AccueilBlogFAQRechercherS'enregistrerMembresGroupesConnexion

Partagez | 
 

 Le parfum de la pluie

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Cassiopée
Héliaste
avatar

Féminin Nombre de messages : 9868
Age : 59
Localisation : Les pieds sous l'eau, la tête au delà des étoiles.
Date d'inscription : 05/01/2008

Personnages RP
Pseudo: Cassiopée
Pseudo : Maelun
Pseudo : Lucia

MessageSujet: Le parfum de la pluie   Sam 12 Mar - 22:24

Le parfum de la pluie




A la limite du désert, il est des hommes bleus. Bleus de vivre en se cachant du soleil sous de lourds tissus teintés d’indigo. Bleus de ne pouvoir supporter le ciel azur brulé par les rayons d’un astre bien trop violent.

Akli est un homme bleu et il vit aux marches des sables. Sa peau brune s’est teintée de la couleur de la djellaba qu’il ne peut quitter sans être grillé sous le soleil trop ardent.
La sueur a mêlé à son épiderme l’indigo que sa mère a utilisé pour colorer ses habits et comme le reste de sa famille, son corps est devenu plus foncé que le cobalt, sombre comme la nuit.

Mais aujourd’hui, Akli s’est écarté du village et regarde le puits où la noria est pétrifiée. L’eau ne coule plus et les godets restent à présent immobiles. Autour de lui, le paysage est si sec que les quelques arbustes qui réussissaient à pousser sont maintenant racornis et que le sol se fendille. L’eau a quitté Bellaga et la soif tenaille ses frères et sœurs aussi sûrement que sa gorge se craquelle sous sa langue gonflée.

Chaque jour, leur père et mère partent jusqu’au puits de Dranka pour remplir de grandes calebasses d’une eau rougie par les terres. Mais la route est longue et lorsqu’ils rentrent, épuisés d’avoir marché sous le soleil torride, les bouches avides se jettent sur l’eau comme sur le plus grand des trésors.

Akli se penche sur la margelle du puits, en espérant entrevoir un petit filet d’eau, mais le fond est aussi vide que ses espoirs. Alors qu’il sort la tête du trou, il se retrouve nez à nez avec un tout petit oiseau aux plumes ivoire, dont la tête rouge est en parfaite harmonie avec sa longue queue en forme de lyre.
Ne pouvant détacher son regard du si joli volatile, Akli garde les yeux ouverts comme deux immenses soucoupes pleines d’émerveillement.
Soudain, une larme coule des yeux de l’oiseau et celui-ci se met à parler :

-Peut-être devrais-tu rapporter la fleur de pluie à ta tribu.

Akli se redresse de toute sa taille et, le visage avide, questionne l’oiseau :

-La fleur de Pluie ? Elle nous donnerait de l’eau ?

-De l’eau pour l’or de tes yeux, oui.

-Où ? Dis-moi où je dois me rendre ?

-Au-delà du désert de sel se trouve le jardin d’ébène. Il ne faut pas tarder. Le soleil a faim. Je te guiderai si tu le veux.

Le soir même, Akli se charge de toute l’eau dont il peut disposer sans que sa famille n’en souffre trop et part en courant derrière l’oiseau qui égrène des notes comme des perles dans le vent pour ne pas le perdre.

A cette allure, ils pénètrent très vite dans l’immensité dénudée. Les dunes de sable se succèdent aux dunes inlassablement et Akli ralentit tant sa vitesse qu’il leur faut deux jours entiers pour atteindre les portes du désert de sel.

Akli s’arrête alors devant l’étendue de sel, grise comme de la cendre, recouverte de caillasses où rien ne semble pousser. Il prend la gourde entre ses mains et la soupèse. Il lui reste si peu d’eau qu’il se demande comment il pourra atteindre son but. Ses pieds écorchés d’avoir tambouriné dans les sables sont douloureux et son regard est brûlé par le soleil, ses yeux sont rougis par l’éclat trop fort de la lumière.

L’oiseau de larme tourne autour de sa capuche comme un papillon autour d’un feu. Il chantonne une mélopée qui envoute l’homme bleu. Akli se met alors en route à la suite de son guide dont le chant le captive et le lie mieux qu’une corde bien serrée. Il avance comme un fantôme, mettant un pied devant l’autre sans se préoccuper des roches, laissant ses blessures s’ouvrir et se couvrir de sel, sans paraître en souffrir.

C’est ainsi qu’Akli traverse le désert de sel. La gourde vide et la bouche gonflée, il atteint les premiers arbres un peu décharnés qui marquent l’entrée du jardin d’Ebène alors que la nuit tombe.
Le bois noir luit sous le reflet lunaire et les arbres tordent leurs longues branches vers l’astre argenté quant à leurs pieds la végétation s’intensifie au fur et à mesure qu’ils sinuent entre les troncs bossus.
Akli souffre atrocement de la soif et son estomac hurle de faim. Il n’est plus que l’ombre de lui-même. Seul le chant de l’oiseau le pousse encore vers son but.

Soudain, une grande plante tentaculaire vient s'enrouler près de ses jambes flageolantes. Très vite il se retrouve emmêlé dans les longs appendices et s’étale de tout son long. La plante emprisonne l’homme bleu et il sent la pression des longs bras s’attacher à lui. Il se débat tant et si bien que la plante dessert son étreinte et lui crache au visage un jet qui lui brûle les yeux. Akli hurle d’effroi. Il ne voit plus rien, il est devenu aveugle.

