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 Les dragons entremêlés.

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Lilith
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MessageSujet: Re: Les dragons entremêlés.   Lun 2 Avr - 19:20

XXII.

Le mois de juin s’acheva dans une chaleur étouffante. Alice s’extirpa de sa chaise avec difficulté. Depuis quelques temps, elle n’avait plus aucune énergie. La fatigue lui tombait dessus dès le réveil et alourdissait ses journées d’une torpeur à laquelle la jeune femme refusait de céder. Titubant, elle enfila un short et un débardeur, chaussa ses sandales et quitta la maison avec une lenteur inexplicable. Chaque pas, chaque geste lui tirait un gémissement accablé. Aller travailler était un vrai supplice, même sourire l’épuisait. Elle marchait sans entrain vers le centre-ville, se faisant l’effet d’un zombie qu’on viendrait tout juste de relever d’entre les morts. Lorsqu’elle passa près de l’école primaire, la vision d’une frêle silhouette bien connue l’apaisa. Alors ce fut comme si cette intenable fatigue qui s’était chevillée à son corps s’envolait et Alice se sentit devenir légère comme une plume. Elle leva la main en direction de la petite fille qui l’attendait déjà. Lyn avait cet effet-là.

Les deux amies marchaient en devisant gaiement. La compagnie de la fillette faisait du bien à la jeune tatoueuse. Physiquement et moralement. Depuis qu’elle s’en occupait, Lyn était devenue une sorte d’obsession pour Alice. Lorsqu’elles étaient séparées, la jeune femme sentait la vie s’enfuir doucement de son corps, elle ne mangeait plus beaucoup et la déprime la guettait. Elle avait beaucoup maigri, comme le lui avait fait remarquer ses amis qu’elle ne voyait plus guère. Toute son attention était tournée vers la petite fille et la satisfaction de ses moindres désirs. Lyn entraina la jeune femme dans une rue sombre et étroite. Elles descendirent la pente douce jusqu’à arriver à un croisement. Lyn hésita, tourna à droite. Elle s’arrêta après quelques pas.

- Où sommes-nous ? demanda Alice tout bas.
- A la bordure du Passage, répondit la petite fille, soudain très sérieuse.
- Le passage ?

Lyn regarda son amie, une légère surprise au fond des yeux.

- Tu n’es jamais venue à la fête de l’été ? hasarda-t-elle interloquée.
- Non, je n’aime pas danser.
- Comme c’est dommage,
murmura l’enfant.
- Mais j’en ai entendu parler. Tu es déjà allée à cette …. fête ?

Devant l’expression sévère et inquiète de la tatoueuse, la petite fille baissa la tête avec pudeur, masquant son visage de ses longs cheveux.

- Non répondit-elle d’une petite voix, un étrange sourire aux lèvres.

Rassérénée, Alice se posta près de la fillette. Elles patientèrent plusieurs minutes. Personne ne passa près d’elles pendant ce laps de temps. D’ailleurs personne ne passa du tout, la rue était vide et il n’y avait pas âme qui vive. Puis des silhouettes commencèrent à émerger de l’ombre. Alice saisit prestement la main de Lyn, peu rassurée. Son amie lui adressa un sourire éclatant et leva son autre main en l’air, l’agitant comme un signe de ralliement. Les silhouettes convergent alors vers les deux amies. Ils étaient nombreux, une bonne douzaine, jugea Alice. Elle serra plus fort les petits doigts de Lyn qui tourna son visage d’ange vers elle.

- Attends-moi ici, s’il te plait.

Alice acquiesça, retenant sa respiration. La petite fille s’éloigna avec les nouveaux venus. Elle en oublia de respirer. Ils avaient tous l’air dur et violent, et elle décelait dans leurs yeux une lueur de folie qui la fit frissonner malgré la chaleur estivale de ce mois de juillet. Quand elle comprit qu’il ne ferait rien à sa protégée, elle lâcha un grand soupir et, impatiente de partir, attendit que l’enfant revienne vers elle. La discussion dura longtemps, puis aussi rapidement qu’une nuée d’oiseaux, tous s’éparpillèrent dans les rues avoisinantes. Alice se retrouva seule avec Lyn, accompagnée d’un homme immense, vêtu d’une veste en cuir. Elle lui jeta un regard intrigué, il ne portait rien sous son chaud blouson. Elle les regarda s’approcher et, au fur et à mesure qu’il avançait vers elle, Alice n’eut plus qu’une envie. Fuir. Lyn remercia l’homme qui la regardait avec une admiration sans borne. Quand il releva les yeux vers la tatoueuse, celle-ci ne put retenir un mouvement de recul. Il se pencha alors vers elle, et saisit une mèche de ses cheveux. La jeune fille retint son souffle, tremblante. L’inquiétante lueur se ralluma dans son regard.

