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 Les dragons entremêlés.

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Lilith
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MessageSujet: Les dragons entremêlés.   Sam 4 Juin - 21:30


Le Monde derrière le monde




Ceci constitue le début de la première partie du récit. Il y a trois parties en tout. J'espère que ça vous plaira.


***
Partie I







I.

Inès trainait dans la douche depuis une bonne demi-heure. L’eau chaude sur sa peau lui faisait du bien. Elle écarta le rideau de la douche pour se regarder dans le miroir mais celui-ci était recouvert de buée. La jeune fille se pencha en avant et avec son index droit traça un grand “L” sur le miroir. Le geste laissa une sensation de fraicheur sur le bout de son doigt, et elle remarqua que la peau de ses mains commençait à se friper. Inès effaça la lettre d'un revers de la paume et coupa l’eau. Elle attrapa la serviette et stoppa son geste alors qu’elle allait s’envelopper dedans. Avec un soupir elle passa la serviette sous ses fesses et serra les coins contre sa poitrine, puis elle s’assit sur la cuvette des toilettes et se pencha en avant. Ses cheveux trempés gouttaient sur ses pieds. Elle pouvait voir la forme parfaite des gouttes sur sa peau mate. La lampe chauffait doucement son dos et sa nuque. Du bout des doigts, elle parcourue sa colonne vertébrale, caressant furtivement le relief du dessin. Le remplissage était presque terminé, les contours depuis longtemps cicatrisés étaient lisses et propres. Elle avait rendez vous pour achever le tatouage dans une semaine, mais elle n’arrivait toujours pas à se décider. Quand la peau de son dos commença à tirailler un peu à cause de la chaleur de la lampe, Inès se releva et finit de s’essuyer. Elle abandonna la serviette par terre et sortie nue de la salle de bain. Une fois dans sa chambre elle enfila une culotte en dentelle noire et jeta un coup d’œil au miroir dans son dos. A moitié retournée, elle ne pouvait voir le haut du dessin qui s’étourdissait entre ses omoplates. « Presque fini », pensa-t-elle. Le long de sa colonne, de la naissance de ses fesses à celle de son cou. Et sur cette ligne infernale d’arabesques, deux emplacements, vides, comme une brulure blanche sur sa peau calcinée d’encre.

Marine poussa la porte de la chambre de sa fille en silence. Elle dormait, allongée en travers sur le lit. Elle ne portait qu’une culotte noire, les autres couleurs lui étaient insupportable. L’applique du couloir jetait une lumière ambrée sur le dos d'Inès. Le dessin semblait onduler sur sa peau, comme s’il essayait de s’échapper. Marine admira le tracer soigneux et les nombreux détails qui parsemaient l’œuvre. A défaut d’avoir pu empêcher sa fille de se faire tatouer, au moins avait-elle pu choisir le tatoueur qui commettrait l’irréparable. Elle devait cependant avouer que ce dernier était doué, bien qu’imposant, la finesse du dessin lui donnait une certaine légèreté. Marine se déplaça un peu sur la gauche pour changer le jeu d’ombre sur le lit. Inès murmura quelque chose.

- Je viens te mettre ta crème, chuchota Marine, reste allongée.

Elle s’approcha du lit et enjamba précautionneusement sa fille. Assise sur ses fesses, elle déboucha le tube et déposa la crème sur le dos d'Inès qui frissonna. Pendant une dizaine de minutes, elle appliqua la lotion sur le tatouage, veillant à le recouvrir entièrement et insistant sur les parties que ses doigts sentaient en relief. Pendant ce rituel, elles ne parlaient jamais, se contentant de regarder et de sentir. Quand elle eut fini, Marine embrassa les cheveux de sa fille et sortit. Inès fronça les sourcils un instant. Il fallait se décider, les croutes étaient presque toutes parties et le rendez-vous pour dans deux jours. Que faire de ces deux trous dans la toile de son dessin? Elle finit par s’endormir, bercée par le silence et la quiétude de la chambre. Cette nuit là, Inès rêva en noir et blanc.




II.

La chaleur de l’été tirant sur sa fin était étouffante mais c’était celle qu'Inès préférait. Etre obligée de porter un t-shirt pour protéger son dos du soleil enlevait cependant à son plaisir. Le rendez vous était fixé à 18h, mais la jeune fille avait décidé de profiter du soleil et d’aller flâner en ville. Elle avait donc enfilé un short et ses converses et errait plus ou moins dans les rues. L’asphalte miroitait légèrement au loin et le vent chaud soulevait ses cheveux. Ses pas la menèrent vers le parc municipal. Les couples fleurissaient sur les pelouses et cette vision lui serra le cœur. Des enfants courraient ça et la, sous l’œil attentif de leurs parents. Inès s’assit contre un arbre et sortit son carnet à dessin. Un peu plus loin dans le bac à sable, un petit garçon regardait les autres jouer. Il les suivait du regard avec envie mais restait assis dans le sable sans bouger. Elle commença à le croquer, essayant de capter son air triste et envieux. Sous sa mine, le toboggan derrière lui se transforma en un monstre gigantesque, pourvu d’une langue affreusement longue, tentant d’attraper sournoisement l’enfant. Les autres gamins autour devinrent des arbres sans vie, morts ou calcinés. Inès fouilla dans son sac et en ressorti un crayon de couleur rouge avec lequel elle coloria les prunelles de l’enfant. Satisfaite, elle rangea ses affaires et resta encore un peu, adossée contre l’arbre, balayant le parc du regard. Pourquoi avait-elle quitté Laurent déjà ? Elle ne s’en souvenait même plus. Mais après presque trois ans à ses cotés et à peine vingt années au compteur, elle avait ressentit le besoin de lâcher prise, de tout lâcher. Lui avec. Cela faisait six mois déjà, et si il ne lui manquait pas vraiment, elle avait aimé sentir sa main dans la sienne quand les aiguilles perçaient sa peau. Aujourd’hui elle finirait ce qu’elle avait commencé seule et lui avait surement déchiré le dessin qu’elle avait fait pour lui. Plus que lui, c’était sa présence qui lui manquait, une présence. Inès se releva et quitta le parc, abandonnant une fois de plus son chemin à la rêverie.

Dix-sept heures sonnèrent au loin. La jeune fille se promenait entre les bijouteries et les magasins luxueux. Une affiche sur une vitrine annonçait qu’ici on ne vendait pas que des bijoux, on perçait également les oreilles. Inès porta une main aux siennes sans boucle. Elle n’avait jamais vraiment aimé l’idée de faire des trous dans sa peau. Elle rit en y repensant, c’était complètement ironique, la façon dont la vie vous amenait à faire des choses dont vous ne vous seriez jamais cru capable. Elle poussa la porte du magasin.

- Bonjour, je peux vous aider Mademoiselle ?

Une vendeuse, un sourire agrafé aux lèvres, la regardait et attendait visiblement une réponse. Inès, mal à l’aise sourit en retour.

- Je viens juste regarder, dit-elle en se penchant sur la vitrine la plus proche, des boucles d’oreille et de petites pierres sur des coussins.

- Vous voulez des boucles d’oreilles ? Oh mais je vois que vous n’avez pas les oreilles percées. Pour une première fois, vous n’aurez pas le choix du modèle, l’informa la vendeuse, toujours souriante.

- A quoi servent les petites pierres la ? demanda Inès.

- Celles-ci sont destinées aux piercings micro dermiques. Ces modèles la sont vraiment chers, il s’agit de pierres précieuses et semi-précieuses.

Inès lui jeta un regard noir. Pas des pierres dans vos moyens semblait crier le sourire de la vendeuse. Elle la remercia et quitta le magasin aussi rapidement qu’elle y était entré. Une fois dehors elle inspira à pleins poumons. Un piercing micro dermique.

Inès arriva en avance chez le tatoueur. La boutique, lumineuse et spacieuse était divisée en deux espaces distincts. L’entrée avec le comptoir et des fauteuils, ou étaient affichés tous les dessins des artistes ainsi que des photos de leurs réalisations, et l’espace où ces derniers travaillaient. Elle posa son sac sur le comptoir et se dirigea vers le fond du magasin ou Tom, son tatoueur finissait un dessin sur le bras d’un client. Inès le regarda faire, changer les aiguilles et repasser les contours qui lui semblaient déjà très bien. Tom mêlait habilement les couleurs à l’encre noire, créant un dessin raffiné et complexe. La queue du phénix s’acheva dans un éclat de rouge. Il lui fit un signe de la tête, lui signifiant qu’elle pouvait s’allonger sur l’autre chaise.

Inès enleva son t-shirt sous l’œil luisant de l’homme derrière elle. Elle perçut le mouvement de Tom se positionnant de manière à la cacher. La chaise était déjà prête. Elle s’assit a cheval et allongea son buste, les bras sous son menton. Tom essuya le bras de l’homme et y posa un pansement avant de le raccompagner. Il revint vers elle et s’assit à sa gauche.

- Prête ?

Inès fit oui de la tête et dégrafa son soutien gorge afin de laisser son dos nu. Tom se pencha au-dessus pour voir comment l’ensemble cicatrisait. Satisfait, il prépara ses aiguilles pour les finitions et la fin du remplissage. Inès ne pouvait s’empêcher de frissonner et de trembler, mélange d’excitation et d’appréhension. Elle savait pourtant l’effet que l’aiguille produirait, elle connaissait bien cette sensation. Tom passa une lingette désinfectante entre ses omoplates et s’appuya de tout son corps sur ses épaules, cherchant une position confortable pour travailler. Inès serra les fesses en retenant son souffle. La brosse d’aiguille commença son œuvre.

Tom releva la tête presque deux heures plus tard. Le remplissage n’avait pas pris plus de quarante minutes mais les détails et les retouches étaient plus longues, compte tenu de la taille du dessin. Il sourit, le dessin qu'Inès avait amené six mois plus tôt était impressionnant. Il avait du s’entrainer, reproduire plusieurs fois certains détails pour assurer sa main. Il avait eu peur qu’elle n’abandonne avant la fin, mais elle était restée. Accompagnée les premières séances, elle venait toujours seule à présent.

- Pour les yeux on fait quoi alors ? demanda-t-il en s’essuyant le front.

- Je ne sais pas encore.

- C’est dommage de le laisser comme ça.

- Tu fais des piercings ?

- Non, mais je connais quelqu’un qui en fait. Pourquoi ?

- Je pensais à un piercing dermique. Peut-être.

Il regarda le dessin. Inès pouvait l’imaginer se concentrer en se mordant la lèvre inférieure. Elle l’imaginait en train de visualiser le rendu final.

- Je pensais qu’une pierre pourrait rendre bien. Pour casser le noir. Un peu de couleur.

- Je croyais que tu n’aimais que le noir, que tu ne voulais surtout pas de couleur.

- Oui. Je sais pas je te dis. Je vais y penser.

Il ne dit rien et désinfecta son dos. La lingette humide semblait réveiller le tatouage, il luisait et brillait. « Magnifique », pensa-t-il. D’un doigt il effleura le museau du premier dragon et suivit la ligne de son corps fin et délié. Presque un serpent, vif et nerveux, le dragon noir s’enroulait autour de la colonne vertébrale et d’un second dragon, gris. Leur danse s’étirait ainsi et il continuait de la suivre du bout du doigt, jusqu’à ce que leurs queues s’enlacent dans le creux des fesses. Inès tremblait.
Tom recouvrit le haut de son dos de pansements, prit ses aiguilles et fila dans l’arrière boutique. La jeune femme attendit quelques minutes que son cœur se calme et se rhabilla en vitesse. Elle attrapa son sac et sortit sans un bruit. Une fois dehors, elle se mit à courir sans même s’en rendre compte. Alors qu’elle commençait à ralentir l’allure par manque de souffle, elle heurta de plein fouet une adolescente qui sortait d’un magasin. Elle bafouilla des excuses et repartit de plus belle. L’adolescente en question la regarda s’enfuir les mains sur les hanches. Avec un air contrarié elle retourna dans le magasin.

Inès arrive chez elle, épuisée et tremblante. Elle alla directement se coucher, prétextant la fatigue. Cette nuit la étrangement elle rêva de la jeune fille blonde qu’elle avait percuté. Ses yeux étaient des pierres bleues et brillantes.

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MessageSujet: Re: Les dragons entremêlés.   Lun 6 Juin - 14:04

III.

En arrivant à la fac ce matin là, Inès se sentait puissante. Les dragons dans son dos lui faisaient redresser le menton et regarder droit devant elle. Elle souriait intérieurement, s’ils savaient, s’ils savaient ce qui vivait maintenant sur sa peau. Elle jubilait, c’était encore mieux qu’un quatorze juillet. Elle avait hâte de trouver comment remplir les pupilles de ses protégés. L’idée du piercing micro dermique lui trottait dans la tête, mais bien que cela lui arrache la langue de l’admettre, elle n’avait pas les moyens d’acheter une vraie pierre pour sertir le bijou. Elle y pensait tout le temps. Les cours se passaient sans qu’elle n’y prête attention. Chaque jour, elle dessinait de petites pierres sur ses carnets, sans savoir ce qu’elles étaient. Elle reproduisait le haut de son tatouage et remplissait les deux vides avec différentes couleurs. Aucune ne la satisfaisait, les teintes étaient trop pleines, trop unies. Alors elle refermait son carnet en serrant les lèvres et rentrait chez elle.

Cela faisait maintenant deux semaines que le tatouage était terminé, les dernières croutes étaient presque toutes parties mais les yeux des dragons restaient irrémédiablement vides. Ces espaces inoccupés perturbaient beaucoup Inès. Ces dragons étaient sa création, son œuvre, ils venaient d’elle, de sa chair mais ils refusaient de se livrer complètement. Comme s’ils attendaient quelque chose, refusant de venir définitivement au monde, sur sa peau.
Assise à la table du salon, Inès regardait sa mère étendre le linge dans le jardin. Le soleil à travers la baie vitrée renvoyait de longs et fins arcs-en-ciel sur son carnet et ses mains. Inès alla chercher ses crayons de couleurs et commença à repasser les traits lumineux sur son cahier. Elle déplaçait ce dernier de temps en temps, afin de recouvrir complètement la feuille. Au bout d’un moment, un patchwork de couleurs s’étalait devant ses yeux. Les couleurs se mélangeaient, se croisaient, créant de nouveaux dégradés, des teintes plus subtiles. Au centre de la feuille, un entrecroisement de rose, rouge et orange attira l’œil d’Inès. Elle saisit son crayon noir et dessina un octaèdre en plein milieu, puis plaça ses mains sur les contours pour ne plus voir que la couleur à l’intérieur de la forme. Une étrange sensation naissait à la base de sa nuque. Elle refluait doucement et revenait, semblant ce frayer un chemin jusqu’à son cerveau. Entre ses mains, elle tenait la pierre que son corps réclamait. Elle le sentait dans ses reins, dans ses nerfs, sur sa peau. Inès sourit et lança un regard vers sa mère, encore occupée dehors. Le linge sur l’étendoir semblait triste même au soleil. Les couleurs avaient passé sur tous les vêtements, à part ses sous-vêtements noirs. Inès tourna la page de son cahier et reprit son crayon noir.

Elle finissait de dessiner sa mère au milieu d’un immense jardin rempli de fleurs toutes plus étranges les unes que les autres, célébrant le soleil, quand on frappa à la porte. Marine qui se trouvait à présent dans la cuisine, alla ouvrir. Inès l’entendait parler à la porte sans comprendre ce qu’elle disait. Elle allait se lever pour rejoindre sa mère quand celle-ci entra dans le salon.

- Chérie c’est pour toi, dit-elle avec un air soucieux.

- C’est qui ?

- Un Tom à ce que j’ai compris. Il a des tatouages partout sur les bras … Tu as des fréquentations douteuses chérie, je m’inquiète.

- Maman, répondit Inès mi- amusée mi- exaspérée, Tom c’est mon tatoueur.

Elle embrassa sa mère sur la joue et un sourire irrépressible sur le visage, se dirigea vers l’entrée. Tom attendait dans l’encadrement de la porte. Son t-shirt noir laissait en effet voir les motifs tribaux sur son bras gauche et la mosaïque colorée sur celui de droite. La pointe du tribal dépassait du col de son t-shirt pour remonter légèrement sur son cou. Il portait un jean malgré la chaleur de ce mois de mai et un sac à dos sur l’épaule. Inès lui sourit puis se rappela leur dernier rendez-vous.

- Qu’est ce que tu fais là ?

- Bonjour aussi, dit-il en riant. Je viens voir où en est ta cicatrisation vu que tu es partie sans prendre de rendez-vous. Je viens pour les yeux aussi, tu t’es décidée ?

- Oui. J’ai trouvé. Viens entre, on sera mieux dans le salon.

Elle lui ouvrit la route et il la suivit sans rien dire. Ils ne parlaient jamais beaucoup. Tom avait l’habitude de faire parler ses clients, surtout quand ils venaient pour de gros dessins, puisqu’ils seraient amenés à se voir souvent. Mais Inès ne répondait pas souvent à ses questions, ou alors par onomatopées. Cela ne le dérangeait pas non plus. Lorsqu’ils arrivèrent dans le salon, elle poussa vers lui son carnet à dessin et s’assit. Il l’imita et regarda l’octaèdre emprisonnant les couleurs. Il fit tourner le cahier pour faire varier la lumière qui tombait dessus, puis planta son regard dans celui d’Inès.

- C’est rose, dit-il en se retenant visiblement de rire.

- Oui, lâcha Inès un peu irritée. C’est ce dégradé de couleur que je veux, quelque chose de naturel et d’étrange un peu. Tu vois comme les couleurs se mélangent là, dit-elle en montrant le centre du doigt, je n’avais jamais vu ça avant. Je veux ça pour mes yeux.

Tom la considéra pendant un instant, elle avait l’air déterminée. Il regarda encore une fois le dessin.

- Je ne saurais pas faire ça, je suis désolé.

Inès baissa la tête. L’air déçu elle reprit son cahier, le referma avec un claquement et reparti vers sa chambre laissant Tom seul dans le salon, interdit. Elle revient presque immédiatement et s’assit à califourchon sur la chaise à coté de Tom, lui montrant son dos. Elle retira son t-shirt et se pencha en avant. Il farfouilla dans son sac et en ressortit une pile de lingettes désinfectantes. Il ouvrit une des pochettes et dégrafa d’une main le soutien-gorge de sa cliente. Inès sursauta légèrement. Il passa doucement la lingette sur le bas de son dos, la jeune fille pouvait sentir son souffle sur ses reins. Il remonta ainsi tout le dessin, inspectant les parties du motif qui avaient demandé le plus de travail et celle qui avaient été terminé en dernier. Inès serrait les dents et essayait de calmer les battements de son cœur. Elle l’entendit sortir une nouvelle lingette et se nettoyer les mains avec, puis il sortit un tube de crème et recouvrit certaines zones avec, lui signifiant en silence de prendre particulièrement soin de celles-ci. L’air chaud qu’il soufflait sur son dos disparu subitement et Inès se détendit. Elle referma l’attache de son soutien-gorge et enfila rapidement son t-shirt. Quand elle se retourna, Tom attendait, son sac sur les genoux.

- Tu devrais te renseigner pour le piercing, dit-il. Peut-être que tu peux trouver une pierre qui ressemble à ce que tu cherches.

Elle haussa les épaules. Ils discutèrent encore un moment de tatouages et de piercings. Tom lui raconta une ou deux anecdotes sur des clients étranges. Marine revint du jardin, elle salua Tom, un œil vigilant sur ses tatouages, craignant peut-être qu’ils ne sautent de ses bras à ceux de sa fille. Inès se leva alors et raccompagna Tom à la porte. Elle retourna au salon où sa mère regardait la télévision et s’assit à côté d’elle. Elles restèrent là toute la soirée, mangeant des chips en rigolant aux bêtises d’un animateur ou bataillant pour savoir laquelle des deux trouverait en premier qui était le coupable. Inès finit par s’endormir devant le journal du soir. Elle rêva qu’elle était un dragon. Elle apprenait à voler. Loin en dessous d’elle, sur la terre, une jeune fille aux yeux rouges mourrait.

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MessageSujet: Re: Les dragons entremêlés.   Mer 8 Juin - 15:06

IV.

Tom pressa le pas comme la nuit tombait, serrant son sac contre son torse. Il se sentait ridicule mais ne pouvait empêcher ses yeux de surveiller les ombres alentours. Elles semblaient s’étirer pour mieux le rattraper. Il savait qu’elles allaient le rattraper, il n’était pas assez rapide. Elle le rattrapait toujours. Il serra les dents et se mit à courir. Un rire retentit derrière lui. Il accéléra l’allure. Un souffle parcouru son cou, tiède et humide. Un éclat jaune sur sa droite lui fit tourner la tête, il trébucha et lâcha son sac. Pendant une fraction de seconde, il faillit se retourner, mais le gloussement reprit, si proche, qu’il se remit à courir. Il frémit en réalisant qu’elle jouait avec lui. Il fonça alors tête baissée. Une main sur sa poitrine bloqua son élan et il se retrouva à terre. Il ne put réprimer un soupire de soulagement, maintenant que le jeux était terminé. Il lança un regard incertain à la fille assise sur son ventre, elle ne pesait presque rien.

- Tu es pathétique, frérot.

Elle tenait son sac d’une main, il rougit en voyant qu’il était ouvert. D’un mouvement du bassin, il se dégagea. La jeune fille se tenait déjà debout près de lui, lui arrivant à peine à l’épaule. Elle souriait en le regardant, la tête délicatement penchée de côté. Il grogna mais ne dit rien, il n’y avait rien à dire. Il n’était pas assez rapide. Et de toute manière, il ne faisait plus ça. Ce qui, pensa-t-il, était peut-être la raison de son acharnement contre lui. Elle lui jeta son sac et s’approcha de lui. Elle passa un ongle sur le tatouage qui dépassait sur son cou.

- J’ai faim, murmura-t-elle. Je t’attends à la maison, dépêche toi !

Tom compris bien la menace sous-jacente et acquiesça de la tête. Il la regarda partir, aussi vite qu’elle était arrivée. Il baissa la tête vers son sac et le referma, rougissant à nouveau. Il ne faisait plus ça, mais cela faisait partie de lui. Il fallait trouver des palliatifs. Il soupira et se remit en route. La nuit était calme, les ombres à nouveaux immobiles.




V.

Inès courrait partout, jurant et pestant sans relâche. Elle était en retard, encore. Elle avait retourner sa chambre de fond en comble, mais impossible de mettre la main sur cette satanée culotte. Elle était en retard. L’horloge du salon passa dans son champ de vision, lui tordant le ventre d’appréhension. L’année scolaire s’achevait, et avec la venue du mois de juin débutait l’exposition du département d’art de l’université qu’elle fréquentait. Elle était en retard, on devait l’attendre pour exposer ses dessins. Si elle ne se pressait pas, ils refuseraient certainement de les accrocher. Elle poussa un cri rageur.

- Maman ! Ou as-tu mis ma culotte noire ?!

- Laquelle ? demanda candidement sa mère. Elles sont toutes noires chérie.

- Raaah, la noire, avec les dentelles, la porte bonheur.

- Elle doit être dans la pile de linge propre.

- Non, elle n’y est pas !

- Et bien prends en une autre et arrête de crier comme ça, tu veux ? Merci.

Inès tira la langue à sa mère et repartie comme une furie vers sa chambre. Elle attrapa les premiers sous-vêtements qui passèrent et sortie en trombe de la maison, sa pochette à dessins sous le bras.
Elle ne s’arrêta pas pour regarder les horaires de bus et se mit directement à courir. Le carton pesait lourd et gênait sa course. Elle respirait fort et peinait à trouver de l’air. Quand elle arriva enfin devant la fac, elle s’écroula sur les marches de l’entrée principale, épuisée et en sueur. Elle rampa jusqu’en haut des marches, le souffle toujours court. Ses cheveux en bataille lui collaient au cou et elle sentait la sueur dégringoler sur ses reins et son ventre. Elle finit par se relever et trotta jusqu’à l’auditorium. Elle y pénétra par une porte de service, les organisateurs cavalaient ça et là, et personne ne lui prêta attention. Elle attendit un moment, puis vexée par son évidente transparence se plaça sur le chemin d’une femme portant un t-shirt floqué « staff ».