Il se met à courir en tout sens, cherchant son chemin, le regard vide et apeuré. Seul le chant de l’oiseau est un réconfort pour lui. Il s’y accroche et le suit, se prenant les pieds dans les massifs de fleurs, se cognant contre les troncs qui se placent presque volontairement sur son passage.

Pourtant, lui qui ne voit pas sent soudain le parfum de la pluie, il sent l’humidité intense de l’averse qui se prépare. Il sent le sol qui s’offre à l’eau venue du ciel. Il sent la fleur s’épanouir pour recevoir les premières gouttes qui vont l’abreuver.
Il n’a plus qu’à se baisser pour la prendre. La fleur de pluie est à ses pieds, douce et juteuse.

Il pose ses lèvres desséchées sur son cœur et peut y boire toute l’eau dont son corps à besoin. L’oiseau est toujours là, à tourner près de lui et à émettre le doux son qui l’enchante.

Le chemin du retour est plus long encore, mais moins douloureux. Bien-sûr les pieds d’Akli ne sont plus qu’une plaie immense tant les cailloux sont venus les meurtrir. Bien-sûr le soleil continue de griller les moindres êtres vivants. Mais Akli tient la fleur entre ses mains. Il boit à cette source sans fin et ses yeux aveugles ne craignent plus la lumière brûlante.

Son retour à Bellaga est le plus grand évènement de tous les temps, la tribu entière l’encercle, le touche comme on touche un dieu, du bout des doigts, avec vénération et humilité.
Akli creuse de ses mains un trou dans le sol caillouteux et y dépose la fleur. Son humidité s’écoule en une pluie fine qui vient se répandre sur la terre, s’infiltrer vers les roches profondes pour aller remplir le fond du puits, ruisseler en fines rigoles pour former un petit ruisseau dans lequel tous les enfants viennent boire en riant.

Et Akli reste là, assis près du puits, les yeux perdus dans le vague. L’oiseau de Larme sur l’épaule lui chante une chanson merveilleuse et éternelle.


_________________

Revenir en haut Aller en bas
dale cooper

avatar

Masculin Nombre de messages : 7652
Age : 38
Date d'inscription : 08/09/2008

Personnages RP
Pseudo:
Pseudo : ▲
Pseudo :

MessageSujet: Re: Le parfum de la pluie   Dim 13 Mar - 13:03

Oui je me souviens de ce texte, il m'avait beaucoup plu à l'époque (et toujours encore à sa relecture).

Ca me fait penser à cette période que tu as eu il y a quelque temps où tu proposait des contes.

Celui-ci en particulier manque peut être d'une fin plus symbolique; les contes ont cette portée philosophique avec leur moralité à la fin qui font que l'on doit y trouver un message universel ou humaniste ou en tout cas une idée persistante qui doit leur survivre.

C'est peut être ce qui manque à celui-ci en particulier. Non ?
Revenir en haut Aller en bas
http://dvb96.over-blog.com/
Cassiopée
Héliaste
avatar

Féminin Nombre de messages : 9868
Age : 59
Localisation : Les pieds sous l'eau, la tête au delà des étoiles.
Date d'inscription : 05/01/2008

Personnages RP
Pseudo: Cassiopée
Pseudo : Maelun
Pseudo : Lucia

MessageSujet: Re: Le parfum de la pluie   Dim 13 Mar - 16:11

Faut-il vraiment une morale à chaque conte ? Quelle est la morale explicite de "La petite fille aux allumettes" ? On se contente de la voir étendue morte, le visage souriant.
Il me semble que la morale s'il y en a une est dans le conte lui même.
Ce n'est pas une fable.
Ceci dit, il manque sans doute des tas de choses dans ce texte. Mais je n'y aurais pas mis de morale supplémentaire non.

_________________

Revenir en haut Aller en bas
Lilith
Littéraire et rôliste
Littéraire et rôliste
avatar

Féminin Nombre de messages : 2638
Age : 27
Localisation : Intermédiaire.
Date d'inscription : 04/05/2008

Personnages RP
Pseudo: Lilith
Pseudo : Erylie
Pseudo : Madalyn

MessageSujet: Re: Le parfum de la pluie   Dim 13 Mar - 16:19

" La petite fille aux allumettes".
Je crois que c'est un de mes contes préférés. Mais je ne me suis jamais demandé s'il y avait une morale, je dois l'admettre.

Pour ton texte, on en a déjà parlé il me semble.
Je le trouve très beau mais très dur aussi.

_________________
Il y a en toi le gâchis d'un soleil qui sommeille, plusieurs fois, on t'a dit : "Révèle".

I believe in you.

Vitrine de Lilith
Revenir en haut Aller en bas
Léhault
Rôliste
avatar

Masculin Nombre de messages : 354
Age : 25
Date d'inscription : 13/10/2010

Personnages RP
Pseudo:
Pseudo :
Pseudo :

MessageSujet: Re: Le parfum de la pluie   Dim 13 Mar - 16:41

Un très beau texte, j'ai beaucoup aimé le lire, et ce d'ailleurs avec facilité... les mots sont profond et simple, bravo Cassiopée...

Donne nous en encore des comme-ça...

_________________


"Rudyard KIPLING"
Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Le parfum de la pluie   

Revenir en haut Aller en bas
 
Le parfum de la pluie
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Quel (s) parfum(s) d'été portez vous ?
» Housse anti-pluie pour ma petite caméra
» En robe d'automne, Elmer salue le retour de la pluie
» Le parfum de la dame en noir...
» Ah la pluie

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Ter Aelis - Le Forum :: Wilwarin, Métropole Littéraire :: Nouvelles-
Sauter vers: