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 [Background] L'Aigle blanc

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Aubane
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Féminin Nombre de messages : 819
Age : 25
Localisation : Nantes
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MessageSujet: [Background] L'Aigle blanc   Lun 2 Jan - 13:23

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Notes


Physique :


Un mètre soixante-huit, une silhouette filiforme, une peau douce et pâle, une longue chevelure d'un blond si clair qu'on l'eut dit blanc, encadrant un visage ovale aux traits fins, aux pommettes hautes et saillantes, au nez légèrement busqué, aux lèvres à la fois fines et pulpeuses et percé de deux amandes aux iris d'un délicat vert-d'eau, des atours qui ne sauraient hélas retenir suffisamment le regard de quiconque pour que celui-ci ne s'attarde sur les subtiles et ultimes traces de cicatrices qui zèbrent de-ça, de-là, une beauté à jamais ternie.

De fait, ce n'est pas que son air soit moins déterminé, ou sa démarche moins vaporeuse, mais il y a en tout cela quelque chose, une chose indicible, qui la rend comme d'autant plus fragile, évanescente. Le plus désagréable à voir reste la cicatrice qu'une créature a laissée sous son sein gauche, l'empalant pratiquement, que personne n'a jusqu'à présent eu l'occasion de découvrir. Dans le bas de son dos se dévoile un tatouage doré dont les courbes en vol d'oiseau ne semblent avoir d'autre but que l'ornement mais qui toutefois est sensé la protéger des infortunes.



Comportement :


Si Sinaë a la fâcheuse tendance à se montrer glaciale avec les inconnus, ayant jusqu'à présent rencontré peu de personnes dont la discussion ou ne serait-ce que la présence lui soient agréables, comparé au nombre d'individus qu'elle croisé au cours de son existence, elle n'est cependant pas à étiqueter comme altière. Elle apprécie les bavardages qui ont pour toute futilité leur caractère poétique, rêveur, songeur, mais abhorre généralement les boniments et commérages des petites gens. L'égocentrisme est pour elle une qualité qui permet de pallier à une certaine solitude, en évitant de chercher à créer des relations qui se révèleront stériles, brèves, ou pire, malheureuses. C'est ainsi qu'elle ne se lancera dorénavant dans une noble quête que si celle-ci est rémunérée, qu'elle y trouve un intérêt personnel particulier ou qu'elle n'a rien de mieux à faire ; car l'ennui, ami fidèle, est synonyme de nostalgie de meilleurs temps dont elle pourrait se languir des jours durant sans autre occupation avant qu'elle ne s'en lasse.

Cette indifférence occasionnelle, cet égocentrisme et cette lassitude pourraient en faire un personnage parfaitement froid et ennuyeux s'il ne restait en elle une étincelle de passion, de curiosité, presque d'espoir, sans que l'on puisse dire de quel espoir il pourrait s'agir. Cette étincelle, cette petite flamme qui vacille dans son cœur, comme une bougie occultée par un mur de glace ou un voile dont on la rapproche, croît et irradie, transparaît, la transfigurant en son entier lorsque son regard se perd dans le vague ou se pose avec douceur et tendresse, comme un baiser sur le front d'un enfant. D'une étincelle, c'est toutefois un brasier qui peut naître, d'une injustice dont elle est témoin ou lors d'un combat qui vient à la toucher ; et l'ardeur de ce brasier n'a d'égal que son assurance quant à la réalisation de ses promesses. En cela, elle n'a qu'une parole et se montre plus loyale envers ceux qui lui sont chers qu'envers toute autre entité, quelle qu'elle soit.



Réputation :


Le nom des Latharé (côté maternel) est souillé d'odieuses histoires de fratricide quant au fait que le père de Sinaë côtoie les nobles alors qu'il n'est que marchand, ceci est vu d'un mauvaise œil par certains et il lui est de plus reproché d’avoir trop gâté sa fille, à laquelle il n'a su imposer le mariage.

Elle a participé à de nombreuses échauffourées, quêtes, missions et escapades diverses et variées aux desseins parfois douteux (qu’elle en est eu conscience ou non) ; notamment durant sa brève appartenance à la secte des Dragons d’Or. Elle a toutefois rendu de bons et loyaux services à une milice de capitale humaine et a même participer à la bataille de Pohélis. Après quelques années de mercenariat elle s’est même engagée dans l’armée elfique au sein de laquelle elle s’est vue promue Aigle (membre d’une branche un peu particulière, assez élitiste, qui repose sur l’ingéniosité de ses membres, qu’importe leurs méthodes et spécialités).

Certains lui attribuent le comportement d’une bête sanguinaire, d’autre un tempérament à faire geler un cœur de dragon ; d’aucuns s’accordent cependant sur sa détermination et un méthodisme qui rassure lorsqu’une cause semble désespérée.



Possessions


Depuis plusieurs années à présent Sinaë arbore, non sans une certaine fierté, un arc de lune à double courbure dont la teinte et la texture (par quelque merveille artisanale) évoquent indéniablement d'avantage un minéral opalin que du bois. Les longs entrelacs gravés qui s'étirent de chaque côté du repose-flèche jusqu'aux extrémités de l'arme et dont la dorure s'estompe ne sauraient mentir sur les intempéries qu'ils ont connu. De même le carquois en peau claire et le gant droit utilisé pour le tir, également en peau, trahissent un usage fréquent et sans doute parfois peu conventionnel... Tout comme le fouet qu'elle ne quitte jamais, plus rapide et efficace si elle se trouve menacée à courte portée, d'une longueur approximative d'un mètre et demi, sous forme de fine tresse de cuir dont les lanières son désolidarisée à l'extrémité et taillées en pointes. Elle ne l'emploie que très rarement, c'est avant tout un vestige du temps où, lorsque sa vision lui faisait défaut, elle avait dû trouver un type d'arme plus approprié, et en cela le fouet était déjà plus pratique que l’arc, même si c'est loin d'être une arme aisée à manipuler. Une arbalète en érable rouge repose toujours quelque part, chez un prêteur sur gage…

Elle avait pour habitude de revêtir une longue cote de mithril, hélas relativement encombrante, mais est passée à autre chose depuis que cette dernière s’est vue terriblement endommagée. De même, elle ne porte plus qu’en de rares occasions son heaume en métaux blancs fondus sous les traits d’une tête de félin, peu adéquat lors de missions discrètes. L'elfe ne saurait être une bonne archère sans une protection intelligente de sa poitrine, aussi s'équipe-t-elle, lorsque la situation l'exige, d'un plastron comprenant plusieurs pièces en métal se chevauchant et liées par des mailles, d'une finesse qui, cela va s'en dire, ne rimerait à rien face à la hache d'un nain. Chose peu coutumière : le côté extérieur de son protège-bras (qui prolonge son gant droit en une croute de cuir sombre), au lieu de laisser ses lanières à l'air, se trouve couvert d'un petit bouclier en métal ouvragé tout juste assez grand pour protéger le poignet, la main et une partie du cou et de la tête en position de tir.