- Bonjour, lui lança-t-elle avec son plus beau sourire, je suis Inès et je suis en retard.

La femme, la quarantaine et l’air au bord de la crise de nerfs, ouvrit de grands yeux, qui se rétrécirent d’un coup, porteurs de reproches.

- Inès Deponst ? On vous cherche partout depuis deux heures.

- Je suis désolée, je n’ai pas de téléphone portable et j’ai eu un léger contretemps, s’excusa Inès en lui tendant son carton à dessin. Où dois-je accrocher mes dessins ?

La femme remua la tête en signe de désapprobation et lui fit signe de la suivre. La salle avait été coupée en deux à l’aide de paravents pour délimiter l’espace où se trouvaient les œuvres de l’entrée. Une frénésie générale flottait du coté où se trouvait Inès. Elle suivit la femme jusqu’à trois panneaux, légèrement excentrés sur la droite, restés vides.

- Ceux la sont pour vous. Il vous reste environ dix minutes pour tout mettre en place. Bonne chance.

Inès regarda la membre du staff disparaître au milieu de la foule. Elle s’assit par terre et ouvrit son carton à dessins. Elle avait sélectionné sept planches qu’elle étala à ses pieds. Puis elle releva la tête pour mesurer l’espace dont elle disposait. Elle resta la, à regarder les panneaux vides pendant un moment, immobile dans le flot incessant d’artistes et d’organisateurs affolés. Quand elle fut sure de son choix, elle se releva et commença à disposer ses dessins. Elle dut demander de l’aide pour l’illustration centrale, trop grande pour qu’elle puisse l’attacher seule. Un jeune homme qui exposait à quelques panneaux de là vient à son aide. Quand tout fut près, ils se reculèrent pour avoir une vue d’ensemble de la disposition. Les dragons immenses, reproduction géante de son propre tatouage, prenaient à présent vie dans un espace mi- terre mi- ciel, explosant de couleur autour de la noirceur de leurs corps. Le garçon eut un sifflement approbateur puis retourna se poster près de ses propres dessins. Satisfaite, Inès referma son carton et le posa derrière un des panneaux. A peine se fut-elle redressé que la salle s’ouvrit aux visiteurs.


*
**


Il était treize heures passées et le ventre d’Inès le lui rappela bruyamment. Elle chercha du regard un membre de l’organisation pour demander quelque chose à manger, le cou tendu pour essayer de voir par dessus la foule. Malheureusement, à part des familles et des étudiants venus voir l’exposition, elle n’aperçut personne apte à lui fournir de quoi calmer son estomac. Elle passait malgré tout une bonne journée. Les visiteurs déambulaient ça et là, s’arrêtant parfois devant ses dessins. Ils lui posaient des questions, auxquelles elle répondait avec plaisir, parlant couleurs, inspiration et technique quand quelques connaisseurs passaient. Marine était venue faire un tour vers midi, pour sa pause déjeuner. Elles avaient discuté un moment puis s’était quitté sur la promesse d’un gratin pour fêter l’exposition ce soir. Une jeune fille, membre de l’organisation, comme l’indiquait son polo, s’arrêta près d’Inès pour lui dire que tous les exposants étaient conviés à venir manger dans une salle à l’arrière. Inès s’apprêtait à la suivre quand elle aperçut un bras qu’elle connaissait bien. Elle s’excusa et demanda le numéro de la salle avant de se frayer un chemin parmi la foule.
Elle était persuadée d’avoir aperçu le bras de Tom, mais ne put le trouver. Déçue et soulagée à la fois, elle repartie vers ses panneaux pour prendre ses affaires. Une fille se tenait la, devant le panneau central, les yeux fixés sur les dragons. Elle devait avoir onze ou douze ans à peine, mais son regard était trop sérieux pour son âge. Ses cheveux blonds venaient effleurer ses épaules comme elle penchait la tête pour regarder. Elle dut sentir la présence d’Inès derrière elle car elle se retourna. Ses yeux brillaient d’un éclat particulier et elle sourit en voyant Inès s’approcher.

- Ils sont très beaux, dit-elle d’une voix chantante.

- Merci.

- Je crois que je préfère le noir, il a l’air plus fort.

- Ils ne se battent pas vraiment. C’est plus une danse entre eux, lui expliqua Inès.

- Il y a différentes sortes de danse, répondit la fillette, son regard droit dans celui d’Inès.

Interloquée, Inès ne sut quoi répondre et se contenta de fixer les yeux marron de la fille. A bien y regarder, ils tiraient un peu sur le jaune. La petite fille reporta son regard sur les dragons, une ride soucieuse sur le front. Inès ne disait toujours rien. L’enfant se retourna alors d’un bond et serra la jeune femme dans ses bras avant de partir en courant. Juste avant de sortir du champ de vision d’Inès, elle se retourna et agita le bras dans sa direction un grand sourire sur les lèvres. Puis elle disparut dans la foule.
Le reste de la journée se passa sans autre évènement notable et Inès oublia bien vite la petite fille. Elle rentra chez elle tard dans la soirée, épuisée mais satisfaite de sa journée. Elle s’endormie avec une pensée pour sa petit culotte porte bonheur, qui n’avait toujours pas refait surface. Les ombres la bordèrent sans un bruit et elle ne se rendit compte de rien.

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MessageSujet: Re: Les dragons entremêlés.   Dim 12 Juin - 21:28

VI.

Inès poussa la porte du salon de tatouage où elle avait passé une bonne partie de ses soirées ces six derniers mois. Maintenant que tout était fini, elle se sentit presque nostalgique. Tant de formes avaient pris vie ici, tant d’aiguilles avaient percé sa peau, qu’il était difficile de se dire qu’elle n’appartenait plus à cet endroit. Perdue dans ses pensées, elle posa son carton à dessin contre le comptoir et attendit. Une fille arriva quelques instants plus tard depuis l’arrière boutique. Inès la salua d’un mouvement de la tête.

- Salut, je viens déposer le dessin de mon tatouage. Tom est la ?

- Désolée il ne travaille pas cette semaine. Donne le moi, je vais l’accrocher quelque part.

Inès sortit la feuille de son carton et la déposa devant la fille. Cette dernière la regarda en haussant un sourcil, prit la feuille et des punaises et alla accrocher le tout au dessus d’une des chaises. Inès pouvait voir les roses qui recouvraient ses épaules et son dos, et tentaient de s’échapper de son débardeur. La fille revient.

- Tu t’es vraiment fait tatouer ça ?

- Oui.

- Je peux voir ? On peut faire une photo ?

- Oui bien sur, répondit Inès en posant son sac.

Pendant qu’elle enlevait son t-shirt, la jeune fille alla chercher un appareil photo, elle lui fit signe depuis le fond de la salle. Inès la rejoint et s’assit sur une des chaises afin de lui présenter son dos. La jeune tatoueuse fit plusieurs clichés.

- C’est toi qui l’as dessiné ?

- Oui, ça m’a pris un peu de temps, dit Inès en souriant.

- Tu ne voudrais pas faire des dessins pour nous ? A ton nom, en tant qu’artiste. On te paierait une commission sur les dessins, et tu toucherais quelque chose si quelqu’un en choisissait un.

L’étudiante réfléchit pendant un moment. Elle avait toujours dessiné, pour autant qu’elle se souvienne. Mais maintenant qu’elle prenait des cours et étudiait l’histoire de l’art, elle ne s’était jamais demandée ce qu’elle allait faire de cette passion. Il lui avait semblé évident que la réponse viendrait d’elle même, puis avec le temps, elle avait arrêté d’y penser. Malgré tout, sa mère et elle auraient l’utilité d’un salaire en plus. Inès regarda son carton à dessin.

- J’ai plusieurs dessins chez moi, je peux les amener si tu veux.

- Oui, ce serait super ! s’exclama la tatoueuse, l’air visiblement ravie. Tu peux même venir dessiner ici, il y a une table à dessin dans l’arrière boutique. C’est là que je travaille.

Inès sourit à cette idée. Pourquoi pas après tout, si elle arrivait à vendre quelques dessins, elle pourrait peut-être s’acheter une pierre pour son piercing. Depuis sa visite à la bijouterie et sa discussion avec Tom à ce sujet, elle avait fait quelques recherches sur internet. L’idée lui plaisait bien, mais encore une fois, le problème de l’argent se posait. Elle ne pouvait pas laisser les yeux de ses dragons vides, elle ne pouvait pas les laisser sans âme, mais ses poches étaient vides elles aussi. Elle remit son t-shirt et retourna vers le comptoir récupérer son carton. La fille du salon la remercia pour la photo. Alors qu’elle s’apprêtait à sortir, Inès se retourna vers la fille.

- Comment tu t’appelles en fait ?

- Alice, répondit celle-ci.

- Je suis Inès. Tu ne connaitrais pas quelqu’un qui ferait des piercings microdermaux par hasard.

Alice prit le temps de réfléchir à la question en se mordillant l’ongle du pouce.

- Tom a un ami pierceur, mais je ne sais pas s’il fait ça. Essaie quand même, le magasin est à deux pas d’ici. Remonte la rue et tourne à droite, c’est une ruelle qui retombe sur le parc. Tu devrais le trouver, il y a un bijoutier en face et une boulangerie au coin de la rue.

Inès lui dit merci et sortit du magasin. Elle prit immédiatement la direction indiquée par Alice. Le fond de l’air s’était un peu rafraichi ses derniers jours et avec la fin de l’après-midi, le soleil se faisait moins chaud lui aussi. Inès remonta la fermeture éclair de sa veste et traversa la rue pour marcher sur le trottoir d’en face, encore épargné par l’ombre. Un peu plus haut, elle aperçut l’enseigne de la boulangerie dont Alice lui avait parlé. Elle pressa le pas, changeant son carton de bras. La boulangerie était bondée, Inès avait pensé s’arreter pour acheter du pain mais il y avait bien trop de monde. Elle traversa à nouveau la rue et tourna à l’angle du magasin. La ruelle dans laquelle elle déboucha était aussi longue que large. Elle n’y trouva que les deux magasins annoncés et trois autres portes d’habitations privées. Au bout de la petite rue, Inès pouvait apercevoir le parc et entendre les cris des enfants. Elle se demanda si le petit garçon qu’elle avait dessiné une fois s’y trouvait. Elle lui avait trouvé un air étrange, un peu comme celui de… de qui déjà ? Inès fronça les sourcils pour forcer sa mémoire. Où avait-elle bien pu voir le même regard ? Rien ne lui revint, ce qui l’irrita encore plus. Elle détestait quand sa mémoire lui jouait de tels tours, quand elle n’avait pas le contrôle. Elle avait l’habitude de remarquer les petits détails, d’observer les gens, mais ce coup-ci elle avait un trou et le sentiment de passer à coté de quelque chose d’important. Peut-être. Une enseigne lumineuse attira son regard. Sur sa droite la boutique du pierceur était fermée par un lourd rideau de fer. Inès lâcha un soupire et s’approcha pour jeter un œil aux horaires d’ouverture. Le magasin était ouvert le lendemain mais elle ne pourrait pas venir, elle devait aller voir son père. Il ne lui restait plus qu’à revenir le samedi suivant.
« Encore quatre jours », pensa-t-elle déçue. Elle fit demi tour pour rentrer chez elle quand elle aperçut de la lumière en face. « Ça doit être la bijouterie dont parlait Alice ». Elle avança vers la vitrine. De la poussière recouvrait les bracelets et les bagues, comme si personne n’était entré depuis longtemps. « Il y a de la lumière pourtant » résonna-t-elle. Elle regarda les bijoux mais ne reconnu aucun des joyaux qui les ornaient. Elle mit une main sur la poignée de la porte quand un carillon retentit à l’intérieur. Inès sursauta et bascula en avant, pressant la poignée. La porte s’ouvrit, elle entra. L’intérieur se révélait sous une lumière pale et diffuse. Un comptoir avec une vieille caisse à l’ancienne, encadrée à droite et à gauche par des vitrines remplies de bijoux et de parures. Les pierres jaunes, bleues translucides, roses et vertes qui l’entouraient de toutes part lui étaient inconnues. Certaines ressemblaient à des rubis, d’autres à des diamants, mais elle n’était pas bien sure. L’air sentait le renfermé et la poussière. Elle passa un doigt sur le comptoir, y laissant une trainée brillante. Un silence épais régnait autour d’elle, oppressant et dense. Elle s’apprêtait à repartir quand elle entendit une série de claquements sourds. Retenant son souffle, Inès recula lentement vers la porte, son carton à dessin serré contre sa poitrine. Une porte s’ouvrit derrière le comptoir, précédant les claquements. Inès avait complètement oublié de respirer à présent, des bruits de pas feutrés accompagnaient le claquement de la canne. Un vieil homme apparu dans l’encadrement.

- Je peux vous aider ? lança-t-il d’une voix faible et étrangement chaude.

- Je… je, bafouilla Inès.

Il lui sourit avec gentillesse et s’approcha du comptoir, refermant la porte derrière lui. Ses mains étaient fermes sur sa canne et il se tenait droit, fier, la regardant dans les yeux.

- Vous cherchez quelque chose de particulier ? Je ne taille pas de pierres précieuses.

- Et bien, commença Inès, je cherche une pierre. Mais je ne sais pas encore laquelle. Je sais juste qu’elle est rose.

- Rose vous dites ?

- Oui, enfin je crois.

Inès ouvrit son carton pour en sortir la feuille remplie d’arc-en-ciel qu’elle montra au bijoutier. Ce dernier la regarda sans rien dire.

- Ce serait pour la sertir sur un piercing, expliqua-t-elle au vieil homme.

- Que voulez vous en faire exactement ?

- Il me faudrait deux pierres, une pour chacun des yeux de mes dragons.

La jeune fille vit le regard incertain de son interlocuteur et lui expliqua comment elle avait dessiné les dragons qui dormaient à présent sur son dos et comment elle sentait que quelque chose manquait, leur manquait. Elle lui avoua qu’elle les avait dessiné pour la première fois quand elle était à la maternelle et qu’elle n’avait eu de cesse de les travailler pour leur donner leur vrai forme. Le vieillard la regardait et l’écoutait sans la couper. Il posa une main sur le dessin et murmura quelque chose qu’Inès ne comprit pas.

- Excusez moi ?

- Vous voulez des yeux, répondit-il. C’est dangereux vous savez.

- Je ne comprends pas. De quoi parlez vous ? demanda Inès.

- Si vous êtes capable de voir, alors on peut vous voir aussi.

Inès grimaça en signe d’incompréhension. Le bijoutier la regarda de ses yeux verts délavés et balaya l’air de la main.

- Je suppose que les pierres ne doivent pas être trop grosses. Revenez dans la semaine, je vous montrerai ce que j’ai.

Inès acquiesça et reprit le dessin des dragons, posé sur le comptoir. Elle salua le vieil homme mais celui ci semblait plongé dans ses pensées, aussi se dirigea-t-elle vers la porte avec hâte. Cette dernière allait se refermer sur elle quand elle entendit la voix du bijoutier. « Un nom pour chaque pierre ». La porte chuinta et Inès se retrouva seule dans la rue.


*
**


Le bijoutier regarda la jeune fille partir par la vitrine. Une étrange petite, quelle idée de vouloir donner vie et vision à un dragon. Deux qui plus est. Il secoua la tête en pensant à tout le savoir qui se perdait depuis des décennies sans que personne ne fasse rien. Il se remémora le dessin qu’elle lui avait montré. Les bêtes étaient tellement vivantes, tellement éclatantes. Qui pouvait bien être cette enfant ? Comment supportait-elle la force qui dormait sur son dos ? Une force qui ne demandait qu’à être libérée. Tout dépendrait de la pierre qu’elle choisirait. Une pierre rose avait-elle dit. Le vieil homme trembla légèrement à cette idée. Le carillon de la porte retentit une nouvelle fois, lui faisant relever la tête. Une masse de cheveux blonds et un large sourire se tenaient devant lui, bien campée sur ses jambes.

- Bonsoir gamine.

- Salut papi Léon. Ça n’a pas l’air d’aller.

- Si ça va. Ma jambe me fait un peu mal mais ne t’inquiètes pas.

La jeune fille eut une moue réprobatrice. Elle rejoignit son grand-père d’un pas dansant, contournant le comptoir.

- Dis moi papi, la jeune fille avec le carton à dessin vert, elle sortait de chez toi ?

- Oui, soupira-t-il. Elle cherche des yeux.

Sa petite fille se figea à coté de lui. Ils échangèrent un long regard. Puis elle lui ouvrit la porte de derrière et ils quittèrent ensemble le magasin. La porte donnait sur un couloir qui menait vers une petite maison, adossée à la boutique. Ils s’installèrent dans la cuisine et la jeune fille fit chauffer de l’eau pour le thé. Léon s’assit devant la table, la laissant faire comme elle voulait.

- Prisca, dis moi, tu danses toujours ?

- Papi, répondit-elle dans un rire, tu perds la tête vraiment. Cela fait deux ans que je ne danse plus. Toi alors, quand il ne s’agit pas de tes pierres, je me demande ce qui t’intéresse.

- C’est dommage, j’aimerais vraiment te revoir danser. Et les pierres sont importantes, tu le sais. Très importantes.

- Je sais oui. Et toi tu devrais savoir, qu’il existe beaucoup de sorte de danse.

Léon ne dit rien, se contentant de la regarder en plissant les yeux. Comprenant qu’elle n’en dirait pas plus, il lui indiqua dans quel placard se trouvaient les petits gâteaux. Prisca regardait l’eau chauffer, une barre soucieuse en travers du front.

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MessageSujet: Re: Les dragons entremêlés.   Mar 14 Juin - 17:01

VII.

Rien ne semblait jamais changer dans la maison de repos de BeauSoleil. Les infirmières étaient toujours souriantes et accueillantes, leurs habits jamais froissés, même quand elles devaient maitriser un patient. On avait l’impression qu’il faisait toujours beau au dessus de la clinique spécialisée, comme si la pluie glissait sur elle sans vraiment la mouiller. L’air sentait les fleurs et un calme ouateux régnait en permanence dans les salles communes.
Le mercredi était le jour qui amenait le plus de visites, les enfants n’ayant pas classe. Le flot de parents, amis, connaissances passait presque ininterrompu dans l’accueil et les jardins. Il faisait particulièrement beau ce mercredi là, aussi beaucoup de patients se trouvaient dans le grand parc avec leur visiteurs, surveillés par des infirmiers en blouse blanche. Depuis le temps qu’elle venait ici, Inès aurait pu se diriger les yeux fermés. Le bus la déposait à un kilomètre environ de la clinique. Un petit kilomètre pour mettre ses pensées en ordre et affronter son père une fois de plus. Un immense portail en fer forgé précédait une longue avenue de platanes, tout à fait typique de ce genre d’institution. Sur le bord du chemin de gravier, les mauvaises herbes étaient consciencieusement arrachées chaque jour afin de laisser la pelouse verte et propre. Inès aimait bien marcher le long de cette allée, elle regrettait de ne pas pouvoir en profiter avec son père. Plus elle s’approchait du bâtiment principal, plus les souvenirs affluaient en elle. Le plus vivace resterait surement celui de l’internement. Elle avait à peine sept ans à l’époque, on avait appelé tard dans la nuit. Sa mère avait décroché, s’attendant visiblement au pire, son mari ne rentrait jamais en retard à la maison. Elle écoutait la voix qui lui parlait en regardant sa fille, la fixant les yeux écarquillés. Puis elle avait lâché le combiné et s’était laissé tombé à terre. Inès pouvait encore sentir son ventre se tordre alors qu’elle ne savait encore rien. Le visage baigné de larmes, Marine s’était alors relevée, avait enfilé un jean, habillé sa fille et l’avait emmené jusqu’à la voiture. Elles avaient roulé vite, Marine répétant sans cesse entre deux hoquets, que tout allait bien se passer. Puis il y eut l’hôpital, les lumières blanches et crues, l’odeur de médicaments, le regard vide des gens. Assise dans la salle d’attente, Inès écoutait distraitement le médecin parler avec sa mère. « ... Retrouvé nu, dans la rivière… », Inès avait froid, sans manteau près des portes coulissantes de l’entrée. « Délire post-traumatique…. ». Une infirmière lui apportait un chocolat chaud avec un sourire encourageant. « … Blessures profondes au thorax et à la jambe. ». L’infirmière lui parlait mais elle ne comprenait pas, elle gardait les yeux posés sur sa mère qui semblait sur le point de craquer. « … Allons le garder en observation… »
Il n’avait jamais pu rentrer à la maison après ça et l’hôpital ne pouvait pas le garder. Il avait donc fallu le placer ici, à BeauSoleil. L’institution coutait cher, mais Marine n’avait pas eu le choix. Depuis Inès venait voir son père tous les mois. Au début ça avait été difficile, Marc était sujet à des crises de frayeur et de paranoïa. Les médicaments avaient un peu arrangé les choses.
Inès soupira en pensant à ces presque quinze dernières années. Rien n’avait changé en quinze ans. Son père était resté amorphe et enfermé dans ses délires et ses visions. Les marches du perron étaient toujours aussi propres et blanches, l’herbe était toujours verte et l’atmosphère lourde et épaisse. La jeune femme s’avança et entra par les portes vitrées qui donnaient dans le salon. Une infirmière vint à sa rencontre en la reconnaissant.

- Bonjour Inès, comment allez vous ?

- Bien merci, Jeanne. Mon père est là ?

- Dans sa chambre. Il vient de remonter, il se plaignait du froid, répondit l’infirmière en souriant.

Inès sourit à son tour et se dirigea vers les escaliers. Une main sur la rampe, elle jeta un coup d’œil par dessus son épaule et son sourire s’évanouit aussitôt. Il faisait si chaud aujourd’hui. Chassant ses pensées de son esprit, elle monta l’escalier deux à deux et tourna à droite pour se diriger vers l’aile réservée aux hommes. La porte de la chambre numéro treize était entrouverte, Inès la poussa doucement pour pouvoir passer sa tête à travers l’entrebâillement. Son père se tenait assis devant la fenêtre fermée, en plein soleil malgré la chaleur qui régnait dans la chambre. La jeune fille frappa doucement à la porte, trois coups légers pour l’avertir de sa présence. Marc tourna légèrement la tête en direction du bruit. Inès entra et attrapa une chaise qui se trouvait dans l’angle. Elle s’assit en face de son père et lui planta un baiser sur le front.

- Bonjour papa.

Elle n’attendait aucune réponse et se contenta de remettre en place les mèches folles qui retombaient devant les yeux de son père. Les mêmes mèches brunes indomptables qui barraient son propre visage.

- Regarde je t’ai amené du raisin, je sais que tu aimes ça.

Marc ne dit rien mais sourit. Inès lui rendit son sourire. Bien que malade depuis plus de dix ans, elle lui trouvait encore l’air jeune et attrayant. Seuls ses yeux témoignaient du mal aise qui régnait en lui. Ses yeux le plus souvent effrayés, cernés de noirs et de gris, qui furetaient sans cesse. Parfois il arrivait à contrôler cette peur que lui seul comprenait et ils avaient presque des discussions normales. Aucun médecin n’avait réussi à lui faire dire ce qu’il craignait tant. Et Inès, la plupart du temps, se contentait de faire la discussion à la place vide de ses pensées. Elle lui prépara quelques grains de raisin qu’elle lui tendit. Il les prit un par un en regardant toujours par la fenêtre. Un nuage passa, jetant son ombre sur eux. Marc sursauta, lâcha le raisin et rapprocha sa chaise de celle d’Inès, toujours dans la lumière. Il reporta son regard sur la main tendue vers lui et ne prit que les grains qui se trouvaient dans la lumière. Son bras maigre s’échappa de la manche de sa chemise, révélant les balafres de son agression, quatre marques parallèles, du aux coups de couteau. Inès serra les dents avec colère.
Ils passèrent l’après midi ensemble. L’infirmière passa voir s’ils avaient besoin de quelque chose. Inès discuta un instant avec elle pour savoir comment allait son père.

- On peut sortir se promener ? demanda une voix grave.

