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 Dans le gynécée.

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Lilith
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MessageSujet: Dans le gynécée.   Ven 18 Mar - 1:37

J'avais promis. Le voici.
Petit hommage à Cordélia qui a su m'inspirer =) Les cheveux de Zila



***
Dans le gynécée.
Partie I



Baba.
Le soleil se levait à peine sur le gynécée et pour la plupart des filles, ces premiers rayons indiquaient le temps du repos. Baba se tenait campée dans le couloir et regardait d’un œil aimable mais autoritaire les derniers hommes quitter les chambres. Une fois le dernier parti et remercié, elle alla s’asseoir à son bureau. Pas de repos pour la tenancière qui devait comptabiliser les recettes de la nuit pendant qu’elles étaient encore chaudes. Plusieurs heures passèrent pendant lesquelles Baba compta sans relâche, additionna et totalisa la fortune de la maison. Lorsqu’elle eut fini, elle se redressa, faisant craquer son dos, et soupira d’aise. Jamais son affaire n’avait connue une telle prospérité. Bien sur, elle était loin d’égaler celle des grands harems de la ville, mais la venue de Milena, six mois plus tôt, avait fait souffler un vent d’abondance sur elle et ses filles.

Un sourire effleura les lèvres de la matrone. Quelle aubaine vraiment que cette enfant lui ai été vendue. A presque quatorze ans et sans aucune éducation elle en avait tiré un excellent prix, et les aptitudes de la donzelle valaient largement ce qu’elle avait payé pour l’obtenir. Et la gamine était travailleuse avec ça: quatre hommes dans la nuit, une bonne petite. Les autres filles devraient prendre exemple sur elle. Leur dévouement à la maison était leur unique moyen de survie. Certaines attisaient assez le désir des clients pour qu’ils désirent les acheter mais les prix de Baba étaient élevés et la situation chez les hommes souvent peu enviable. Comparée à la vie dans le bordel tout du moins.

Baba soupira encore et se leva. D’une main elle vérifia ses cheveux et replaça une mèche rebelle dans son chignon. Elle saisit une fine cordelette qui pendait au mur derrière le bureau et la tira. Presque immédiatement une série de petits pas affolés se fit entendre. On frappa une fois à la porte qui resta fermée. Baba alla ouvrir, une fillette attendait la tête baissée. Ses cheveux couleur de miel agrandirent encore le sourire qui mourait sur la bouche de la patronne. Encore une recrue prometteuse.

- Va préparer du thé. Je vais voir les filles.

L’enfant acquiesça sans relever la tête et parti en courant presque. Baba la regarda s’envoler vers la cuisine d’un pas rapide et mais léger. Puis, elle monta voir ses protégées. Il était encore tôt, elle n’irait pas les réveiller avant plusieurs heures, mais, comme toujours après avoir fait les comptes, Baba allait s’assurer qu’aucune ne manquait. On ne savait jamais vraiment ce qu’il se passait dans les chambres, du moins jusqu’à ce que Baba demande. Et sous son regard gris, les filles racontaient. Elles racontaient tout.

Elle fit donc le tour des dortoirs, s’assurant que toutes étaient là. Puis elle alla superviser le nettoyage des chambres utilisées la veille. Elle employait deux femmes de chambre qui s’occupaient également des repas et du linge. Voyant l’état de certaines pièces elle donna des instructions supplémentaires puis alla faire un tour du coté de la garde robe des filles. L’état des robes au petit matin était souvent révélateur de ce qui s’était passé au cœur de la nuit. Rien de notable ne semblait avoir eu lieu. Quelques coutures arrachées dans le feu de l’action, quelques trous qu’il faudrait raccommoder avant ce soir. La robe de Milena en revanche était intacte. Baba haussa un sourcil. Elle finit d’inspecter les robes et descendit prendre son thé.



Onda.
Onda courait presque, joyeuse, vers la cuisine. Elle aimait la cuisine, sa chaleur, ses odeurs, les femmes qui y étaient gentilles. Elles ne criaient pas quand Onda ne répondait pas. Les filles criaient souvent sur Onda, à cause de son silence. Elle n’aimait pas trop monter là haut quand une des filles de Baba l’appelait. Ça sentait l’homme là haut. Ça ne sentait pas bon dans les chambres et le dortoir lui faisait peur. Elle était mieux en bas.

Elle se redressa sur la pointe des pieds pour soulever la bouilloire. Elle la remplit d’eau et la portant à deux mains, légèrement tremblante, elle l’amena sur le feu. Elle prépara la tasse de Baba. Sa gorge semblait émettre un doux silence, comme un chat qui ronronne, et ses cheveux balançaient doucement au rythme de la musique qui se jouait dans sa tête. Lorsque l’eau frémit, elle la retira du feu, Baba n’aimait pas son thé trop chaud. Elle versa l’eau sur les feuilles de thé noir et laissa infuser. Elle alla s’asseoir sur le plan de travail face à la fenêtre pour laisser le soleil la réchauffer. La lumière jetait des rayons dorés dans ses cheveux et faisait ressortir une myriade de tâches de rousseur sur son nez et ses joues. Elle aurait voulu que ce moment dure toujours, que les filles ne se réveillent jamais. Bientôt il faudrait monter, aider à recoudre robes et jupons, soigner des petites blessures, apporter le thé de l’après midi sur le grand plateau qui faisait mal aux bras. Nettoyer et écouter les filles se plaindre, de Baba, des hommes, du temps qui faisait friser leurs cheveux.