A l'annulaire de sa main gauche se trouve une bague pleine en argent au milieu de laquelle trône une topaze accolée de six petites émeraudes. Au poignet de ce même côté est attaché un bracelet en cuir, souvenir d'un amour disparu, et à son cou étincelle une pierre d'un bleu tout juste perceptible taillée en poire inversée et enchâssée dans un réseau tortueux de volutes d'argent. Elle possède également une sacoche en cuir, une épaisse pelisse sombre, et ce qui sied de porter lorsque l’on mène telle vie : cuissardes en cuir, chausses, pourpoints, chemises, de rudimentaires corsets…

L'accompagne un étalon de course, Ilmörö, capable de fulgurantes pointes de vitesse mais moyennement endurant à grande allure. Sa robe est entièrement blanche, et sa crinière, coupée courte, semble en être de même. Dès le premier coup d’œil, on peut remarquer que l’animal est taillé pour la course, et, malheureusement, s’il a l’œil vif, il possède également un caractère de mule.



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MessageSujet: Re: [Background] L'Aigle blanc   Lun 2 Jan - 13:32

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Prologue




Sa mère se nommait Lirrah Lathárë. Issue de la noblesse d’Eldarinwa, dans la région de l’Epine Dorée des lointaines terres miradelphiennes, elle fut néanmoins promise à un marchand dont toutefois la richesse n'avait d'égal que son érudition et sa sagesse. Celui-ci était originaire de Cuilnen, en Nirtim, et avait plusieurs fois réalisés la Grande Traversée, comme il l’appelait, jusqu’aux terres miradelphiennes. Dehethir Al'Enëthan. Le marchand des outre-terres. Non content d’être apprécié en ses terres natales, il se vu également rapidement considéré comme un membre à part entière de la haute société elfique miradelphienne, tant et si bien celui-ci avait-il gagné leur amitié, en Ardamir comme en Aleandir, et leur avait-il prouvé sa valeur. Il est évident que les produits exotiques qu’il avait eu l’occasion de leur faire parvenir depuis les terres yuiméniennes avaient grandement participé à cette reconnaissance…

C’est à l’occasion de festivités qui eurent lieu durant son séjour dans le protectorat d’Eraison, chez un ami datant de sa première venue, qu’il fit la connaissance de la douce Lirrah. Celle-ci n’avait rien des demoiselles qu’il avait pu côtoyer dans le royaume d’Anorfain : il y retrouvait l’air chaste et serein de nombre de ses condisciples, mais il n’y avait trace ni de rêveries infantiles, ni de douce indolence ou encore d’extravagance artistique transparaissant d’elle et la tendre naïveté qu’elles avaient pour us de feindre était remplacée par l’aplomb d’une reine, dont ne se dégageait nul dédain mais une détermination à couper le souffle. Lui aurait-on donné le monde à porter et des guerres à livrer semblait-elle à même de mener ceci à bien. En outre était-elle splendide : une longue et fine chevelure d'or encadrait son visage aussi pâle que les brumes des aubes, et le fascinant émeraude de ses yeux rivalisait sans mal avec les joyaux de Lúinwë. Il n’osait se défaire de son regard, de même qu’elle ne parvenait à échapper à son appel. Quelle jeune femme ne se serait pas laissée envoûter par un étranger, venu de lointaines et mystérieuses contrées, à la fortune avérée et à l’esprit remarquable ?

Ainsi deux âmes se trouvèrent et s’aimèrent de la plus belle des façons. Hélas leur union n’étant encore guère officialisée lorsque Dehethir dû reprendre la mer ; l’hiver venait, les eaux se faisant plus houleuses, le ciel plus menaçant et de pressantes affaires l’attendaient à Cuilnen. Par ailleurs il n’aurait su souffrir de se marier sans en avoir fait part à ses proches et avoir réglé les détails de la venue de sa future épousée. Aussi se quittèrent-ils, encore tous chavirés qu’ils étaient de cette rencontre et de ce qu’ils avaient partagé au fil des semaines passées réunis sur les mêmes terres. A peine tout contact fut-il rompu qu’ils brûlaient déjà de se retrouver. Les mois passèrent, l’hiver et ses tumultueuses marées – quels que soient les dieux à l’œuvre, le printemps et ses courants changeants, puis l’été et son calme, sa chaleur, cuisante… Une année s’était écoulée ; mais qu’est-ce lorsque l’on a des décennies devant soi pour se retrouver et s’aimer ?

Une année s’était écoulée, quelques semaines en plus, le temps de rallier Eldarinwa avec les présents qu’il avait pris soin de ramener… Une année seulement, qu’était-ce pour une éternité ? Pourtant il était déjà tard, trop tard. Ils s’étaient aimés de la plus délectable des façons et elle avait porté un enfant. Elle avait été dissimulée de ses pairs, de sorte que nul opprobre ne soit jeté sur la lignée des Lathárë, hélas, tout se sait tôt ou tard… Des trois sœurs dont la vie la para, une ne put supporter les exclamations offusquées des uns, les sous-entendus grivois des autres. Awrähán, sa puinée, lui voua alors une haine proche de la démence et aujourd’hui encore nul ne saurait expliquer ce qui entraîna un tel acte, si ce n’est la folie, nourrie par un quelconque désordre de sa vie ; peu de temps après la naissance l’enfant elle mit fin aux jours de Lirrah. Dans ce même élan d’insanité elle s’ôta elle-même la vie, s’offrant aux vents depuis les falaises qui bordaient l’Océan Nordique à quelques lieues de là.

Tindóyán, une sœur de sang comme de cœur, était restée dévouée à Lirrah et jamais ne dit mot sur l’inconvenance de son enfantement. Avec le deuil de ses deux sœurs, prit-elle aussi la charge du nouveau-né, dans l’attente espérée et désespérée à la fois de celui qui était la cause de ces déchirures. Il ne fut facile pour aucune des deux de mettre des mots sur ces tragiques faits, ces horreurs, de même que de regarder l’enfant sans en perdre des larmes. Ni l’un ni l’autre ne se sentaient capable de prendre en charge une éducation, la construction d’une nouvelle vie, tout en s’en sachant tous deux le devoir. La décision fût prise de confier l’enfant à un tiers, un elfe sylvestre accompagnant Dehethir et que Lirrah avait tout autant apprécié que Dehethir lui avait donné sa confiance. Son nom était Dräsän.

Il n’était ni noble, ni érudit, n’avait nulle richesse et nulle attache. C’était un rôdeur. L’un de ces elfes qui préfèrent se retirer au creux des collines, sous le couvert des futaies, à l’abri des peuples, de leurs mœurs, de toute douleur inutile. Il vivait en harmonie avec l’Anorfain, la forêt, ses habitants, ses frissons, chassant quand cela était nécessaire, remettant sur la voie les égarés et savourant avec philosophie ce que la nature lui accordait. Ils jugèrent cela bon. Ils lui confièrent la chair de leur chair, sans crainte, sans amertume. Rien ne lui serait caché, rien ne lui serait spolié ; Dräsän lui instruirais ses savoirs et la laisserait libre en tout instant de rejoindre les siens. Il n’avait pour seul rôle que celui de tuteur. Il allait lui offrir une enfance saine et épanouie ; il ne lui imposerait en aucune façon une vie.


L’enfant avait été nommée Sinaëthin.


Ce ne fût pas sans un étrange sentiment que Dehethir abandonna Dräsän à l’orée de la forêt. Le contraste aussi saisissant qu'impressionnant renforçait l’irréalité de ces adieux. Dans l’opalescence de l’aurore l'un semblait n’être qu’une prolongation de la forêt elle-même ; grêle et frêle, la peau de couleur pers et les yeux moirés, balayés de mèches ébène réunies en une tresse tombant négligemment sur son torse nu… L’autre avait la prestance d’un fauve, avec sa crinière d’argent, sa tranquille assurance dotée d’un sage regard mordoré, ses fourrures et ses dorures, silencieuses empreintes de sa grandeur. Pas un mot. Des regards. Reconnaissance. Humilité. Chagrin. Espoir. Complicité. Pas un mot ne vint troubler l’aube de cette histoire ; un frémissement, le bruissement de la page qui se tourne, un chapitre qui se clôt, une histoire qui se termine ? Non une page qui se tourne, un nouveau chapitre, et le début d’une nouvelle histoire…




* * *


Au fil des années, l’enfant devint une splendide elfe : enjouée, curieuse, taquine ; elle avait l’esprit vif et rivalisait sans mal de réflexion avec l’elfe sylvestre. Celui-ci ne s'en vexa pas, au contraire, il écoutait avec un certain amusement les remarques et hypothèses farfelues de l’enfant, retrouvant un peu de l’enthousiasme pétillant de sa jeunesse. Ainsi Sinaëthin fut-elle élevée par Drasan, dans la forêt, jusqu'à son adolescence. Elle apprit de lui à reconnaître les végétaux comestibles, les facultés curatives de certaines plantes, à se repérer de jour comme de nuit, à concevoir des pièges et à les mettre en places, à tirer à l'arc, à chasser, mais également à lire et à écrire. Elle devint la chose qui lui était la plus précieuse. A l’adolescence, elle entreprit de rendre visite à son père lorsque celui-ci se trouvait à Cuilnen mais ces visites conservaient une certaine solennité qui somme toute les arrangeait tout deux. Puis vint l'heure où la forêt perdit tant de ses mystères pour la jeune Elfe que celle-ci n'aspira plus qu'à découvrir ce que la vie en ville pourrait lui réserver. Avec l'accord de Dräsän et de Dehethir, elle partit s'installer dans la demeure de ce dernier.

Eblouie par l'opulence et les divertissements qu'offrait une telle vie elle eut tôt fait d'oublier la vertu de la modestie et s'abandonna joyeusement aux diverses festivités organisées par la noblesse et y trouva sans mal sa place. Son temps libre elle le passait à flâner dans les échoppes, bavarder avec des amis fraîchement rencontrés et du reste à assouvir sa curiosité dans les ouvrages que contenait la petite bibliothèque de son père. Ces connaissances venant compléter celles que l’enfant possédait déjà firent d'elle une demoiselle dont l'instruction n'avait rien à envier à celle des autres filles de la noblesse. Cependant elle n'était guère préparée à ce que son entrée dans le monde signifierait ; déjà certains jeunes audacieux la courtisaient discrètement. Quand un elfe du nom de Teriön Naemen émit le vœu auprès de son père de lui demander sa main, la jeune femme fit montre d'une impassibilité qui résumait parfaitement ce qu'elle en pensait. Bientôt la ville perdit à son tour de son éclat, et les conflits qui avaient cours entre certaines grandes familles, et toutes les intrigues douteuses qui en suppuraient finirent par dégoûter la jeune elfe de ce que les beaux apparats masquaient de plus ignoble.

Comme bien des individus arrivés à ce stade de leur vie, qu'ils soient elfes, humains, nains ou autres, elle rêvait de grands voyages, d'aventure, et désirait ardemment faire ses preuves dans le vaste monde, voire même conquérir une certaine renommée auprès de ses pairs. Et tandis que ses amies se chargeraient d'administrer leur domaine, de s'occuper de leur descendance et de répondre aux exigences de leurs dieux, Sinaë, elle, vivrait des épopées palpitantes. Sans doute avait-elle lu trop de fariboles. Sans doute les fabuleuses pérégrinations de son père l’avait-elle inspiré. Elle s'équipa du mieux qu'elle put et partit, avec l'approbation mitigée de Dehethir qui la voyait déjà rebrousser chemin trois jours plus tard. Mais elle ne fit pas demi-tour. Elle traversa Anorfain, longea les monts, pénétra le royaume de Kendra Kâr et rallia sa capitale, du même nom. L’aventure commençait.
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MessageSujet: Re: [Background] L'Aigle blanc   Lun 2 Jan - 13:40

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I ¤ Débuts


Les portes de l’est de la cité fortifiée de Kendra-Kâr ont quelque chose d’indicible, entre l’éclat de ses oriflammes et ses imposants panneaux bardés de bronze ; une force et une beauté brute qui étaient jusqu’alors étrangère à l’elfe, habituée à la finesse des entrelacs, du marbre et de toutes sortes de matériaux qui s’ils n’étaient précieux étaient du moins traités avec un savoir les rendant plus merveilleux que n’importe quel or manipulé par l’Homme. Elle fit halte dans la capitale quelques jours, logeant à l’auberge de la Tortue Guerrière. Elle y fit la rencontre d’un rôdeur, nommé Ash, dont le passé pesait plus lourdement sur ses épaules que les murs de la ville sur leurs fondations. Il n’était guère bavard, mais entrepris avec le sourire de lui faire une visite guidée des quartiers et places importantes, réconforté par la présence d’un être d’une telle fraîcheur et ravi de partager avec elle ses faiblesses pour certains lieux particulièrement pittoresques, ou chaleureux, comme cette auberge.