Inès et l’infirmière se retournèrent dans un même mouvement surpris. La jeune fille sourit à son père.

- C’est possible ?

- Oui bien sur, répondit l’infirmière. Suivez moi.

Ils partirent tous les trois et prirent l’ascenseur. Marc ne parlait plus, il tenait la main de sa fille serrée dans la sienne. L’infirmière les conduisit dans le parc et installa Marc sur un banc au soleil. Celui-ci rejeta sa main et s’assit tout seul. Inès s’installa près de lui en remerciant l’aide-soignante qui les laissa seuls.

- Tu l’as fini ? reprit Marc.

- Fini quoi papa ? demanda Inès interloquée.

- Le tatouage.

- Ah. Oui, il est fini. Enfin presque, il manque les yeux des dragons. Je vais y mettre des pierres.

- Tu n’aurais pas du faire ça. Non, tu n’aurais pas du.

- Faire quoi ?

- Il ne fallait pas. Il ne fallait pas…

- Papa, je ne comprends pas ce que tu dis.

- Ils vont venir tu sais. Je les vois dans les ombres, ils me guettent parce que je sais. Parce que j’ai vu. Je les ai vu la dernière fois que j’étais dehors. Je les ai vu…

- Dehors ? Comment ça dehors ?

- Dehors, elles sont là, la nuit.

Inès sentit les larmes lui monter aux yeux. Elle ne comprenait pas et cela lui faisait peur. Elle reprit la main de son père et essuya ses joues de l’autre. Il lui tapota la main, et lui saisit le menton pour relever sa tête. Ses yeux marron, fatigués, dans les siens.

- Quelqu’un va venir. Il faudra l'aider.

Sa fille renifla, l’air complètement perdu. Il posa son index sur son nez pendant une seconde, puis son regard redevint flou et il le reporta au loin.

- Sois forte. Fais de ton mieux.

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MessageSujet: Re: Les dragons entremêlés.   Mer 6 Juil - 17:52

VII. (suite et fin du chapitre)

Marc regarda sa fille partir et se retourner pour le voir s'éloigner. Ses épaules s'affaissèrent et il se prit la tête dans les mains. Il n'avait rien qu'il puisse faire à présent. Dans son état, ils ne feraient qu'une bouchée de son esprit embrouillé. Il releva les yeux pour voir les grilles qui encerclaient le parc. Contrairement à beaucoup de patients, il ne les voyait pas comme une entrave à sa liberté. Elles étaient une protection contre le monde extérieur, l'empêchant de parvenir jusqu'à lui. Mais cette muraille semblait s'effriter lentement, le laissant seul et démuni face à ce qui l'attendait dehors. La nuit, quand il était prit d'insomnies et allait chercher le sommeil près des fenêtres de sa chambre, il croyait voir leurs yeux le guettant depuis les grilles du jardin, impatients de le retrouver. Tremblant de terreur, il retournait se coucher, la couverture par-dessus la tête, priant pour que tout ceci ne soit qu'un mauvais rêve.

Il finit par se lever du banc, une brise légère s'était levée et le faisait frissonner. En repartant vers l'institut, un éclat jaune brilla derrière un arbre à quelques dizaines de mètres de lui. Marc sentit la terreur l'envahir, ils étaient la. Pour lui. Il pressa le pas et aperçut une infirmière, surement venu le chercher. Il ne la connaissait pas bien, elle ne s'occupait jamais de lui. Un pressentiment macabre le saisit à la gorge alors qu'il craignait de se retourner. Il se mit subitement à courir vers l'infirmière, de plus en plus vite et se jeta sur elle avec force. Elle hurla, lui vrillant les oreilles mais il ne lâcha pas prise. Ils roulèrent dans l'herbe. Elle se débâtait comme elle pouvait, essayant de se libérer. Marc se mordait les lèvres de peur et lui asséna une gifle retentissante. Il essaya de la relever mais elle continuait de hurler. Marc jeta un regard vers l'arbre et s'écroula à terre, assommé par un des aides soignant alerté par les cris de sa collègue. Sans plus attendre le nouvel arrivant, un homme bâti comme une armoire à glace au visage fermé, le prit dans ses bras et le conduisit à l'intérieur. L'infirmière rassurée, se releva et couru pour rejoindre l'homme. Elle lui donna des instructions et prit le chemin du bâtiment administratif, il fallait prévenir le directeur. Marc fut placé en cellule d'isolement pour une durée indéterminée. Agresser le personnel menait toujours à cette chambre hautement sécurisée. Lorsqu'il se réveilla à l'intérieur, Marc sentit sa respiration s'alléger. Il s'assit dans un coin de la pièce vide et pria pour que son isolement dure le plus longtemps possible.



VIII.

Inès avait décidé de retourner voir le joailler après sa visite au pierceur. Elle avait pris cette décision dans le bus qu'il la ramenait de la maison de repos, il lui restait donc trois jours à attendre. Le trajet lui parut plus long qu'à l'accoutumée sans qu'elle puisse dire pourquoi. Lorsqu'elle arriva enfin chez elle, se fut pour trouver sa mère affalée par terre, le regard perdu dans le vide. Pendant un instant elle pensa au pire. Et si Marine avait fait une attaque, ou était tombée et s'était tapée la tête contre la table basse? Elle commença à imaginer les pires scénarios, se voyant déjà orpheline, survivant tant bien que mal ou se prostituant mais sa mère releva la tête vers elle, le visage baigné de larmes. Elle bafouilla, essaya de parler mais rien de compréhensible ne passait ses lèvres. Inès se précipita vers elle et s'agenouilla à ses cotés, tendant l'oreille pour essayer de comprendre. Marine essaya de se relever et sa fille l'aida à s'asseoir sur le canapé. Puis elle couru à la cuisine remplir un verre d'eau qu'elle tendit à sa mère, toujours hagarde sur le canapé.

- Maman, que se passe-t-il?

- Il... il a agressé une infirmière.

- Quoi ? Demanda Inès un peu sonnée.

- Ils l'ont mis en isolement.

- Combien de temps ?

- Au moins une semaine, répondit Marine en pleurant.



Inès s'assit à coté de sa mère, les poings serrés. Il avait eu l'air bien pourtant, il avait même parlé. Tout cela ne finirait donc jamais. Inès aida sa mère à se lever et l'emmena dans sa chambre, Marine s'allongea sans prendre la peine de défaire le lit, ramenant juste le plaid sur ses pieds. La chambre était restée la même depuis le départ de Marc. Les photos de mariage et d'Inès petite étaient toujours présentes. Le même papier peint recouvrait les murs, les mêmes bibelots demeuraient sur les meubles, Inès ne venait plus dans cette pièce depuis que sa mère y dormait seule, elle aperçut sur la table de nuit de gauche, le dernier livre que son père avait commencé. Il était la depuis tellement longtemps, ce livre, tellement longtemps. La jeune fille resta avec sa mère jusqu'à ce que celle-ci s'endorme et partit en laissant la porte ouverte. Elle se servit un verre d'eau et s'assit devant la table de la cuisine. Quelque chose n’allait pas. Son père n’était pas un homme violent, c’était un homme détruit, défait et perdu, mais en aucun cas violent. Inès repassait en boucle l’après midi qu’elle avait passé avec Marc, décortiquant chaque scène comme elle faisait souvent, s’en même s’en rendre compte. La chambre. Rien de suspect. Les raisins et son père tremblant quand l’ombre était tombée sur eux. La jeune fille rangea cet évènement dans sa mémoire. Le jardin. Il ne s’était rien passé, tout avait été normal. Inès se concentra, prenant sa tête entre ses mains, qu’avait-il fait ? Qu’avait-il pensé ? Ils étaient assis en plein soleil et il faisait bon, Marc jetait des coups d’œil à la grille. Sur le coup elle avait pensé qu’il pensait à sa vie avant, sa vie en dehors du jardin clos. Inès releva brusquement la tête. Elle repoussa le verre d’une main tremblante et se leva précipitamment. Le verre tangua un instant puis tomba sur la table, l’inondant d’eau fraiche.

La jeune fille couru voir si sa mère dormait toujours et regarda l’heure sur sa montre. Dix-huit heures et vingt minutes s’affichaient sur le cadran. Inès retourna dans le salon, s’assit sur le canapé, le dos droit, la mâchoire serrée et attendit.


*
**


Il faisait noir comme dans un four autour de l’abri bus. Inès regarda le véhicule partir, emmenant avec lui les dernières traces de lumière dans la campagne environnante. Elle procéda à quelques vérifications préventives, ses converses étaient bien lacées, la batterie de son téléphone chargée. Elle enleva sa montre dont le cadran brillait légèrement dans la nuit et la fourra dans sa poche de jean. Puis elle se mit en route, remontant un peu la fermeture éclair de sa veste. Inès avait toujours eu une excellente vision nocturne et elle marcha droit devant elle, évitant nids de poule et talus avec naturel. Plus elle s’approchait de l’institut plus la nuit se faisait épaisse. Comme une chape de goudron lui pesant sur les épaules. Inès secoua la tête en se traitant d’idiote. Depuis quand avait-on peur du silence, se dit-elle en accélérant un peu le pas. Il flottait dans l’air l’odeur des champs et de la terre, elle aimait bien ces parfums si différents de ceux de la ville et qui lui donnait envie de dessiner autre chose que des immeubles-monstres ou des scènes d’apocalypse. La jeune fille huma l’air à plein poumon, le cou tendu, marchant sur la pointe des pieds. Il y avait un goût étrange dans le fond de l’air qu’elle respirait. Une odeur métallique comme celle des pièces de monnaie en cuivre. Inès fit claquer sa langue pour gouter l’odeur étrange, elle ne parvenait pas à l’identifier clairement. Mais déjà les grilles entourant le parc de l’institut se dessinèrent devant elle, l’arrachant à ses réflexions. La campagne froufroutait autour d’elle alors que, dans l’enceinte du parc, tout paraissait immobile et silencieux. Terriblement silencieux. Le gout métallique lui restait collé à la langue. Elle s’approcha des grilles en fer forgé et pressa sa tête entre deux barreaux. Dans l’herbe, non loin d’un arbre, des ombres se mouvaient avec grâce et insouciance. Inès avança un peu plus sa tête et fronça les sourcils, sa vue, d’un coup, porta plus loin. Ce brusque changement de sa vision lui fit faire un bond en arrière. « Waouh » pensa-t-elle, « qu’est ce qui m’arrive la ? ».
Une ombre sous l’arbre s’arrêta un instant de bouger et sembla regarder dans sa direction. Inès battit en retraite vers les hauts talus et attendit que l’ombre tourne la tête. Lorsqu’elle le fit, Inès lâcha un soupir. Mais la silhouette reporta brusquement son regard sur elle et Inès perçut nettement l’éclat de son sourire. Elle réprima un frisson inquiet et se mit à la recherche d’un point d’observation plus sur. Elle fit quelques mètres à peine et se retrouva sous un chêne immense dont la ramure pénétrait le parc clos. Elle escalada le tronc avec aisance et s’avança au dessus de la grille, pour mieux voir ce qui se passait de l’autre coté. Une fois encore, sa vision se fit plus précise. Sous l’arbre au milieu de l’herbe quatre silhouettes dansaient sous le regard rieur d’une cinquième plus petite, allongée dans l’herbe. Elles continuèrent ainsi pendant longtemps, tant et si bien qu’Inès commença à somnoler. Le gout étrange lui envahit brusquement la bouche, saturant l’air autour d’elle, Inès se redressa pour trouver les cinq ombres tournées vers l’institut. Doucement, la plus petite se tourna vers elle et disparut. Inès se pencha en avant. Son cœur s’emballait et elle sentait la panique l’envahir. La nuit encore une fois parut s’assombrir. Un courant passa sur sa nuque, comme si un doigt l’avait effleuré, Inès sursauta violemment et se sentit glisser. Elle essaya de se rattraper à la branche, griffant le vide. Elle chuta lourdement sur le coté droit et sa tête heurta le sol. Sa dernière vision ce soir la, fut le parc vide devant elle.


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MessageSujet: Re: Les dragons entremêlés.   Sam 16 Juil - 16:53

IX.

Le nez dans l’herbe, Inès sentait le soleil lui chauffer la joue. Elle cligna des paupières plusieurs fois, incapable de faire le point sur l’enchevêtrement vert dans lequel se perdait sa vision. Elle remua pour dégager son bras droit, coincé sous elle, il était complètement ankylosé et le bouger lui arracha une grimace. Elle porta sa main à sa tête et sentit la bosse près de sa tempe. Sa mâchoire lui faisait mal et sa tête la brulait. Elle tenta vainement de s’appuyer sur ses bras et finit par rouler sur le dos. L’éclatant bleu du ciel lui vrilla les yeux, emballant son cœur de douleur. La respiration saccadée, elle se contenta d’attendre, les yeux fermés. Il n’y avait aucun bruit autour d’elle, à part le murmure incessant des arbres et des petits animaux. Et justement il n’y avait rien d’autre. L’esprit ralenti, Inès réfléchissait malgré tout. Elle était tombée de l’arbre, elle s’en souvenait, le reste était malheureusement plus flou. Dans sa mémoire embrumée, des ombres chinoises dansaient avec des arbres, déformées et étranges. « Il y avait une odeur », se dit-elle, « une odeur étrange ». Agacée, elle ouvrit prudemment les yeux. Les grilles du parc s’élevaient au dessus d’elle, noires et pointues. Le parc où elle était tombée. Inès se releva soudainement, et sa vision se brouilla dans un gémissement. Elle n’était pas tombée de ce coté du parc ! A genoux, elle rampa jusqu’aux barreaux pour regarder à travers, mais aucune trace de son passage ne subsistait de l’autre coté. Inès s’affala contre la grille, une main sur le front. Sa poche de jean vibra doucement et elle fourra maladroitement sa main dedans. Un message de sa mère lui demandant où elle était. Le septième en fait depuis hier soir. Elle pianota vivement sur le clavier pour répondre qu’elle rentrait et se releva avec lenteur. Elle se sentait étourdie et perdue. Son téléphone indiquait onze heures passées, pas étonnant que Marine se soit inquiétée. Inès prit une profonde inspiration et s’éloigna de la grille pour retourner vers l’abri bus. Elle chancelait un peu mais très vite son pied prit de l’assurance. Elle faisait assez confiance à son corps pour la guider lorsque son cerveau semblait incertain. Une sorte de mémoire physique qu’elle avait toujours connue. Avancer sans se préoccuper de la destination lui laissa le temps de remettre un peu d’ordre dans son esprit. La bosse avait un peu diminuée et la douleur s’était allégée, la laissant seule avec cette odeur qu’elle ne pouvait identifier. Quelque chose lui échappait et cela la frustrait au plus au point. Lorsqu’elle se rendit compte qu’elle se prenait la tête à cause d’une odeur alors qu’elle venait juste de tomber d’un arbre et avait passé la nuit dehors, elle éclata de rire. Légèrement hystérique, elle arriva à l’arrêt de bus où ses rires se changèrent en pleurs nerveux. Pas de bus avant quarante-cinq minutes. Inès s’assit sur le banc, complètement défaite et passablement fatiguée. Entre rire et larmes, elle attendit.

La chaleur accompagnait le jour dans sa croissance. L’air vibrait au dessus de l’asphalte, créant des nappes aqueuses qui mettaient la gorge d’Inès au supplice. Le grincement des criquets envahissait doucement tout autre son. De plus en plus fort, masquant tout. Même ce frottement étrange dans son dos. Le corps et l’esprit engourdis, la jeune fille faillit ne pas voir la voiture qui venait de s’arrêter à coté de l’abri où elle somnolait. Une silhouette noire et mouvante s’approcha d’elle. Inès sourit et frissonna en même temps lorsqu’une main fraiche se posa sur son bras brulant. Et elle sombra.


*
**


Ce furent la fraicheur du vent et la sensation de vitesse qui la tirèrent de sa transe. Inès se redressa brusquement, cognant son coude contre la portière. Bloquant sa respiration, elle s’apprêtait à hurler quand elle reconnu le conducteur de la voiture. Tom lui sourit et Inès sentit son corps perdre toute consistance. Elle retomba lourdement dans son siège.

- Ca va ? demanda le jeune homme visiblement inquiet.

- Je crois oui. J’ai mal à la tête.

- Qu’est ce que tu foutais dehors toute seule. J’ai cru que tu étais crevée...

- Désolée. Je sais pas trop. Je sais plus. J’ai soif.

- On va s’arrêter au supermarché. Tu as une bosse tu sais ? Tu es tombée ?

- Oui.

Tom lui jetait des regards de temps en temps mais il n’insista pas.Elle avait l’air hagarde et perdue. Jamais il n’avait vu la jeune femme si fragile et ailleurs. Il l’observa méticuleusement pour s’assurer qu’elle n’avait rien d ‘autre. Ses cheveux mi- longs partaient dans tous les sens et étaient parsemés de brins d’herbe. Elle se massait doucement la tempe droite et son poignet était bleu à plusieurs endroits, il remarqua que ses doigts tremblaient légèrement. Il s’arrêta un instant sur cet endroit où le cou rejoint l’épaule. Reportant son attention sur la route en secouant la tête, il ne saisit le regard qu’elle lui jeta. Inès sentit son corps se tendre à nouveau, comme s’il savait de lui même que quelque chose était en train de se passer. Mais tout s’embrouillait autour d’elle. Elle soupira et se laissa porter par le mouvement régulier de la voiture. Lorsqu’ils arrivèrent en ville, il s’arrêta acheter une bouteille d’eau et des compresses qu’il humidifia et posa sur la tempe de son amie. Puis il la ramena chez elle. Inès semblait prête à replonger dans son inconscience à tout moment. Il l’accompagna jusqu’à sa porte.

- Repose toi.

- Oui. Merci.

- Au fait, Alice m’a dit qu’elle t’attendait pour dessiner. Mais ne te force pas si tu ne te sens pas bien.

Inès hocha la tête et referma la porte. Sur le miroir de l’entrée, elle devina plus qu’elle ne vit un mot de sa mère. Incapable de discerner les lettres, elle le décrocha et se dirigea vers le salon. Elle se jeta sur le canapé et fermant les yeux, sombra à une torpeur mouvante. Elle rêva de choses sans queue ni tête, balançant dans une atmosphère délétère qu’elle jugea dangereuse alors qu’elle évoluait dans son propre rêve. Quelque chose rampait non loin d’elle. Insidieuse présence qui la glaça d’effroi. Elle sinuait entre ses chevilles et ses cheveux, tapie dans l’ombre, comme si elle la cherchait sans vraiment la voir. L’odeur étrange refit surface dans son inconscient. Ca sentait les pièces de monnaie rouillées. Ca sentait le sang. Ca sentait l’animal. Inès frissonna dans son sommeil. Ca puait le sang et le prédateur.

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MessageSujet: Re: Les dragons entremêlés.   Mar 26 Juil - 23:07

Fin du IX.

*
**

Tom attendit qu’Inès eut refermé la porte derrière elle pour partir. Il reprit la route soucieux et distrait en direction du salon où il travaillait. Alice le regarda passer sans qu’il sembla la remarquer. Elle le perçut irrité au point de ne pas poser de question et elle le laissa travailler toute la journée sans rien dire. Penché sur un mollet, la mâchoire contractée et les sourcils froncés, il était certainement séduisant avec ses tatouages et ses épaules bien dessinées. Alice restait souvent en retrait pour l’observer travailler. Elle aimait voir les muscles de ses avant bras et de ses épaules se contracter sous l’effort et le mouvement de ses mains. La barre inquiète sur son front ne lui disait rien qui vaille. Et puis il y avait Inès. La jeune tatoueuse savait que Tom était celui qui l’avait tatoué et elle avait vu le dessin. Tom releva une mèche de son front d’un coup de poignet faisant sursauter Alice qui détourna le regard en rosissant. Elle saisit un balai pour nettoyer le salon avant la fermeture. La journée touchait à sa fin et une brise légère s’engouffra par la porte restée ouverte. Tom releva soudainement la tête, manquant balafrer d’une trainée d’encre la jambe de son client. Ce dernier ne remarqua rien et Alice continua de balayer au rythme des basses que crachaient les enceintes. Tom la tête toujours dressée vit Inès rentrer dans le magasin, la mine défaite et fatiguée. Il lâcha presque l’aiguille qu’il tenait, agité et nerveux, s’excusa auprès de son client et se dirigea vers elle. Il la saisit par le bras et la traina sans ménagement vers le fond de la boutique.

- Qu’est ce que tu fais la ? Rentre te coucher.

- Oh ça va toi. Lâche moi, je fais ce que je veux.

- Ta bosse n’a pas désenflé, rentre chez toi.

- Mais arrête un peu. J’avais besoin de prendre l’air.


Tom relâcha la pression sur le bras de son amie sans pour autant la lâcher. Ses yeux chocolat furetaient sans cesse. Quelque chose le rendait nerveux et cette attitude inhabituelle mit Inès mal à l’aise. Il sembla sentir ce changement et il la guida doucement mais fermement vers une chaise. Elle s’assit sans protester.

- Tu dois rentrer chez toi. Prends une aspirine et va dormir. Tu as l’air complètement à coté de la plaque, lui dit il accroupi près de ses genoux.

Inès le regarda sans le voir, un voile noir devant les yeux.

- Inès tu m’entends ?

- Je…

Incapable de répondre elle se laissa aller en avant. Tom la rattrapa d’un bras et la repoussa en arrière contre le dossier de la chaise. Alice arriva à ce moment, un verre d’eau à la main. Tom lui sourit en prenant le verre et le tendit à Inès qui tremblait légèrement. Elle balbutia quelque chose d’incompréhensible et bu une gorgée d’eau.

- Alice, tu peux rester près d’elle s’il te plait ? Je vais finir avec ce client et je la ramènerai chez elle.

- Oui d’accord, souffla la jeune femme.

Tom retourna à son aiguille et son dessin. Alice resta un moment près d’Inès. Elle aurait bien aimé voir son tatouage. Le téléphone sonna et elle se précipita pour répondre, jetant un coup d’œil à Tom au passage, il en avait encore pour au moins dix minutes. Elle prit un rendez vous pour un couple, demandant des renseignements sur le type de tatouage qu’ils désiraient, la taille, la couleur. Alice n’avait pas encore l’expérience pour les trop gros dessins colorés. Lorsqu’elle raccrocha et sortit le nez de l’agenda, la chaise vide en face d’elle lui arracha un cri de surprise, couvert par le bruit de la musique et des aiguilles en action. Paniquée, elle tourna en rond dans la boutique, se tordant les mains de désespoir. Tom finit quelques minutes plus tard et un regard sur sa collègue lui fit comprendre que quelque chose n’allait pas. L’odeur de l’encre s’estompait doucement. Inès n’était plus la.

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MessageSujet: Re: Les dragons entremêlés.   Ven 29 Juil - 14:31

X. (Début)

Le vieux joailler s’apprêtait à emprunter le couloir qui le ramènerait dans sa maison lorsque la clochette de la boutique tinta, faisant vibrer l’air. Il se retourna avec lenteur et enfonça le vert sale de ses yeux dans ceux de la jeune fille qui venait d’entrer. Il la regarda prendre appui contre une vitrine branlante et lui lancer un pauvre sourire. Incapable de se déplacer assez vite pour l’aider, il se contenta de la fixer en espérant que l’armoire tiendrait. Inès inspira avec force et s’approcha du vieil homme.

- Bonjour, dit elle d’une petite voix, je ne vous dérange pas j’espère ?

- J’allais fermer mais ce n’est pas grave. Vous venez voir les pierres ?

- Les pierres… Oui, les pierres. Oui.


Le bijoutier leva un sourcil et se pencha sous le comptoir. Pendant qu’il se baissait en faisant craquer son dos il se demanda ce qui avait bien pu amener la jeune fille jusqu’ici dans son état, elle semblait perdue et exténuée. Sa tempe était rouge comme après un coup. Mais peut être que ce n’était rien de tout ça. Il secoua la tête pour chasser les hypothèses qui frémissaient dans son esprit et qui ne lui plaisaient pas du tout. Et si on l’avait amené ici ? Léon fit claquer sa langue en se redressant. Il poussa d’une main un tapis de velours noir sur le comptoir et y déposa cinq pierres qu’il avait mis de coté. Elles étaient toutes roses. Elles étaient toutes d’un rose différent. Il la laissa contempler les gemmes à loisir. Inès n’osait pas les toucher ni demander de quoi il s’agissait, mais Léon en maitre qu’il était finit par commenter chacune des pierres posées sur le velours.

