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 Hêtre un Ours

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Aillas
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MessageSujet: Hêtre un Ours   Lun 30 Mai - 4:14

S'il y a une métaphore adéquate, je pense que la suivante est assez explicite : mon univers est l'image d'une terre déchirée, brûlée et calcinée, dont les vents de feu balayent la surface sans répit. Pourtant, un bosquet de feuillus s'accroche désespérément, agglutiné autour d'un large cocon. Une bulle sensible et lactée dont la substance est protégée par la ramure des arbres qui font front face au souffle mordant de ce monde afin de protéger l'être qui y réside. Je ne pourrais pas dire si l'être est l'auteur de ses protecteurs, plantant et entretenant ces derniers par des humeurs qui suinteraient du cocon ou si, au contraire, les arbres viendraient d'eux-même en gage de gardes autour de lui. Mais la symbiose est vitale pour la survie de cette bulle calme et douillette, soumise aux rafales elle ne subsisterait que peu de temps.

Parfois, un arbre choit, accablé par le tumulte ou simplement touché par l'inanition, ne pouvant plus absorber la sève coulant du refuge ou ne le voulant plus. Des brèches s'ouvrent ainsi dans le mur, bien vite comblées par les végétaux. Cependant, rien qu'un instant, une simple faiblesse dans la muraille, permet aux vents de toucher le cocon, asséchant sa surface, enlevant à la douillette couche de l'être conservé là le confort dont il jouissait, le réveillant un peu, le faisant se tordre, couiner et perdre confiance.

Il lui est arrivé de s'évader, de sortir de sa tanière pour affronter la réalité, mais il a toujours finit par y retourner, dégoûté de ce qu'il a pu voir dehors, considérant après tout un bon rêve vaut mieux qu'une vraie souffrance. Mais là, il s'ébroue, décontenancé par un souffle ayant craquelé sa demeure, le poussant à sortir coûte que coûte, aux dépend de son confort si cher. La bête sort, d'abord à l'abri des arbre il se meut lentement, déliant ses pattes comme le ferait un chat, frissonnant malgré la chaleur intenable, le poil collé. L'ours donne à sa voix un nouveau chant, d'abord éraillée par trop de sommeil celle-ci commence à reprendre corps, car elle a une puissance que l'être avait oublié faute de l'utiliser.

-Je suis un ours extrapolaire, j'ai la paresse de l'animal endormi ainsi que la fougue qui l'anime alors que la colère et la tristesse l'entament. Je viens des extrapoles, ces lieux insidieux où l'ont ne conçoit que par des abstractions raisonnables, des tumultes d'images qui se collent les unes aux autres en créant par ci par là des amalgames cohérents de pensée distraite- Quand l'ours gronde, il entraîne avec lui des enchevêtrement de souvenirs qu'il veut universels, des fusions de sentiments qui touchent autant qu'elles blessent. C'est un imaginaire débordant qui ne déborde que peu souvent, trop concentré, trop mis en bouteille pour ne garder que pour soi ce qui existe.

Aujourd'hui, elle est tombée, l'hêtre qui dominait l'être a chu. J'ai le poil revêche et la voix glabre, la vie me rebrousse, contresens. Sorti de l’œuf des mois auparavant et ayant dû ravaler à ma fierté et mon orgueil, démoli consciencieusement par l'acide fongique d'une mémoire qui s'épanche dans le regret, j'étais retourné me terrer dans mon bunker avec joie quand un nouvel arbre a poussé. Ce hêtre si menu qui promettait tant, je l'ai entretenu, heureux de le voir pousser, inquiet que ce soit si long, que les bourgeons soient si malingres, que le vert de ses feuilles soit aussi pâle. J'ai chanté pour elle, cette arbre, car il paraît que le chant les grandi, je voulais y croire et reconstruire ce havre qui me tenait tant à cœur. Mais après une douceur un peu longue, je constate que ses racines dépérissent, je mets toute mon âme pour la faire repartir, la nourrir et lui donner ce qu'elle désire. Mes doigts cependant restent cois. Malgré toute la douleur que j'éprouverais à la perdre, je ne veux pas aller contre son gré, si son tronc doit pourrir et me quitter pour aller ensemencer un autre bosquet, qu'elle s'en aille, qu'elle soit la canopée d'un autre. Solitude d'un ours extrapolaire qui verrait depuis son œuf la terre désolée et le ciel embrasé, attendant fébrilement que quelque chose se passe, que la branche casse ou, à nouveau, s'enlace.