Elle rencontra nombre d’individus, plus différents et étranges, à leur manière, les uns des autres. Il se peut citer cette femme qui, par peur du monde, restait cloîtrée dans le clocher ; ou encore ce Sindeldi des plus hautains nommé Azzormir dont la discussion étant cependant fort plaisante, bien que blessante à l’occasion - le dédain étant hélas un euphémisme lorsque l’on parle d’elfe gris. Azazeryn, un jeune homme du comté de Wiehl qui s’était retrouvé en charge de la gestion de l’arène, fait partie de ces rencontres notables, qui d’une façon ou d’une autre influèrent particulièrement sur son histoire. Elle s’en éprit. Elle lui prêta ses économies pour un investissement dans le commerce maritime, se retrouvant ainsi partiellement propriétaire d’un navire : La Mürga. Elle eut l’occasion de faire la rencontre d’autres Hiniöns tels Lyneah, une charmante demoiselle, et Salmon El, un rôdeur, un ami d’Ash. Elle se lia d’amitié avec une jeune voleuse, Miyu, qui ne la quittait plus. C’est également à l’occasion de ce séjour qu’elle entreprit d’acheter un cheval. Son propre cheval. Quelle idée… La bête, un étalon de course, était aussi fougueuse que tête de mule. Ilmörö.

Quelques jours passèrent, sa première aventure allait débuter. Un soir à l’auberge arriva un homme épuisé, désespéré, dont le village avait été dévasté et qui cherchait l’aide de soldats. La milice étant ce qu’elle était, nul détachement n’allait lui être attribué. Ainsi quelques volontaires se présentèrent, dont des connaissances de l’elfe. Excitée à l’idée de combattre, tout ayant de la compassion pour le pauvre homme et un gonflement de fierté à l’idée de faire un acte courageux, elle se lança dans l’expédition sans d’avantage y réfléchir. Accompagnée de récentes connaissances telles Azazeryn, Ash, Azzormir, Nimaïen, Miyu et Salmon elle prit donc la route d’Omyre

La présence d’Azazeryn la rassurait et formait une sorte de bulle l’isolant partiellement des tensions qui commença à naître au sein du groupe. L’impétueux Drazgul, le cynique Reynald Minct, la douce Souva, l’effarouché Salmon El, la fragile Nimaïen, le silencieux Ash, le fier Azzormir, l’espiègle Miyu, l’effacé Kyllian… Comment cela aurait-il pu se passer sans anicroche ? Chaque arrêt était un supplice pour le moral de tous et Sinaëthin ne comptait plus les tours de gardes qu’elle prenait, laissant le sommeil à ceux qui le nécessitaient. Des affinités se dévoilèrent, des rivalités éclatèrent sur des sujets aussi anodins qu’un jour de pluie ; tout était prétexte de confrontation. Aussi se fit-t-elle éclaireuse, mettant ainsi de la distance entre elle et ces bougres chamailleurs, jusqu’à ce qu’une attaque ne les surprenne.


J'avais passé la nuit sur Ilmörö à arpenter la route au-devant. C’était absurde, futile, mais par-dessus tout égoïste. Lorsque j'entendis au loin des hurlements, je jurai à pierre fendue et entamai une course en sens inverse. Déjà j'avais les larmes aux yeux. C’était absurde, un groupe ne se sépare pas ainsi, pas dans ces contrées, c’était inutile ; si j’avais été attaquée nul doute que je ne m’en serais pas sortie, et en mon absence leur effectif pouvait être suffisamment réduit pour subir des pertes. Qui pouvait sentir comme moi, à part moi, voir et entendre, pressentir le danger ? Les autres étaient bien trop occupés à cracher leu venin.

Je lançai Ilmörö dans une course folle. Le vent sifflait à mes oreilles. Bientôt j’aperçu le groupe mais ne distinguai aucun assaillant. A me sure que je m’approchai, ma nervosité grandissait. Pourquoi avaient-ils crié ? Ils couraient dans ma direction. Que fuyaient-ils ? Bientôt je cru discerner des grouillements au ras du sol, sans pouvoir en identifier la cause. Soudain Ilmörö se cabra et me fis rouler au sol. De petites créatures guère plus épaisses qu’un chat commencèrent à me lacérer les jambes, les bras et le visage. Ce devait être un genre de mammifère mais à vrai dire je ne me suis guère attardée sur leur apparence et le souvenir que j’en garde me reste confus.



Ils ne subirent aucun dégât majeur mais cette mésaventure fit prendre conscience à la jeune femme qu’ils n’étaient pas hors de danger en ces contrées malfamées et qu’un groupe doit rester souder, quelles que soient les circonstances. La poursuite du voyage se fit plus méfiante, notamment lors de la traversée des montagnes, marquée par le franchissement d’un torrent qui faillit bien emporter la demoiselle. Ils y perdirent Azazeryn laissant Sinaëthin à ses larmes, avec pour seul souvenir la pelisse dont il l’avait gracieusement couverte. Elle resta inconsolable quelques jours puis contre mauvaise fortune bon cœur Salmon s’efforça de lui apporter son soutien. Jeune encore, elle parvint à se distraire, laissant un galop avec Salmon et quelques boules de neige effacer pour quelques instants la pénibilité du trajet et la perte de son tendre ami. Il y avait ces sourires, tristes, fatigués et reconnaissants, ces gestes touchants, et ces regards qui en disaient longs… Ils y puisèrent tout deux du réconfort, et ne soucièrent guère de plus. Puis la troupe atteint les environs d’Omyre la noire.

Ils restèrent à plusieurs kilomètres de la ville sombre, dans les hauteurs, mais la simple présence de cette tâche dans le paysage suffisait à donner des frissons à tout un chacun. Ils allèrent au village, trouvèrent des traces laissées par les pillards qui avaient attaqué, ne laissant que des ruines sanglantes et encore fumantes, et les tuèrent sans autre forme de procès. Sinaëthin tua pour la première fois. Cependant, de par les actes que ces hommes avaient commis, elle ne fut aucunement tourmentée par le fait d’avoir pris une vie. Dans son dégoût elle aurait pu tous les exterminer un à un sans en éprouver aucune gêne morale. Une chance que l’on n’a pas toujours…

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MessageSujet: Re: [Background] L'Aigle blanc   Lun 2 Jan - 13:48

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II ¤ Aléas




Peu de temps après leur retour à Kendra-Kâr, Sinaëthin se laissa convaincre par Azzormir de visiter ses terres natales, l’Archipel de Naora. Accompagnés de Salmon ils prirent la voie maritime de Tahelta, et furent aussi mal accueillis que peuvent l’être deux Hiniöns en terres Sindeldi. Tahelta, capitale de ces orgueilleux elfes gris, était splendide. Dressée au bord de la mer, elle lançait mille ponts et mille canaux dans d’audacieuses circonvolutions aussi épatantes que sûres. La réputation architecturale des Sindeldi s’avéra fondée, de même que leurs talents d’ingénieurs de façon générale. Il mêlait avec un génie proche de la folie magie et mécanisme pour donner le jour à des créations abasourdissantes. C’est d’ailleurs à cette occasion que l’elfe dénicha l’arc de lune et la robe de mithrill, d’une incomparable facture comparée à ce qui se faisait en Nirtim et Imiftil, et dont elle ne se sépara plus.