- La dernière fois vous avez dit que chaque pierre avait un nom. Celles-ci en ont-elles un aussi ? demanda Inès.

- Pas elles non, elles ne sont pas encore taillées. Elles sont brutes.

- Je vois. Comment nomme-t-on une pierre ?


Le vieil homme prit le temps de réfléchir à la question en se frottant l’arcade d’un doigt.

- Chaque pierre est une histoire. En taillant la pierre, l’histoire, la personnalité dominante se révèle. Certaines pierres ont un fort caractère, d’autres moins. Le nom que porte une gemme est autant de son fait que celui de son tailleur. Tout est lié vous comprenez ?

- Pas vraiment non, répondit tristement Inès. Ca ressemble à de la magie votre histoire.


Léon lui sourit gentiment. Comment aurait-elle pu comprendre. Et pourtant elle était venue et avait demandé à voir. Perdu dans ces pensées il n’entendit pas la question qu’elle lui avait posé.

- Excusez moi, qu’avez vous dit ?

- Je vous demandais comment s’appelait la pierre que vous teniez dans votre main.


Léon ouvrit de grands yeux étonnés. Son regard tomba alors sur son poing droit qu’il tenait serré contre sa jambe. Il le desserra légèrement, révélant un éclat rosé dans la lumière rasante de la fin du jour. Il sentait le regard de la jeune femme sur sa main, alors avec une lenteur dont il ne se départissait plus, il posa la pierre sur le velours noir. Elle était petite, assez pour s’insérer dans un bijoux, rose veinée de noir. Les sillons sombres éclataient sur sa surface comme si un éclair y était tombé. Les lignes élancées se ramifiaient et disparaissaient sur la surface d’une couleur riche et profonde.

- Comment s’appelle-t-elle ? redemanda Inès.

- C’est une rhodonite. Léon parlait dans un murmure. Voici la Rhodonite de la fin du jour.

Il sentait l’attention d’Inès totalement focalisée sur la pierre, il sentait son esprit se tendre vers le nom qu’il avait donné. Chaque pierre a un nom et une histoire. Chaque pierre a un maitre. Il vit les doigts d’Inès s’approcher de la rhodonite et en effleurer la surface, alors il sut, qu’il venait de lui donner la vue. Tout alla très vite. Se fut foudroyant et imperceptible à la fois, Léon n’était même pas sure que la jeune fille l’eut remarqué mais elle ne pouvait pas avoir raté le déferlement de la pierre. Comme un chant venu de nulle part et de partout autour d’eux, l’air vibra et la peau d’Inès frémit. La pierre appelait. Léon regardait Inès immobile dans la tempête silencieuse qui l’ébranlait de tout son vieux corps. Il avait l’impression que l’on essayait d’emporter son esprit, comme on chasse un intrus. Ce dialogue la n’était pas pour lui, l’homme qui nommait les pierres. Et tout aussi soudainement qu’elle s’était levée, la bourrasque retomba. Quelques secondes à peine s’étaient écoulées qui avait paru durer toujours au joailler. Il cligna plusieurs fois des yeux, la respiration sifflante. Inès n’avait pas bougé, le doigt toujours à peine posé sur la surface de la gemme rose. Son cou, tendu comme si elle essayait d’aller contre le courant, se relâcha et ses épaules retombèrent. Elle leva la tête vers Léon, toujours penchée vers le comptoir. Ce dernier eu un mouvement de recul en plongeant ses yeux dans ceux de la jeune fille. Il la regarda se redresser, restant immobile comme en présence d’un animal dangereux ou inconnu.

- Ce n’est pas le nom de cette pierre, lui dit Inès.

Le vieil homme ne répondit rien, se reculant imperceptiblement. La fille n’avait pas l’air forte mais elle se surpasserait facilement. Il respira profondément pour calmer son cœur et se força à penser à de bonne chose pour chasser la peur.

- Il faut encore la tailler, continua la jeune femme. Ce n’est pas son nom. Pouvez vous le faire ? Cette pierre, pouvez vous en faire deux ?

- Je peux oui. Vous êtes sure de vous ?

- Je suis sure.


Léon reprit la pierre et la rangea sous le comptoir. Il laissa Inès partir, incertain sur ce qui venait de se passer. Lorsqu’il fut sur qu’elle était loin, il reprit le chemin de sa cuisine, les jambes tremblantes, s’appuyant de toutes ses forces sur sa canne pour ne pas tomber. Il se laissa aller sur une chaise et, la tête entre ses mains veinées il attendit que le soir finisse de tomber.

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Dernière édition par Lilith le Jeu 4 Aoû - 20:10, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Les dragons entremêlés.   Jeu 4 Aoû - 20:09

X. (fin)


*
**


Tom courût partout dans la ville. Il n’épargna aucune place, aucune rue à proximité du salon de tatouage, mais toujours il semblait qu’il l’avait loupé de peu. Une trace d’Inès flottait dans l’air, vague et dissipée. Ses circonvolutions aléatoires finirent par l’amener jusqu’à la bijouterie. Il fut stoppé net dans son élan par la fille qu’il vit entrer dans la boutique. Blonde et vive, elle lui jeta un coup d’œil par dessus son épaule et pénétra dans la fraicheur du magasin. Il s’avança pour la suivre mais encore une fois dut renoncer. Quelque chose n’allait pas avec cet endroit. Sans pouvoir mettre un nom sur ce qui le gênait, Tom ressentit le besoin de s’éloigner au plus vite, de prendre ses jambes à son cou pour ne s’arrêter que quand il sera loin. Très loin d’ici. Il recula lentement comme si l’aura néfaste qui s’échappait de la boutique allait lui sauter à la gorge et, sans quitter la porte des yeux, fit demi-tour.

Sur le chemin du retour, un rire familier vint résonner dans son oreille. Retenant les battements anarchiques de son cœur, il ne prit pas la fuite, se contentant d’avancer, les sens en alerte, attendant qu’elle se montre. Voyant qu’il ne réagissait pas avec cette angoisse qui l’amusait tant, sa sœur cessa de jouer avec lui.

- Tu as l’air chiffoné, dit-elle d’une voix douce.

- Hum, grogna Tom.

Elle se mit à tourner autour de lui en dansant. Ses chevilles fines ornées de petites chaines dorées accompagnaient sa chorégraphie de tintements ténus.

- Que se passe-t-il, tu as perdu ta brunette ?

- Non. Qu’est ce que tu veux ?

- Mais je veux tou
t, lâcha-t-elle dans un rire. Quelque chose ne va pas. Dis moi ce que c’est.

Tom considéra sa petite sœur. Elle paraissait si fragile et douce. Des griffes d’acier dans un gant de velours blond. Le regard de celle ci se durcit comme il hésitait à répondre. Elle arrêta de danser et se pendit à son cou.

- Dis moi.

Un soupir. Un murmure. Un ordre auquel il ne pouvait se soustraire. Tom déglutit avec difficulté.

- Je ne sais pas trop. J’ai eu une sensation étrange tout à l’heure devant la bijouterie de la rue du Parc. Un mauvais pressentiment.

Les yeux chocolat de sa sœur sondaient les siens avec ardeur. Ils étaient un peu jaunes. Ce constat le fit frissonner. Elle le perçut et retira ses bras du coup de son frère en hochant la tête.

- Bien, j’irais voir demain.

Tom ne dit rien. Elle s’éloigna d’un pas rapide, l’air intrigué. Il regarda sa petite silhouette disparaître dans la nuit tombante et reprit le chemin du salon. Seul à présent, il respirait un peu mieux.


*
**


Prisca se réfugia dans le magasin de son grand-père. Les derniers rayons du jour étaient encore chauds et lourds. La touffeur épaisse des après midi à la ville la fatiguait. La porte du fond était entrouverte, signe qu’il l’attendait dans la cuisine du fond. Elle referma la porte en essayant de ne pas faire sonner la cloche. Un petit défi qu’elle tentait à chaque fois qu’elle venait, en vain. Il savait toujours quand elle était la. Elle retourna la pancarte, indiquant la fermeture du magasin. Elle rejoignit le comptoir et se pencha par dessus, faisant glisser sa main dessous. Elle trouva la clé, ferma la porte et parti rejoindre son grand père. Elle le trouva assit devant la table de la cuisine, l’air hagard et effondré. Il était tellement immobile que pendant un instant elle crut qu’il ne respirait plus. Mais il lui fit signe de la main, toujours prostré dans une attitude résigné. Prisca comprit qu’il s’était passé quelque chose, aussi elle fit ce qu’il lui demandait sans rien demander. Elle s’assit en face de lui et attendit qu’il parle. Léon commença à parler d’une voix éteinte et basse mais Prisca n’osa pas lui demander de parler plus fort, elle se pencha vers lui et tendit l’oreille. Ses propos lui semblèrent tout d’abord incohérents puis doucement tout se mit en place. Elle l’écouta parler pendant longtemps. Il avait peur. Elle pouvait sentir sa peur qui le recouvrait comme un manteau étroit. Une sensation étrange l’engourdissait comme elle respirait cette peur qui suintait de son grand-père. Finalement il releva la tête vers elle. Il rencontra ses yeux bleu éclatant et soupira.

- Bon, commença Prisca pragmatique, tu es sur de toi ?

- Oui, j’en suis sure. Cette fille, elle a le don. Elle voit.


- Elle voit oui, mais elle voit quoi ? demanda Prisca.

- Tout dépend de ce qu’elle est prête à accepter. Il faut se renseigner sur elle. Si elle peut voir, cela signifie que le don lui a été transmis.

- Je verrais ce que je peux faire.


La jeune fille regarda soucieuse son grand-père se ronger les sangs.

- Elle parle aux pierres alors ? hasarda-t-elle.

- Je pense qu’elle peut faire plus que parler aux pierres, ma puce.

Léon paraissait désolé de sa découverte. Comme si elle lui ôtait des années de vie paisibles à vivre.

- Ceux qui voient, voient par de nombreux canaux différents. Certains sentent comme les pierres, d’autres écoutent les animaux ou le murmure de la nature. Il y a beaucoup de façon de voir. Et chacune est unique, révéla-t-il avant de replonger sa tête entre ses mains ridées.

Prisca préféra se taire plutôt que de dire une bêtise. Elle ne faisait pas partie de « ceux qui voient » comme disait son grand-père, pas plus qu’il n’avait donné son don à sa fille, elle ne l’avait pas reçu. Peut être que le phénomène sautait des générations. Elle réfléchit un instant à comment elle pourrait obtenir des informations sur cette fille. Par des moyens légaux.

- Comment s’appelle-t-elle ? demanda Prisca.

- Inès, je crois.

- Inès comment ?

- Je ne sais pas
, répondit son grand-père l’air mortifié. Je suis désolée.

- C’est pas grave je vais trouver. Un signe distinctif quelconque ?

- Elle m’a parlé de dragons
, dit-il en baissant la voix. Un tatouage, sur son dos.

- Un dragon hein ?

- Non, deux.


Un silence suspendu entre eux s’éternisa un peu trop longtemps. Prisca sentit son cœur s’emballer. Voir et être vu, un héritage auquel elle n’avait pas eu droit, cette autre elle y avait droit. Des yeux pour des dragons. La jeune fille se souleva lourdement de sa chaise, elle embrassa son grand-père sur le front et lui dit d’aller se coucher, puis elle le laissa seul et rentra chez elle.


*
**


Elle n’avait pas attendu le lendemain pour se rendre rue du Parc. La fillette blonde regarda l’autre sortir du magasin, les pieds pendant dans le vide. Une fois que l’autre fille fut partie, elle bondit de son perchoir et se réceptionna à la manière des gymnastes, jambes serrées et bras en croix. Prenant en compte le pressentiment de son frère, elle resta distance respectueuse. Seule au milieu de la rue déserte, elle scruta la nuit, immobile comme une statue. La lumière de la cuisine s’éteignit sans qu’elle la voit. Mais elle sut. Elle pencha la tête de coté, ses cheveux presque blancs venant balayer son épaule droite. Elle resta là longtemps silencieuse et observatrice. Puis elle perçut ce qui avait bouleversé son cher frère. Cela l’amusa avant qu’elle ne comprenne ce qui était à l’œuvre dans cet endroit. Son sourire disparut instantanément et elle fit volte face.

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MessageSujet: Re: Les dragons entremêlés.   Mar 23 Aoû - 19:30

XI.

Prisca allongée sur son lit, les bras croisés derrière la tête, réfléchissait aux révélations de son grand-père. N’ayant rien reçu en héritage, elle n’avait subit aucune formation et si les propos qu’ils avaient tenu lui échappaient parfois, elle en comprenait l’essentiel. Elle dégagea sa main droite qui alla nonchalamment effleurer les chaussons de danse qui pendaient au dessus d’elle, attachés à un clou. Ses pensées vagabondaient sans but. La danse et cette Inès. Les pierres et ses chaussons. Les dragons et la vision. Toutes les formes de danse. Prisca interrompit la le cours de ses pensées. Un rapide coup d’oeil sur son réveil lui indiqua qu’elle était déjà en retard. Elle s’assit sur son lit, guettant la respiration tranquille de ses parents endormis. Tout était calme. Elle se leva, retira son pyjama blanc sous lequel elle avait gardé ses sous-vêtements. Elle enfila en vitesse un pantalon noir et un t-shirt gris, noua ses cheveux en une queue de cheval haute et sortit ses baskets noires de sous son lit. Elle les garda à la main jusqu’à ce qu’elle fut dehors. Son escapade se fit sans bruit et sans accroc. Une fois ses chaussures aux pieds, elle se mit en route, courant comme si elle avait la mort aux trousses. L’église sonna une heure du matin, Prisca augmenta la longueur de ses foulées.


Ils l’attendaient tous, assis en demi cercle afin de surveiller l’accès du hangar désaffecté qui leur servait de base. Prisca fit une entrée discrète mais remarquée. Un jeune homme, un peu plus âgé qu’elle, lui jeta un regard et se leva pour faire face au demi cercle. Prisca s’assit sur la droite, entre une fille aux cheveux courts en bataille et un garçon musclé, arborant des tatouages sur ses deux mollets. Elle salua l’assemblée d’un signe de tête et attendit que le garçon commence. Il se racla la gorge et se lança dans un discours dont Prisca n’écouta réellement que peu de chose. Son attention fut brièvement attirée par la perspective d’un combat avec une bande voisine mais cela restait du domaine de l’hypothèse. Aucune frontière n’avait été clairement franchie et tous s’en tiendraient au statu quo, à moins d’une bonne raison. Aussi la jeune fille retourna à ses pensées en attendant que son chef termine son laïus. Quand il s’arrêta enfin de parler, tous se dispersèrent dans les rues de la ville. Certains dotés de missions partirent pour les quartiers plus favorisés, quand d’autres avides de sensations fortes se dirigèrent vers les quartiers ennemis pour tester leurs limites. Prisca, jeta un regard circulaire à ceux qui restaient dans le hangar. Le chef, celui qui avait parlé, lui fit signe d’approcher. Prisca se leva lourdement, agacée d’avance à l’idée de devoir s’expliquer.

- Tu fais quoi ce soir ? demanda-t-il lorsqu’elle arriva à sa hauteur.

- Je sais pas encore, mentit-elle. Tu as une mission pour moi ?

- Non, pas aujourd’hui.

- Alors j’y vais
, lâcha-t-elle en haussant les épaules.

Et elle partit, le laissant seul sur place. Ses omoplates brulaient de la suspicion qu’il portait dans son regard. Elle quitta le hangar, salua la fille de garde ce soir la et prit la direction des quartiers neutres.


Les quartiers neutres, qu’on appelait aussi le passage, formaient une aire de non droit pour les gangs de la ville. Aucune autorité n’était réclamée par une bande sur cette partie de la ville. Le passage appartenait à Sourire. On ne la voyait pas souvent, mais elle était toujours la, s’assurant qu’aucun conflit ne naitrait entre ses murs. Les informateurs en tout genre que venaient solliciter les bandes des rues relevaient de son autorité seule et aucun mal ne leur était fait. Tant par égard pour les informations qu’ils possédaient que pour Sourire. Prisca baissa la tête en entrant dans le Passage, modifiant légèrement sa démarche pour en dire le moins possible sur elle. Elle se dirigea d’un pas sur vers une maison inhabitée et passablement en ruine. Elle chercha le sol du pied et vint buter contre l’anneau d’une trappe. Elle souleva la trappe faisant voler un peu de poussière et s’engouffra dedans. Illuminé par une ribambelle de bougie, elle suivit le couloir de béton brut et déboucha dans une salle spacieuse et enfumée. La musique coulait des enceintes comme un torrent en cru. Les lumières clignotaient dans tous les sens, au même rythme que les stroboscopes, rendant difficile la traversée de la salle. Prisca en habituée, fendit la foule des danseurs et rejoignit une table vide, près du mur du fond. Elle s’assit et fut rapidement rejointe par un homme d’un certain âge qui s’assit face à elle. Ils s’observèrent un moment, les oreilles engourdies par la musique assourdissante. Prisca leva sa main droite en signe d’apaisement et passa son bras gauche dans son dos. Elle en sortit une enveloppe qu’elle fit glisser sur la table jusqu’à lui. Alors qu’il allait s’en saisir, elle la bloqua de l’index. Avec le bout de son doigt, elle tapota deux fois l’enveloppe, lui faisant comprendre qu’elle avait besoin des informations demandées le soir même, s’il voulait être payé. L’homme acquiesça de la tête, prit le tout et quitta la table. La jeune fille le garda dans son champ de vision aussi longtemps qu’elle put. Lorsqu’il eut disparu, elle se laissa aller contre le dossier de sa chaise. Elle fit un signe à une serveuse qui passait par la et attendit le retour de son indic.


Le Caveau, car tel était le nom de ce lieu où l’information se vendait au milieu d’une musique flamboyante et sonore, ne désemplissait jamais vraiment la nuit. Il vendait ce qu’il pouvait jusqu’aux premières lueurs du jour. Et c’est au matin nouveau que l’homme revint vers Prisca. Il lui chuchota quelque chose à l’oreille et lui glissa une feuille de papier plié en quatre dans la poche, s’attardant sur sa cuisse. Prisca chassa sa main et déposa un billet sur la table avant de partir. Ce soir la, elle ne repassa pas par le hangar mais rentra directement chez elle. Une fois dans son lit, la lumière du jour éclairant la couette sur elle, elle ouvrit la feuille de papier pliée en quatre.

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MessageSujet: Re: Les dragons entremêlés.   Mer 31 Aoû - 16:01

XII.

L’après midi commençait et le soleil tapait haut et fort dans le ciel. Ses rayons brulants venaient chauffer la joue de la jeune fille endormie. Lorsque le rayon finit par tomber sur ses yeux fermés, elle se réveilla brusquement. Un regard embrumé balaya la pièce autour d’elle, rien en vue. Elle se redressa dans son lit, le cœur battant la chamade. Ses mains se mirent à chercher fébrilement le précieux papier. Sous l’oreiller, entre les draps, rien. Paniquée, Prisca s’extirpa violemment du lit. Elle laissa échapper un cri de soulagement quand son pied se posa sur la feuille blanche, qui avait glissé à terre. Elle le ramassa et le posa sur son bureau. Il n’y avait rien d’autre dessus, pas de lampe, pas de crayon ni de livre. Juste ces informations, protégées dans les pliures d’une simple feuille blanche.

Délaissant sa chambre, Prisca se rendit dans la salle de bain. Elle prit une douche rapide, elle n’avait pas de bleus ou de blessures à soigner aujourd’hui. Elle s’habilla d’un jean propre et d’un t-shirt blanc et, attrapant ses clés qui trainaient par terre, sortit pour son rendez vous.


Elle arriva devant le commissariat à quatorze heures tapantes et se présenta à l’accueil. La secrétaire la fit patienter, le commissaire Jean allait arriver. Prisca resta debout, observant le va et vient des policiers en service, une routine qu’elle connaissait bien. Certains la saluaient gentiment, alors que d’autres n’avaient que mépris dans leurs yeux. Peu importe, à ceux la elle lança son plus beau sourire. Voyant que le commissaire n’arrivait pas, la secrétaire lui amena un verre d’eau, que la jeune fille accepta avec reconnaissance, il faisait vraiment chaud à l’intérieur.

- La clim est en panne, l’informa la secrétaire, c’est l’enfer depuis trois jours.

Prisca ne dit rien et but son verre. L’eau fraiche lui fit du bien, éclaircissant son esprit. Les yeux baissés, elle regarda son bras. A son poignet droit, le bracelet tressé, symbole de sa bande ne la quittait jamais. Juste au dessus, remontant de l’articulation de la main jusqu’au coude, une fine cicatrice blanche lui barrait l’avant bras. La première cicatrice. Elle avait chaud et son cœur se serra à ces vieux souvenirs. La secrétaire la tira de ses pensées, hochant de la tête vers l’escalier en fer qui montait dans les bureaux. Prisca regarda le commissaire arriver de sa démarche lourde. De taille moyenne, la cinquantaine bien entamée et les cheveux grisonnant, il lui sourit derrière son regard sombre. Le commissaire Jean était un homme taciturne mais honnête, et bien qu’il n’accepte pas l’attitude de Prisca, il l’aimait bien quand même. Il lui fit signe de le suivre dans une des salles du fond, près des cellules. Prisca jeta son verre en plastique et le suivit. Ils s’assirent l’un face à l’autre, dans une salle d’interrogatoire vide et grise. Une table et deux chaises métalliques. Jean déposa son arme de service sur la table et Prisca se laissa aller contre sa chaise.

- Bonjour Prisca, commença l’homme, comment ça va aujourd’hui ?

- On fait aller.

- Bien, bien,
dit il en ouvrant un dossier entre eux deux. Bon alors, ça fait quatre mois maintenant que tu pointes ici toutes les semaines.

Prisca ne répondit rien. C’était la procédure habituelle. Ennuyante pour tous les deux mais nécessaire car filmée pour les archives. Elle l’écouta réciter son dossier en silence.

- Que faisais-tu dans le Passage hier soir Prisca ? demanda-t-il brusquement. Nous avions un accord. Tu ne sors pas de ton hangar et je ne dis rien. Et tu ne retournes pas la bas sans que je t’y envois expressément.

La jeune fille jura intérieurement, luttant pour garder une expression neutre. Elle ne répondit pas, incapable de trouver une réponse acceptable.

- Alors ?

- Je me promenais. En souvenir du bon vieux temps.

- Prisca, ne joue pas au plus malin avec moi. Tu cherchais des renseignements ? Vous préparez quelque chose pas vrai ?


- Non, soupira Prisca, non on ne va rien faire. C’est… C’est personnel.

Le commissaire lui jeta un coup d’œil sceptique. Il l’observa un instant, sachant très bien qu’elle ne craquerait pas. Il l’avait vu revenir des quartiers sensibles couverte de son propre sang sans rien dire, ce n’était pas un pauvre regard noir qui la ferait flancher. Il poursuivit son inspection. Elle ne portait pas de bandage aux mains et aucune trace de traumatisme récent, elle n’avait pas du se battre hier soir. Peut être disait-elle la vérité, pour une fois. Le commissaire se passa une main sur le visage. Il occupait ce poste depuis presque treize ans maintenant, chargé de la sécurité dans les quartiers bas. Un univers dont les gens de la ville ignoraient tout ou presque. A moins que, comme Prisca on se retrouve projeté dedans. Pour certains, les noms de Passage, Quartiers neutres ou Sourire, ne voulait rien dire. Mais pour ceux qui frayaient dans ce milieu, ils étaient emprunts d’une véritable signification. Prisca avait été arrêtée il y a quatre mois de cela pour coups et blessures lors d’une rixe entre deux bandes rivales. Lorsqu’il l’avait vu débarqué au commissariat avec ses longs cheveux blonds et son regard azur, Jean n’y avait pas crut. Puis il avait vu ses mains tachées de sang et ses articulations abimées d’avoir trop frappé. Une frêle jeune fille transformée en machine à détruire. Une fille capable de tout mais qui conservait une candeur et une innocence en désaccord total avec la vie qu’elle menait. Il l’avait pris sous son aile. Elle lui servait d’indic lors d’affaires importantes où son réseau personnel ne suffisait plus. Dans ces cas la, elle prenait le relais. En échange, et sous réserve d’une conduite acceptable, il écrivait des rapports favorables pour lui éviter le tribunal. Jean lui lança un dernier regard, se demandant comment une jeune fille comme elle pouvait avoir voulu se retrouver la où elle était.