Onda écoutait mais ne disait rien. A huit ans, on avait rien à dire. A huit ans on était trop jeune pour comprendre. Mais depuis deux années qu’elle vivait ainsi, Onda se demandait. Et si les hommes n’étaient que des hommes après tout. Toujours on lui avait dit que plus tard elle serait soumise à un homme, qu’elle lui devrait obéissance et respect, une soumission absolue. Mais depuis deux années, Onda voyait Baba. Baba qui dirigeait sa maison d’une main de fer mais avec justice. Qui élevait ses filles, les éduquait. Baba qui ne les laissa pas se faire maltraiter ni se faire acheter par des hommes trop violents. Baba qui tenait tête aux clients, et les hommes qui reculaient devant l’autorité d’une femme. Les hommes qui venaient la cajoler et la gâter de présents pour quelques faveurs. Mais Baba toujours fidèle à elle même, qui protégeait ses filles. Car même si comme elle le disait souvent, « La femme évite aux hommes de se faire la guerre », une femme amochée est inutile à détourner leur colère.

Onda en était la de ses réflexions quand le thé de Baba lui revint en mémoire. Elle sauta à terre et retira les feuilles de la tasse, rajouta un morceau de sucre brun et une cuillère de lait frais. Elle disposa quelques gâteaux dans une assiette et mit le tout sur un petit plateau qu’elle alla porter dans le bureau de Baba. Elle tira la cordelette et reparti vers la cuisine. Alors qu’elle refermait la porte du bureau, une ombre passa derrière elle. La fillette se figea. Elle se retourna lentement pour trouver une des courtisanes de la maison se glisser dans la cuisine. Un bruissement sur sa gauche la fit sursauter, Milena la regardait depuis le haut des escaliers. Ses yeux vert brillant entre les barreaux de la rambarde. La jeune prostituée mis un doigt devant sa bouche en silence. Puis elle remonta dans le dortoir. Onda retourna dans le bureau sans faire de bruit. Une fois que l’escalier eu fini de craquer, elle sortit et retourna dans la cuisine. Une bouteille de whisky manquait.



Milena.
La jeune prostituée remonta doucement les marches et retourna s’asseoir sur son lit. Quand Livia revint avec l’alcool, ce fut pour le lui jeter à la figure.

- La prochaine fois, débrouille toi toute seule.

Milena hocha la tête en silence. Elle retira sa chemise de nuit et croisa les jambes sur le lit devant elle. Elle déboucha la bouteille et humidifia un coin de son vêtement. D’une main tremblante elle pressa le linge contre l’intérieur de sa cuisse droite et sur ses côtes sous son bras droit, la douleur lui arracha un petit cri et peut-être une larme. Livia lui jeta un coup d’œil.

- Tu sais, il faudra le dire à Baba. De toute façon elle s’en rendra compte.
- Il n’y a rien à dire, couina Milena le souffle court.


Livia haussa les épaules et se recoucha. La pendule indiquait bientôt midi, elle soupira et rabattit la couverture sur sa tête, laissant l’autre fille à ses occupations.

Milena désinfecta soigneusement sa cuisse et sa côte, referma la bouteille et la posa au pied de son lit. Elle remit sa chemise de nuit et s’allongea. Les yeux grands ouverts, elle fixait le plafond. Le regard immobile, elle ne cherchait même pas à suivre les fissures qui couraient au dessus d’elle. Elle gardait les yeux ouverts pour ne pas les fermer. Elle tendit un bras et effleura sa cuisse du bout des doigts, cela ne l’empêcherait pas de danser.

Le calme du dortoir, qui précédait toujours la venue de Baba pour l’inspection matinale ne lui avait jamais paru aussi angoissant. Alors qu’il représentait d’habitude un instant de paix subtilement arraché au quotidien, il lui semblait infiniment trop silencieux. Comme une bête tapie quelque part derrière vous. Même le ballet des grains de poussière dans les rayons qui passaient par les volets ne parvenait pas à la distraire. Finalement Milena se leva et alla chercher sa robe de la veille. Mais il n’y avait rien à reprendre sur celle ci. Elle soupira et, avisant la bouteille près de son lit la saisit à deux mains, la déboucha et avala une gorgée à même le goulot. Elle s’essuya la bouche d’un revers de poignet et sortit de la chambre.

De retour dans les escaliers, elle prit le temps de descendre sans faire grincer les marches et une fois en bas courut jusqu’à la cuisine. Un coup d’œil à l’intérieur après avoir entrebâillé la porte, il n’y avait que la petite. Elle faisait chauffer l’eau pour le bain des filles. Ses cheveux blonds ondulaient suivant un rythme silencieux. Milena entra et reposa la bouteille sur le buffet. La fillette sursauta et se retourna vivement. En voyant Milena elle sourit et vint chercher la bouteille, qu’elle rangea ailleurs. Milena la regarda un sourire dans les yeux.

- Tu chantais ?

Onda ne répondit pas.

- J’aime bien danser quand la musique est jolie. Mais souvent les clients jouent mal et les musiciennes qu’ils amènent guère mieux.

La petite fille la regarda à travers ses cheveux. Elle releva finalement la tête et sembla vouloir dire quelque chose mais se ravisa et resta muette. Milena aurait voulu passer une main dans ces cheveux clairs. Les siens bruns et longs cascadaient en boucles lourdes sur ses épaules. Une couleur bien commune, pensa-t-elle.

- Tu viendras m’aider tout à l’heure ? Je voudrais changer les rubans de mon corsage rouge. On choisira une nouvelle couleur ensemble.

Onda fit oui de la tête, fronça le nez et retourna surveiller l’eau.



Onda.
Onda souriait en regardant l’eau buller doucement. Elle aimait beaucoup jouer avec les rubans. Milena était gentille. Elle ne criait pas, ne parlait pas beaucoup, et dansait bien. Et elle ne sentait pas mauvais comme certaines filles avant le bain le matin.
Un courant d’air passa dans son dos. Baba venait d’entrer dans la cuisine. Elle avait l’air fatiguée et ramenait le plateau de thé.