Comme toujours, elle ne sut rester en dehors des affaires d’autrui et ils se retrouvèrent tous deux, elle et Salmon, à descendre dans les catacombes de la ville pour retrouver deux miliciens n’ayant plus reparut, au grand bonheur de la milice qui se félicita d’avoir sous la main deux Hiniöns à envoyer faire le sale boulot. Ils retrouvèrent les deux miliciens mais, s’étant séparés, se manquèrent de peu à la surface et retournèrent chacun à leur tour dans les sous-sols de la ville, inquiets. Sinaë de son côté découvrit un étrange endroit, manifestement un repère, d’où elle libéra une jeune Aldryde, retenue contre son gré dans une sorte de cage. Evidemment les ennuis ne viennent jamais seuls et elle n’eut guère le temps de retrouver la surface car les esclavagistes dont il s’agissait du repère la surprirent et se l’approprièrent avec plaisir. De là elles furent emportées en Acynore vers Mertar, près de laquelle les esclavagiste semblait posséder un second repère.




* * *


Les esclaves se révoltèrent et prirent les commandes du vaisseau volant avant de s’écraser en pleine Montagne. Se retrouvant seule avec l’Aldryde au beau milieu des Duchés des Montagnes l’elfe marcha jusqu’à en perdre haleine, avant de finalement tomber sur Akil, un petit village perdu où elles purent trouver du repos. On leur conseilla de partir pour Amaranthe, un plus grand hameau où elles pourraient trouver un guide afin de pouvoir retourner à Kendra-Kâr au plus vite. Car, en parallèle, Salmon était toujours à Tahelta, persuadé par les Sindeldi que Sinaë l’y avait abandonné.

Arrivée à Amaranthe, elle tomba nez à nez avec une étrange troupe constituée de deux Drows, les elfes noirs, deux Semi-Elfes, un Aniathy et une Elfe Grise. Apparemment, elles cherchaient à atteindre Akil pour retrouver un homme, un certain Longinus, et découvrant que Snaëthin en venait, lui demandèrent de les y conduire, ce que l’Elfe accepta en échange de la promesse que la troupe la reconduirait ensuite à la cité, car c’est de là qu’elles venaient. Cependant, à l’aube le village fût ravagé par des guerriers, des fanatiques, que nos aventuriers battirent avec succès, sans perte si ce n’est l’Elfe Grise qui fût gravement blessée. Il fallait la ramener à Kendra-Kâr pour plus de soins. Cette Elfe avait, quelques heures plutôt, délivrer une carte magique aux Drow et aux Semi-Elfes, ainsi, elles n’avaient plus besoin d’être guidées jusqu’au village. Ainsi Sinaë pu repartir pour Kendra-Kâr accompagnée de l’homme en charge du village et qui souhaitait demander de l’aide à la milice Kendranne, et l’Elfe Grise pour qu’elle se fasse soigner.


Kendra-Kâr… L’auberge… J’étais rentrée. Je ne me souvenais plus quand et comment. J’étais dans un fauteuil, un des deux lourds fauteuils drapés de velours au-devant de l’âtre, la tête me tournait, des murmures se faisaient glapissements, des cris bourdonnaient encore sous mon crâne… Mais j’étais rentrée.

Ecartant maladroitement les cheveux qui se collaient à mon visage je remarquai à la fois la puanteur qu’exhalait mas personne et l’aspect repoussant de mes frusques. Un bain. Tout irait mieux après un bain. L’esprit brumeux j’entrepris précautionneusement de me redresser, de me lever, et versai en leur entier les trois jarres d’eau disponible dans la marmite que l‘on pouvait pendre à la crémaillère. Je restai un long moment de bout, chancelante à vrai dire, le regard perdu dans les flemmes, incapable de me mouvoir, ne serait-ce que pour m’asseoir. Revenant à la réalité je tentai d’ôter la marmite du feu. Mon dos, mes bras, chaque muscle de mon corps me brûlait et réclamait son content de répit. Je parvins néanmoins à verser l’eau dans le bac et il ne me fallut guère plus qu’un instant pour m’y plonger, pressée de me délasser enfin.

Je ne saurais dire combien de temps j’y restai ; je m’y endormis sans doute. Un frisson me tira de ma torpeur. L’eau était froide. Il régnait dans la pièce une douce odeur de rose et de jasmin grâce aux huiles pour le corps que je m’étais procurée et le soleil semblait avoir disparu. Quelle heure ? Quel jour ? Tout ceci n’avait plus de sens, j’étais bien loin du monde réel, encore enchevêtrée dans d’inextricable entrelacs de songes et de bribes de souvenirs.

Il y avait un petit miroir dans la chambre. Une fois lavée et en partie habillée, j'allai y contempler mon reflet. De fine estafilades s'étiraient ici et là sur mon visage. Tournant presque le dos à la glace pour y admirer ma chevelure, jouant avec elle, je remarquai alors sur ma nuque une étrange balafre. Elle avait largement cicatrisée mais la trace ne s'en effaçait pas moins, sans doute le coup du guerrier, le coup qui avait manqué de peu me tuer. Si peu…




* * *


« Sinaë… »

« Sinaë… Tu m’as tant manqué… Pas de nouvelle à ma sortie… Seul le mot de ce maudit Gris… "Elle est partie sans vous. " Cette phrase m’a tourmentée pendant tant de temps. Et nous revoilà. Tous les deux, là où nous nous sommes rencontrés pour la première fois. »

Mes larmes coulèrent, chaque perle brûlante semblant me lacérer le visage. Mais comme les douleurs passées, je les ignorai. Une caresse sur mon visage, un baiser, un souffle léger au cœur, et quelques frissons. Je me laissai guider par cette voix, je me laissai glisser dans les bras de Salmon. Des questions, des murmures, un sifflement s’échappa de mes lèvres, un sifflement à peine perceptible. Nous étions de nouveau réunis, et mes remords sagaces s’effritaient peu à peu. Je me perdais là où un regard nous liait.