- Tu peux y aller. Fais attention.

Prisca se leva sans un mot. Arrivée à la porte, elle se retourna brièvement pour lui sourire. Jean frémit. Elle avait le même sourire que ses enfants.


La jeune fille quitta la salle d’interrogatoire. Elle salua la secrétaire et sortit du commissariat. Elle se trouvait encore sur le perron quand une voiture banalisée arriva en trombe dans la cour intérieure. Un agent en arme sortit à toute vitesse du véhicule, rejoint par des collègues qui trainaient autour. Il leur fallut s’y mettre à quatre pour sortir l’homme assis à l’arrière. Ce dernier se débattait en hurlant des obscénités et riant à s’en arracher la mâchoire. L’avantage du terrain était pour lui et, lorsqu’ils l’eurent sortit de la voiture, il attrapa un des policiers à la gorge, essayant de l’étouffer. Deux autres flics arrivèrent pour prêter main forte à l’infortunée victime. Dans le tumulte, personne ne vit le couteau sortir de la poche du prisonnier. Prisca fonça en avant, sous le regard ahuri des policiers. Le tranchant de sa main s’abattit sur celle de l’homme et son genou vint se loger dans son entrejambes, le pliant en deux de douleur. Le canif roula à terre. Les hommes autour lui lancèrent un regard interdit. Jean déboula à ce moment là. Il regarda Prisca qui lui rendit la pareille avant de faire demi-tour en haussant les épaules. Lorsqu’elle passa près de l’homme qui gémissait de douleur, celui-ci releva la tête pour la regarder, passant une langue avide sur ses lèvres minces. Prisca eut envie de lui cracher au visage mais elle se contenta de passer son chemin.


Comme a chaque fois après avoir pointé, Prisca détestait rentrer directement chez elle. Le regard déçu de sa mère, incapable de comprendre, de savoir, la mettait mal à l’aise. Elle hésita un instant à retourner au hangar. Là bas au moins elle pourrait se défouler en toute liberté. Mais le souvenir de ce qu’elle avait appris la nuit dernière se rappela à elle comme un fer brulant sur son esprit. Elle prit la direction de la bijouterie.
Elle avançait d’un pas raide. Ces séances de pointage étaient nerveusement fatigantes. Il lui semblait qu’elles ne finiraient jamais. Mais le commissaire Jean était un type bien, en dépit de ses idées un peu réac’. Elle ne se rendit compte que trop tard qu’elle avait fait un détour en passant par le parc. A quelques pas de la, elle pouvait voir l’entrée d’un salon de tatouage. Il y avait du monde à l’intérieur, elle voyait des silhouettes bouger en contre jour. La jeune fille nota l’emplacement du magasin et reprit sa route. Quelques minutes plus tard, elle poussa la porte de la bijouterie de son grand-père. Seul derrière le comptoir, il releva la tête et lui sourit. D’un geste tendre, elle l’embrassa et lui tendit une feuille blanche, pliée en quatre.

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MessageSujet: Re: Les dragons entremêlés.   Ven 2 Sep - 11:39

Spoiler:
 


XIII. Début

Tom releva la tête de son travail. Décidément ça devenait une habitude d’être distrait la journée. Il sourit gentiment au couple face à lui et eut un regard compatissant pour le jeune homme qui se faisait broyer la main par sa copine. Autour de lui, Alice était affairé à la réalisation d’un de ses dessins nécessitant une brosse plus qu’imposante pour les ombres. Cette jeune fille aime faire les choses en grand, pensa-t-il. La dernière chaise était occupée par un ami à lui d’une trentaine d’année, venu pour son septième tatouage. Alice fut la première à finir son œuvre, elle désinfecta le client et lui tendit un miroir afin qu’il puisse observer son nouveau mollet. Satisfait ce dernier la remercia et l’accompagna au comptoir pour payer le second versement. L’ancien patron avait instauré ce système, où le client payait un acompte avant de se faire tatouer et le reste à la fin. Alice lui parla de l’entretien, des crèmes à acheter et des précautions à prendre avant qu’il ne quitte le salon. Tom écouta d’une oreille pour vérifier qu’elle n’oubliait rien, puis se reconcentra sur son travail pendant que sa collègue nettoyait et désinfectait tout.

C’est à ce moment la qu’il la sentit arriver. Il lâcha un juron. Le couple lui lança un regard interrogateur auquel il ne répondit pas. La cloche de l’entrée tinta et elle fut la. Devant lui.

- Bonjour Tom, carillonna la voix.

- Mais qu’elle est jolie, s’exclama la fille assise en face de Tom.

- Qu’est ce que tu fais la ? demanda sèchement le jeune homme.

La fillette fit la moue.

- Mais, j’avais envie de te voir.

- Je travaille la.

- Je vais attendre.


Elle planta son regard chocolat dans les yeux de son frère et s’éloigna en direction du comptoir. Tom la laissa partir et reprit son travail, les muscles crispés.

La fillette s’approcha de l’entrée. Alice accoudée au comptoir l’observait du coin de l’œil en dessinant ce qui lui passait par la tête. Elle ne pouvait détacher son regard de la fille. Cette dernière le remarqua et vint se poster près de la tatoueuse.

- Comment t’appelles-tu ? demanda Alice.

- Je suis Lyn.

- Et que fais-tu toute seule dehors, Lyn ?

- Je cherchais Tom. J’ai un problème,
roucoula cette dernière.

- Un problème à l’école ? Je peux t’aider peut-être.

La petite fille eut un sourire énigmatique.

- Oui, peut être que tu peux.
Alice la regarda aller et venir dans le magasin. Ses chevilles faisaient un petit bruit étrange à cause des chaines qui les entouraient.

- Quel est ton problème ?

- J’ai perdu un ami.

- Ça ne doit pas être bien grave
, répondit la jeune femme. Tu le retrouveras j’en suis sure.

Elles se regardèrent un moment, puis Lyn se pencha sur les dessins d’Alice.

- J’ai rencontré une fille une fois, elle dessinait très bien. Ses dessins avaient l’air vivant.

- Que dessinait-elle ?

- Des dragons. Ils dansaient.

- Ah mais tu connais Inès alors !
s’exclama Alice. Tom, elle connait Inès.

Le jeune homme releva la tête pour les regarder. Le sourire carnassier de sa sœur lui faisait froid dans le dos, mais il semblait le seul à remarquer combien elle s’amusait. Il haussa les épaules et reprit son travail, espérant que sa peur ne remonterait pas jusqu’à la fillette blonde. Les deux filles discutèrent un moment sans qu’il puisse capter leur sujet de conversation. Elles rigolaient et semblaient s’amuser. Lyn revint vers lui au bout d’un moment et lui plaqua un baiser innocent sur la joue avant de partir. La fille en face de lui trouva la scène adorable et ne fit que parler de la fillette une fois celle-ci partie.

- Cette petite est très mature pour son âge, lui lança Alice.

- Oui, il parait.

- Tu la connais bien, on dirait.

- La famille.

- Ça te dérange si je lui présente mon neveu, ils ont à peu près le même âge et il s’ennui tout seul. Je les emmènerais au parc d’attraction tout ça.

- Non, non, c’est une bonne idée.
Alice sourit, heureuse d’avoir trouvé un moyen discret et innocent de se rapprocher de Tom.

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MessageSujet: Re: Les dragons entremêlés.   Ven 9 Sep - 20:25

XIII. Suite


*
**

Inès se réveilla dans la pénombre de sa chambre. Son esprit confus restait impuissant à ordonner les évènements des jours passés. Elle s’assit prudemment sur le bord de son lit, grimaçant comme ses muscles douloureux se rappelaient à elle. Elle laissa ses yeux s’habituer à la faible lumière que dispensaient les volets fermés et se leva en tirant sur ses cuisses fatiguées. Elle émergea de sa chambre pour trouver sa mère affairée dans le salon. Marine vint embrasser sa fille, inquiète mais muette devant le visage épuisée de sa progéniture.

- Je vais à l’Institut voir ton père, tu veux venir ? demanda-t-elle.

- Hum. Non, je vais aller me recoucher.

- D’accord. Mange quelque chose quand même.


Inès grogna une réponse et laissa sa mère partir. Elle fit un détour par la cuisine pour attraper une pomme qu’elle croqua avec mollesse. Le fruit avait un gout de cendre dans sa bouche. Elle se força à mâcher le morceau qui se trouvait déjà entre ses lèvres et abandonna le reste sur la table avant de retourner sous sa couette. Elle s’endormit lourdement, l’esprit parasité par des visions étranges et des sentiments étranges.
Lorsqu’elle émergea à nouveau, l’après midi était bien entamé. Incapable de se souvenir du jour de la semaine, Inès s’habilla avec lenteur pour sortir. Il lui semblait évoluer dans un rêve, où tout vous échappe. Elle sentait un vide immense en elle, incapable de mettre quoi que ce soit dedans pour le remplir. Ses pensées s’évanouissaient dans son esprit embrumé aussi vite qu’elles y naissaient. Elle se rappelait vaguement être tombé et être allé voir le vieux joailler. Après cela, les évènements lui échappaient un peu, mais ils lui paraissaient tellement improbable que sont esprit cartésien rejetait le peu d’information qu’elle possédait. Inès ouvrit la porte d’entrée et fut frappée par la force du soleil sur son visage. Une réminiscence éclata dans son esprit comme un éclair. Il y avait quelque chose avec cette pierre rose qu’elle avait vu à la bijouterie, quelque chose d’étrange. Et il y avait un pressentiment qui naissait dans son ventre, une méfiance. La jeune femme leva la main pour se protéger du soleil et prit le chemin du centre ville.

Un vent frais la poussait vers la ville et Inès se laissa porter par la brise sans réfléchir. Elle marchait d’un pas allègre vers le magasin du pierceur. Après avoir vue les pierres, elle s’était décidé à prendre rendez vous, quoiqu’en dise le vieux bijoutier. Tout en avançant, Inès ne cessait de repasser les derniers évènements au filtre de son esprit. Les mots du vieil homme la troublaient énormément, mais moins que ce qu’elle avait cru entendre de la part d’une pierre. Son esprit associa les idées de manière complètement aléatoire et elle en vient à repenser aux silhouettes de l’institut et à l’attitude étrange de son père. Se mordillant la lèvre inférieure, Inès, le regard baissé à terre, ne vit pas la vieille femme qui arrivait dans l’autre sens. L’étroit trottoir ne permettait pas que les deux femmes passent de front et leurs épaules s’entrechoquèrent violemment. Etonnée, Inès releva la tête. La femme devait avoir au moins quatre-vingts ans mais malgré son grand âge et le choc qu’elle venait de subir, elle se tenait droite et sure d’elle. Sa peau commençait à se parcheminer mais ses yeux renvoyaient une force surprenante pour sa frêle constitution. Inès s’apprêtait à s’excuser quand la femme leva la main vers elle et lui sourit. La jeune fille frémit et sourit en retour, pas vraiment sure de la signification à donner à ce sourire. Elle reprit sa route en jetant des coups d’œil par dessus son épaule, mais la vieille femme continua sa route comme si de rien n’était. Inès chassa l’accident de ses pensées et déboucha finalement dans la rue où se trouvait le magasin du pierceur. Elle lança un regard à la vitrine de la bijouterie. Cette dernière semblait fermée et Inès n’eut guère l’envie d’aller le vérifier. Aussi tourna-t-elle le dos à la boutique et pénétra dans celle du pierceur. Il y avait du monde à l’intérieur. Une bande d’amies observait les bijoux que vendait le magasin en s’extasiant devant des articles qu’Inès trouva au bas mot, totalement vulgaire. Un jeune homme dans le fond gémit bruyamment lorsque l’aiguille vint transpercer sa langue. Inès ferma les yeux, légèrement dégoutée, et prit sa place dans la file d’attente. Lorsque son tour arriva, elle eut un temps d’arrêt en découvrant le pierceur qui accueillait les clients. Elle réprima un sursaut et une remarque désagréable. L’homme, qui devait bien avoir une trentaine d’années, portait ses cheveux longs et gras. L’usage du shampoing lui échappait visiblement. Mais surtout, son visage était recouvert de piercings et ses oreilles, déformées par des écarteurs énormes pendaient presque jusqu’à ses épaules. Inès déglutit et se força à sourire malgré le choc.

- Bonjour mademoiselle, je peux vous aider ? demanda-t-il d’une grosse voix de gorge.

- Bonjour, je viens de la part de Tom du salon de tatouage de la rue Blanchot, répondit-elle timidement. Ce serait pour un percing micro-dermal. Il m’a dit que c’était possible d’en faire faire ici.

- Oui, on peut faire ça oui. C’est où que vous le voulez ce piercing ?

- En fait, j’en veux deux. Un pour chacun des yeux des dragons de mon tatouage.


L’homme piercé prit le temps de réfléchir. Puis tout d’un coup, il fit rugir sa grosse voix tonitruante :

- ANTOINE ! viens ici, il y a une fille pour un PM.

Surprise, Inès recula d’un pas sous l’assaut sonore. Elle n’eut pas à attendre longtemps que le fameux Antoine se montre. Contrairement à son collègue, lui ne portait aucun piercing, constata la jeune fille. Tout du moins, aucun qui soit visible. Il la salua poliment et lui fit signe de le suivre près des chaises de travail. Inès eut l’étrange sentiment de se retrouver au salon de tatouage. Elle n’aurait pas été surprise de voir Tom surgir du fond de la boutique en rouspétant. Cette pensée lui arracha un sourire. Puis Antoine lui posa une quantité de question sur son tatouage et le piercing qu’elle désirait, lui expliquant le principe, l’entretien et la pose du piercing. Ils convinrent d’un rendez vous au début de la semaine suivante. Inès quitta le magasin, rassérénée sur cette histoire, ravie de voir son tatouage se finaliser enfin. Sur le chemin du retour elle fit un crochet par la fac pour se renseigner sur les modalités de réinscriptions. Une lettre avait été laissé à son intention au secrétariat qu’elle récupéra et enfouie dans sa poche avant de rentrer chez elle avec dans l’idée de retourner au lit. Une fois dans sa chambre, elle laissa son jean tomber par terre d’un mouvement de fesses et s’étala de tout son long sur la couette. Cette après-midi là, les dragons d’encre volaient autour d’elle, la couvant de leur langoureux regard rosé.

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MessageSujet: Re: Les dragons entremêlés.   Sam 17 Sep - 21:07

XIII. Fin

Marine se présenta à l’accueil de l’Institut avec une légère appréhension. Une infirmière qu’elle ne connaissait pas faisait cascader son opulente chevelure blonde en minaudant avec un homme venu voir un parent. Ses gloussements répétés portèrent rapidement sur le système de Marine, qui déjà nerveuse, se sentit à présent exaspérée. Elle attendit une bonne dizaine de minutes, son pied droit frappant nerveusement le lino qui recouvrait le sol. Lorsque son tour arriva enfin, elle s’adressa sèchement à la jeune femme, lui demandant si elle pouvait voir son mari. L’infirmière lui jeta un regard dédaigneux qui fit serrer les poings de la femme face à elle. Ses yeux clairs exprimaient clairement son opinion sur les parents des patients de l’institut. Un mélange de pitié et de mépris, pour ces familles pas tout à fait saine d’esprit. Marine retint un commentaire et malgré la brulure de ses yeux, suivit l’infirmière, la tête haute vers les étages. On la laissa devant une porte blanche munie d’un Juda à travers le quel elle regarda un instant. Marc attendait à l’intérieur, la tête baissée, assis devant une table en fer, encradré par deux aides-soignants. Il avait l’air totalement abattu et ne réagit presque pas quand elle ouvrit la porte et s’assit face à lui. Elle le regarda pendant un long moment. Ses cheveux défaits, ses épaules affaissées, ses traits tirés. Il fixait ses mains posées à plat sur la table, et semblait ne jamais cligner des yeux, comme s’il voyait des choses sur sa peau qu’elle ne pouvait pas comprendre. Ses yeux étaient toujours brulants de larmes retenues quand elle avança timidement la main vers lui pour recouvrir les siennes. Pendant un instant, il ne sembla pas reconnaître l’alliance de sa femme puis ses yeux clignèrent violemment et il redressa la tête. Le regard de Marine se voilà de tristesse quand elle lut dans celui de son mari. Il la regarda avec un pauvre sourire désolé sur ses lèvres fines. Il avait toujours cet air de s’excuser en silence quand il finissait en isolement, quand bien même il n’expliquait jamais pourquoi il en arrivait la.

- Comment vas tu ? demanda-t-elle.

- Bien, ça va. Je suis en sécurité pour l’instant.

Marine n’insista pas. Il répétait souvent ce genre de chose quand on l’enfermait pour violence. Il lui parlait alors des ombres au dehors qui le menaçaient et de la lumière constamment allumée dans la salle d’isolement.

- Marc, pourquoi as-tu aggressé cette infirmière ?

- Je ne l’ai pas agressé. Non. Non, ce n’est pas vrai.

- Si. C’est vrai et tu le sais. Tu lui as sauté dessus.

- Non c’est faux. Elles étaient la partout, il fallait se protéger. Il fallait…


Sa voix mourut entre ses lèvres sans qu’il pût finir sa phrase. Marine soupira en voyant son mari reparti dans ses délires paranoïaques, et après cela, elle n’insista plus sur l’accident. Ils discutèrent un petit moment, d’Inès, des dettes, du travail de Marine et de l’Institut et quand l’heure fut écoulée, les infirmiers emmenèrent Marc avec eux, laissant Marine seule une fois de plus. Elle resta un instant encore dans la pièce à contempler la chaise vide en face d’elle. Voir son mari dans cet état, dans un tel délabrement moral et mental lui donnait l’impression d’avoir à jamais perdu l’homme qu’elle avait épousé. Elle avait peur aussi, pour Inès qui semblait parfois si loin d’elle et du monde. Inès qui ressemblait tellement à son père. Marine avait souvent l’impression d’évoluer dans une tempête sans pouvoir rien faire d’autre que plier pour ne pas casser et avancer coute que coute. Fatiguée, elle finit par se lever et quitter la pièce. Elle redescendit à l’accueil et s’apprêtait à partir quand son nom claqua dans l’air et qu’une main saisit son bras avec force.
Assis à la cafétéria devant un café, Marine sourit à l’homme face à elle.

- Ca me fait plaisir de vous voir. Comment allez vous Madame Deponst ? demanda-t-il.

- Très bien merci. Vous pouvez m’appelez Marine, après tout ce que vous avez fait pour mon mari…

Le commissaire Jean lui rendit un sourire timide et but une gorgée de café brulant.

- Dans ce cas appelez moi Henri. Comment va Marc ? On m’a dit qu’il était encore en isolement cette semaine.

- Oui
, confirma Marine d’un air désolé. Ca ne s’arrange pas, il fait toujours des crises et il parle sans cesse de ces ombres qui le menacent.

Henri ne dit rien, une ride soucieuse en travers du front. Le cas de Marc Deponst l’avait franchement retourné à l’époque. Ce pauvre homme, sans histoire, professeur dans un lycée voisin, que son équipe de recherche, greffée en renfort avait fini par retrouver errant nu au bord d’une rivière. Il ne s’agissait pas du tout de son secteur ni de son terrain de compétence mais la détresse qu’il avait vu dans le regard de cet homme et sur son corps l’avait bouleversé. Depuis cette sombre histoire, on avait toujours trouvé aucun coupable, ni aucune piste sérieuse, mais il venait voir Marc à l’Institut de temps en temps et prenait des nouvelles de sa femme et de sa fille. Ils discutèrent un peu de chose et d’autre, puis comme le devoir sonna sur son téléphone portable, il la raccompagna jusqu’à sa voiture et ils se quittèrent. Lorsqu’elle arriva chez elle, Marine découvrit les chaussures de sa fille dans l’entrée. Elle les rangea dans le placard prévu à cet effet et déposant son sac et son manteau sur le canapé, se dirigea vers la cuisine pour préparer le repas. Inès finit par se réveiller, alléchée par l’odeur de la tourte saumon-épinard et elles mangèrent leurs parts devant la télé, comme après chaque visite à l’Insitut.

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MessageSujet: Re: Les dragons entremêlés.   Jeu 22 Sep - 15:25

XIV. Début.


Les jours passaient avec la même lenteur et dans une monotonie presque paramétrée. Inès se levait entre dix et onze heures, ne déjeunait pas mais sortait son carton à dessins et restait penchée sur ses feuilles jusqu’au milieu de l’après midi. Au bout de quatre jours passés à dessiner et à manger quand elle s’en rappelait, Inès étala au sol une vingtaine de dessin qu’elle destinait à Tom pour le salon. Ses premières productions d’artiste, peut être. Lorsqu’elle avait pris la décision de produire des dessins pour des tatouages comme l’avait suggéré Alice, elle s’était dit que cela ne serait qu’un passe-temps en attendant de retourner à la bijouterie puis chez le pierceur. Mais très vite, emportée par son imaginaire, elle s’était laissée prendre au jeu. Et, ainsi entourée de tous ses dragons, geisha et autres personnages bien à elle, elle se sentit heureuse. Elle attrapa une feuille vivement colorée et sortit de sa chambre en courant presque pour la montrer à son père. Mais à peine eut-elle franchit le seuil de sa chambre qu’elle s’arrêta brusquement. Son père n’était pas la, se rappela-t-elle, il ne la ferait plus sauter sur ses genoux en s’émerveillant de ses croquis. Dépitée, Inès retourna dans son antre ranger les dessins éparpillés par terre. Une fois le carton refermé, elle se déshabilla et alla prendre une douche.


L’eau chaude sur sa peau la coula dans une semi torpeur bienvenue. L’esprit encore plein des personnages qu’elle avait créé, elle laissa l’eau ruisseler sur son visage, son ventre et ses jambes. Elle laissa défiler devant ses paupières closes, les scènes échappées de sa main quand l’une d’elle attira son attention. On y voyait juste deux silhouettes noires, leurs visages tournés vers le ciel et la lune. Inès frémit comme cette scène de papier lui rappelait celle dans le parc de l’Institut. Elle plongea son visage sous le jet d’eau chaude pour chasser l’image mais la vision des ombres dans la nuit restait accroché à ses cils et se superposait à tout autre chose. Son cœur battant la chamade, elle prit appui contre le mur de la douche mais le contact froid contre sa paume sembla aviver sa vision. Son dos, maintenant sous l’eau commençait à se réchauffer et à la démanger. La jeune femme passa une main nerveuse sur ses reins, résistant à l’envie de s’arracher la peau. Une armée lui grouillait sous l’épiderme sans qu’elle ne sente rien d ‘autre que son mouvement sur sa chair. La sensation lui remonta l’échine pour se perdre entre ses omoplates où elle éclata en gerbes douloureuse. Inès retint un cri de douleur alors que sa vision se paraît de rouge et se brouillait sur les silhouettes qui la regardaient à présent. Un autre dessin se superposa alors à son hallucination. Un dragon semblable aux siens, vint s’enrouler autour de son cou et de sa taille, blessant la jeune fille sous l’oreille de ses écailles noires, effilées comme des rasoirs. Le monstre rugit violement en direction des ombres et fit claquer sa queue gigantesque sur le dos d’Inès. En un instant tout fut rouge sang et souffrance. Inès finit par retrouver son souffle, à genoux dans la douche, le rideau de bain à moitié arraché dans sa main. La vue lui revint doucement et elle rampa hors de l’eau. De la buée recouvrait tout et flottait dans la salle de bain comme une brume moirée. Elle ouvrit la porte pour la chasser et se releva contre celle ci. L’air frais la fit trembler. Quand elle fut sure de l’appui de ses jambes, Inès coupa l’eau qui menaçait de déborder et essuya la glace avec une serviette. Elle s’observa dans le miroir, sans rien déceler d’anormal. L’image du dragon autour de son cou lui revint et elle porta instinctivement la main à sa gorge. Elle sentait son cœur battra avec force contre sa paume. Elle passa distraitement un doigt à l’endroit où les écailles avaient percé la chair. La peu fine sous son oreille était intacte. Inès soupira d’aise et passa la main dans ses cheveux. Un hoquet de stupeur lui échappa quand ses doigts rencontrèrent une légère boursouflure près de la racine de ses cheveux, derrière son oreille droite. Elle s’approcha du miroir. A cet endroit, sa peau présentait une ligne plus clair, rosée comme une cicatrice ancienne. La jeune femme fronça les sourcils en brossant la marque d’un doigt. Elle ne se souvenait pas s’être blessé à cet endroit précis, même après sa chute dans le parc. Mais peut-être avait-elle oublié des choses, ses souvenirs étaient encore confus. La douleur infligée par les écailles lui revint furtivement mais elle secoua la tête pour chasser ces bêtises de sa tête. Elle se sécha pendant que les derniers lambeaux de vapeurs disparaissaient. Au moment de quitter la salle de bain, elle regarda son tatouage dans le miroir. Quelque chose dans le dessin lui paraissait différent mais elle ne pouvait pas le voir en entier aussi abandonna-t-elle ses soupçons pour aller s’habiller.