- Jolis tatouages, dit-il dans un souffle rauque.

Alice déglutit avec difficulté et se contenta de hocher de la tête sans pouvoir prononcer un mot. L’homme eut un petit rire moqueur. Il lui lança un baiser et, avec un dernier regard pour Lyn qui observait la scène, fit demi-tour. Elles le regardèrent disparaitre comme les autres. La petite fille reprit la main d’Alice dans la sienne, et elles quittèrent le passage comme si de rien n’était.

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MessageSujet: Re: Les dragons entremêlés.   Jeu 5 Avr - 9:33

XXIII.

La nuit est chaude. L’atmosphère, lourde, est chargée de l’odeur de la terre baignée par le soleil. Le vent n’ose pas souffler, et laisse les ombres recouvrirent la ville comme une chape de plomb. Une silhouette avance en silence. Pieds nus sur le goudron défoncé du Passage, elle avance, en territoire ennemi. Un éclat de lune vient frapper son dos, éclaboussant de lumière ses longs cheveux blonds. Elle s’arrête. Face à elle, les ombres frémissent. Dans un sourire, elle agite doucement la main. La nuit se déchire pour laisser la place aux nouveaux arrivants. Les deux groupes s’observent, se jaugent. La silhouette fait signe à ses troupes d’attendre. Une danse mortelle s’engage.

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MessageSujet: Re: Les dragons entremêlés.   Dim 8 Avr - 21:42

XXIV.

Tom attendait, allongé sur son lit. Les bras croisés derrière la tête, il guettait les bruits de la maison, attentif. Au bout de plusieurs minutes durant lesquelles il se contraint à l’immobilisme le plus total, il fut certain d’être seul. Se redressant en position assise, ce qui fit grincer les lattes du lit, il saisit son téléphone portable et commença à écrire. Il lut et relut le message sur le petit écran, l’effaça, recommença. Hésita plusieurs minutes et appuya finalement sur la touche « envoyer ». Le cœur battant, il se laissa retomber sur le lit. Il n’y avait plus qu’à attendre maintenant. Pourvu qu’elle dise oui.


*
**


Inès lâcha un juron. Elle crevait de chaud. Comment était-il possible qu’il fasse si chaud ? La jeune fille fuyait le soleil comme la peste, tant ses rayons lui brulaient la peau avec ardeur. Elle se maudit d’avoir choisi ce jour particulièrement caniculaire pour aller voir Léon. Et quitter la salvatrice fraicheur de sa chambre. Elle fit le chemin en bougonnant et c’est avec un soupir de soulagement qu’elle poussa la porte de la petite boutique. Léon l’attendait.

- Bonjour, dit-elle, une pointe d’anxiété dans l’estomac.
- Bonjour Inès. Comment allez-vous ?
- Bien merci. Et vous-même ?
- Je vous attendais.


Inès hocha la tête d’un air entendu. Le vieil homme s’excusa encore pour la conduite de sa petite fille et lui désigna une chaise près du comptoir. La jeune fille s’assit à coté de lui, les mains bien à plat sur ses genoux. Elle n’était pas vraiment sur de vouloir entendre tout ce qu’il avait à dire, mais elle avait besoin de réponses. Les choses prenaient une tournure désagréable et elle avait peur.

- Je fais des rêves étranges et…, commença-t-elle.
- Chaque chose en son temps, jeune fille, l’interrompit Léon avec un sourire fripé.

Inès referma sa bouche qui était restée ouverte. Les yeux verrouillés sur ceux de Léon, elle était prête à entendre. Le bijoutier se racla la gorge.

- As-tu déjà entendu parler du Monde derrière le monde ?
- Non, répondit la jeune fille en fouillant dans sa mémoire.
- Alors écoute bien. Voici une très vieille histoire.



