D'habitude, j'ai pitié ; mais ce soir, ça me fait doucement ricaner.


La jeune fille :

Je suis sorti, donc, et je marche. J'ai mis mes mains dans mes poches, il fait froid. Ce n'était pas prévu, ça. Le froid. Le ciel avait une couleur chantante qui donne envie de printemps, alors je suis sorti sans me méfier. Foutu ciel menteur.

L'égarée (ou la paumée c'est tout comme) :

Il me faudrait une cigarette. Non pas que je fume, d'habitude, non. C'est juste que ça collerait bien au reste du tableau. Mettons donc que je fume, ne sortant ma main tremblante que le temps d'une expiration nerveuse entre deux bouffées de nicotine.


Allié à ces bouts d'humeurs désaccordés des phrases trop courtes par moment, surtout dans le troisième paragraphe, où j'ai eu l'impression que le texte allait se poursuivre par une succession de mots :

Je ne suis plus aussi sûr de moi alors, pour me rassurer, pour vérifier que je suis toujours là, je lance un petit rire pointu. Qui sonne beaucoup trop faux. Beaucoup trop aigre. J'ai de plus en plus froid. Je devrais rentrer.

Je m'attendais presque à des phrases avec juste un mot ou deux par la suite, ca "coupe" un peu trop pour moi. Cependant, il faut bien l'admettre, tout avis est subjectif, et une chose que j'estime objective, c'est que bien que ce fameux troisième paragraphe me dérange un peu, il faut dire que c'est le texte d'une fille qui se ballade un bon moment en ville, et on peut donc comprendre que ces phrases-pensées soient espacés dans le temps, ce qui expliquerait les différents états d'âme, mais ne permettent pas de cerner assez le personnage, chose regrettable :/

La fin m'a un peu perdue, je n'ai pas bien comprit, la lumière inatteignable, serait ce la lune ? Alors pourquoi la décrire comme ca alors que "la lune a un oeil mauvais" était déjà présent dans le texte ? pourquoi ce mysticisme si c'est bien de la lune ?

Si je n'ai pas vu juste alors je demande éclaircissement ( à moins que ce soit prévu dans la suite du texte, chose dont je me doute fort Clin d\'Oeil ). Mais je cherche encore pourquoi de une on passe à plusieurs lumières devant le personnage, choc de la chute ? Mauvaise perception suite à la chute ?

A poursuivre... Surpris
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dale cooper

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MessageSujet: Re: Conte en marge   Mer 26 Jan - 23:40

J'aime beaucoup cette première phrase. Elle est vraiment accrocheuse.

Ce premier paragraphe est une ouevre à part entière : bien plus que dessiner un décors, elle décrit une ambiance, elle établit un état d'esprit. La fin par contre est assez déroutante avec cette succession de prépositions à points virgules (c'est un peu moche visuellement !), des virgules auraient suffit pour cette énumération.


Le corps du texte quant à lui est très intéressant : passé cette première surprise :
Citation :
Je sors dans la rue avec la nuit tombante. Ces derniers temps, toutes mes histoires débutent par un homme, dans la rue au petit soir.
très déséquilibrante où on trébuche systématiquement, l'enchaînement est plus prudent. Comme on se méfie de cette distinction/fusion du personnage et de son narrateur, on fait beaucoup plus attention pour ne pas se laisser avoir une seconde fois : ce qui marche plutot bien et permet de donner du relief au texte, comme si on pouvait presque distinguer concrètement l'entrelacs de ces deux dimensions.

Après c'est vrai qu'au fur et à mesure tu perds un peu en rigueur; mais heureusement tu réveilles l'attention régulièrement grâce à ces petites phrases bien marquetées comme :
Citation :
Mes yeux vagabondent sur les façades sales des maisons et je me marre devant les décorations de Noël qui font la gueule aux balcons.
(celle-*ci m'a beaucoup plu ^^).


La fin tombe à point pour éveiller l'envie d'en savoir plus sur cet étrange duo.
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Cordelia Melicerte

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MessageSujet: Re: Conte en marge   Jeu 27 Jan - 0:03

Merci à vous trois pour votre lecture et vos commentaires ! Heureux Orange

De ce que j'en retiens, mon style est un peu à peaufiner : il faut que je me décide sur des marqueurs stylistiques particuliers et que je m'y tienne. Pis que je retravaille certains passages.

@Cocoon : Pour commencer, mon personnage est un homme. Je le dis d'ailleurs au début :

Citation :
Ces derniers temps, toutes mes histoires débutent par un homme, dans la rue au petit soir.

Ensuite, c'est vrai que certains passages peuvent paraitre contradictoires concernant l'état du personnage (même si dans ma tête il n'y a pas de contradiction =p). Je le justifie ainsi : narrateur et héros se confondent, dans le sens où celui qui parle crée un conte tout en s'y plaçant comme personnage principal. Il invente les détails au fur et à mesure du récit. Peut-être que cela part d'une histoire vraie, mais l'histoire est maintenant devenue fiction, rêve, pour être racontée à un public attentif.

D'où la fin de cette première partie : un peu (complètement ?) surréaliste. Il y a bien quatre "billes" : la lune, la boule de lumière et les deux yeux du narrateur. Mais peut-être devrais-je essayer de rendre ce passage plus explicite... je ne sais pas. Cette évocation de quatre billes blanches est censée amener à la deuxième partie, que je n'ai pas complètement écrite mais dont le début est ceci (ouhou, une avant première !) :

Citation :
Elles étaient quatre billes de quartz blanc : quatre sœurs, aussi rondes et blanches que la lune. Aussi dures et froides que les cristaux.

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