Le lendemain, Inès fit l’effort de se lever avant neuf heures. Elle entendit sa mère partir travailler et se leva d’un bond. Elle prit une douche rapide, et froide, en souvenir de la veille, enfila un pantacourt noir et emprunta une chemise bleu clair dans l’armoire de sa mère. Après un petit déjeuner rapide, elle empoigna sa petite pochette à dessin et enfila ses ballerines noires. Dans l’entrée, elle ébouriffa ses cheveux en bataille et prit la direction du salon de Tom. Elle le trouva penché sur les livres de comptes. Il s’arracha de ses calculs pour lui sourire.

- Tu es très jolie, dit-il en rosissant légèrement.

Le compliment réchauffa les joues et le cou d’Inès qui le remercia dans un murmure. Elle ouvrit sa pochette à coté du livre de comptes et lui montra les dessins.

- J’ai pas mal dessiné en pensant à la proposition d’Alice. Je voulais vos avis.

- Fais voir ça
, répondit-il en saisissant les dessins.

Il les passa en revue sous l’œil anxieux d’Inès qui lui expliquait ce qu’elle avait voulut dire ou transmettre dans chaque œuvre. L’œil avisé du tatoueur chevronné en sélectionna sept sur la vingtaine qu’elle avait amené. Il lui expliqua ensuite comment s’échelonnait la fourchette des prix et ce qu’elle recevrait si ses dessins étaient choisis par des clients.

- Alice n’est pas la ? demanda-t-elle. J’aurais voulu les lui montrer aussi avant de partir.

- Tu pars déjà ?
questionna Tom comme à regret.

- Oui, je dois aller chercher les pierres pour les yeux.

- Tu vas vraiment les faire poser alors ?

- Oui bien sur. La pierre que l’on m’a montré est magnifique. On aurait qu’elle m’ap… qu’elle était faite pour moi
, se reprit vivement Inès.

Tom haussa les épaules sans rien dire. Le pierceur qu’il connaissait bien l’avait appelé pour lui parler du tatouage d’Inès. Il l’avait chaudement félicité sur son travail et ce compliment innatendu l’avait réellement touché.

- Si tu veux je pourrais t’accompagner le jour de la pause. Antoine m’a appelé et je voudrais vraiment voir ton tatouage achevé.

Inès détourna timidement le regard, prise de court par cette proposition. L’idée de sentir une fois de plus le regard de Tom sur sa peau, un regard différent de celui du professionnel au travail, la gênait un peu. Elle regrettait un peu l’absence d’Alice, ses yeux souriants et sa simple présence la rassuraient. Se retrouver seule ainsi avec Tom la renvoyait à des sentiments oubliés. Un mélange d’attirance et de défiance qu’elle ne s’expliquait pas mais demeurait, comme une tension muette entre eux.

- Oui, pourquoi pas, bafouilla-t-elle. Le rendez-vous est dans deux jours.

- Je passe te prendre chez toi ? A quelle heure ?

- Euh… je dois y être pour quatorze heures trente.

- Parfait, je serais la un peu avant alors.


Un sourire mitigé fleurit sur les lèvres de la jeune fille, incapable de dire si, dans on ventre, voletaient des papillons de joie ou d’appréhension.

- Alice ne vient pas aujourd’hui ? demanda-t-elle pour changer de sujet et cacher son embarras.

- Non, elle s’occupe de son neveu cette semaine. Mais elle passera peut être demain soir.

- Tant pis
, lâcha Inès déçue. Bon je dois y aller.

Inès remballa les dessins rejetés par Tom dans sa pochette et ils se dirent à bientôt. Inès prit le chemin de la bijouterie en réalisant que Tom allait réellement l’accompagner chez le pierceur et qu’elle n’avait décidément rien de décent à se mettre.

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MessageSujet: Re: Les dragons entremêlés.   Dim 2 Oct - 12:45

XIV. Fin

Léon la regarda entrer et se sentit submergé par une vague d’appréhension. Il la laissa errer un moment pendant qu’il s’occupait d’un couple arrivé juste un peu plus tôt. Malgré tout il garda un œil attentif à la jeune fille qui observait les étals. Etrangement, lui qui parlait aux pierres, eut l’impression de les voir briller un peu plus fort au passage d’Inès. Comme si chacune d’entre elles essayait d’attirer son attention. Il se força à reporter son attention sur ses clients, l’oreille constamment attirée vers les murmures dont bruissaient les étagères. Il se fit violence une nouvelle fois et finit de s’occuper du couple. Il leur conseilla de revenir avec leur fille afin qu’elle choisisse elle même la pierre qu’elle porterait pour ses dix-huit ans. Inès continua d’errer dans le magasin et ils s’observèrent quelques minutes par en dessous avant qu’elle ne finisse par s’avancer vers lui et qu’il ne rompe le silence.

- C’est fait, annonça-t-il.

- Vraiment ? s’exclama Inès, à la fois ravie et inquiète. Il y a deux pierres ? Identiques ?

- Oui, identiques.


Léon la laissa sur cette nouvelle et disparut dans l’arrière boutique. Il revint avec un écrin d’un noir profond qu’il déposa devant la jeune fille. Inès le regarda sans savoir vraiment quoi faire, puis comme ile ne disait rien, souleva le couvercle de la petite boite. Les deux pierres roses captaient toute la lumière autour d’elles. Elles rutilaient dans leur nouvel aspect lisse et soyeux. Les veines sombres qui couraient sur leur surface semblaient prêtes à jaillir. Inès se pencha pour les regarder, elles lui paraissaient tellement petites et fragiles qu’elle n’osait les toucher. Plongée dans sa contemplation, elle essaya de les imaginer comblant les vides entre ses omoplates. Réduisant à néant ce sentiment de vide qui persistait en elle. Elle tenta de gouter le soyeux de ce rose dans l’entrelac noir de son dessin. Léon la tira de sa rêverie.

- Connaissez-vous le nom de cette pierre ? demanda-t-il très sérieusement.

Toujours penchée sur les gemmes jumelles, Inès demeura interdite par la question.

- Il y a deux pierres, lui rappela-t-elle.

- Deux pierres, une seule gemme. Un nom identique puisqu’elles ne sont qu’une. Mais vous le connaissez déjà n’est ce pas ?

La jeune femme ne répondit pas. Le savait-elle ? Il en avait l’air persuadé. Inès se redressa et lança un regard embarrassé autour d’elle, comme si quelqu’un allait lui souffler la réponse. Mais aucune réponse ne vint, à peine un bruissement indistinct dans son dos. Elle se retourna mais il n’y avait personne d’autre qu’elle et le vieux bijoutier, qui la regardait toujours.

Léon se sentit un peu perdu. Elle n’entendait rien alors que tout hurlait autour d’eux. Il percevait les battements de la pierre dans son écrin sombre aussi surement que son cœur battait la chamade dans sa poitrine fatiguée. D’un doigt, il poussa doucement la boite vers Inès, l’encourageant d’un signe de tête à écouter mieux.

- Vous le savez.

La première leçon. Le début d’une initiation aux origines millénaires. La première leçon pour voir et entendre. Léon sourit en sentant les gemmes tout autour de lui battre à l’unisson. Il regarda Inès tendre l’oreille sans comprendre, écouter et attendre.

- Je ne sais pas, hésita-t-elle finalement.

- Bien sur que si. Cette pierre vous était destinée. Vous savez.

- Non je ne sais pas. Dites moi, s’il vous plait.

- Il faut écouter mieux que ça jeune fille, répondit Léon avec gentillesse.

Inès acquiesça sans comprendre, mais certaine que quelque chose d’important se jouait à cet instant précis. Entre elle et elle vieux joailler. Et les murmures qui les entouraient et qui la faisaient frissonner. Léon saisit l’écrin et l’amena à hauteur d’yeux.

- Voici la Rodhonite des Dragons entremêlés, dit-il solennellement.

Inès retint son souffle. La réalité entre eux semblait avoir été altérée à la seule prononciation de ces quelques mots. Le noir de l’écrin ne lui avait jamais semblé aussi profond. Un noir bien différent des filets sombres sur les pierres jumelles, plus silencieux et inerte. Les bruissements dans son dos devinrent plus intenses. Inès sentit chacun des poils de ses bras se dresser et sa nuque se hérisser tout autant. Elle n’osa pas se retourner, certaine d’être seule avec le vieil homme et persuadée qu’il y avait quelque chose d’autre aussi. Il se moquait d'elle le vieux fou. Elle referma brutalement le couvercle de la boite et les bruissement moururent doucement.

- Combien je vous dois ? demanda sèchement Inès.

Léon secoua tristement la tête et lui donna son prix. Rien d’excessif, le prix du travail accompli. Il faudra payer bien plus, pensa-t-il.

Inès lui donna son argent, saisit l’écrin et sortit dans un tourbillon d’émotion. Elle prit le chemin du parc municipal, bousculée par une angoisse sourde qui lui tordait le ventre. Soulagée et inquiète, elle serrait la petite boite à s’en faire blanchir les mains. Lorsqu’elle arriva dans le parc, elle se laissa tomber sur le premier banc libre qu’elle trouva. Assise la, la boite toujours incrustée dans sa main, elle sentit les larmes lui bruler les yeux et ruisseler sur ses joues. Le regard dans le vague, elle laissa ses larmes couler jusqu’à ce qu’elles s’arrêtent d’elles même. Elle s’essuya le visage d’un revers du poignet en reniflant et ouvrit l’écrin de velours. Les deux yeux captèrent immédiatement un rayon de soleil distrait et lui sourirent avec douceur. Inès ouvrit de grand yeux, elle pouvait voir les pierres sourirent et lui transmettre un sentiment de réconfort. Ce sentiment étrange lui fit penser à la façon qu’avait son père de lu dire que tout allait bien se passer. La boule d’angoisse dans son ventre se fit plus violente, comme un fœtus qu’elle porterait en son sein et se rappellerait à elle à grands coups de pieds rageur. Elle chassa son père de ses pensées et caressant machinalement les deux pierres roses, laissa le temps passer. Assise dans ce parc qu’elle connaissait si bien, elle réalisa que les monstres cachés dans les balançoires et les arbres ne lui avaient jamais parus aussi réels.

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MessageSujet: Re: Les dragons entremêlés.   Dim 9 Oct - 16:30

XV. Début

Assise dans un coin du Hangar, Prisca surveillait les plus jeunes membres. Elle les observait, distraite par le coup de fil qu’elle avait reçu la veille. Son grand-père ne l’appelait jamais, elle venait toujours à lui, mais hier, la fille était venue chercher les pierres. La jeune fille fit tourner ses informations dans sa tête, une fille tatouée de deux dragons, possédant deux pierres au nom du Dragon. Certainement pas une coïncidence, pensa-t-elle. Prisca se massa les tempes du bout des doigts, se forçant à réfléchir malgré les grognements et les bruits de luttes qui l’entouraient. Elle n’avait pas suivit de formation puisqu’elle ne possédait pas de don, mais elle connaissait bien son grand-père et il lui arrivait de lui délivrer des brides de savoir de temps à autres. Elle était persuadée qu’il avait dit un jour quelque chose à propos d’un dragon. Une légende ou un mythe des temps anciens et révolus. Bien que sans don, elle avait été élevée dans une famille qui croyait encore à des choses enfouies. Une histoire de dragon.
Toute à ses pensées et murmurant sans bruit alors qu’elle réfléchissait, elle n’entendit pas le craquement sourd du poignet qui se brise. Ce fut le cri de douleur d’un garçon et les vérociférations rageuses de David qui la ramenèrent à la réalité. Elle se dirigea vers le garçon blessé sans se presser qui tenait son bras contre sa poitrine en retenant des larmes de douleur. Elle sentit le regard dur de son chef lui bruler les joues.

- Arrête de pleurnicher, lança-t-elle au gosse. Tu auras des blessures plus graves. Va voir Elia, elle te mettra une atèle. Et sans pleurer !

Elle le regarda partir en reniflant et fit signe aux autres de reprendre leur entrainement. David s’approcha d’elle et lui saisissant le bras, la traina à l’écart les yeux brillants de fureur contenue. Elle se dégagea d’un mouvement de coude qui vient heurter le torse du jeune homme. Un éclair de rage passa dans ses yeux alors qu’elle le regardait avec défi. Lorsqu’il les jugea suffisamment loin d’oreille à défaut des yeux, il se planta devant elle. Un silence de plomb régnait sur le hangar. Prisca ressentit alors une irrésistible envie de montrer les dents et de mordre. Elle sentit un grondement sourd monter dans sa gorge et ses lèvres remonter sur ses dents. Elle aurait pu le déchiqueter sur place cet autre avec son regard arrogant qui s’autorisait à poser la main sur elle. Elle prit brusquement conscience de ses pensées et plaqua une main contre sa bouche sous le regard étonné de David. Il la regarda sans comprendre.

- Prisca, qu’est ce que tu as ? Je commence à en avoir vraiment ras le bol de ton attitude.

La jeune fille le regarda répandre ses paroles mielleuses alors que tout le corps de l’homme face à elle transpirait la haine et elle fut certaine qu’il mourrait d’envie de la frapper ou de la chasser du groupe. Trop bête qu’il eut tant besoin d’elle.

- Je n’ai rien, fiche moi la paix David. J’ai été distraite.

- Fais attention la prochaine fois
, murmura-t-il.

- Sinon quoi ? cracha Prisca avec colère. Il s’est cassé un poignet, une broutille. Bientôt il prendra un coup de couteau et tu seras celui qui lui dira d’arrêter de chialer comme une gamine.

- Encore une fois, fais attention à ce que tu dis, menaça-t-il.

Prisca sentit remonter l’envie de le mordre jusqu’au sang. Elle préféra lui lancer un dernier regard méprisant avant de se détourner.

- Je n’ai pas fini, dit-il suffisamment fort pour que tous entendent. Reviens !

La jeune fille sentit ses muscles se crisper. Il allait la forcer à reconnaître son allégeance, il allait la forcer à se soumettre devant tout le monde. Si elle refusait, cela reviendrait à contester son autorité. Autrement dit, une déclaration de guerre devant témoins. Prisca ralentit sa respiration et expira avec force pour se contrôler et se retourna pour lui faire face mais sans se rapprocher. S’il voulait lui parler, alors tous devraient entendre. Une semi contestation pour le faire enrager et lui faire comprendre qu’elle ne lui appartenait pas.

- Quoi ?

- Sourire a envoyé un messager
, finit-il par dire une pointe de jalousie dans la voix. Elle veut te voir.

- Quand ?
demanda Prisca en réprimant un frisson.

- On viendra te chercher demain soir, ici.

Prisca ne prit pas la peine de répondre en dernier signe de défiance et alla rejoindre les jeunes qui les regardaient la bouche ouverte. Elle les sermonna brièvement et reprit l’entrainement avec eux. Le silence s’évanouit peu à peu, laissant Prisca seule avec ses questions et ses doutes entre deux coups de pieds jetés.

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MessageSujet: Re: Les dragons entremêlés.   Dim 16 Oct - 20:31

XV. Fin

*
**


Inès se réveilla de mauvaise humeur. La journée de la veille avait été émotionnellement éprouvante de son point de vue et elle avait très mal dormi, les rêves pleuplés de monstres aux dents acérés et de dragons lui déchirant la peau. La tête en vrac, elle s’assit entre ses couvertures et passa un doigt derrière son oreille. La cicatrice était toujours la. La jeune fille poussa un soupir de résignation. Elle se leva et prit la direction de la cuisine, le ventre gargouillant. Elle trouva du café chaud et des croissants sur la table, ainsi qu’un mot de sa mère l’avertissant qu’elle risquait de rentrer tard ce soir. Inès mordit dans un croissant avec appétit et se servit une tasse de café qu’elle savoura en se brulant la langue. Elle interrogea l’horloge au dessus du frigidaire et faillit lâcher sa viennoiserie en réalisant qu’il était treize heures trente passées. Elle lâcha un juron, avala son café d’une traite et enfourna le reste du croissant avant de foncer dans la salle de bain. Un regard dans le miroir la convainquit de prendre le temps de se laver les cheveux. Une fois sèche, elle enfila des sous-vêtements noirs assortis et fonça dans sa chambre. Elle ouvrit en grand les portes de sa penderie et se jeta dedans pour trouver quelque chose à se mettre. Alors qu’elle hésitait entre deux hauts, la sonnerie de la porte d’entrée la pressa de se décider. Elle choisit le t-shirt noir, attrapa son sac qui trainait sous un jean. Le mouvement fit tomber une lettre du tas, qu’elle considéra pendant une fraction de seconde avant de se remémorer la lettre récupérée à la fac et qu’elle n’avait toujours pas ouverte. Elle la ramassa et la déposa sur le bureau avant de se précipiter dans l’entrée. Un coup d’œil dans le miroir, un moment pour calmer sa respiration et elle ouvrit la porte avec un petit sourire gêné et ravi. Tom l’attendait, souriant lui aussi. Le soleil faisait briller ses cheveux châtains, presque blonds et faisait luire les marques noires sur ses bras. Son imagination remonta les poignets et les muscles des bras, imaginant la suite des arabesques. Un toussotement de Tom qui l’attendait déjà depuis la voiture, la fit rougir. Ils firent route en silence, Inès perdue dans ses pensées, Tom l’observant à la dérobée. Ils arrivèrent devant la boutique à l’heure dite et Inès eut une légère hésitation au moment d’entrer.

- Nerveuse ? demanda Tom.

- Un peu oui. Je n’ai jamais été fan de piercing.

- Ca va bien se passer, Antoine est un vrai pro.

- C’est gentil, merci.


La jeune femme prit une profonde inspiration et entra pour se présenter à l’accueil. Antoine l’attendait déjà, visiblement impatient de commencer.

- Bonjour Damoiselle aux Dragons. Etes-vous prête ?

- Bonjour
, répondit timidement Inès, surprise par le nom qu’il lui avait donné. Je suis prête.

- Bien, mais d’abord nous devons parler gros sous. Le règlement stipule que tu dois verser une avance. La moitié avant, l’autre après. J’adore dire ça, on se croirait dans un film sur la mafia des années 40.


- Ah, oui, Inès rigola jaune avec lui. C’est possible de payer la seconde moitié en plusieurs fois ?

Antoine fronça un sourcil.

- Oui, je suppose qu’on doit pouvoir s’arranger, répondit-il pendant qu’Inès lui tendait les premiers soixante euros, qu’il recompta avec précaution.

- Je me porte garant de sa bonne fois, ajouta Tom à la surprise générale.

Antoine sourit à cette idée et rangea les billets dans la caisse. Puis, toujours sans se départir de son sourire, fit signe à Inès de le suivre sur une chaise inclinable.

- Allez, on enlève tout ça, lâcha-t-il joyeusement.

Inès rougit et s’assit à califourchon sur la chaise pour présenter son dos au pierceur. Une fois installée, elle retira son t-shirt et se pencha sur la chaise. Antoine revint avec des gants de chirurgien qui firent frémir Inès quand ils passèrent devant ses yeux. Il tendit l’une de ses mains gantées vers elle.

- Les pierres Mademoiselle, demanda-t-il.

- Les voilà, bafouilla Inès.

Elle sortit le petit écrin de sa poche et le lui donna. Il l’ouvrit et contempla les gemmes sur lesquelles il la complimenta. Puis il lui ré-expliqua le procédé. Il la repoussa dans le siège afin que son dos soit bien détendu mais au moment de pratiquer l’incision qui permettrait l’implantation de la barre métallique où viendrait se loger la gemme, il eut un instant d’hésitation. D’un geste discret, il fit signe à Tom d’approcher et effleura le tatouage de son doigt caoutchouteux. Inès sentit le malaise se répandre dans son dos comme un éclair. Elle releva la tête pour regarder les deux hommes toujours immobiles dans son dos.

- Quelque chose ne va pas ? finit-elle par demander.

- Inès, tu aurais pu m’en parler, répondit Tom visiblement vexé.

- Te dire quoi ?

Inès sentit sa gorge se serrer et la boule d’angoisse renaitre dans son ventre. L’esprit tendu et les nerfs à vif, elle répéta dans le silence ambiant :

- Te dire quoi, Tom ?

- Me dire quoi ? Mais enfin, me dire que tu avais fait retoucher ton tatouage !


- Je n’ai rien fait de tel. Inès sentit le monde se dérober sous ses pieds. Je n’ai rien fait.

- C’est du travail de professionnel, il n’y a aucune marque
, ajouta le tatoueur penché sur le dos d’Inès. C’est vraiment splendide.

- Je ne comprends pas. Tom tu me fais peur, dit Inès la voix partant dans les aigues et les larmes aux yeux. Que se passe-t-il, bordel ?!

- Enfin Inès, tes dragons ont des crocs. Ils ont la gueule ouverte. Je n’ai jamais dessiné ça…


Inès ne sut pas quoi répondre. Elle n’avait jamais fait appel à un autre tatoueur pour modifier son tatouage. Ce qu’elle vit dans les yeux de Tom lui érafla le cœur, un mélange de tristesse et de peur. Elle répéta encore et encore qu’il se trompait. Antoine, prit au milieu de leur conversation lui amena un miroir et la plaça devant une autre glace. La jeune femme se leva sans penser à cacher son soutien-gorge et tendit le miroir devant elle, tournant le dos au second. Elle découvrit avec effroi la gueule des dragons au sommet de son dos. Leurs crocs nus s’étalaient sur sa chair, avides et puissants. Un éclair traversa son épine dorsale, de ses reins à sa nuque et Inès repensa à la douleur qu’elle avait ressentit dans la douche, quelques jours auparavant. Sa main se porta instinctivement à son oreille où demeurait la petite cicatrice. Elle reposa le miroir sur une table et retourna s’asseoir sur la chaise, déterminée à ne pas se laisser distraire.

- Antoine, si tu es d’accord, on commence ? dit-elle.

Ni le pierceur ni le tatoueur ne dirent rien et Antoine s’attela à la tache. Inès se mordit les lèvres quand le scalpel transperça sa peau, créant deux entailles. Elle serra les poings quand les deux barres vinrent s’enchâsser sous sa peau. Lorsqu’il eut fini, Antoine désinfecta les deux plaies. Inès se releva en sentant le regard vibrant de Tom sur ses omoplates. Elle lui sourit en cachant sa poitrine avec son t-shirt. Antoine revint vers elle pour inspecter les implants et lui tendit un papier sur lequel étaient noté les soins à accomplir pendant deux mois. Inès se rhabilla rapidement et remercia le pierceur.


Sur le chemin du retour, Tom resta silencieux. Inès prit le parti de ne rien dire et de le laisser à sa bouderie. Quand il en aurait marre, il écouterait ce qu’elle avait à dire. Il ne se dérida qu’une fois sur le palier de la jeune femme.