- Si tu savais… Oh Salmon…

« J’ai eu si peur pour toi. Où étais-tu ? Et qu’as-tu fait tout ce temps ? Pourquoi n’étais-tu pas à la sortie des catacombes ? Je m’étais juré de te protéger… Et encore une fois, je n’ai pu le faire… » Sa voix se fit murmure.

- Salmon…

Calmant mes sanglots, les mots se posèrent, ma voix se fit lointaine, mon regarde – vague.

- Parfois je glissais, parfois je dérapais, mais je me relevais et continuais ma route en espérant que tu t’en sortais mieux… Non sans mal j’ai trouvé l’un des Gris, et j’ai lutté pour le ramener à la surface. Si seulement ça avait pût s’arrêter là… Après avoir ramené l’Elfe au grand jour, je me suis de nouveau engouffrée dans ces sombres catacombes pour te retrouver et te venir en aide si besoin était.

Un frisson me parcourût.

- Mais je ne t’ai pas trouvé… Par-delà nombres de corridors vaseux et effrayants, je suis, par contre, pour bien ma chance, tombée sur une Aldryde… Elle était retenue prisonnière…

Une petite grimace déforma soudain mon visage puis s’effaça brusquement.

- Des esclavagistes… Tu te rends compte ? Il y avait des esclavagistes qui passaient dans ces catacombes… Sans doute y avaient-ils un repaire… Toujours utile qu’ils nous ont vu, nous ont entendus… Ils m’ont pris mon arc, et nous ont soumis, avec les autres. Puis nous avons pris une Acynore, en direction de Mertar, mais nous nous sommes rebellés ! Ne restait à bord que moi, l’Aldryde, des esclaves… Nous ne sommes pas parvenus à maîtriser l’Acynore, elle s’est écrasée dans les Duchés des Montagnes et nous avons marché jusqu’à un village nommé Akil. J’ai dès lors cherché à rejoindre Kendra-Kâr, en espérant t’y retrouver ! Mais les routes sont peu sûres, et on m’a recommandé d’aller à Amaranthe pour y trouver un guide…

Au fil de mon récit, je me rendais mieux compte de la folie de tous ces évènements et pris conscience que mes larmes avaient toute leur raison.




* * *


Un frisson. Un rayon. La fenêtre de la chambre devait être ouverte… La brise entra, jouant sur les plis des draps. Je frémis. L’angoisse me noua le ventre. Un vide. Je tremblais… de froid ou de rage, peut-être de tristesse. A l’instant même où j’ouvris les yeux, dévoilant mes prunelles émeraude, je le sentais déjà. A mes côtés, il n’y avait plus aucune trace de Salmon.

Reprenant mon sang froid, je m’attendis à le découvrir au bout du lit, un sourire accroché aux lèvres, un regard tendre posé sur moi.

Je me relevai doucement, par peur d’être déçue, je me redressai, puis me retournai.

Il n’y avait personne. La petite chambre aux couleurs neutres restait aussi silencieuse qu’elle pouvait l’être.
Je me relevai et constatai que je n’avais pas quitté ma tunique mais, en revanche, que mes cuissardes étaient posées au pied du lit.
Je passai doucement les doigts dans mes longs cheveux et les secouai sous les rayons du soleil qui les faisaient joyeusement scintiller. Je me refusai à penser qu’il était parti, et pensai tout simplement le retrouver en bas… Pourquoi aller m’imaginer autre chose ? Je n’en aurais l’air que plus idiote en me retrouvant face à lui dans la salle commune ! Alors je ne pourrais retenir une larme et il me prendrait doucement dans ses bras en me susurrant à l’oreille de doux mots et il me demanderait pourquoi ces pleurs. Et je ne saurais que répondre, n’osant avouer mes plus stupides craintes…

Mais cette larme m’échappa.

Partout où j’allais, mon manteau de fourrure me suivait. Où diantre l’avais-je laissé ? Et puis, il était si léger, et si peu encombrant ! Ce qui était étonnant.

Salmon n’en avait jamais dit mot. Il ne parlait jamais du manteau. Moi non plus d’ailleurs. Peut-être avait-il peur que mon regard vacille, que mon sourire s’effrite, subitement. Sans doute ne voulait-il pas rouvrir les vieilles plaies, non les fragiles, les douloureuses, mais celles qui font semblant, oui, semblant d’être cicatrisée, semblant d’être oubliées…

Ou peut-être n’y pensait-il pas quand il avait déposé une lettre, sur ce manteau.

Oui, il avait dût oublier…

Cette larme était-elle destinée au manteau ou à la lettre ?
Je n’aurais su que répondre.

Elle perlait, et je pleurais, autant pour Salmon, que pour Azazeryn…

Mais je devais oublier.

Je ravalai mes sanglots et m’approchai du parchemin. Mes doigts se posèrent telle une caresse sur la lettre. Mon regard flâna quelques instants sur l’écriture simple et inclinée de l’Elfe puis j’entamai réellement ma lecture.




* * *


« Sinaë, ma douce. Tu ne peux savoir quel plaisir me procurent nos retrouvailles. T’avoir perdue était pour moi une grande source d’inquiétude et de tristesse. Mes nuits étaient froides et angoissantes, envahies par les ténèbres. Te revoir ici a amené en moi clarté et paix. Te retrouver a chassé les ténèbres qui me tourmentaient depuis ta disparition à Tahelta.

Pourtant, je ne peux rester plus longtemps auprès de toi… Plusieurs raisons m’en empêchent.

La première, est que, mainte fois je t’ai promis d’être là à tes cotés… Et le moment venu, je brillais par mon absence. Cela m’a mis face à mon impuissance. J’ai conscience désormais que j’ai encore beaucoup de progrès à faire pour protéger quelqu’un. Je ne veux pas que tu penses que je t’abandonne. Simplement, avoir une fois perdu quelqu’un de cher à mes yeux m’a suffi. Je ne veux pas revoir mourir devant moi une personne que j’aime.
Je ne choisis pas la fuite. Je ne suis pas un lâche. Je choisis la voix de ce qui me semble être la sagesse. Je dois donc partir pour être plus fort à mon retour. J’espère, à mon retour, être en mesure de ne plus voir les êtres qui me sont chers disparaître sous mes yeux… Une fois me suffit. Je ne supporterai pas une autre épreuve aussi dure et violente pour l’âme. Je risquerai de sombrer dans les ténèbres. Et ce serait anéantir trop de travail. Ce serait jeter aux oubliettes tous les efforts fournis pour me libérer de cette contrée glaciale où mon être se trouvait il y de ça quelques temps.