*
**


Lorsqu’elle quitta la bijouterie, Inès se sentit soulagée. Il avait appelé cela « la leçon qui vient après la première fois ». Beaucoup de chose devenaient tout d’un coup très claires à l’aune de ce nouveau savoir. D’autres, au contraire, s’assombrissaient considérablement. Les sentiments se mélangeaient en elle, en un tourbillon bariolé. La peur le partageait à la reconnaissance d’avoir enfin quelques réponses, et à une certaine joie aussi, de savoir enfin ce qu’elle était. Le doute toujours demeurait, comme un cancer qui la rongeait. Et la solitude, même si maintenant, Léon était là. La jeune fille sentit ses jambes flageoler alors qu’elle marchait, elle rebroussa chemin vers un banc et s’assit. Elle se força à respirer profondément, calmement et profita de l’air du soir, moins brulant qu’en journée pour apaiser son esprit en ébullition. Quand son cœur eut repris un rythme normal, elle se leva et se remit en marche. Elle tira son téléphone de son sac et constata qu’elle avait un nouveau message, de Tom. Intriguée, elle l’ouvrit et lut rapidement les quelques lignes qu’il contenait. Sa lecture lui fit monter le rose aux joues et le sourire aux lèvres. Une invitation. La sensation de ses doigts dans son dos lui revint avec une force et une précision inattendues. Inès frissonna à ce souvenir. Dans la chaude couleur brune des yeux de Tom, elle décelait une force et une frayeur qui la mettait sur ses gardes. Mais le jeune homme lui plaisait follement, elle le réalisait, sans pour autant en être rassurée. Elle fit voler ses doigts sur les touches pour lui répondre. Demain soir.

Cela faisait un moment que les deux jeunes gens ne s’étaient pas vus. Maintenant que le tatouage d’Inès était entièrement achevé, leurs rencontres n’avaient plus la même saveur. Elles prenaient une tout autre signification, ce dont ils étaient tous les deux conscients. Inès descendit les marches avec lenteur, prenant tout son temps pour observer le jeune homme qui l’attendait. La ligne de sa mâchoire, la forme de ses épaules, ses bras musclés recouverts d’arabesques. Son cœur s’emballa. Il leva les yeux vers elle et sourit. Dans son dos, Inès sentit les dragons d’encre frémir. Elle eut un imperceptible mouvement d’hésitation. Les mots de Léon envahir alors son esprit, l’apaisant, l’encourageant. Tout en continuant d’avancer, elle dilua la peur et s’ouvrit aux deux bêtes. Elle rouvrit les yeux en arrivant devant Tom, il dégageait une mince lueur blanche, comme si de la lumière tentait de s’échapper de son corps. Elle leva doucement la main sous le regard interdit du jeune homme. Lorsque ses doigts effleurèrent la fine enveloppe, elle s’évanouit. Inès adressa un sourire radieux à son ami et déposa un baiser fugace et on en peut plus chaste sur ses lèvres.

- On… On y va ? demanda-t-il l’air complètement perdu.
- Avec plaisir, répondit la jeune fille.

Le trajet se fit dans la bonne humeur. Tom, toujours un peu perturbée par le geste d’Inès mais néanmoins ravi, papotait sans fin de tout et de rien. Inès l’écoutait et souriait sans raison. Heureuse, à la fois d’avoir osé faire le premier pas et d’avoir suivi les conseils du vieux joailler. Regarder et voir. Ils passèrent une agréable soirée, profitant de la chaleur du soir pour se promener et discuter encore et encore.

Le temps fila sans qu’ils ne s’en rendent compte. Ils déambulaient dans les rues proches de chez Inès sans pouvoir se résoudre à se séparer vraiment. La nuit était bien avancée, assis sur le bord d’un trottoir, ils regardaient le ciel nocturne. Inès posa sa tête sur l’épaule de Tom, savourant ce contact rassurant. Bien que certaines choses demeurent mystérieuses à propos du garçon, elle ne voulait pas gâcher ce moment. Le jeune homme profita de l’occasion pour lui saisir la main, quand un cri déchira la nuit. Ils sursautèrent avec effroi. Le cri se répéta encore et encore, de plus en plus inhumain, puis il n’y eut plus rien que la nuit, chaude et silencieuse. Mortellement silencieuse. Tom se redressa brusquement, et entraina Inès avec lui dans une course effrénée. La jeune fille sentit la panique parcourir leurs peaux mais ils allèrent de l’avant, accroché l’un à l’autre. Ils tournèrent sur leur droite, s’engageant dans une rue large et bien éclairée. Tom s’arrêta aussi soudainement qu’il s’était mis à courir. Inès le bouscula. Penchée en avant pour reprendre son souffle, elle haletait. Il l’aida à se redresser et lui désigna quelque chose au loin. Sans réfléchir, Inès accommoda sa vue pour y voir de plus près. Elle poussa un cri en reconnaissant un bras étendu sur le sol. La silhouette, alertée par le bruit, se releva prestement et se retourna vers eux. Puis dans un éclair, elle disparut, laissant à la lumière crue du lampadaire le corps sans vie d’une jeune fille blonde.