- Bon, ben, merci, dit doucement Inès.

Elle regrettait son silence. Il leva vers elle son regard brun et elle eut l’impression qu’il voulait lui dire quelque chose mais se retenait. Elle soupira dans le vent et se détourna pour ouvrir la porte. Tom lui saisit la main alors qu’elle lui tournait le dos.

- Tu n’es pas allée voir quelqu’un d’autre pour faire modifier le dessin ?

- Non.

- Tu le jures ?

- Oui.


Tom baissa la tête et Inès se sentit un peu ridicule, sa main dans celle de Tom et lui qui ne la regardait pas. Au bout d’un moment, elle se pencha pour le regarder par en dessous. Il semblait soucieux. Elle toucha sa joue d’un doigt, lui arrachant un sourire qui la soulagea. Sa main était chaude. Elle remarqua trois petites entailles entre son pouce et son index. Elle passa un doigt dessus et sourit lorsqu’il releva la tête vers elle.

- J’ai des amis qui donnent une fête demain. Ca te dirait de m’accompagner ? Pour fêter ton tatouage enfin complet, proposa-t-il en rosissant légèrement.

- Demain soir ? Oui pourquoi pas, répondit Inès en sentant son cœur se soulever. Où ça ?

- En périphérie du Passage.

- Le… Passage ? Qu’est ce que c’est ?
demanda-t-elle visiblement interdite.

Tom la regarda avec des yeux ronds.

- Dans les bas quartiers ?

- De quoi tu parles ?

- Je vois
, dit-il au bout d’un instant. Je t’enverrai l’adresse par texto. Ca se passera dans un vieux hangar désaffecté.

- C’est légal au moins ? s’enquit-elle avec un sourire en coin.

- Plus ou moins, répondit-il dans un clin d’œil.

- Trop cool. On se retrouve quelque part alors, ce sera plus simple.

- Comme tu veux. Alors, disons, vers vingt et une heures devant la mairie.

- Ca marche ! A demain
, lança-t-elle en pivotant pour ouvrir la porte.

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MessageSujet: Re: Les dragons entremêlés.   Ven 28 Oct - 13:20

XVI.


Prisca trainait au hangar depuis un moment déjà. Elle avait regardé le soleil entamer sa descente et disparaître derrière les bâtiments que la ville lançait à l’assaut du ciel. Puis elle avait attendu. La nuit était tombée pleine et sombre, éclairée par une lune ronde et brillante. Dans les derniers rayons du jour, l’astre avait pris une étrange couleur orange, de plus en plus profonde et il transperçait la nuit comme un phare dans la tempête. Prise de frisson à cette vision, la jeune femme était allée trouver refuge auprès des autres, qui à défaut d’être ses amis, étaient près d’elle. Depuis, elle attendait que Sourire se montre. Tenue de rester où elle était si elle voulait savoir ce que lui voulait Sourire, Prisca avait regardé partir à regret David et une poignée d’autres vers la périphérie. L’approche du solstice d’été s’annonçait avec la première fête de l’été. Une institution sauvegardée par Sourire elle même, qui invitait chaque année en un lieu différent tout ce qui peuplait son territoire à célébrer la saison chaude. La jeune femme bouillait d’envie de se rendre à la célébration, de se jeter dans cette mer de corps et de musique. Mais elle trépignait également d’impatience à l’idée de rencontrer la célèbre femme qui gouvernait le Passage. A mesure que la nuit avançait, ils étaient plus nombreux à partir. Seuls restaient les plus jeunes, l’air renfrogné. Prisca sourit en les regardant. Quand elle avait été à leur place quelques temps auparavant, elle était partie, elle aussi, prendre part à la fête de l’été malgré l’interdiction formelle des ainés. Des souvenirs qui lui étaient chers et qu’elle revivait avec tendresse. La démarche hésitante qui s’avançait vers elle dissipa ses souvenirs. Le garçon au poignet cassé trainait les pieds dans sa direction, voyant l’embarras sur son visage elle prit les devant et vint à sa rencontre.

- Ils sont là, dit-il d’un hochement de tête.

- Merci, répondit la jeune fille en avalant sa salive.

Elle leva les yeux vers la porte principale du hangar, celle qu’elle n’empruntait jamais et discerna dans l’ombre deux silhouettes masculine, adossées aux montants. Le doute l’envahit pendant une fraction de seconde quand l’éclat d’un couteau brilla à la hanche d’un des hommes. Serrant les poings, elle releva la tête et les rejoignit. Sans un mot ils l’encadrèrent, l’un légèrement en avant, l’autre en retrait et ils se mirent en marche.


Prisca ne voyait pas l’homme derrière elle mais elle savait que c’était celui au couteau. Celui qui menait la marche était petit, à peine plus grand qu’elle et ne portait pas d’arme visible, ce qui ne rassura pas la jeune fille pour autant. Il portait une veste en cuir sombre un peu étroite aux épaules, qui laissait deviner des bras puissants. Ils marchèrent pendant un moment en silence et Prisca remarqua que leur démarche était aussi silencieuse qu’un soupir, c’était à peine si elle entendait le frottement de leurs chaussures sur le sol défoncé. Ils quittèrent le territoire de David et pénétrèrent dans le Passage. Les bâtiments défilaient mais les deux hommes continuèrent de la perdre dans le dédale des rues et des passes sombres et silencieuses. Un étrange son pulsait dans l’air. L’atmosphère semblait frémir d’une excitation animale comme ils se rapprochaient de la périphérie des bas quartiers. Les pulsations puissantes s’amplifièrent pour venir soulever la poitrine de la jeune fille à chaque mouvement. Une fièvre sauvage dévala librement dans ses veines quand elle comprit qu’ils se dirigeaient vers la fête de l’été. Prisca salua mentalement l’intelligence de Sourire qui organisait la rencontre dans un lieu bondé à craquer, bruyant au possible, où personne ne saurait ce qu’elle avait à dire, ni même ne la reconnaitrait. L’homme au couteau la poussa en avant et ouvrit une lourde porte métallique. L’autre resta dehors tandis que Prisca pénétra à l’intérieur et fut submergée par une vague de son puissante qui lui coupa les oreilles. Mais son guide ne parlait pas de toute manière. Elle le suivit dans un dédale de couloirs, consciente que les coups qu’elle entendait au dessus d’elle venaient de la foule qui se déchainait à l’étage au dessus. Au bout d’un moment, l’homme lui fit signe de continuer seule vers un escalier en acier. Elle le regarda sans comprendre mais il persista à lui désigner l’escalier du menton, aussi suivit-elle sa recommandation. Arrivée en haut de l’escalier, une autre porte attendait d’être ouverte. Prisca en saisit la poignée mais la porte résista et elle dut forcer pour la décoller de quelques centimètres. Une nouvelle onde sonore l’atteignit en plein fouet alors qu’elle passait la porte qui se referma brutalement derrière elle, la laissant seule au milieu du flot des danseurs. Les flashs déchiraient l’air dans tous les sens. Il faisait sombre, et chaud. L’atmosphère sentait la sueur des corps et l’alcool. Le rythme déchainé de la musique transportait la masse compacte dans un élan commun. A moitié aveuglée et sourde, bousculée de toute part, Prisca sentit la peur se répandre en elle comme un poison. Une jeune fille lui piétina les pieds et se mit à tourner autour d’elle en rigolant comme une folle. Prisca tenta de s’échapper, en vain, la fille semblait l’encercler. Une main blanche et couverte de bagues vint se poser sur l’épaule de la fille qui tournoyait en tout sens, la stoppant dans son élan. Cette dernière contempla un instant la personne derrière elle, puis s’éclipsa dans un gloussement. Prisca recula, jambes écartées, prête à se défendre. Elle retint une exclamation de stupeur en découvrant le visage ridé et la longue chevelure blanche de la nouvelle arrivante. Celle ci lui adressa un sourire chaleureux et lui fit signe de la suivre. Prisca n’eut pas besoin de demander pour savoir à qui elle avait à faire et elle suivit la longue robe blanche de la femme qui brillait dans le noir. Ses cheveux étaient ornés de petites perles d’ivoire. Ou d’os, songea Prisca avec un frisson. Sourire l’emmena un peu à l’écart et se mit à parler. Prisca ouvrit de grands yeux en constatant que malgré le bruit alentour, Sourire n’avait pas besoin d’hausser la voix pour se faire entendre.

- Je suis au courant des recherches que tu as menés, jeune fille, commença la vieille femme. C’est de ça que je voulais te parler.

- Je vous écoute
, répondit Prisca avec plus d’assurance qu’elle n’en ressentait vraiment.

- Tu as raison d’avoir peur, ajouta Sourire avec une moue appréciatrice.

- Mais je…

- Tais toi, et écoute. La personne sur qui tu enquêtes ne t’amènera que des ennuis. Tu ne peux rien faire contre eux. Contre Elle. Tu n’as pas de don. Si tu joues trop avec le destin, elle te dévorera.

- De qui parlez vous ?
demanda Prisca, la peur au ventre.

- Tu ne la connais pas encore. Fais en sorte que cela reste ainsi.

- C’est une menace ?

- Plutôt un conseil. On ne lève pas impunément le voile du monde derrière le monde. Cette personne que tu cherches arrachera ce voile. Reste loin d’elle et tu vivras. Peut être. Mais je sens que tu ne m’écouteras pas
, soupira Sourire.

- Je ne comprends rien à ce que vous me racontez.

Sourire caressa l’une des perles qui pendait près de sa joue, l’air absent. Prisca jeta un regard autour d’elle, oppressée par la foule.

- Méfie toi des prédateurs, murmura Sourire.


Prisca se retourna vivement. Elle était seule. La multitude autour d’elle ne lui en parut que plus compacte, prête à l’avaler. Elle ne reconnaissait personne dans cette masse en mouvement. Prisca finit par se faire violence et partit à la recherche de David, sans saisir les tintements sur son passage.

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MessageSujet: Re: Les dragons entremêlés.   Ven 18 Nov - 14:22

Spoiler:
 


XVII.

La fête battait son plein. Tout se mélangeait dans un brouillard de son et de corps. Valsant de bras en bras, ses chevilles accompagnant la musique à coups de clochettes, elle dansait. Soulevée dans les airs par des bras puissants, elle se redressa de tout son petit corps pour observer la masse autour d’eux. Tous présents et si innocents. Un sourire affamé lui couvrit les lèvres. Une trêve dans la réalité. Les bras passèrent sous ses fesses pour la projeter plus haut. Elle haussa un sourcil à cette caresse dérobée et ses cheveux d’or lui retombant devant les yeux comme elle baissait la tête, elle planta son regard d’ambre dans celui de l’homme.

- Adam. Va te trouver une fille pour jouer.

Il avait fallut d’un murmure pour qu’elle se retrouve sur ses pieds et que l’homme s’éloigne. Satisfaite, elle erra dans la foule, ses yeux s’attardant sur un homme, une femme, une chevelure blonde et une blanche. Un maelström d’odeurs se bousculant dans son nez, elle surprit l’intrusion d’une nouvelle senteur qu’elle connaissait bien. Laissant là Sourire pour le moment, elle partit à la recherche de son frère. De toute manière la vieille femme savait bien qu’ils étaient la, ils n’auraient raté cette nuit pour rien au monde. Elle avançait en humant l’air, ses chevilles toujours cliquetantes, sous le regard des danseurs mais Adam partit, elle devenait trop petite pour espérer voir par dessus les têtes. Elle avisa un jeune homme et posa sa main sur son bras. Elle dansa un instant autour de lui, la tête pleine de cette odeur familière. Au bout d’un instant il la souleva dans ses bras. Elle s’éleva à nouveau et aperçut celui qu’elle recherchait. Ce n’est qu’alors qu’elle remarqua la seconde odeur, enroulée autour de la première, ténue et fugace. Ses lèvres s’ouvrirent alors sur un rire fou et la tête renversée, elle passa une langue avide sur ses petites dents.

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MessageSujet: Re: Les dragons entremêlés.   Lun 19 Mar - 20:53

XVIII.

La musique couvrait tout, assourdissait tout autour d’Inès, lui laissant l’impression de flotter au grès du flot des danseurs. Ses sens comme engourdis et un peu perdue, elle suivait Tom une main accrochée à l’arrière de son t-shirt. Celui-ci se mouvait habilement dans la foule et semblait connaitre le chemin. Il saluait quelques personnes au passage, toutes plus différentes les unes que les autres, mais toutes vaguement semblables, remarqua Inès. « Comme un air de famille », pensa-t-elle. Leur périple s’interrompit près de ce qui devait être un bar, où Tom commanda deux boissons dont Inès ne perçut pas le nom. Les oreilles pleines de bruit et papillotant des yeux à cause des flashs lumineux, Inès balayait l’espace autour d’elle. Elle ne reconnaissait personne dans cet amas de corps, aussi se retourna-t-elle vers Tom qui lui tendait justement un verre en souriant. La jeune fille le prit et trempa ses lèvres dans la substance écarlate inconnue. C’était frais et agréable. Alcoolisé. Elle se lécha les lèvres du bout de la langue et avala une grande rasade avec plaisir. Tom la regarda faire en rigolant et lui prit la main pour l’emmener sur la piste. Après qu’elle se fut mise à danser, tout alla très vite. La musique pulsait de tous les côtés, sans fin, puissante, profonde. Les lumières tantôt vives, tantôt atténuées à l’extrême, foudroyaient ses pupilles, la plongeant dans un chaos visuel. Les verres s’enchainèrent sans qu’elle puisse ou ne veuille vraiment répliquer. Les corps se pressaient les uns contre les autres, langoureux ou excités, une marée humaine en pleine tempête. On continuait de venir saluer Tom. Inès continuait de danser. Son regard fiévreux dévorait tout. Il finit par brièvement se poser sur une jeune femme brune qui dansait non loin avec un homme. Ils allaient totalement contre le rythme endiablée de la musique, collés l’un à l’autre et langoureux. La fille pivota et son regard intercepta celui d’Inès qui frémit. « Jaune », pensa-t-elle instantanément. Puis la fille et l’homme disparurent dans la foule, laissant Inès seule avec un goût amer dans la bouche.

Ce fut Tom qui la sortit de sa réflexion comme il lui saisissait le bras. Dans le brouhaha alentour, ses yeux demandèrent si tout allait bien. Inès sourit timidement en retour, pour le rassurer. Derrière lui, un groupe de jeune passa, Inès recula brusquement. Un des garçons avait quelque chose d’étrange. Sa peau semblait frémir, comme si quelque chose grouillait en dessous par instant. Puis il disparut lui aussi. Inès lança un regard désespéré à Tom, elle aurait aimé parlé mais il n’aurait rien entendu. Et tout d’un coup ils furent partout autour d’elle. Elle les repérait comme des phares éclatants dans la nuit. Ils étincelaient doucement, enveloppés d’un voile chaud et ténu qui semblait mouler sur leurs corps. Des hommes, des femmes, jeunes ou vieux. La peau grouillante ou les yeux pourvus d’un étrange éclat. Un sourire différent, une manière de se déplacer étrangement fluide. Un tintement lointain dans l’air. Inès tournait sur elle-même. Partout, il y en avait partout, elle les apercevait furtivement et la foule les engloutissait instantanément.

Tom pouvait sentir la panique envahir chacune des veines de son amie comme un venin mortel. Il entendait clairement le tintement régulier qui semblait les encercler mais ne voyait rien. Il tenta de la calmer en lui saisissant les épaules mais lorsque son regard se posa sur lui, elle écarquilla les yeux d’incompréhension. Il ne savait pas quoi faire, ne comprenait pas ce qu’il se passait, ce qu’elle semblait voir et l’effrayait tant. Soudain, une longue chevelure blanche apparu dans le dos de la jeune fille, et Sourire s’avança en faisant cliqueter ses perles d’os. D’un signe dédaigneux elle signifia à Tom de les laisser. Il s’éloigna à regret, écrasé par la volonté de la femme.

Sourire se tourna alors vers Inès dont les mains tremblaient et s’agitaient dans le vide. Ses yeux courraient dans ses orbites, suivant un homme, une femme, un enfant, un signe. La vieille femme la saisit par les poignets et tenta de concentrer son attention vers elle, mais la jeune fille résistait, poursuivant ses errances mentales. Sourire fit la moue en voyant qu’Inès ne réagissait pas à sa présence. Elle lui asséna une gifle monumentale qui l’a fit tomber à terre. Hagarde, Inès releva la tête vers la femme avec colère. Cette dernière lui tendait un de ces verres écarlates qu’on lui avait servi toute la soirée. Elle le saisit en se relevant et l’avala d’un trait. A peine déglutit, elle en recracha le contenu, ça ne ressemblait pas du tout au cocktail qu’elle avait bu auparavant. Le liquide était épais et fort, il emplit sa bouche et sa gorge manquant l’étouffer au passage. Inès lâcha le verre, pliée en deux et toussant comme une damnée. La vieille femme se pencha vers elle et lui saisit les cheveux, collant sa bouche à l’oreille de la jeune fille.

- Navrée, mais il faut arrêter de jouer maintenant.

Elle planta son regard clair dans celui d’Inès et la laissa-là.


*
**


Inès se redressa tant bien que mal. La foule continuait son mouvement immuable sans la remarquer. La jeune fille frissonna malgré la chaleur ambiante et partit à la recherche de son ami. Pourquoi l’avait-il laissé là, toute seule avec cette femme ? Et puis d’abord qui était-elle pour donner des ordres à tout bout de champ ? Grommelant dans sa barbe, Inès se frayait un passage parmi les corps, bousculant et jouant des épaules. Finalement Tom n’avait aucune importance. « Qu’il aille se faire voir, moi je rentre » se répétait-elle en boucle. Elle se sentait pâteuse et engourdie. Un gout métallique lui restait sur la langue, quelque chose qui ressemblait vaguement à du sang. Alors qu’elle se faisait cette réflexion, un tintement ténu vint frapper son oreille, Inès redressa vivement la tête. Sa vision se brouilla et elle se sentit chanceler. Sans comprendre comment, elle se retrouva à quatre pattes par terre. C’est le moment que choisirent ses yeux pour effectuer un gros plan sur le sol devant elle. Si le monde était brouillé, ce sol lui apparaissait très nettement. Elle distinguait la poussière, les fissures, la douleur du béton sous le poids des corps. La douleur ? Elle n’eut pas le temps de s’interroger plus sur l’incongruité de cette remarque comme des jambes vinrent se heurter à ses bras et ses cuisses. Elle eut vaguement l’idée d’un grognement sur sa droite lorsqu’une douce chaleur vint envelopper son dos. Inès écarquilla les yeux, il y avait quelqu’un derrière elle. Il y avait quelqu’un à moitié allongé sur son dos ! Elle voulut se dégager d’un mouvement d’épaule mais fut incapable de déloger l’autre au dessus d’elle. L’étrange tintement se fit de nouveau entendre et le poids dans son dos disparut comme s’il n’avait jamais été. Inès voulut se redresser mais une main se posa sur son front, fraiche et menue, l’aplatissant au sol avec force. La jeune fille gémit quand son menton heurta le béton et qu’une douleur aigüe lui parcourut le dos. Quelque chose de chaud coula entre ses omoplates et l’odeur cuivrée du sang emplit ses narines. La douleur se fit plus intense et Inès se sentit partir.

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MessageSujet: Re: Les dragons entremêlés.   Jeu 22 Mar - 21:53

XIX.

Alice tourna son visage vers le soleil, savourant sa chaleur sur sa peau. Elle marchait sans se presser, profitant du beau temps et de la chaleur. C ‘était une chose qu’elle aimait, se promener, prendre son temps pour réfléchir et rêver, pour imaginer de nouveaux dessins. Elle repensa à ceux qu’Inès avait amenés, la poignée que Tom avait sélectionnée était vraiment bonne. Deux des dessins avaient été choisis par des clients. Des tatouages, ses pensées dérivèrent alors vers Tom. Alice lâcha un soupir, il ne l’avait jamais regardé comme il regardait Inès. Une vague mélancolie lui saisit la gorge. La jeune fille se pinça violemment l’épaule pour ravaler les larmes qu’elle sentait monter jusqu’à ses yeux. Elle accéléra et tourna à droite, Elle s’immobilisa devant la maison. Une maison toute simple, petite, avec un jardin pour que Lyn puisse jouer. La fillette était allongée dans l’herbe, au soleil, ses grands yeux fermés et ses cheveux comme une auréole éclatante autour de sa tête. Alice jeta un coup d’œil à la porte d’entrée. « Il doit dormir, pensa-t-elle, c’était la fête de l’été hier soir seulement… Arrête de faire l’enfant et secoue toi, s’ordonna-t-elle ». Elle s’approcha doucement de la petite fille et se pencha au dessus d’elle, lui masquant les rayons du soleil. Lyn ouvrit les yeux et sourit en reconnaissant Alice.

- On y va ? demanda la fillette, candide.
- Oui. Où veux-tu aller ? A la piscine ?
- Plutôt au parc. Des amis m’attendent.


Alice hocha la tête et tendit la main à Lyn qui la saisit en se relevant. La petite fille lança un regard mécontent à la maison.

- Dis-moi, Alice, tu aimes jouer à cache cache ?


*
**


Inès se réveilla dans un lit inconnu. Sa tête lui faisait horriblement mal et un gout étrange persistait sur sa langue. Elle se sentait lourde lorsqu’elle tenta de se relever. Elle porta une main à son dos avec une sensation de douleur oubliée au bout des doigts, mais ne ressentit rien de suspect. Portant une main à son front, elle réalisa qu’elle ne portait plus de pantalon. Elle sentit le rouge lui monter aux joues et tira le drap vers elle pour se couvrir. Où diable était-elle ? Et que s’était-il passé pour qu’elle se réveille dans une chambre qui n’était pas la sienne… Inès s’extirpa du lit et retrouva son pantalon par terre, près de la porte. Elle l’enfila rapidement et sortit de la chambre, bien décidée à s’enfuir à la moindre présence suspecte. Une agréable odeur de café flottait dans le couloir, la jeune fille la suivit le ventre gargouillant de faim. Elle passa une seconde chambre qui devait sans doute appartenir à une femme et poursuivit son chemin jusqu’à une porte entrebâillée. Elle reconnut immédiatement le dos musclé de Tom qui s’activait aux fourneaux. Gênée, elle frappa doucement contre le battant pour s’annoncer.

- La Belle aux Bois dormant se réveille enfin, lança joyeusement Tom en se retournant.

Inès sourit mal à l’aise. Son ventre gronda lorsqu’elle huma l’odeur du bacon frit.

- Bonjour, murmura-t-elle. Je suis désolée, quelle heure est-il ?
- Presque 14h. Tu as faim ?
- Oui, très,
avoua-t-elle gênée. Mais, comment dire…. On a… enfin…
- Non, non !
répondit précipitamment le jeune homme l’air confus. Tu as un peu trop bu hier soir et je t’ai ramenée parce que c’était plus simple. Je n’étais pas très frais non plus, admit-il penaud.

Inès le scruta pendant un instant puis partit d’un grand rire, dissipant le mal aise ambiant. Elle s’assit à la petite table de la cuisine, rigolant toujours.

- Tu me rassures, parce qu’honnêtement, je ne me rappelle rien après le septième verre ! Maintenant j’ai faim.

Tom sourit, un peu dépité par la réponse de son amie mais soulagé. Un éclat attira son regard vers la fenêtre, d’où il vit sa sœur partir avec Alice, main dans la main.