La deuxième raison, ce sont tous ces fantômes qui me hantent. Mes démons ne me laissent pas en paix. J’ai commencé quelque chose que je dois absolument terminer avant de me relancer dans une histoire nouvelle. Les âmes de mon ami et de ma compagne ne trouveront le repos qu’une fois ma vengeance accomplie. Je ne peux les laisser ainsi. Je suis responsable de leur mort. Part ma stupide idée de partir de Cuilnen et ma faiblesse, j’ai provoqué leur disparition. Trop de remords et de regrets me suivent depuis lors. La seule chose que je puisse faire pour eux est de venger leur mort. Et cela je ne peux l’accomplir qu’en étant seul et plus fort. Je dois rechercher l’homme qui nous a fait tant de mal. Il devra payer. Une vie pour une vie, tel est le prix du sang. La vengeance n’est pas un chemin agréable mais c’est celui que j’ai choisi d’arpenter. Je l’ai mis trop longtemps de côté. Il me faudra le retrouver dans peu de temps. Une fois que j’aurai accompli ma vengeance, je pourrai revoir ma contrée, retourner à Cuilnen. Mais surtout, je pourrai revivre. Je serai en mesure de m’adonner complètement au bonheur. Mais avant… Je le dois… Je ne te demande pas de le comprendre, mais seulement de l’accepter.

Et enfin, la troisième raison, celle qui rejoint la première ainsi que la deuxième. J’ai rencontré une femme avant de te retrouver… Elle a perdu un être cher… Elle part demain à sa recherche. Devant sa tristesse et son désarroi, je lui ai promis de l’accompagner et de l’aider. Quand elle aura retrouvé cet homme, je pourrai me relancer dans ma quête de puissance. Cette puissance servira ma vengeance. Le lieu où nous nous rendons est réputé comme très dangereux. Cette cité porte le nom de Dahràm. Elle se trouve sur un autre continent il me semble mais je n’en sais pas plus… Aussi, le voyage sera long et périlleux. Il augmentera le temps nous séparant. Je ne sais pas si tu sauras m’attendre… Mon absence de Kendra Kâr risque d’être très longue… Je ne suis même pas sur de réussir à revenir indemne. Entre la recherche de cet homme pour aider cette Jilara et la recherche de l’homme qui a fait couler le sang des miens, je pense que je serai absent très longtemps. J’ai d’ailleurs toutes les chances de mourir… Je ne le souhaite pas mais c’est une possibilité à envisager.

J’ai accepté ma mort en voyant les miens expirer leurs derniers souffles sous mes yeux. Aussi, je n’ai pas peur. Seulement, j’espère que la Dame Noir ne viendra pas à ma rencontre trop tôt. J’ai comme tout un chacun de nombreuses choses à accomplir avant de quitter ce monde. Mais je ne suis pas maître de mon destin. Si je dois périr pour retrouver mon honneur et soulager les âmes de ceux qui m’ont aimé, je le ferai.

Voilà, je t’ai exposé les trois raisons qui m’ont fait te quitter avant ton réveil. Je ne sais pas si tu comprendras ni même si tu l’accepteras… Je ne le saurai qu’à mon retour. Mais je te promets une chose… Quand je reviendrai, je serai en mesure de protéger toutes les personnes qui me sont chères. Toi y compris… Sache que mes pensées t’accompagnent bien que je ne puisse être à tes côtés…

Sinaë…Tu me manqueras… Je regrette sincèrement de te quitter ainsi…

Adieu. »




* * *


Il était parti. Je n’étais même pas sûre de le revoir. Il ne m’avait pas attendu. Il ne m’avait pas réveillé. Il ne m’en avait même pas parlé. Malgré ses belles paroles, je ne pouvais m’empêcher de penser à du sadisme. J’étais effondrée de le savoir loin de moi. J’étais rageuse de par sa conduite. Et j’étais pourtant si horriblement honteuse… Que savais-je de son passé ? Si peu, si peu… pour ne pas dire rien. Comment lui en vouloir ? Question stupide. Je m’en voulais à moi aussi, et pourtant, si je lui avais demandé… Si je lui avais demandé de me parler de son passé ? Mais à quoi bon me torturer puisque je ne lui avais pas demandé.

C’était trop tard maintenant.

A quoi bon me poser tant de questions ?
Ce qui est fait, est fait.

J’avais lu lentement, comme si je m’attendais à me rendre compte que… ou à me dire… Comme si je voulais être sûre de bien lire. De ne pas faire d’erreur. De ne pas porter de jugement déplacé. J’avais relu. Juste pour être vraiment sûre. Puis j’avais replié le parchemin, et je l’avais rangé dans une poche interne du manteau.

Pourquoi avais-je ce manteau d’ailleurs ?

Mais je n’y prêtai pas attention, et je sortis dans le couloir. Puis je pris la direction de ma chambre, qui était restée ouverte. Je déposai la veste sur le bout du lit, puis je m’étendis de tout mon long pour noyer mes larmes de chagrin et de fureur dans l’oreiller.

Pauvre oreiller.

Il n’avait rien demandé l’oreiller.

Je criai de plus belle dans mon oreiller.

Seuls quelques sons étouffés en échappaient, un déferlement incompréhensible d’injures et de suppliques. Personne ne pouvait entendre quoi que ce soit, sauf moi. Car même si je me taisais, le chaos qui faisait hurler mon corps et qui m’élançait douloureusement les tempes continuerait.



Ses larmes tarirent, quelqu'un vint la chercher, pour la conduire dans les quartiers chics où elle découvrit un étrange ordre. (Les Dragons d'Or) Elle fit alors le lien avec l’étrange groupe rencontré dans les Duchés, puis elle accepta et rentra aux services de cette institution. Elle ne tarda pas à partir en mission, découvrant son nouvel emploi. Elle partit sur la route d'Oranan où elle allait devoir empêcher un assassina, la vie continuait, ses aventures se poursuivirent…

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MessageSujet: Re: [Background] L'Aigle blanc   Lun 2 Jan - 13:56

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III ¤ La quête de la Pierre des glaces




Un soir à l’auberge, une étrange famille de gris se présenta, quémandant des aventuriers dignes de ce nom pour les suivre et leur venir en aide. Nul n’en sût plus sur l’instant et pourtant nombreux furent ceux qui acceptèrent de les suivre, contre rétribution si réussite : Eduin, Amenris, Leldoryn, Silinde ou encore Thrall, un Drow… ainsi que d’autres au côté desquels elle avait déjà combattu, tels Araknor ou encore Paine.

