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 "Toutes mes condoléances."

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MessageSujet: "Toutes mes condoléances."   Lun 7 Nov - 20:00

N'avez-vous jamais ressenti ?

La sensation horrible de s'être fait siroter de l'intérieur. Qu'une paille géante et invisible vous a pénétré, sucé, et laissé pour mort. Un peu comme lorsqu'on s'aperçoit d'une piqûre de moustique: le mal est déjà fait.

L'énergie vous quitte. Vous n'avez envie de rien faire. Rester seul. Loin des autres. Leurs sourires heureux et satisfaits vous repoussant comme un douloureux acide. Rappelons-nous. Comment fait-on déjà ? On tire sur les lèvres? Pourquoi ne restent-elles pas tendues? Où est passé l'adhésif qui donnait toute sa cohérence à mes sourires? Cette pulsion presque évidente de simplicité, cette chose que même les enfants connaissent par coeur dès leurs premiers jours ?

Partie. Envolée. Enlevée.

Cette impression de vide, de tripes à la fois bouillantes et glacées, qui vous barbouille l'estomac et vous empêche de dormir sereinement. Le sentiment qu'un écho lointain ne vous sera plus jamais rendu. Sinon avec tristesse.

Tout cela reste ancré. S'installe, et prend ses aises.

Les ciels de pluie sont maintenant temps de deuil. Dans ce pays pluvieux c'est alors un éternel jour des morts. Une pensée continue, tortueuse, qui s’immisce dans les recoins du coeur et vous ronge peu à peu votre joie d'antan. Ce désormais si lointain, si fugace souvenir...

Se rendre compte que désormais, chaque souvenir, chaque photo, chaque mot qui vous la rappellera, Elle sera là. Au bord des yeux, au coin d'une larme. Da voix si familière et si chaude devenant toujours plus distante et douloureuse.

Et c'est là qu'Ils interviennent. Pourquoi vous les détestez. Les méprisez et les haïssez: Des regards de pitié. Des yeux qui se baissent. Des paroles futiles et creuses récitées pour l'occasion. Les plus malins tenteront de vous glisser des phrases pour vous faire oublier. Les autres balbutieront mollement quelques "ça va aller" impuissants.

Qu'y comprennent-ils? Après tout? Qu'en savent-ils? RIEN.

Certes, nous ne sommes pas seuls au monde. Certes, des morts, il y en a des centaines par jour. Et parfois de bien plus horribles encore. Mais qu'importe! L'important, ce n'est pas eux. Ce n'est pas la peine des autres. Ni leurs rictus pseudo-réconfortants. A ce moment là, c'est Notre peine qui compte, et rien d'autre. La douleur égocentrique, puérile, colérique de l'enfant démuni. Qui pleure pour qu'on lui rendre un jouet qu'il sait très bien disparut pour toujours. Cette haine. Vaine et instinctive. Qui nous prend quand Ils partent. Qui nous fait haïr le monde, haïr la vie, haïr soit même de n'avoir rien pu faire. Mais qui le peut réellement? Personne. Il faut juste l'accepter, et faire avec. Mais comment? Lorsque chaque regard qu'on vous porte n'est qu'un "Désolé" de plus ? Une nouvelle tentative pour conjurer l'implacable? Quand chacun de vos efforts se fait réduire, pour des yeux insolents, à une nage pathétique pour rester tête hors de l'eau?

Certaines cicatrices ne guérissent jamais vraiment. Et ne disparaitront, au final, qu'avec nous.

Voilà pourquoi nous les haïssons. Ils ne savent pas. Ils ne peuvent rien. Et pourtant ils essaient, par courtoisie ou par respect. Supportons. Au moins jusqu'au prochain rassemblement. Réitérer, bêtement, le même rituel stupide. Jouer à celui qui sera le plus touchant, le plus concerné, le plus proche du disparu. Entendre encore ce mot détestable, cette insulte provocatrice d'un monstre d'impuissance. Supporter cette bile écoeurante d'une formule préconçue pour se sentir utile. Décharger un sentiment de culpabilité. Exorciser nos peines, notre incompréhension, et surtout notre propre peur de la mort.

Voilà pourquoi je serais seul à mon enterrement. Pourquoi personne ne sera invité. Et ne viendront se recueillir que ceux que ça amuse. Car s'il y a bien un mot que je déteste sur Terre, et que je ne supporterais pas,vivant ou mort, qu'on le dise à mes proches, c'est bien celui-ci:

Condoléances.

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Peregrinn
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MessageSujet: Re: "Toutes mes condoléances."   Lun 7 Nov - 21:25

Ce texte m'a vraiment touché, la gorge serrée, j'étais pas loin de verser une larme. J'ai reconnu exactement les sentiments (et même l'absence de sentiment) que le deuil entraine. Du moins dans la première partie.

La deuxième m'a mis mal à l'aise, car encore une fois tu touches exactement un ressenti, même s'il est accentué, mais plus honteux, peut être tabou. L'égoïsme du deuil (avec une utilisation paradoxale du "nous", mais que je trouve justifiée) : " Je suis le seul à souffrir " Et peut être même une certaine complaisance dans celui çi.


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dale cooper

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MessageSujet: Re: "Toutes mes condoléances."   Mer 9 Nov - 0:01

c'est très intéressant ce travail sur le deuil (d'ailleurs la rédaction peut aussi en faire partie). Bien que l'on sait que celà fait partie de la vie, que c'est une des rares expériences commune à tous les êtres humains, cet état (comment pourrait-on le qualifier de sentiments ou de ressenti ?) nous tourne fatalement vers nous-même.

Ce n'est pas tant le défunt qui importe que la propre expérience, la traversée intime et solitaire de ce que l'on sait au fond de soi de la mort ou du ressenti que l'on s'en fait.

Il y a des étapes, des passages obligés (que l'on retrouve d'ailleurs pêle mêle dans ta rédaction), qui font que l'épreuve peut être décrite, acceptée, contrôlée... mais au final tant qu'on ne l'a pas traversé soi-même, au plus profond de soi, de toutes les fibres de son être, on ne peut accepter le regard des autres, aussi touchés ou concernés soient-ils. C'est une douleur qui ne peut être totalement partagée, puisqu'elle touche à son paroxysme chacun des survivants.

Alors oui il y a cet effondrement sur soi, la distanciation envers les autres, car le deuil c'est un retour brutal sur la plus violente forme d'égocentrisme. C'est un présent infini durant lequel on ne peut plus se projeter car il n'y a plus d'avenir, et le passé n'est que rappel de la douleur actuelle.

Au final tout se passe, tout se tasse, rien ne s'oublie mais s'atténue simplement. C'est aussi ça qui fait de nous des humains, la connaissance de la mort et la conscience de sa propre disparition future. La mort d'autrui n'est que le rappel de notre peur.

c'est parfaitement exprimé par ce passage :

Citation :
Certaines cicatrices ne guérissent jamais vraiment. Et ne disparaitront, au final, qu'avec nous.
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