- Appelle la police, la pressa Tom, en s’approchant du corps avec prudence. Vite !

Inès sortit son téléphone et composa le 18. Le temps que le standard réponde, elle suivit Tom qui s’était arrêté à quelques mètres du corps. Lorsqu’elle fut à ses coté, elle sentit ses jambes se dérober sous elle. Le corps affreusement mutilé reposait sur le ventre. Malgré les larges entailles qui lui barraient le dos et les épaules, on distinguait toujours la multitude de rose qui s’épanouissait dans un camaïeu de rose et de rouge. Et le regard vide d’Alice, comme une supplique muette sous ses mèches blondes ensanglantées.


Inès n’arrivait plus à réfléchir. Ce fut Tom qui récupéra son téléphone et répondit aux questions des pompiers. Ils leurs demandèrent d’attendre à proximité sans s’approcher ni rien toucher. Tom souleva Inès dans ses bras et la déplaça vers le trottoir à une distance respectable du corps. Mais la jeune fille ne pouvait détacher son regard du macabre spectacle. Voir et regarder. Elle tremblait malgré la brise chaude qui faisait voleter ses mèches folles. Le tatoueur s’assit près d’elle et posa son bras autour de ses épaules en un geste de réconfort. Aucun des deux n’avait prononcé un mot depuis qu’il avait raccroché. Inès se réfugia dans les bras de Tom et sentit les larmes inonder ses joues. Il la tint serrée contre lui, la berçant en lui murmurant des mots apaisants. Lorsqu’elle fut enfin calmée, Inès se redressa et essuya son visage d’un revers du poignet. Entre deux reniflements, le bruit lointain de sanglot lui parvint. Elle dressa l’oreille.

- J’ai entendu quelque chose, s’exclama-t-elle. Il y a quelqu’un !
- Tu es sur de toi ?
- Oui ! bien sur que je suis sur ! Il faut chercher.


Ils se mirent alors à chercher. Ce fut Tom qui la trouva. Il héla Inès pour qu’elle le rejoigne. A travers les buissons d’une clôture, une nappe de cheveux blonds s’étalait sur le feuillage foncé. Inès écarta les branches d’une main tremblante. Lyn sanglotait, recroquevillée à terre.

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MessageSujet: Re: Les dragons entremêlés.   Jeu 12 Avr - 9:34

XXV.

Les heures qui suivirent furent parmi les plus difficiles qu’Inès eut à vivre. Les pompiers arrivèrent sur place, rapidement rejoint par la police et le SAMU. La jeune fille tremblait malgré les couvertures de survie qu’on lui avait apporté. Le cœur broyé, tout lui rappelait le drame qu’avait vécu son père. La lumière des gyrophares, les discussions murmurées, les visages inquiets, la pitié. Tom resta près d’elle, sa main dans la sienne jusqu’à ce qu’ils les laissent finalement partir. Le médecin du SAMU leur fit signe en leur montrant des tasses de café fumantes. Les deux jeunes gens s’approchèrent. Le regard d’Inès revenait inévitablement vers le corps mutilé qui gisait au sol, recouvert d’un drap blanc. Tom évitait consciencieusement de le regarder, la mâchoire crispée et le visage fermé. Ils burent en silence leurs cafés, réalisant qu’ils devraient passer devant Alice s’ils ne voulaient pas faire un large détour. Dans la lumière des phares, une silhouette connue s’avança.

- Commissaire Jean! s’exclama Inès en courant vers lui.

Sans un mot, l’homme ouvrit largement ses bras et la jeune fille se jeta dedans. Elle pleura encore. Jean attendit qu’elle se calme en lui caressant les cheveux. Il échangea un regard entendu avec Tom, puis il la dégagea doucement.

- Inès, que s’est-il passé ?