- Cette après-midi tu resteras en haut avec les filles. Tu ne descendras que si je t’appelle. Je crois que Basile va venir me faire une proposition. Tu aideras à repriser les vêtements, ça fait aussi parti de ton éducation. Et tu assisteras à la leçon de calcul aussi. Reste silencieuse et écoute bien. Tu pourras prendre un cahier et un crayon dans le tiroir de mon bureau.

La petite fille ne dit rien. Une après midi entière dans les dortoirs et les salons ne l’enchantait pas plus que ça. Mais il fallait apprendre pour pouvoir travailler. Baba quitta la cuisine dans le même courant froid et monta rejoindre ses protégées.
L’eau bouillait maintenant, Onda retira les vingt seaux du feu un par un. Un pour chaque fille et un petit pour elle. Puis en saisissant deux, elle prit les escaliers de service. Au premier se trouvait la salle d’eau et les grandes bassines où l’on se lavait. Elle fit autant d’aller-retour que nécessaire, et se lava tant que l’eau était chaude. Puis elle attendit que Baba ait fini son inspection.



Baba.
Baba monta voir ses filles. Une fois dans le dortoir elle ouvrit en grand les volets et dit de sa voix forte où pointait le sommeil :
- Debout mes grandes, il est bientôt midi. Leçons dans deux heures ! On se lève, on se lave et on raccommode ses vêtements. Dans la joie et la bonne humeur.

Les prostituées grommelèrent en se levant mais aucune ne traina au lit. Malgré ses mots ordinaires, on ne discutait pas avec Baba.

- Inspection après le bain !

Baba allait quitter le dortoir quand elle remarqua une tache rouge sur la chemise de nuit de Milena. Celle-ci avait une main crispée dessus et s’activait en silence. La matrone fit demi tour et tira sur la main de la fille pour lui faire lâcher le vêtement, il était humide et sentait l’alcool. Baba planta son regard gris dans les yeux verts de Milena, et attendit. La jeune fille soutint son regard en serrant les lèvres. Seigneur comme cette gamine lui rappelait Zila. La même attitude revêche mais soumise. L’attitude qui disait « j’accepte mon sort ». Cette résignation fragile lui collait à la peau et au regard. Milena parlait peu mais sous son masque de fer, Baba le savait, une énergie brulait sans fin. L’énergie du genre de celle qui vous fait survivre quoi qu’il arrive. Et ce silence apparent, suscitait un mystère qui attirait les clients. Une femme n’a pas à parler, elle n’a qu’à obéir. Et Milena ne parlait pas souvent. Milena dansait.

- Tu n’es pas censée avoir tes lunes avant au moins deux semaines. Suis moi !

Et Milena la suivit sans un mot, sous le regard inquisiteur des autres filles.
Baba l’entraina dans un des salons qui servait la journée pour les leçons. D’un geste elle lui dit de se déshabiller. Milena obtempéra en soupirant. Baba tiqua mais ne dis rien. Une fois la jeune femme nue, elle lui tourna autour comme un loup autour de sa proie, cherchant la moindre égratignure, le moindre bleu. Souvent les filles avaient les chevilles, les poignets ou le cou bleu, quand les clients serraient trop fort. Milena n’avait que d’anciens hématomes, rien qui date de la nuit dernière. La patronne souleva la lourde masse de cheveux mais il n’y avait aucune marque sur le dos de la jeune catin, elle fronça les sourcils et poussa Milena dans
un fauteuil.

- Ecarte les jambes.

C’était la procédure habituelle, mais cela fit frissonner la jeune femme. Elle écarta les cuisses. Les clients pouvaient faire presque n’importe quoi avec les filles qu’ils louaient pour la nuit. Les abîmer trop était cependant mal vu dans l’établissement et Baba n’hésitait pas à refuser une fille trop violentée pour une seconde nuit avec le même homme. Souvent les protégées de Baba avaient craint des représailles de la part des hommes éconduits mais malgré toutes leurs menaces rien de tel n’était jamais arrivé. En dépit de tous les atavismes de leur société, ces hommes avaient appris à leur manière à respecter Baba et ses choix.
La macasse jeta un coup d’œil à l’entre-jambe de la fille mais n’y trouva aucune blessure apparente. Elle allait la renvoyer au dortoir quand elle remarqua l’estafilade qui barrait l’intérieur de sa cuisse droite. La blessure n’était pas grande mais assez profonde, et très nette, trop nette pour avoir été le résultat d’un coup d’ongle.

- Qui ? demanda-t-elle.
- Je ne sais plus, mentit Milena.
- Arrête ! si tu ne peux plus travailler parce que tu te laisses abîmer par les clients je devrais te vendre. Et je n’en ai pas du tout envie, tu travailles bien, j’ai besoin de toi ici. Ne le laisse pas recommencer, tu m’entends ?
- Oui, murmura la jeune fille.
- File maintenant. Et n’oublie pas que demain tu ne danses pas en privé uniquement.


Milena récupéra sa chemise de nuit et partit en tressaillant.
Baba soupira, elle ne pouvait pas se permettre de la perdre. Elle fit défiler mentalement tous les clients de Milena depuis le début de la semaine. Elle en élimina certains, trop frustres pour pouvoir même penser à autre chose que profiter de son jeune corps. En retournant dans le dortoir elle se promit d’être plus vigilante.



