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 ça va, fils ?

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Cocoon
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MessageSujet: ça va, fils ?    Mar 21 Juin - 17:55

J'aime beaucoup mon grand père, sincèrement. Il n'a pas fait comme dans les films, m'apprendre à pêcher, faire des cerfs-volants ou ce genre de conneries. Mais c'était mon grand père. Il m'a donné du courage, m'a soutenu, m'a poussé à aller plus loin, bref, un "bon"grand-père.

Il avait toujours cette petite phrase que j'adorais quand j'arrivais chez lui: "ça va, fils?".
Alors moi, heureux bambin, je répondais "oui", et la vie continuait son cours.
A chaque fois que je venais le voir, il me donnait un franc, et un bonbon à la menthe beaucoup trop fort pour moi. Mais l'important n'était ni la pièce ni le bonbon, c'était de le voir sourire et me dire "ça va, fils ?".

Je me souviens que lorsque je suis devenu plus grand, il me disait: "Tu veux faire quoi plus tard ? Prêtre ?". Et quand je lui parlais de mes cours, des années qui passaient les unes après les autres, il avait cette autre réplique que j'aimais tout autant: "Il faut foncer, fils". Alors je fonçais. Et même quand mes parents se quittèrent pour de bon, j'ai continué à foncer, car c'est ce que disait toujours mon grand-père.

Il aimait beaucoup jouer à un petit jeu dans nos conversations. Parfois, il demandait: "tu as quel âge ? 16 ?". Faisant volontiers sa bêtise, à moi qui n'en avait que dix, il prenait souvent plaisir à me voir rire de son amnésie passagère. Il plaisantait aussi en confondant mon prénom avec celui de mon frère, mais ça nous amusait.

Avec le temps, je vins de moins en moins le voir. Ma mère ayant décidé de partir en ville, il m'était difficile de le rejoindre à pied comme autrefois. Mais à chaque fois que je revenais, c'était toujours un réconfort de voir que rien n'avait changé. Il y avait toujours cette même odeur de temps qui passe dans sa maison, le bruit de la porte se frottant contre le sol, le craquement du vieux bois sous mes pieds, et cette télé toujours branchée sur la même chaîne. Je prenais plaisir à retrouver cet homme, avec ses petites manies que je chérissais tant, là, assit dans son fauteuil, qui me demandait "ça va, fils ?" tout en confondant âge et prénom.

Puis vint le temps où le jeune garçon devint adulte, sans pour autant arrêter ses visites rituelles, dans cette calme campagne qui l'avait vu grandir. Et comme toujours les mêmes répliques, quelques nouvelles apportées du monde moderne, un franc..."mais non papy, c'est un euro !", et un bonbon à la menthe.

Alors le rire se fit moue, et le jeu devint crainte. Il semblait toujours voir ce garçon d'il y a si longtemps déjà. Mais le temps passait, et le grand -père ne retenait toujours pas le prénom ni l'âge de son petit-fils. Il demandait toujours ce que je voulais faire plus tard, prêtre peut-être ? "Mais papy je t'ai déjà dis que je veux aller dans le tourisme...".

La crainte devint peur, et la peur devint angoisse. Les yeux du pauvre homme semblaient un peu plus vides à chaque visite, et tel un automate demandait à chaque fois les mêmes choses. Et à chaque fois je repartais avec une pièce et un bonbon à la menthe, n'osant même plus lui dire que je n'avais jamais aimé ça.

Puis un jour, on retrouva mon grand-père étendu sur le sol, le pied meurtri et couvert de sang, un couteau étendu sur le sol glacé gisant près du corps immobile. Il ne se souvenait pas de ce qu'il s'était passé, ni comment il s'était blessé. Il fut conduit à l'hôpital, et on lui fit passer des examens.

Je crois que je me souviendrais toujours de ce repas chez mon père. Assit à table, l'air grave et attristé, qui m'annonça d'une voix neutre que mon grand père était très malade. Et il n'eut qu'à évoquer ses défaillances de mémoire pour que je comprenne de quoi il s'agissait.
Depuis ce jour, je n'ose plus aller le voir. Pour être franc, j'ai peur. Peur de croiser le regard d'un homme qui ne se souvient plus de moi. Désormais il faut lui rappeler qui est son propre fils avant chaque visite, et les médecins sont devenus des livreurs de lait. Il propose à mon père de l'aider pour le travail aux champs dès qu'il sera sur pieds, alors qu'il n'y a plus de champs.

Son regard est vide maintenant, mais il a gardé ce sourire qui m'était si cher. Ma gorge se noue en y pensant, et mes yeux ne peuvent retenir leurs larmes. Depuis plusieurs mois maintenant, je ne suis plus rien pour lui. J'aurais préféré être mort à ses yeux, plutôt que de n'avoir jamais existé.

Quand je passe devant sa vieille maison, encore debout après tant d'années, je n'en repars plus avec une pièce et un bonbon, mais avec ce couteau qui me saigne et me blesse tellement.

Le destin est parfois cruel, l'hôpital ne peut plus le garder très longtemps. Il va revenir. Et il hantera ces murs de nouveau. Mais maintenant, il n'y aura plus personne pour demander "ça va, fils ?".

Reposes en paix, où que tu sois...

_________________


Dernière édition par Cocoon le Mar 21 Juin - 18:47, édité 2 fois
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Arhain'sen
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MessageSujet: Re: ça va, fils ?    Mar 21 Juin - 18:06

/s'essuie les yeux...

Moi j'aime pas ces histoires, parce que c'est triste, et que ça me rappelle des mauvais souvenirs.


Sinon je dois reconnaitre que l'émotion est belle et bien présente ==> <3
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dale cooper

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MessageSujet: Re: ça va, fils ?    Dim 17 Juil - 13:24

Un texte qui n'est pas sans me rappeler cet autre.

J'ai beaucoup aimé ce style simple et franc au début et pendant une bonne partie du texte. C'est dommage que tu retombes encore une peu dans tes travers à la fin en partant dans un délire mystico-symbolique qui ne colle pas vraiment au reste du texte.

Ce que j'ai beaucoup aimé c'est la répétition de la scène du "ça va fils ?". Cette récurrence et le sens qu'elle prend au fur et à mesure que l'enfant devient grand puis adulte, est pour moi d'un très bel effet. Simple et glaçant dans sa portée progressive, puisque d'un souvenir tendre il se transforme en tristesse abominable.

C'est cet effet d'âge, déjà présent dans le texte de Dounette, qui confronte le mieux l'enfant à la maladie.

Et forcément, le rapport à l'aïeul est toujours une corde sensible et universelle qui nous parle à tous(à laquelle je suis moi-même très sensible).

Nice shot !

(tu vois que t'as pas besoin de fioriture et d'effets de manche pour bien écrire).
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MessageSujet: Re: ça va, fils ?    

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