La jeune fille lui raconta comment ils avaient découvert Alice sur le sol. Si elle lui parla de l’étrange silhouette qu’ils avaient surprise, elle omit de signaler la présence de Lyn. D’un accord tacite et muet, les deux amis avaient passé ce détail sous silence et Tom avait emmené sa petite sœur afin de la cacher un peu plus loin, où l’on ne risquait pas de la trouver. Le commissaire la dévisagea comme s’il sentait qu’elle lui cachait quelque chose mais ne dit rien.

- J’ai prévenu ta mère, elle t’attend. Tu devrais rentrer maintenant, lui dit-il avec douceur.
- Je vais la raccompagner, proposa Tom qui s’était approché en silence.

Jean acquiesça, une pointe de reconnaissance dans les yeux. Ils échangèrent encore quelques mots puis les deux jeunes quittèrent la scène de crime. Lorsqu’ils passèrent devant le corps, Inès eut un frisson angoissé et se rapprocha instinctivement de Tom. La chaleur de sa peau la fit sursauter. Il brulait comme s’il avait de la fièvre. Elle chercha son regard et plongea dans ses yeux terrifiés. Elle fronça les sourcils, était-ce un effet d’optique où les prunelles de son ami venaient subitement de changer de couleur ? Autour de son iris, le brun qu’elle connaissait si bien avait été remplacé par une fascinante couleur fauve. Le jour pointa ses premiers rayons sur eux, et l’odeur âcre du sang se fit moins insistante au fur et à mesure qu’ils s’éloignaient.


*
**


Le commissaire regarda les deux jeunes s’en aller. Ses pensées allèrent à Inès. La pauvre petite n’avait vraiment pas de chance. Son nom, qui claqua dans l’air, le tira de ses pensées. Marie Egniant attendait près du corps. Il la rejoignit sans se presser. Elle pointa un doigt couvert d’un gant chirurgical plein de sang et accusateur sur lui.

- Où étais-tu encore ? J’ai des observations très intéressantes à te communiquer. Il est tard, enfin tôt maintenant et j’aimerais qu’on en finisse, lança-t-elle visiblement de mauvaise humeur.
- Je t’écoute, se contenta de dire le commissaire, peu enclin à se lancer dans une joute verbale avec la légiste.

Cette dernière lui fit signe de venir plus près. Elle découvrit le corps, l’exposant à la puissante lumière des projecteurs qui éclairaient la scène.

- Les marques sur son dos et son cou sont identiques à celles retrouvées sur les trois précédentes victimes. Même modus operandi. Cependant, elle a perdu beaucoup moins de sang, ce qui laisse penser que les deux jeunes ont effectivement aperçu le tueur. Malgré sa maigreur, elle s’est visiblement débattue, les marques sur ses mains et ses ongles le prouvent. Voici donc la quatrième victime, Alice Poiriet.

Jean prit le temps d’examiner le corps, évitant de regarder ses yeux morts, figés dans la douleur. Il examina les poignets de la jeune fille sans y déceler les marques bleues que portaient ses prédécesseurs.
- Tu sais Marie, plus je regarde les corps et tes rapports d’autopsie, plus j’ai l’impression d’avoir à faire à un animal sauvage. C’était d’ailleurs une de nos théories, jusqu’au témoignage de cette nuit. As-tu connaissance de sectes ou de groupes qui diviniseraient un prédateur dans leurs meurtres.
- Pas que je sache non. Honnêtement, si ce meurtre avait eu lieu dans le Passage lui aussi, je t’aurais dis « peut être, tout peut arriver là bas ». mais ce changement de lieux m’intrigue.
- Bon, je suppose que je vais devoir me débrouiller seul, dit le commissaire avec un sourire désabusé. Je vais voir si je trouve Prisca. Elle pourra peut-être nous en dire plus.


*
**


Prisca se releva en prenant appui sur ses genoux et épousseta la poussière sur ses épaules. Ils devaient s’être passé le mot, ou bien avaient-ils tous décider de l’énerver aujourd’hui ? Elle essuya ses mains sur son jean et se pencha sur l’homme qui gisait à terre. Il tenta de se relever mais elle le repoussa d’un coup de pied.

- Pas bouger ! ordonna-t-elle.

Elle lui jeta un regard méprisant et s’humecta un doigt pour frotter les taches de sang sur ses phalanges abimées. Cela faisait bien longtemps qu’elle n’avait pas eu à se battre. L’adrénaline saturait son organisme et faisait battre son cœur à une vitesse folle. Elle inspira profondément et se pencha un peu plus vers l’homme qui gémit.