Milena.
Milena revint en tremblant dans le dortoir. Elle s’assit sur le lit pour calmer sa respiration. Abandonnant sa chemise de nuit, elle attrapa une robe au hasard dans la penderie commune et partie pour la salle d’eau.
Dès qu’une fille sortait du bain, Baba l’examinait de haut en bas, n’oubliant aucun repli de peau, aussi caché fut-il. Lorsqu’elle remarquait une blessure trop importante, elle chuchotait quelques instants à l’oreille de la fille en question et notait dans un coin de son esprit le nom du client fautif. Les tarifs augmenteraient pour lui à sa prochaine visite, c’est ainsi que les choses marchaient avec Baba. Une manière implicite de faire comprendre aux hommes que ses filles étaient la pour leur service et leur plaisir mais qu’elle attendait en retour qu’ils les rendent dans l’état d’origine. Tout le monde semblait y trouver son compte.

Milena se lava rapidement et retourna dans le dortoir. Onda l’attendait assise tout au bord d’une chaise, elle tenait plusieurs rubans colorés dans ses mains. La pièce était déserte et la petite fille semblait apprécier ce vide momentané. Après le bain venait le déjeuner mais Milena n’avait jamais d’appétit le matin aussi retournait-elle en haut quand toutes les autres descendaient. L’enfant eu un vague sourire en voyant son ainée entrer. Elle se leva et lui présenta les rubans, les bras tendus.

- Tu as une préférence ? Mon corsage est rouge, le lacet ira dans le dos. Et il en faut un devant aussi.
- Ton jupon. Il est de quelle couleur ?
- Il est rose, répondit Milena étonnée d’entendre Onda parler. Tu sais, je n’avais jamais entendue ta voix avant.


Onda ne dis rien et lui tendit deux rubans couleur corail. Milena les prit et les posa sur le lit avant d’aller chercher son jupon et son corset. Toujours en silence puisque c’est ainsi qu’elles parlaient le mieux, elles enlevèrent les anciens rubans noirs et les remplacèrent par ceux qu’elles venaient de choisir. Quand elles eurent fini, Onda monta sur le lit et prit la brosse qui trainait sur la table de chevet. Et toujours sans un mot elle se mit à brosser les longs cheveux de Milena.

La jeune prostituée sentait les petits doigts se perdre parfois dans sa chevelure. Elle se laissa aller à cette caresse innocente et ferma les yeux. Il lui semblait flotter loin au dessus du lit, porter par les mouvements de la brosse dans ses cheveux. Des allers-retours si semblables pourtant à ceux qui peuplaient ses nuits. Milena serra ses lèvres l’une contre l’autre. Et alors, comme venu de partout et de nulle part à la fois, Onda fredonna, envahissant de musique les oreilles de Milena.





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Dernière édition par Lilith le Sam 26 Mar - 11:38, édité 2 fois
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Cordelia Melicerte

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MessageSujet: Re: Dans le gynécée.   Ven 18 Mar - 11:23

Dance

C'est bieeeeen !!

Quelques questions, quand même : les femmes de chambre, cuisinières et autres servantes font-elles aussi partie du gynécée ? Si non, d'où viennent-elles ? Où vivent-elles ? Et si oui, Baba est-elle la seule à gérer toute la maison ? Ça doit en faire, des filles !

Du point de vue du style, tu as fortement tendance à faire plein de phrases courtes. C'est frustrant, ça coupe dans l'élan de la lecture. Ne pourrais-tu pas transformer quelques points en virgules ?

À part ça, c'est fort plaisant ! ^^ Je crois comprendre qu'il y aura une suite ("partie I")... tant mieux ! Heureux Orange. Et la fin est très belle, douce et poétique.

Merci ! Soleil

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Lilith
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MessageSujet: Re: Dans le gynécée.   Ven 18 Mar - 17:47

Contente que ça te plaise ^^. Après relecture je suis d'accord sur le truc des phrases courtes, alors j'ai repris le texte. Tu me diras si c'est mieux.

En effet il y a une suite. Le texte entier fait douze pages word alors sur les conseils de Cassiopée j'ai séparé en plusieurs morceaux, pour ne pas vous noyer :p
On est à peu près a la moitié là, un peu moins.

Pour ce qui est des servantes, je t'avoue que je n'ai pas du tout développer leur rôle dans cette histoire. Je me suis plus intéréssée à la vision de trois femmes, de trois générations différentes. Mais dans mon esprit, ce sont d'anciennes prostituées ou bien de vraies femmes de ménage employées par Baba. Dans le premier cas elle vivent dans le bordel avec les autres filles, dans le second non. Et oui, il y a beaucoup de filles. Je dirais une petite vingtaine.

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MessageSujet: Re: Dans le gynécée.   Ven 18 Mar - 17:59

J'adore !!! Coeur

Alors là on est vraiment plongé dans le quotidien de ces femmes. J'aime particulièrement la manière de passer de la vision d'une femme à celle d'une autre ... Le texte est d'autant plus riche et plus complet en ce qui concerne leur vie de tous les jours.

J'attends la suite avec impatience !

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MessageSujet: Re: Dans le gynécée.   Sam 19 Mar - 20:43

Alors là, je n'ai pas grand-chose à te dire, à part... j'attends la suite avec impatience ! Vraiment bien écrit, on se demande ce que sont ces coupures, j'ai envie de savoir, de comprendre davantage les personnages, c'est super agréable de voir cette adaptation du monde de Zila. Et puis le rapprochement avec Baba est juste énorme, exactement le même caractère. GG quoi.

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MessageSujet: Re: Dans le gynécée.   Dim 20 Mar - 13:10

Oh, je suis bien contente que ça vous ait plu !!!
J'attends encore un peu et peut être ce soir, ou demaing, je vous poste la suite.
Suite qui n'est, malheureusement, ni douce ni poétique....



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MessageSujet: Re: Dans le gynécée.   Dim 20 Mar - 17:27

Pour la suite.