A regarder patiemment ma plante dépérir j'ai une peur viscérale qui me traverse, je ne veux pas être seul à nouveau, pas encore, pas déjà, pas toujours. Je veux qu'elle me survive, qu'elle continue à m'épauler, si c'était possible je voudrais partager ce que j'ai avec elle, ce qu'il me reste après tous ces partages passés. Je suffirais à nos besoins en vendant mon âme, à ces gens qui m'écoutent, je vendrais mes talents à ceux qui les achètent, je m'armerais de puissance pour gravir des échelles sans barreaux, j'armerais des bateaux pour affronter les sept mers et les autres si je les croise. Quand on en sera à pleurer, je pleurerais avec toi, parce que malgré ma masculinité, je pleure aussi parfois. Quand on en sera à endurer, j'endurerais pour toi, parce que malgré ma féminité, j'endure aussi parfois. Quand on en viendra à douter, j'aurais foi pour deux, parce que la foi, c'est tout ce qui nous reste quand on est plus que soi.

Sauf que dans le silence de la distance, rien ne me parvient que les ondes distordues d'une radio éteinte. Elle a tourné le volume et coupé l'alimentation. Mes espoirs, comme mon cœur, tombent aux oubliettes. C'est le soir où l'on attend un fredonnement, quelque chose qui fasse comme si. Comme si la vie n'avait pas quittée l'arbrisseau, comme si en chantant et en dansant on pouvait retourner les choses, traverser des plaines distendues et courir le long des ravines. On en vient, alors qu'on regrette la quiétude que l'on a perdu, à rêver d'encore davantage, on se plait à penser que l'on veut sortir, s'échapper de sa bulle et parcourir le monde. Pas seul, se mouiller dans les eaux septentrionales, s'endormir dans les monts d'orient, déjeuner aux baguettes en Papouasie. Comment font les autres ours ? Est ce qu'ils pleurent, est ce qu'ils meurent ? Quand ils rient, ont-ils comme moi un chêne, un frêne et un noisetier en auditoire ? Y a-t-il d'autres ours ?

Y a-t-il d'autres Hêtres ?

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Dernière édition par Aillas le Mar 31 Mai - 6:20, édité 3 fois
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Lilith
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MessageSujet: Re: Hêtre un Ours   Mar 31 Mai - 0:04

Le début m'a pas bouleversé.
Citation :
S'il y a une métaphore adéquate, je pense que la suivante est assez explicite : mon univers est l'image d'une terre déchirée, brûlée et calcinée, dont les vents de feu balayent la surface sans répit.
C'est assez bateau et ça m'a fait un peu peur. Mais la seconde phrase m'a rassérénée.

J'ai bien aimé la métaphore des gens-arbres autour de toi qui vont et viennent comme autant de protections plus ou moins provisoires.

Je n'ai par contre pas très bien compris comment le cocon pouvait accoucher d'un ours.
Le jeu sur le polaire et l'extrapolaire me fait me demander si tu n'aurais pas une tendance bipolaire justement. Mais c'est un joli fil conducteur sur le paragraphe concerné. Nice writing.

Une petite chose m'a gêné. Tu passes du "je suis l'ours" à "l'ours" tout court dans un même paragraphe, le quatrième je crois. tu dis "je suis un ours" et quelques lignes plus loin " quand l'ours .....". Ca fait bizarre.

La transition avec la partie sur l'être/hêtre est un peu brutale. En fait elle aurait mieux suivit le paragraphe qui précède celui sur l'ours. Enfin je pense.
Sinon c'est un joli morceau de tristesse et de résignation passive.
Chouchou tu devrais te battre plus ! Et changer de chaussettes =)


Au dela de ça, c'est un texte d'introspection intéressant, tout à fait dans la lignée de tes précédents textes.
You promised yourself, so keep going.

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dale cooper

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MessageSujet: Re: Hêtre un Ours   Mar 31 Mai - 0:56

... dans la lignée des précédents, à ceci près que l'onirisme, le lyrisme y sont beaucoup plus lisibles, beaucoup plus abordables et donc plus agréables Heureux

On sent que tu as pris plus de soin à trouver, à explorer, à tracer la voie.

Je trouve que la beauté du texte sert mieux ce partage, elle le soutient enfin.


Par contre la fin... ça sent des pieds :-/
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Aillas
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MessageSujet: Re: Hêtre un Ours   Mar 31 Mai - 6:18

Merci pour vos commentaires, j'ai essayé d'en tenir compte en modifiant quelques petites choses. J'ai tout d'abord ajouté des tirets dans le paragraphe que tu trouves bizarre au niveau du placement de la narration, Lilith. Ensuite, j'ai revu la fin, la chute.

Qu'en est-t-il ? Lapin

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MessageSujet: Re: Hêtre un Ours   Mar 31 Mai - 12:47

Commentaire préliminaire avant le plat de résistance: attention aux fautes! De frappe, de conjugaison ou de vocabulaire. Il y en a une petite quinzaine parsemées tout au long du texte; j'en relève trois ici, dont une dans la toute première phrase à éditer donc.
Citation :

dont les vents de feu balaient la surface sans répit.