- Bien. Maintenant parle moi de cette boutique de tatouages et de ce Tom que tout le monde connait mais dont j’ignore tout.

Sa victime déglutit avec difficulté et commença à parler précipitamment sous l’oreille attentive de la jeune fille.
Quand il eut finit, elle l’assomma d’un coup de poing et, rajustant ses cheveux, reprit sa route sans un regard en arrière. Elle regarda ses mains et décida qu’il ne valait mieux pas retourner au hangar aujourd’hui. Elle fit un arrêt par une petite place abandonnée dans les quartiers neutres. La placette formait un ovale parfait autour d’un arbre qui survivait par on ne savait quel miracle de Sourire. Accolée à un mur, une minuscule fontaine désaffectée rouillait, oubliée de tous. Prisca se dirigea vers elle et décolla une brique du mur contre lequel elle était appuyée. Elle en retira deux morceaux de papier. L’un était de la main de Surin, l’autre venait du commissaire Jean. Il voulait la voir, vite. Elle baissa à nouveau les yeux sur ses mains pleines de taches brunes. Elle ne pouvait pas se présenter comme ça au commissariat où elle pouvait dire adieu à sa liberté conditionnelle. Après un court instant de réflexion, elle décida de retourner au Hangar malgré tout.
Lorsqu’elle arriva sur les lieux, elle ne trouva que les plus jeunes, chaperonnés par un des sbires de David. Elle passa sans lui accorder un regard quand lui écarquilla les yeux sur son passage. Les autres étaient en train de s’entrainer. Ils appelaient ça s’entrainer, vraiment ? Prisca les rassembla et les fit se mettre en ligne. Ils hésitèrent en voyant son allure terrible mais n’osèrent discuter.

- Coup de poing, pied, pied, dit-elle simplement.

Le premier combattant s’avança en tremblant. Il se mit en position et lança son poing droit vers le visage de la jeune fille. Prisca lui saisit le poignet, le détourna et lui enfonça son coude dans le ventre. Le garçon s’écroula.

- Suivant ! Cria-t-elle.

Ceux qui suivirent subirent à peu de chose près le même sort que l’infortuné garçon. L’homme de David finit par réagir, il s’approcha et saisit Prisca par l’épaule.

- Arrête mainten…

Il n’eut pas le temps de finir sa phrase. La jeune fille lui fit une clé au bras et le projeta au sol avec violence. Le coude de son adversaire vrilla et émit un bruit désagréable qui fit grimacer les plus jeunes. Il ramena son bras dans son giron et se remit en position. Prisca haussa un sourcil et passa à l’attaque. Elle enchainait les prises avec rapidité, prenant très vite l’avantage sur son adversaire blessé. Quand soudain, dans un reflexe plus qu’improbable, il lui balaya violemment les jambes, l’envoyant au sol. Sous l’impact Prisca eut le souffle coupé mais se reprit très vite, elle saisit la cheville de l’homme et ils se retrouvèrent tous les deux à terre, roulant l’un sur l’autre. Prisca envoya un atemi hargneux dans le bras blessé de l’homme, qui hurla de douleur. Elle se prit de plein fouet un coup de genou dans le thorax. Ivre de rage, elle se jeta sur lui, frappant des pieds et des mains. Ils roulèrent encore jusqu’à ce que la jeune fille se retrouve à cheval sur son ennemi. Elle saisit une pleine poignée de ses cheveux et balança sa tête contre le sol. Après un spasme, il cessa de bouger. Prisca rejeta sa tête en arrière, toujours calée au-dessus de son adversaire inerte. En proie à une folle frénésie, elle aurait pu sauter sur tout ce qui se serait approché d’elle, ce que les autres se gardèrent bien de faire. Rigolant nerveusement, elle balaya la pièce du regard. La terreur dans les yeux des autres, la galvanisait. Puis soudain sa furie retomba. Ses longs cheveux blonds devant les yeux, elle se rendit compte de l’homme inconscient sous elle. Inconscient ou… mort ? Elle tendit une main tremblante vers le cou de l’homme. Le pouls était faible mais régulier.

- Quand David reviendra, dites lui de prévenir quelqu’un pour s’occuper de lui.

Personne ne souffla un mot et elle partit sous les regards hébétés et perplexes. Elle prit sans hésiter la direction des bas quartiers. Paniquée, elle s’enfonça dans le dédale de ruelles, courant presque. Sa collision avec un petit homme en noir, la stoppa net. Elle poussa un soupire soulagé.