Spoiler:
 


Citation :
Lilith dit :
connard
il est naze ton commentaire
en plus t'as juste a copié-collé msn 
^^
Elie dit :
Voilà.
Lilith dit :
ENFOIRE
Très Heureux
Elie dit :
mdr

C'est fait cheffe.

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MessageSujet: Re: Dans le gynécée.   Dim 20 Mar - 17:43

Bon, soyons sérieux. Un instant.

Spoiler:
 

Ce texte, Lilith, tu peux en être fier. (Non, pas les diverses insultes que tu me fais, celui juste au dessus là, "Dans le gynécée".)
Pourquoi ? Car d'un point de vue stylistique, il est très bien. Tes phrases sont bien construites, rythmiquement. Il n'y a pas d'accrochage, on lit bien, du début à la fin. C'est fluide.

Les personnages sont bien construits, il n'y a pas d'incohérence particulière, pas de caractère qui dénote. Et euh bah... voilà.

En bref, bravo. J'aime bien.

Mais tu sais ce qui t'attend pour la suite... Très Heureux


PS : Parce que je rebondis sur (ce que dit) Cordelia : Ton dernier paragraphe est peut être le meilleur. Non pas parce qu'il est mieux écrit, ou plus doux, ou je ne sais quoi. Il introduit juste une dimension particulière, celle du plaisir, qui vient relever les horreurs précédentes (et suivantes Clin d\'Oeil ). Ca me fait penser à Justine qui dès qu'il lui arrive quelque chose de bien tombe dans toujours pire.

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Lilith
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MessageSujet: Re: Dans le gynécée.   Dim 20 Mar - 20:02

Après cet intermède musical, passons au plat de résistance :p

***

Dans le gynécée.
Partie II.



Baba.
Le temps suivait son cours dans la maison close de Baba, les clients venaient le soir tombé et repartaient au milieu de la nuit ou au petit matin. L’argent rentrait, elle avait même acheté de nouvelles robes aux filles. Baba était contente. Pourtant on parlait de la guerre dehors, on murmurait que l’empire était sur le point de tomber. Mais les rumeurs se taisaient dans les salons quand Baba passait. En quoi cela pouvait-il intéresser une femme ? Baba rigolait dans sa barbe, il y avait mille façon de voir sans être vu dans son palais des plaisirs. Et Baba voyait autant qu’elle entendait. Néanmoins, bien que les rumeurs se multiplient, les clients étaient toujours nombreux et l’argent circulait. Les filles travaillaient et leurs rires emplissaient les chambres au cœur de la nuit. Milena dansait, et l’argent rentrait encore plus. Baba sentait pourtant les prémices d’une catastrophe poindre à l’horizon. Sixième sens ou simple intuition, quelque chose se préparait, elle le sentait. Les filles étaient tendues. Les hommes parlaient trop une fois leur désir assouvi. Livia notamment se faisait oiseau de malheurs. La jalousie la rongeait doucement. Baba soupira, il faudrait songer à la changer de dortoir.

Elle chassa ces sombres pensées et se concentra sur ses calculs. Quand elle eut fini, elle sonna Onda. La petite arriva prestement. Il y avait mille et mille façons de voir et d’entendre chez Baba.

- je t’ai entendu chanter. Tu chantais pour Milena ?

La petite hocha la tête. Baba la toisa des pieds à la tête.

- Je t’ai acheté une robe. Tu la mettras ce soir. Un gradé est de passage en ville, il viendra surement cette nuit Milena dansera et toi, tu chanteras.

Onda sentit ses jambes s’affaisser sous elle. Son cœur battait la chamade. Baba la regarda tomber. Elle vint l’aider à se relever.

- Je suis désolée ma petite mais il est temps. Tu es encore trop jeune pour travailler avec les filles mais avec ces cheveux et cette voix, tu pourrais faire aussi bien que Milena un jour. Il est temps de dévoiler aux hommes les promesses que tu caches. Va te préparer maintenant.

Baba la regarda partir. Elle pleurerait surement mais elle sécherait ses larmes et obéirait. Elle n’avait pas le choix. Et un gros client s’annonçait ce soir. On chuchotait en ville que c’était un bon vivant, avec un peu de chance il prendrait plusieurs filles pour la nuit. Enchantée par cette idée, elle décida de monter voir Milena afin que celle ci suggère la chose à l’officier, dans le cas fort probable où il voudrait poursuivre la nuit avec elle après sa danse.

Lorsqu’elle arriva en haut elle trouva Milena accroupit un linge humide à la main. Elle releva brusquement la tête quand Baba entra et tenta vainement de cacher la bouteille d’alcool. Baba courut vers elle et l’allongea de force sur le lit. D’une main elle lui saisit le genou et l’écarta. A l’intérieur de sa cuisse, juste sous la première, rougeoyaient deux autres estafilades sanglantes, parfaitement parallèles les unes aux autres. En regardant de plus près, Baba se rendit compte que l’intérieur des cuisses de la jeune danseuse se parsemait de ces coupures, par dizaines.



Onda.
Onda sanglotait dans un coin de la cuisine, cachée entre le mur et le buffet. Les bruits et les allées et venues des filles indiquaient que l’heure de la démonstration approchait. Elle entendait, sentait la présence des hommes remplir peu à peu la grande salle. Elle essuya ses larmes en reniflant et alla chercher sa nouvelle robe.

Une fois prête, elle se rendit dans la salle bondée. Une scène avait été apportée et les lumières tamisées. Elle alla se placer à droite de celle-ci et attendit la tête baissée. Sur son passage elle avait entendu les hommes murmurer. Des mains avaient effleuré ses cheveux et soulevé son cœur d’enfant. Elle sentait les regards glisser sur elle, son cou, ses épaules, ses fesses et ses jambes. Elle serra les poings et ne dit rien.