Le verbe perd son "y" de la forme infinitive lorsqu'il est conjugué au présent.

Citation :
Il lui est arrivé de s'évader, de sortir de sa tanière pour affronter la réalité, mais il a toujours finit par y retourner, dégoûté de ce qu'il a pu voir dehors, considérant après tout qu'un bon rêve vaut mieux qu'une vraie souffrance.

Visiblement un oubli. Mais pas très esthétique.

Citation :

aux dépens de son confort si cher.

Voilà cependant une vraie faute comme on les aime. Attention!

Enfin à voir l'heure tardive, 5h du matin, où tu as posté ton commentaire, je ne peux qu'en déduire une heure lunaire de rédaction expliquant beaucoup de choses Zombie

Pour ce qui est du texte (enfin!). Il y a effectivement quelques petites incohérences narratives, des passages de l'impersonnel à la première personne; des transitions qui troublent, comme ce passage du cocon en tant que réalité physique ("une bulle sensible et lactée") à une simple métaphore dont un ours peut donc surgir tranquillement, puisque lui-même n'est encore une fois qu'une image.
Dans le fond, j'ai plutôt apprécié ce flou artistique entre l'image et la réalité biologique qui pétrissait le texte d'une dimension onirique plus prégnante. Je ne vois pas ça comme une faute, au contraire des changements de narration qui, s'ils représentent un jeu, mériteraient peut-être d'être un peu éclaircis. Le vocabulaire, soigneusement choisi, est toujours aussi évocateur que dans tes autres productions et continue à faire écho dans l'esprit de tes lecteurs. Tout du moins dans le mien. Les images sont fortes.

Au final ton texte est un petit poème en prose, à la manière d'un Baudelaire: onirique, hermétique, nostalgique, rythmé, structuré, esthète. Je ne l'aurais pas publié dans la rubrique des petites nouvelles. Reflète-t-il par hasard la sortie de l'adolescence et la nostalgie de ce temps? Amourettes, mythe de l'être unique, narcissisme violé, cocon, innocence des préoccupations (les chants de l'ours-jardinier). Dans le fond, c'est ce que ce texte me semble le plus évoquer. A chacun son interprétation cependant. La mienne est peut-être biaisée par mes propres préoccupations. Pwik

Comme à chaque fois que je lis ce genre de textes où un potentiel d'écriture se dégage, je ne peux qu'inviter l'auteur à s'atteler à un projet plus lourd, plus conséquent, où il aura les moyens de s'exprimer pleinement plutôt que par petites touches impressionnistes. Ce qui, ne l'oublions pas, est un compliment et un encouragement.
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MessageSujet: Re: Hêtre un Ours   Ven 3 Juin - 20:23

J'aime mieux cette fin. Elle est moins déprimée et déprimante.
Peut-être que l'ours partira à la recherche d'autres ours et d'autres arbres maintenant.

Par contre pour les tirets, je vois pas ce que ça change. Mais bon, comme le dit Volodia, c'est peut-être pas si gênant que ça ce changement, ce flou. Je sais pas trop.

A quand le roman alors ? Tu peux pas test

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MessageSujet: Re: Hêtre un Ours   Dim 5 Juin - 3:33

Lilith a écrit:
A quand le roman alors ? Tu peux pas test

Coché
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dale cooper

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MessageSujet: Re: Hêtre un Ours   Dim 5 Juin - 11:13

Effectivement, cette fin est beaucoup plus intéressante. Je préfère ce retour à la nature, à l'animal et aux arbres. J'aime ce point d'équilibre instable, va-t-il basculer vers l'ailleurs ou va-t-il retomber dans la certitude de l'existence actuelle ?

C'est chouette !
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MessageSujet: Re: Hêtre un Ours   Dim 17 Juil - 13:02

Comme je te l'ai dit, j'ai lu plusieurs fois ton texte (la première version y compris) mais je n'ai jamais pris le temps de commenter. Désolée. Voilà qui est corrigé.

Déjà j'aime beaucoup l'ambiance que tu installes dès le début. On est tout de suite plongé dans un univers dévasté et sombre ... La peur de la solitude et la perte de l'hêtre cher se développent de manière si progressive que l'angoisse monte sans qu'on ne la sente venir.

Ta fin est bien mieux que précédemment, je crois que tout le monde est d'accord là-dessus. Mais celle-ci ne me plaît pas entièrement ... Je ne saurais trop dire pourquoi, mais je la trouve un peu plate par rapport au reste du récit qui nous tient en haleine du début à la fin. Peut-être qu'il y a trop de questions, que l'histoire devrait s'arrêter aussi progressivement que la trame évolue. Bon après, je ne suis pas une experte !

Dans tous les cas c'est un texte magnifique, que j'ai adoré lire et relire encore Satisfait

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MessageSujet: Re: Hêtre un Ours   

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