- Surin, il faut que tu me caches, supplia-t-elle.

Il la détailla de son imperturbable regard noir. D’un signe de la tête il lui signifia de le suivre. Et ils s’enfoncèrent dans l’ombre des bas quartiers.

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MessageSujet: Re: Les dragons entremêlés.   Dim 15 Avr - 21:42

XXVI.

Plusieurs semaines s’écoulèrent après la mort d’Alice. Comme dans un rêve. Le mois de juillet laissa doucement place au mois d’aout. L’enterrement fut difficile, mais Inès ne pleura pas. Après ça, elle s’enferma dans sa chambre et resta longtemps sans parler. De toute manière il faisait trop chaud pour faire quoique ce soit. Aussi établit-elle ses quartiers dans la pénombre de sa chambre, où elle resta à dessiner, n’en sortant que pour manger avec sa mère. Ne répondait plus aux messages de Tom, dont le souvenir était à la fois douloureux et rassurant. Recluse dan son monde de visions et d’esprits, les paroles du vieux bijoutier résonnaient dans sa chair. Incapable de prendre une décision sur l’avenir qui s’annonçait, elle avait prit le parti d’attendre. Attendre de savoir quoi faire. A qui parler et se confier.
Lorsqu’aout fut bien entamé déjà, Inès sortit de sa chambre. Marine assise dans le jardin lisait. Elle regarda sa fille s’asseoir près d’elle, sa peau pâle d’être restée enfermée et ses cheveux bruns, éclairés par le soleil estival.

- On va voir papa ? demanda la jeune fille en regardant l’herbe se perdre entre ses doigts de pieds.
- D’accord, répondit sa mère.

Elles restèrent dehors, l’une près de l’autre jusque tard dans la soirée. Et ce fut comme si la lumière ne brillait plus que pour elles deux, chassant au loin les doutes et les frayeurs d’enfant qu’apporte la nuit.
Le lendemain se leva avec de nouvelles promesses pour les deux femmes. Debout avec l’aurore, Inès attendit que sa mère émerge de sa chambre pour lui présenter une tasse de café qu’elle accepta avec un sourire. Elles prirent leur temps pour se préparer et, en fin de matinée, prirent la route pour l’Institut. Le soleil brillait haut et fort. Inès avait hâte d’arriver.

La grande avenue de platane s’élançait en ligne droite, créant une ombre bienvenue sur la large route. La pelouse, toujours impeccable, ne montrait aucune trace de sécheresse malgré la canicule qui frappait tout le monde cet été là. La voiture se gara au bout de la petite allée qui suivait l’avenue. Inès et Marine s’en extirpèrent avec un soupir de soulagement. A l’accueil, on leur demanda de patienter, on allait descendre Marc dans le jardin. Elles attendirent donc. L’infirmière redescendit après quelque minutes, visiblement mal à l’aise.

- Excusez-moi, Madame Deponst ?
- Ou
i, répondit Marine inquiète.
- Je suis désolée mais je dois vous prévenir. Votre mari est en pleine crise paranoïaque depuis plusieurs jours. Vous souhaitez quand même le voir ?
- Oui. Oui, nous voulons le voir, insista Marine malgré son désarroi intérieur.

L’infirmière opina du chef avec un petit sourire confus et fit demi-tour. Elles durent patienter encore un peu avant qu’un aide-soignant ne vienne à leur rencontre, Marc à ses côtés. Les deux femmes frémirent de désespoir en voyant ce dernier arriver. Il avait considérablement maigri et ses mains étaient agitées de tics nerveux. Son regard et ses cheveux s’étaient ternis comme si la vieillesse s’était tout d’un coup abattue sur lui. Il leur fit un pauvre sourire qui se transforma en un rictus apeuré. Ses yeux furetaient sans cesse et il semblait en permanence sur le qui-vive. Marine sentit sa raison vaciller. Elle s’accrocha au bras d’Inès qui ne pouvait quitter son père des yeux.

- Oh mon Dieu, murmura Marine dans un souffle.

Inès resserra sa prise sur la main de sa mère et l’entraina vers Marc d’un pas décidé. Elle lui prit la main avec douceur. Il la regarda comme s’il doutait de son identité puis, semblant la reconnaitre, hocha gravement de la tête. Ils partirent tous les trois vers le jardin.