Baba.
Les filles arrivèrent et s’éparpillèrent dans la salle entre les clients. Baba entra à son tour, précédant un homme en uniforme. Grand et bien bâti, le crâne rasé et l’air fier, il alla s’asseoir devant la scène. Baba jeta un coup d’œil à Livia qui alla rejoindre l’officier, jetant au passage un coup d’œil mauvais à la scène. Baba la vit chuchoter quelque chose à l’oreille de l’homme avec un air de conspiratrice. Néanmoins, elle continua son chemin et retrouva Milena dans le couloir.

- Tu es prête ? L’officier est la. Il s’appelle Erik Von Bert. Va maintenant.



Milena.
Milena regarda Baba et se dirigea vers la lumière. Tous ces hommes qui l’attendaient la faisaient frémir dans l’ombre mais c’est d’un pas qu’elle espéra aérien qu’elle se dirigea vers la scène. Les regards braqués sur elle écrasaient son courage. La présence rassurante d’Onda à coté de la scène, bien que cette dernière tremblait comme une feuille, lui redonna de la force. Baba vint s’asseoir à coté de l’officier et une fois Milena en position, elle frappa dans ses mains, trois fois. Onda commença à chanter et Milena s’élança. Elle vit furtivement Livia pendue aux bras d’Erik mais lorsque la musique envahit l’air, il ne resta dans son esprit que le mouvement de ses bras et de ses jambes. En rythme et à contre courant elle voltait sur la scène. Sa longue jupe fendue laissait voir, pour l’œil averti, une série d’entailles sur ses cuisses.

Elle modulait ses pas sur la voix de la petite fille, une voix qui malgré la peur ne tremblait pas. Les arabesques formées par ses jambes ensorcelaient les regards et chacun fixait ses chevilles fines cerclées d’anneaux dorés. Emportée par la musique, Milena quitta la scène pour danser sur les tables, lançant son corps nubile dans les airs. L’excitation montait dans les rangs. La danseuse les narguait avec panache à chaque mouvement et les hommes s’échauffaient. Milena sentit une main tirer sur sa jupe, et d’autres saisir sa taille. La voix d’Onda mourut et elle se retrouva sur les genoux d’un homme, une main étrangère entre les jambes et une bouche tout aussi inconnue dans le cou. Elle jeta un regard affolé dans la direction de Baba qui refit claquer ses mains. Les autres filles se dirigèrent vers Milena pour distraire l’homme qui la retenait captive. Soudain encerclé de beautés, il laissa filer la danseuse.



Onda.
Lorsque Milena avait arrêté de danser, Onda s’était précipitée dans la cuisine. Elle avait ôtée sa robe et attendait nue près du feu. Elle regardait le vêtement d’un air effrayé, comme si la robe lui brulait la peau et était responsable de ce qui venait d’arriver. Baba l’avait rejointe après s’être assurée que tous les hommes s’étaient calmés. Onda et Baba se regardèrent sans rien dire puis la matrone ramassa la robe laissée à terre et la lança à la fillette.

- Ce soir il y a trop de monde. Tu aideras les filles si elles sonnent.

La gamine se rhabilla sans un mot. Elle attacha ses cheveux et suivit Baba hors de la cuisine.



Baba.
Sérieusement, à quoi pensait cette petite. Allez danser sur les tables, vraiment, c’était tenter le diable. De la provocation gratuite. Et efficace. En retournant dans la salle commune, suivie d’Onda, elle se dirigea vers Erik qui attendait, toujours assis devant la scène. Elle s’approcha de lui avec lenteur.

- Monsieur, j’espère que le spectacle vous a plu.

- Oui beaucoup, dit-il d’une voix rocailleuse.

- Une de nos filles pourrait s’occuper de vous selon vos désirs, suggéra la patronne.

- Oui. Je veux la danseuse.

- Bien bien répondit Baba. Onda ! Amène Monsieur en haut, dans le salon rouge, je vais chercher Milena.


Baba regarda Onda demander à l’homme de la suivre. Elle vit le regard concupiscent qu’il posa sur le dos de la petite et soupira. Elle ne pouvait pas les protéger toutes en même temps.



Onda.
Elle tremblait en guidant l’homme à travers les couloirs et les pièces. Elle sentait ses yeux lui bruler la nuque comme un fer chauffé au blanc. Elle sentait qu’il allait se passer quelque chose. Ils arrivèrent dans le salon vide. Le sol était recouvert de coussins et les murs de tentures aux couleurs chaudes. Elle laissa l’officier s’installer et murmura :

- Je vais vous chercher une bouteille d’alcool. Milena va arriver.

- Tu t’en vas déjà jeune fille ? lui demanda-t-il dans un souffle.


Elle ne répondit rien et se dirigea vers la porte. Voyant qu’elle s’en allait, il se leva. En un instant il fut sur elle. En un instant il fut en elle. Elle n’eut pas le temps de comprendre ou de crier, une main lui fermait la bouche avec force. Bientôt il eut fini. Et sans un mot il la regarda partir, un filet de sang sur la cuisse.



Baba.
Une fois que le militaire et Onda eurent quittés la salle, elle se mit en quête de Melina. Ne la trouvant pas dans la salle commune, elle demanda aux filles qu’elle croisait si elle avait vu la jeune danseuse. Personne ne savait rien. Elle avisa Livia qui boudait dans un coin au lieu de séduire quelques clients.

- Qu’est ce que tu fais la ? demanda Baba, Va travailler !

- Où est le militaire ? J’étais entrain de le travailler justement.

- Il attend Mélina en haut.