Ils mangèrent en plaisantant sur leurs souvenirs respectifs, et parfois confus, de la veille. Puis Tom ramena Inès chez elle. La jeune fille retrouva avec plaisir la fraicheur de sa chambre et s’étala de tout son long sur le lit avec un soupir de soulagement. Elle retira son t-shirt et le lança contre la porte. Elle acheva de se déshabiller et se dirigea vers la salle de bain. La douche brulante lui remit les idées en place et le soleil filtrant par la fenêtre lui donna des envies de promenades. Elle se sécha, enfila un short et un t-shirt propres, saisit son carnet à dessin, son sac et se mit en quête de chaussettes. Elle remarqua qu’une enveloppe trainait par terre, cachée sous son t-shirt de la veille. Elle la récupéra, la posa sur le bureau et saisit le vêtement pour le mettre avec le reste du linge sale. Il y avait comme une tache sur le dos, Inès l’approcha de son visage, intriguée. A aucun moment ses souvenirs, ou Tom, ne lui avaient fait part d’une quelconque tache durant la soirée. Elle passa un doigt sur le tissu, son doigt rencontrant deux petites bosses mais Inès était incapable de dire avec exactitude de quoi il s’agissait. Elle allait abandonner lorsqu’elle se dit que c’était la l’occasion de vérifier les prouesses que sa vision lui permettait ces temps-ci. Elle hésita, un peu effrayée par les souvenirs qui affluaient dans son cerveau. L’effet de voir si loin, les silhouettes, la chute. Elle regardait son t-shirt en se mordillant les lèvres, ne sachant pas quoi faire. Et si ça ne marchait pas ? Si elle avait rêvé tout ça ? « Après tout, je n’ai rien à perdre » se dit-elle. Elle s’assit donc sur le lit et étala le vêtement sur ses genoux, le lissant d’une main. Elle inspira profondément, expira de la même façon puis se concentra sur les deux petites tâches devant elle. Tout se fit très vite et très naturellement. Inès eut la sensation de traverser un voile très fin, comme du tulle. Elle passa au travers sans le déchirer, en douceur et sans qu’elle eut à y penser, ni même à le formuler, sa vision se retrouva au niveau de la maille qui constituait le tissu. La mise au point était parfaite. Elle explora les fils, sautant de l’un à l’autre comme une araignée sur sa toile, fluide et assurée. Elle détacha un instant son regard du vêtement qui devint flou alors que son esprit se concentrait sur autre chose. Tout restait très clair tant qu’elle se focalisait dessus. Le reste de sa chambre, la moquette, la commode, le bureau et même ses propres genoux, lui apparaissaient comme diffus, aperçu à travers le brouillard ou un écran de fumée. Inès reporta son attention vers les taches, à ce niveau-là, les lettres dont elles étaient formées se détachaient avec netteté contre sa rétine. Inès se mordilla nerveusement la lèvre inférieure. C’était son nom, écrit avec du sang, qui formait les traces sombres sur le dos de son t-shirt.

*
**

Adossée à un arbre dans le parc, Inès se laissait bercer par la brise et les cris des enfants. Il faisait bien trop beau pour ruminer à l’intérieur, autant le faire au soleil. La jeune fille observait la frondaison d’un vert soutenue, transpercée par les rayons du soleil. Elle admira pendant un moment les fines particules de poussière qui voletaient dans la lumière. Il y en avait tellement. Si nombreuses et pourtant tellement immatérielles. Inès commençait doucement à se faire aux possibilités que lui offraient ses yeux. Il y avait eu quelques ratés, quand elle essayait d’aller trop vite. Si elle forçait le passage à travers le voile, ainsi qu’elle avait décidé de le nommer, elle perdait le contrôle et tout devenait flou. Mais si elle prenait son temps, alors tout devenait possible. Inès exerça une légère poussée avec sa volonté et sa vision se fit encore plus précise. Elle dirigea son regard vers une mère de famille qui tentait de lire un livre tout en surveillant ses enfants. Inès se concentra, poussa un peu plus, presque rien, juste assez pour voir le titre du roman dans les mains de la femme assise de l’autre coté du bac à sable. « A la poursuite du temps perdu ». Inès murmura le titre du livre plusieurs fois, comme si elle le savourait. Puis d’un coup elle bondit sur ses pieds, saisit son sac et se mit en route. Une lumière s’était faite dans son esprit. Elle devait parler à Léon, elle avait déjà perdu trop de temps.

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MessageSujet: Re: Les dragons entremêlés.   Mer 28 Mar - 18:32

XX.

Lorsqu’il arriva sur les lieux en début d’après-midi, l’odeur terrible saisit le commissaire Jean à la gorge et il dut se couvrir le visage de la main pour respirer. C’était inutile en réalité tant l’émanation était forte, rance et incrustée partout autour du cadavre. Jean fit signe à un agent qui regardait ses pieds avec grand intérêt, non loin de la scène de crime. Le policier s’éloigna de la puanteur avec un soulagement visible. le batiment désafecté, où avait eu lieu la dernière fête de l'été, était vaste et bas de plafond. partout autour d'eux le sol était jonché de verre brisé et de canettes vides.

- Bonjour, Commissaire Jean. Vous êtes ?
- Officier François, Commissaire. C’est vraiment pas beau à voir.
- Qu’est ce qu’on a ?
- Trois corps et une gamine.
- Pardon ?
s’étonna Jean.

- On a retrouvé une fille, confirma l’officier, elle doit pas avoir vingt ans. D’après les toubibs elle est en état de choc depuis hier soir. Elle refuse de bouger.

Le commissaire soupire en secouant la tête. Il manquait plus que ça.

- Elle a vu quelque chose ?
- Non rien. Elle ne parle presque pas. On pense qu’elle a été violée.
- Bon, je vais d’abord m’occuper des cadavres, puis j’irais la voir. A qui dois-je m’adresser ?
- Le médecin légiste est près du second corps, derrière le pilier là-bas
, répondit l’officier en désignant un recoin brillamment éclairé par les flashs des experts dépêchés sur les lieux.

Jean le remercia et se dirigea vers le corps le plus proche. Il en fit le tour en prenant garde de ne rien déranger. Comme l’avait prévenu l’officier, ce n’était vraiment pas beau à voir. A première vue il s’agissait d’un homme, d’une trentaine d’années environ. Son visage portait des lacérations sur les joues et ses bras étaient en lambeaux. « Il s’est surement défendu, pensa Jean, même si ça n’a visiblement pas suffit ». Il avait la gorge à moitié arrachée et son pull était imbibé de sang. Il regardait le plafond de ses yeux vides et avec sa tête qui formait un angle bizarre, on aurait dit un pantin abandonné là par son maitre. Un drap blanc était jeté en travers de son corps, masquant son ventre et ses jambes. Jean appela l’officier François qui l’observait de loin.

- Amenez-moi des gants s’il vous plait, demanda-t-il.

L’officier s’exécuta et s’approcha en grimaçant. Le commissaire enfila un gant et souleva le drap. La puanteur s’accentua, se faisant épaisse et insistante. Malgré tout, il se pencha vers le corps pour découvrir l’abdomen ouvert en deux, déversant les boyaux verdâtres du défunt sur le sol. Les jambes étaient intactes, remarqua Jean. Il rejeta le drap sur le corps, atténuant légèrement l’odeur. S’accroupissant près de la tête, il souleva lentement le corps, pas de traces de morsure ni de lacération, le dos était intact. La présence de marques bleues sur les poignets de l’homme attira son attention. Ces dernières ne ressemblaient en rien aux traces laissées par des cordes ou des liens, elles avaient plutôt la forme de doigts qui auraient empêchés l’homme de se débattre.

Une fois l’inspection du premier corps terminé, le commissaire Jean se dirigea vers le médecin légiste toujours penchées sur le cadavre. Il la connaissait depuis longtemps, Marie Egniant était une habituée des scènes de crimes particulièrement violentes. Petite, à peine un mètre soixante et sèche comme un bâton, elle auscultait méticuleusement le corps qui gisait devant elle. Jean vint se placer face à elle afin de recueillir son avis sans la gêner dans son travail. Le second cadavre était celui d’une jeune femme, environ vingt-cinq ans, blonde et très maigre. Elle portait les mêmes marques sur le visage et les bras, qui laissaient voir la blancheur de ses os sous le sang. Elle gisait dans une position grotesque, comme s’il elle avait été foudroyée en pleine danse. Ses jambes étaient couvertes d’hématomes et elle portait les mêmes marques bleues sur les poignets que la précédente victime.

- Qu’est-ce que tu peux me dire ? demanda Jean à Marie.

- Bonjour à toi aussi Henri, ronchonna la femme. Je dirais que celle-là est la seule des trois qui ne s’est pas débattue, ou qui n’en a pas eu le temps. Les trois cadavres portent des entailles similaires à des endroits similaires mais infligées par des personnes différentes à mon avis. Tu vois la coupure sur sa pommette, juste la, dit-elle en lui désignant le visage de la femme, l’entaille est beaucoup plus profonde que sur l’homme éventré, plus violente. Je tablerai donc sur un groupe ou peut être des apprentis plagiant un « maitre », ce genre de chose arrive parfois. Les trois victimes ont perdu beaucoup de sang en peu de temps. Seulement tu remarqueras qu’il y en a peu sur le sol. Peut-être des adeptes d’une secte sataniste, je ne sais pas.
- On a des infos sur leurs identités ?
- La fille avait encore son sac et il ne manque rien. Je l’ai confié à un des officiers. Elle s’appelle Carole Verget. Vingt-six ans, pas de casier. Les deux autres, on ne sait pas.
- Bien. Et la fille ?
- La gamine ?
demanda Marie en jetant un coup d’œil vers un groupe de pompiers un peu plus loin. On attend le médecin du SAMU qui ne devrait plus tarder. Elle refuse de bouger et ne parle presque pas. Elle ne pleure pas non plus d’ailleurs. A première vue, et selon moi, elle est en état de choc. Seulement ça fait presque douze heures qu’elle doit être ainsi, on l’a trouvé quelques minutes après avoir débarqué. Et vu les marques sur ses cuisses et sa jupe, je pense qu’on l’a violé. Elle a pas mal d’ecchymoses et de marques de coup aussi.
- Tu penses qu’elle aurait pu être une quatrième victime ?
- Ce n’est pas à exclure. Mais dans son état, ce n’est même pas sur qu’elle se souvienne de quoi que ce soit…
- Amnésie post-traumatique ? C’est bien ma veine !


Marie haussa les épaules et retourna à son macchabé. Le commissaire soupira devant le peu d’intérêt que sa collègue manifestait à l’égard des vivants, mais c’était souvent le cas chez les médecins légistes. Il avait d’ailleurs toujours pensé qu’il fallait être un peu misanthrope pour faire ce métier. Il se dirigea vers la petite armée de pompier qui entourait la jeune fille. Prostrée à terre, elle ne portait que ses habits déchirés et sales. On lui avait posé une couverture de survie sur les jambes mais elle grelottait malgré tout. Jean la considéra un instant. La fille semblait complètement ailleurs, elle souffrait visiblement, mais son esprit refusait d’admettre cette souffrance. Rien qu’en la regardant on ressentait une détresse physique qui l’enveloppait comme un linceul. Jean s’approcha d’un groupe de pompiers qui discutaient à voix basse.

- Excusez-moi, le SAMU est-il arrivé ?
- Non pas encore. Ça devrait pas tarder maintenant. Vous êtes ?
- Commissaire Jean, police judiciaire. C’est vous qui l’avez trouvé ?
- Oui, répondit un autre homme. Ça doit faire une demi-heure.
- Elle est dans cet état depuis le début ? Elle a dit quelque chose ?
- Juste son nom, et encore il a presque fallu lui arracher les mots de la bouche
, dit le pompier avec un air désolé. Camille. La pauvre gosse…
- Je peux lui parler ?
demanda Jean.

Les hommes en uniforme se regardèrent avec inquiétude. Puis celui qui avait parlé en premier haussa les épaules en signe d’impuissance.

- Essayez toujours, dit-il. Mais évitez de la toucher, pour le médecin.

Jean acquiesça de la tête et rejoignit la jeune fille adossé contre un mur. Il s’approcha en ouvrant les bras, paumes vers le ciel, pour lui montrer qu’il n’était pas un danger. Elle ne réagit pas à son approche. Alors il se pencha lentement vers elle, de manière à se retrouver face à elle. La jeune fille ne cilla pas, comme si l’homme face à elle était transparent. Jean lui releva le menton du bout du doigt et elle se laissa faire sans rien dire. Dans ses yeux, il lut la terreur qui fait blanchir les cheveux en l’espace d’une nuit, celle qui ne vous quitte plus jamais et qui vous fait frissonner même en plein jour. Il remonta la couverture jusqu’à ses épaules. La lumière rouge d’un gyrophare vint se refléter sur la peau blanche de la jeune fille toujours inerte et le médecin du SAMU se précipita sur eux. Le commissaire s’écarta pour le laisser faire son travail. Il jeta un dernier coup d’œil à la jeune fille et pendant un instant il lui sembla qu’elle le suivait du regard. A moins qu’elle ne voit autre chose, au-delà.

Alors qu’il s’apprêtait à quitter définitivement les lieux, une tache sombre sur le sol l’interpella. Un policier muni d’un appareil photo, plaçait des petits plots avec des numéros pour identifier l’indice. Jean s’approcha, sa plaque en évidence.

- Il y a une quatrième victime ?
- Je ne sais pas. Je viens juste de trouver cette flaque, mais il n’y a vraiment pas assez de sang pour que la blessure ait été mortelle.


Le commissaire hocha la tête silencieusement et reprit le chemin de sa voiture. Une fois à bord, il passa en revue les indicateurs qu’il connaissait susceptible de lui fournir des informations sur cette nouvelle affaire.


*
**


Sourire était en colère. Elle fulminait d’une rage froide, dont le calme apparent ne présageait rien de bon. Entourée de ses gens, assis en demi-cercle face à elle, elle attendait. Elle attendait des explications, des réponses, des faits, la vérité. Comment une telle chose avait-elle pu se produire, chez elle, en sa présence, sans qu’elle en fût informée ? Sans qu’elle ne s’en rende même compte ? C’était tout à fait impensable, inadmissible. Elle foudroya la salle de son regard gris et tous semblèrent se tasser un peu plus dans leurs sièges. Le silence était pesant, gonflé de menaces et d’interrogations. Personne ne savait qui avait pu avoir l’audace d’un tel affront lors de la fête de l’été. Sourire s’impatienta, elle se tourna brusquement vers deux hommes en noir sur sa droite, membres de sa garde personnelle. Qu’on laisse trainer un cadavre chez elle passe encore, c’était la fête de l’été. Beaucoup de chose devait arriver en cette nuit particulière. Mais trois, voilà qui était bien hors de question.

- Trouvez le responsable, dit-elle simplement. Et cela sonna comme la pire des menaces.



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MessageSujet: Re: Les dragons entremêlés.   Ven 30 Mar - 19:40

XXI.

Prisca tendit une enveloppe de papier kraft à l’homme qui lui faisait face. Petit et râblé, les cheveux d’un noir intense et habillé de la même couleur de la tête au pied, il lui faisait inévitablement penser à un rat avec ses petits yeux enfoncés et son nez allongé. Malgré son accoutrement, il passait inaperçu, même dans le parc municipal, bondé pendant les vacances scolaires.

- Tu es sure de pouvoir vendre ses informations ? demanda-t-il d’une voix rauque. Pas d’arnaque hein ?!

- Tu les veux oui ou non ?
s’impatienta la jeune fille en suspendant son geste.


L’homme s’empressa de saisir l’enveloppe et de lui en tendre une seconde, plus petite.
- C’est tout ce que tu as pu trouver ? Surin, tu te moques de moi !

- La quantité ne fait pas toujours la qualité
, répondit l’informateur.

Et sur ces mots il fit volte-face et partit d’un pas tranquille, la laissant la seule au milieu des enfants. Elle regarda Surin s’en aller et décacheta l’enveloppe. Elle n’avait peut être effectivement pas le droit de lui confier les informations qu’il avait réclamé ; même incomplètes, si cela venait à se savoir, elle risquait gros. Cependant l’avantage avec Surin, c’est qu’en plus d’être discret, il portait bien son nom : les gens curieux ne faisaient généralement pas long feu dans son entourage. Prisca déplia la feuille blanche ou s’étalait une écriture en pattes de mouche, surement celle de son informateur. Il n’y avait en tout et pour tout que trois lignes. Sur la première, une liste de noms, dont certains soulignés d’un trait sombre, sur la seconde la jeune fille reconnu une adresse, ou plutôt la désignation d’un lieu-dit. Sur la dernière enfin, elle put lire : « dragon. Le Monde derrière le monde ? ». Prisca demeura perplexe. Le monde derrière le monde. Elle avait déjà entendu cette formule quelque part. Sourire lui en avait parlé, la veille à la fête de l’été. Quelqu’un allait déchirer un voile, ou quelque chose de la sorte. Elle se força à réfléchir. Qu’avait dit Sourire exactement ? Qu’il s’agissait d’une personne qu’elle cherchait. Ses yeux tombèrent sur le mot « dragon ». Prisca fronça les sourcils avec colère et d’un pas décidé, elle se dirigea vers la bijouterie de son grand-père.

*
**

Lorsqu’Inès poussa la porte de la bijouterie, faisant carillonner la clochette de l’entrée, il lui sembla que Léon l’attendait, calme et patient derrière son comptoir. Cette attitude sereine, presque résignée, lui fit froid dans le dos mais rassemblant son courage, elle se dirigea vers le vieil homme. Elle s’apprêtait à parler quand il la prit de vitesse.

- Veuillez retourner le panneau pour indiquer que nous sommes fermés s’il vous plait. Je crois que nous avons à parler tous les deux.

Surprise par cette entrée en matière, Inès resta coite et fit ce qu’il demandait. Elle retourna le petit écriteau et regagna le comptoir.

- Comment se portent vos yeux ? demanda le vieillard.

- Les pierres me tirent un peu la nuit, mais sinon tout va bien, commença la jeune fille, se remémorant qu’il avait nommé les gemmes des « yeux ».

- Non, vous ne comprenez pas. Comment vont vos yeux ?

- Mes yeux ?
hésita Inès, pas très sure d’elle.

- Vos yeux oui. Vous voyez bien ?

Inès sentit une boule d’angoisse se loger au creux de son estomac. Jusqu’à quel point pouvait-elle faire confiance au vieil homme ? Elle l’ignorait. Mais le secret la pesait, aussi décida-t-elle de ne dévoiler que le strict minimum. Pour le moment.

- Comment savez-vous ?

- Alors vous voyez ? Vous n’auriez jamais dû donner la vue à ces dragon
s, déplora-t-il en secouant doucement la tête.

- Voir quoi ? Ecoutez, j’en ai marre de vos phrases sibyllines. Alors vous me dites clairement les choses à partir de maintenant ou bien je m’en vais ! s’énerva la jeune fille. Voir quoi ?

- Voir tout enfin. Vous pouvez tout voir n’est-ce pas ? Les arcs-en-ciel dans chaque rayon de soleil, les choses qui se trouvent à des distances incroyables comme celles qui se trouvent juste sous vos yeux. Votre volonté vous permet de tout voir, à l’infini
, répondit-il dans un murmure.

- Je n’ai jamais vu les arcs-en ciel, admit Inès après un court silence.

- Mais vous voyez. Entendez-vous aussi ? demanda-t-il.

- Entendre quoi ?

- Et bien tout ce qui ne se voit pas, mon enfant. Je suis de ceux qui entendent. J’entends les pierres et elles me racontent leurs histoires.


Inès se sentait totalement perdue. Le vieil homme avait-il perdu la raison ? Pourtant il disait vrai pour ses yeux, si elle le décidait, elle pouvait tout voir. Elle se mordilla la lèvre, en proie au doute et à la peur.

- C’est comme ça que vous connaissez le nom des pierres ? finit-elle par demander.

- Tout à fait, vous avez compris, s’exclama-t-il avec un sourire. Mais vous, vous avez trouvé le véritable nom de votre pierre, rappelez-vous. Alors, vous possédez également ce don.

- Je…non, écoutez, ça fait beaucoup à intégrer en peu de temps. Je ne sais plus vraiment où j’en suis…. Je


- N’ayez pas peur de vous ! Inès c’est bien ça ? N’ayez pas peur de ce que vous pouvez faire.

- J’ai le sentiment de ne rien maitriser. Tout ce qu’il m’arrive en ce moment, c’est complètement dingue. J’ai des absences, je vois mon nom écrit avec du sang… Je …

- Des absences
? demanda-t-il inquiet.

- Hum… je sens que je devrais me souvenir de certaines choses. Comme des réminiscences. Mais rien ne me revient, répondit-elle penaude.

Léon ouvrit la bouche pour lui répondre mais fut brusquement interrompu par le son du carillon de l’entrée. Prisca s’avança vers eux. Inès la dévisagea, certaine d’avoir déjà vu ces yeux bleus et cette chevelure blonde quelque part. La nouvelle venue fit le tour du comptoir dans le silence et vint se placer près de son grand-père, bien campée sur ses jambes.


- Qui êtes-vous ? demanda-t-elle à Inès

- Prisca ! s’offusqua le vieil homme. On ne s’adresse pas ainsi aux clients. Excuse-toi immédiatement.

- Ce n’est rien
, intervint Inès. Je m’appelle Inès, j’ai commandé des pierres et j’avais besoin de parler avec Léon. Ça va si je vous appelle Léon n’est-ce pas ?

- Oui bien sûr, répondit ce dernier. Voici Prisca, ma petite fille
.

Les deux jeunes filles s’examinèrent scrupuleusement. Prisca ostensiblement agressive, poussant Inès à rester sur ses gardes. Un ange passa au-dessus du trio et le silence se fit pesant.

- Je vais vous laisser, finit par dire Inès.

- Faites donc ça oui, lança la jeune fille blonde.

Le vieil homme parut outré mais ne dit rien. Sa petite fille semblait sur le point de sauter à la gorge de n’importe qui, et pour n’importe quelle raison. Il lança un regard désolé à Inès et celle-ci lui répondit par un sourire. Elle remua imperceptiblement les lèvres et quitta la boutique sans un mot. Lorsqu’elle fut sortie, Léon se retourna vers sa petite fille, les yeux pleins de colère.

- Ne refais plus jamais ça, tu entends !

- Arrête Papi. On ne sait rien d’elle, il faut que tu fasses attention.

- Prisca, cela ne te regarde pas. Elle a besoin d’aide.

- Non. Pas de ton aide. Qu’elle trouve quelqu’un d’autre. Elle est dangereuse.

- Tu racontes n’importe quoi Prisca.

- Tu ne comprends pas...


Léon haussa les épaules et ouvrit la porte de l’arrière-boutique. Il saisit sa canne et s’engagea dans le couloir, Prisca sur ses talons. Ils restèrent à se regarder pendant longtemps dans la petite cuisine, comme s’ils essayaient de convaincre l’autre par la seule force de leurs volontés respectives. Puis la jeune fille se leva, déposa un baiser sur la joue de son grand-père et partit. Le vieil homme resta seul sous la lumière chiche de la pièce. Si sa vue baissait avec l’âge, son ouïe, elle, restait aussi fine qu’au premier jour. Le don ne disparaissait jamais. « Je reviendrais », avait-elle murmuré.

*
**

Prisca était malheureuse. Elle s’en rendit compte ce soir-là, en quittant son grand père. Déambulant dans les rues, elle caressait furtivement son bracelet blanc et bleu d’un air distrait. Alors qu’elle envisageait de repasser par le hangar avant de rentrer chez elle, une jeune femme blonde accompagnée d’une petite fille, plus blonde encore, traversa son champ de vision. Prisca resta un moment interloquée. Les cheveux presque blancs de l’enfant semblaient lisses et doux comme des plumes. Comme si elle sentait le regard de Prisca sur sa nuque, la fillette lui jeta un coup d’œil par-dessus son épaule menue. Prisca les laissa prendre de l’avance et quand elles tournèrent au coin de la rue, se mit à les suivre.
Elle n’eut pas à se cacher longtemps. Les deux amies s’arrêtèrent près d’un salon de tatouage que Prisca avait déjà remarqué. Plus elle observait la petite fille, plus elle la trouvait étrange. Bizarrement, elle était certaine de l’avoir déjà vu quelque part. Elle se creusa les méninges, en vain. Les deux jeunes filles furent accueillies par un homme qui arborait des tatouages sur les deux bras. Il sortit du magasin, une autre fille à sa suite. Prisca reconnut immédiatement Inès. Elle fronça les sourcils. Il y avait décidément quelque chose d’anormal avec ces gens-là. Elle regarda Inès s’éloigner et reporta son attention sur le jeune homme. Il y avait de la peur dans ses yeux. Une proie facile.

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