Ils s’assirent sous un grand arbre qui déployait sa fantastique ramure vers les nuages. Marc jeta un regard inquiet aux branches qui s’élevaient à plusieurs mètres au-dessus du sol. Suivant son regard, Inès fit de même, réalisant qu’elle connaissait cet arbre, théâtre d’une nuit bien particulière. Un mince filet de vent passa sur leurs nuques et Marc se recroquevilla comme s’il avait reçu un coup. Marine le prit dans ses bras en chantonnant un air qu’ils connaissaient bien. Inès reprit les paroles avec elle, souvenirs d’un passé où ils étaient encore une famille. Marc s’apaisa lentement sous leurs efforts conjugués et une vie nouvelle sembla refaire surface au fond de ses prunelles. Il prit ses deux femmes dans ses bras et les tint serrés.

- Papa, murmura Inès dans l’oreille de son père. Tu sais, je vois des choses maintenant. J’ai peur.

Il ne bougea pas à cette révélation. Tout contre la joue de sa femme, ses lèvres bougèrent imperceptiblement, formant des mots inaudibles. Inès les perçut parfaitement, ce qui lui arracha une larme de soulagement. Elle le savait, son père avait des réponses.

- Sois forte Inès. Elle arrive.
- Qui arrive, papa ?
demanda la jeune fille par le même procédé.
- Elle arrive.


Le reste de l’après midi se passa dans un calme relatif. La présence de sa femme et de sa fille eurent un effet bénéfique sur les peurs de Marc. Après une légère collation servie avec du thé sur les coups de seize heures, les deux femmes accompagnèrent Marc à une séance de lecture qui avait lieux trois fois par semaine dans la véranda. Marc goutait cette demi-heure avec une mélancolie joyeuse, qui ravivait en lui le souvenir de ses années en tant que professeur. Marine ne put retenir ses larmes à la vue de son mari si enthousiaste. Si normal. Elle sécha son visage avec un petit rire nerveux sous le regard interdit de ce dernier. Pour donner le change, elle demanda à Inès d’aller leur chercher un peu d’eau, il faisait vraiment chaud ici avec toutes ces baies vitrées. La jeune fille se retint de lui faire remarquer le ronronnement insistant de la climatisation et se leva de bonne grâce. Il lui fallu un moment pour trouver la machine à eau, remplir trois verres et trouver une technique stable pour les transporter. Sur le chemin du retour, elle s’arrêta pour contempler la vue qui donnait sur le parc.

- C’est magnifique n’est ce pas ?

La voix avait retentit, douce mais claire sur sa droite. Inès pivota légèrement pour découvrir une jeune fille assise sur une chaise, près de la fenêtre. Elle portait une tenue blanche qui la distinguait comme patiente de l’Institut. Inès s’approcha de la jeune fille. Ses cheveux châtains étaient peignés avec soin et encadraient un joli visage rond, couvert de tâche de rousseur. Elle dégageait une aura troublée malgré son apparente sérénité.

- Est-ce que tout va bien ? demanda Inès.

La fille releva vers elle ses yeux d’un vert étonnant et Inès comprit tout de suite ce qui l’avait intriguée chez la jeune patiente. Autour d’elle, une espèce de voile brumeux flottait, tentant de s’accrocher à sa peau en lambeaux épars, mais trop faible pour lui appartenir vraiment. Quelque chose n’allait décidément pas. Une sensation étrange vint se nicher à la base de son cou et Inès la sentit se propager le long de sa colonne vertébrale. Dans un ondulement soyeux et imperceptible, elle perçut le mouvement de ses dragons sur sa peau. Comme un avertissement. Inès sentit sa peau se hérisser.

- Comment vous appelez-vous ? répondit simplement la jeune fille.
- I…Inès. Et vous ?
- Je suis Camille. Inès, ils arrivent
, murmura-t-elle d’une voix angoissée.

Inès recula d’un pas. Camille, puisque tel était son nom, baissa les yeux et posa une main hésitante sur son ventre. Elle ne releva pas la tête lorsqu’Inès lâcha brusquement les verres remplis d’eau et posa une main horrifiée sur sa bouche. Alors elle comprit que toutes les deux savaient désormais. Ce qui grandissait en elle.

Fin de la partie I

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Il y a en toi le gâchis d'un soleil qui sommeille, plusieurs fois, on t'a dit : "Révèle".

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