La prostituée eu un regard mauvais qui ne plu pas à sa patronne. Baba lui attrapa les cheveux juste sous la nuque.
- Ecoute moi bien, tu laisses Milena tranquille et tu vas travailler. Sinon j’accepte l’offre de Basile à ton
sujet. Tu te rappelles de Basile non ? A moins que tu ne te rappelles que des coups qu’il donne aux filles quand il vient ?


Livia pâlit et baissa les yeux en signe de soumission. Baba la lâcha et reparti en quête de sa plus jeune putain. Elle finit par la trouver dans le couloir. Celle-ci attendait l’air renfrogné. Baba la rejoint et rajusta sa jupe et son corsage, déplacés par les évènements.

- Il t’attend dans le salon rouge. Vas-y.

Milena lui lança un regard qui la fit tressaillir intérieurement. Elle la regarda partir. Elle partait travailler à la paix de son pays. Adoucir la violence des hommes était leur travail, leur devoir. Etouffer leurs pulsions dans le cocon de leur corps. Aspirer la haine et la force qui les mouvaient de leur corps. Baba secoua la tête. Recueillir leur colère dans leur ventre. C’est ainsi que les femmes participaient à la marche du monde, depuis toujours. « C’est ainsi et c’est bien », pensa-t-elle.



Melina.
Lorsqu’ils retrouvèrent seuls dans la chambre, Erik se jeta sur Melina. Il tira brutalement sur le ruban qui fermait son corsage, libérant sa poitrine. L’attrapant par la taille il la plaqua contre son torse. Melina se débattait, donnant des coudes et des talons, lui criant d’arrêter. Il la retourna et lui assena une claque bruyante.

- Silence, femme !

Melina à terre, une main sur sa joue cuisante, se mit à rire. D’abord nerveusement, puis de plus en plus fort, comme un grondement irrépressible enfin libéré. Il la regarda, incrédule.

- Je t’ai dit de te taire. Baisse les yeux quand tu es avec un homme.

La jeune femme se redressa, laissant tomber dans son mouvement son jupon sur le sol. Nue devant l’homme, elle se redressa de toute sa taille et verrouilla son regard dans le sien. Il leva un bras pour la frapper encore. C’est son menton qu’elle leva encore plus haut pour le toiser de tout son dédain. Lorsqu’il abaissa son bras, elle se pencha en avant et fit pivoter son buste, comme lors de sa danse. Il brassa le vide et plongea en avant. Melina se mit à danser. De ses bras et de ses jambes lancés dans les airs, elle formait des arabesques qui le tenait à distance, l’empêchant de la toucher. Sa danse sauvage et incessante les faisait parcourir l’ensemble de la pièce. Il trébuchait sur les coussins qu’elle survolait d’un pas léger. Il se retenait aux tentures quand elle s’éloignait en pivotant sur ses bras et ses jambes. Il cria quelque chose qu’elle n’entendit pas. Il se retourna vers elle. La vue de son corps jeune et offert à un mètre à peine de lui l’arrêta dans son élan puis dans un nouveau cri il se rua sur elle. Elle se jeta en arrière et son pied faucha la tempe de l’homme, qui s’écroula.

Quand il rouvrit les yeux, ses mains et ses pieds étaient attachés par les rubans corail qui ornaient le corsage de la danseuse. Melina se tenait au dessus de lui, un genou sur son épaule gauche, l’autre jambe passée par dessus sa tête, afin qu’il voit les entailles sur sa cuisse.

- Relâche moi putain !

- Vous voyez les marques ? La première était un accident, regrettable et douloureux. Vous voyez les autres, comme elles se répètent, infiniment. Une entaille par bataille perdue.

- Tu vas voir, ça ne va pas se passer comme ça.

- A chaque nouvelle de défaite qu’un client me rapporte je laisse le couteau mordre ma chair. Pour chaque rêve perdu.

- Les putains ne savent rien de la guerre. Lâche moi maintenant ! hurla-t-il.


Melina lui cracha au visage et appuya un peu plus son genou contre la clavicule de l’homme.

- Taisez vous ! hurla-t-elle. Vous ne savez rien. Vous venez ici profiter de nos corps et de nos talents. Vous n’avez rien à faire ici ! Vous les hommes, vous vous prélassez entre nos bras soyeux, vous écoutez nos chansons et nos rires, vous regardez nos danses, vous mangez sur nos ventres. C’est ainsi et c’est bien. Mais vous, vous n’avez rien à faire ici. Vous devriez être au front, vous devriez vous battre. Parce que nous perdons la guerre. Chaque mouvement que vous faites dans le ventre d’une fille comme moi, nous fait perdre cette guerre. Et quand l’empire tombera, tout ça disparaitra. Que deviendrons nous alors, nous les femmes ?

Il la regarda un instant et un rictus mauvais déforma sa bouche.

- Il y aura toujours un mignon quelque part pour vous remplacer, vous les putains !

Melina le gifla avec force.

- Les mignons ne dansent pas.

Ils se dévisagèrent pendant une seconde quand tout d’un coup Melina se sentit projetée en l’air. D’un mouvement de rein, il l’envoya valser contre le mur, la tête de la jeune femme heurta le sol avec force. Pendant qu’elle gisait inconsciente, Erik défit ses liens à coups de dents rageurs. Une fois debout, il se dirigea vers elle. L’attrapant par les cheveux, il la plaqua face contre terre et déboucla sa ceinture. La morsure de son cuir chevelu ramena Milena à la conscience. Elle cria quand elle sentit Erik essayer de la prendre et serra les cuisses. Elle griffait le sol de ses ongles, rayant presque le parquet sous les coussins. Ses mains battaient l’air. Ses doigts effleurèrent quelque chose. Melina lança son bras et tira de toutes ses forces sur la cordelette de soie.

Erik finit par se frayer un chemin entre les jambes closes de Melina. La jeune femme hurla sous les assauts, encore et encore. Puis tout s’arrêta. Pleurant et haletant, elle sentait le corps lourd d’Erik sur elle. Elle se dégagea en gémissant. Quelque chose de chaud avait coulé sur sa cuisse et son dos. Elle s’écarta en rampant du corps de l’officier et recula frénétiquement pour éviter de toucher la flaque rouge qui s’élargissait au sol. Paniquée, elle releva la tête. Onda se trouvait la, derrière le corps sans vie d’Erik, elle tremblait de tout son petit corps d’enfant. Un couteau de cuisine s’échappa de ses mains et vient heurter le sol dans un bruit métallique. La musique s’élevait, puissante, depuis la salle commune. Un air de fête sur lequel on danse jusqu’à l’aube.



Baba.
Depuis ce fameux jour, tout avait été de mal en pis. Les rumeurs étaient devenues réalité et les clients s’étaient fait plus rares. Les filles se battaient entre elles, pour des robes et du travail. L’Empire se démantelait doucement et Baba assistait impuissante à la disparition du monde qu’elle avait toujours connu, que sa mère et sa grand-mère avaient connu avant elle.

Livia fut la première à quitter le gynécée. Elle réussit à s’enfuir un soir d’hiver, presque nue dans la neige. On la retrouva sous un pont deux jours plus tard. Les hommes, ne sachant pas qu’en faire, la ramenèrent à Baba, non sans avoir profité de l’aubaine auparavant. Elle mourut la nuit qui suivit son retour dans le bordel. Baba repensait à Livia comme à la plus chanceuse des filles qui restaient, et elle n’avait pas tort.

Peu de temps après la mort de la prostituée, l’Empire céda complètement face à l’ennemi. Des armées victorieuses investir les villes et défilèrent sous les hourras muets des habitants. On vint chercher Baba, on éventra la porte du gynécée et on brula tapis et tentures disposés pour les plaisirs que servait la maison. Les filles furent arrachées au dortoir et poussées dehors, démunies et sans aucune ressource mais avec le « bonheur d’être enfin libre », comme ils disaient. Baba fut emmenée et pendue pour mauvais traitement sur ses filles. Ces dernières ne tardèrent pas à la rejoindre. La plupart, malades et sans abri se jetèrent dans la rivière gelée qui passait en amont de la ville. Ainsi s’acheva le gynécée de Baba la fière. Dans les eaux noires et profondes d’un monde nouveau.



Onda.
La gamine pataugeait dans la boue avec difficulté. Elle soupira de soulagement quand la porte de la taverne apparue devant elle. Elle secoua ses bottes, rajusta ses cheveux sous son capuchon et entra. Il faisait chaud à l‘intérieur et l’on sentait les odeurs appétissantes de la cuisine envahir la pièce commune. Au bar, une silhouette attendait, silencieuse sous la masse de cheveux bruns qui lui tombait dans le dos. Elle attirait les regards, mais des regards bien différents de ceux qui l’avaient si souvent déshabillé dans le passé. Dans les yeux des hommes qui la contemplaient, les regrets se partageaient à l’envie et la peur. On ne touchait plus une femme sans conséquence aujourd’hui. Quatre ans après la révolution, leur liberté n’avait fait que croitre. Les hommes soupiraient dans la crainte. Les femmes apprenaient à vivre dans le doute.
Onda s’approcha de la silhouette en souriant. Milena lui rendit son sourire.

***

THE END


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Egorann

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MessageSujet: Re: Dans le gynécée.   Dim 20 Mar - 20:11

J'aime.

Tu vois, l'énorme bon point, c'est que tu expliques la fin. Tu conclus sans que ce soit, lourd, tu m'as vraiment ensorcelée sur ce texte, là, vraiment...

Merci.

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Melaka
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MessageSujet: Re: Dans le gynécée.   Lun 21 Mar - 1:09

J'adore !

Et voilà j'ai enfin pu lire la fin (bah oui, tu as posté pile quand je devais partir ... !) et elle m'a beaucoup plu. La situation des filles du gynécée se détériore petit à petit, à mesure que celle de l'Empire se désagrège aussi. On comprend enfin Milena et chaque personnage trouve une place au final, malgré les douleurs.

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Cordelia Melicerte

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MessageSujet: Re: Dans le gynécée.   Lun 21 Mar - 11:45

Bwa.

C'est magnifique.

Très bien écrit, très bien rythmé, intéressant, touchant, puissant.

Bravo et merci, quoi ! Coeur

(une petite faute détectée par hasard : à la fin "Baba fut emmenER")

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Talys

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MessageSujet: Re: Dans le gynécée.   Lun 21 Mar - 18:06

Quelle fin !

Bravo Lilith, c'est une bien belle réalisation.

J'ai bien aimé vos écrits à toutes les trois autour de ce thème très intéressant mais je t'avouerai que la tienne m'a particulièrement touchée et emportée. J'aime beaucoup ta façon d'écrire (malgré quelques maladresses parfois) et les images que tu utilises. Le rythme est également très prenant et les personnages ont tous quelque chose de spécial qui captive tout autant...

On ne se lasse pas en tout cas et j'ai pris un réel plaisir à te lire.

Je voulais juste souligner une petite erreur d'étourderie vers la fin, concernant le nom d'un de tes personnages principaux. Tout au long du texte, tu l'appelles Milena mais à la fin, elle se transforme malencontreusement en Melina ! A moins que je n'ai pas tout suivi... ^^

Quoi qu'il en soit, merci beaucoup pour ce moment bien agréable !

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En attendant je ne suis que rêve, fragmenté, absurde, partiel…
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MessageSujet: Re: Dans le gynécée.   

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Dans le gynécée.
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