Ils partaient vers Pohélis, en Nosveris, le voyage se faisant donc en Aynore, lorsqu’ils y furent victimes d’une prise d’otages… Ils n’y perdirent que du temps et la vie d’une damoiselle qui n’avait su garder son sang-froid. Une fois descendus à terre ils prirent contact avec le climat : vent cinglant et soleil glacé à l'horizon. Ils prirent tout d’abord du repos dans une bâtisse qui servaient manifestement de lieu d’enseignement de la magie puis prirent la route. Sur ce, Aëlyn, la fille Grise daigna finalement les informer de ce qu’ils poursuivaient, et leur répéta, une fois de plus, qu'ils n'avaient plus le choix, désormais, chacun étant entraîné dans une histoire qui ne pourrait se terminer qu'une fois une mystérieuse pierre ramenée, la pierre de Yuia, déesse sublimes et glacée des elfes blancs, qui avait été dérobée. Ils cheminèrent sans problème, bien qu’ignorant où ils étaient menés, jusqu'à la passe, à gué, d'un torrent... Ilmörö se cabra et précipita sa propriétaire dans l'eau glacée. Leldoryn, prenant son courage à deux mains, se précipita à sa rescousse en plongeant, et ils se firent ramener sur la berge au prix d'intenses efforts de la part des autres. Gelés jusqu'aux os, ils inquiétèrent les Gris qui décidèrent de partir sur le champ vers un abri.

Après ceci, ils reprirent la route et arrivèrent de nuit, face à un somptueux lac au centre duquel se dressait le temple de Yuia. Ils ne purent profiter d'un quelconque repos, essuyant une attaque de gobelins d'eau. A peine se furent-ils remis, qu’ils eurent à pénétrer dans une sorte de crypte donnant sur un sous-terrain jonché de pièges et divers obstacles nécessitant une grande réflexion. Malheureusement, par inadvertance, l’Aniathy des Sindeldi, Eresse enclencha un système qui fit disparaître chacun des membres de la compagnie dans une cavité différente.


Une fois tous les bâtons enclenchés dans leurs alvéoles respectives, la porte semble soudain avaler les cylindres de glaces qui disparaissent non sans me laisser un dernier frisson. Lentement, l’ouverture se dégage, laissant place à un corridor étroit et sinueux dont les parois sont telles des miroirs déformants. Menés d’un sens, puis de l’autre, il nous est désormais totalement impossible de savoir d’où nous venons et le couloir n’aboutit apparemment nulle part puisque même après de terriblement longues minutes le décor n’avait aucunement changé. Brusquement, nous débouchâmes face à un escalier s’entortillant sur lui-même dont la matière était aussi translucide et pure que le verre, à la nuance près que le moindre reflet sur celle-ci se métamorphosait en une myriade de couleurs. Un sifflement d’admiration s’échappa de mes lèvres suivi d’un murmure surpris.

« Du cristal… »

Ne m’attardant pas plus sur la beauté des lieux, je continuai à la suite de mes compagnons et gravis les marches irisées d’un bleu très pâle en me concentrant pour éviter de glisser. La plaie de ma cuisse s’était maladroitement étrécie et tentait une veine cicatrisation. Je retins mon souffle alors que nous pénétrions dans une antichambre dont l’ambiance était la même que les précédentes. Un soupir d’aise me vint, il n’y avait vraisemblablement aucun piège. Suivant le regard des autres, je découvris les inscriptions gravées sur l’un des murs et tachai non sans mal de les comprendre et de chercher leur utilité. Curieuse je m’approchai de l’embrasure de la porte, face à celle de notre arrivée, et la franchis pour pénétrer dans la seconde salle. Sur ma droite, 8 clés, face à moi, 3 portes. Je vins rapidement essayer de prêter main forte, ou plutôt tête forte, à Silinde et Lyam qui s’affairaient déjà à résoudre la nouvelle énigme.

(Je ne sais pas qui se joue de nous, mais ceci doit bien le divertir !)




* * *


Cette énième énigme résolue nous pûmes poursuivre notre route. Une vingtaine de mètres plus loin, nous repartîmes plein Est. L’attitude nerveuse de l’Aniathy ne faisait qu’illustrer l’inquiétude de chacun. Comme foudroyée, une panique m’envahit.

(Mais que faisons-nous là !?)

« Demi-tour ! DEMI-TOUR ! FUIR… »

Mon cri s’étrangla car déjà me voilà précipitée dans l’obscurité d’une cavité. La dalle sur laquelle je me trouvais avait subitement pivoté, et s’était affaissée.

Le temps que je réalise ce qui se passait, je me retrouvai plongée dans des boyaux de glace en pente vertigineuse. Ballottées dans ces entrailles translucides, je manquai de peu, à plusieurs reprises, me casser quelque chose et remarquai, avec un certain étonnement, que mon arc, lui, n’en portai pas une égratignure ! Il était plus solide que je ne l’aurais pensé ! Je commençai peu à peu à trouver un équilibre mais il restait précaire et quand brusquement me revoici dans le vide, je gesticulai le temps de deux battements de cœur avant de comprendre et que mon visage ne se déforme d’horreur.

Je m’écrasai soudainement sur un sol, un vrai, dur et froid, plus froid que la pierre. La chute n’étant pas aussi haute et abrupte que je ne l’aurais imaginé, un sourire crispé s’étira sur mes lèvres. Mais il n’y avait personne pour s’en rendre compte. Me relevant doucement, je constatai que ma cheville m’était douloureuse, mais si je faisais la grimace, c’était pour une toute autre raison.

La salle dans laquelle je me trouvai était vide, silencieuse, et sans sortie apparente. M’appuyant contre le mur, je récupérai mes affaires éparpillées et me redressai pour longer les murs.

« Par Thimoros ! Il y a forcément une issue… ! Pourvu que les autres s’en sortent mieux que moi… »

Mes mains glissèrent le long de la paroi lisse et froide, un contacte qui me donnait la chair de poule chaque fois que la moindre aspérité se présentait. J’en étais déjà arrivée à la moitié du mur, sur ma droite, mais ne distinguais toujours aucune échappatoire. Le silence qui régnait et l’étrange luminosité me mettaient mal à l’aise, au-delà du compréhensible. Mon cœur battait à tout rompre, et il me semblait l’entendre résonner plus fort encore dans la pièce. Comment personne ne pouvait-il m’entendre ? A vrai dire il régnait autour de moi une ambiance si moite, si dense, qu’elle en était presque palpable… Le calme avant la tempête… Pourtant, que pouvait-il se passer ? Après tout, plus que nulle part, n’étais-je pas à l’abri ? Une douce chaleur se répandit en moi ; que pouvais-je craindre ? J’étais armée… Oh non, je devais partir, je devais fuir, c’était impossible, j’allais devenir folle !

J’esquissai un pas, pour me retourner, et jetai un coup d’œil en direction du trou par lequel j’étais arrivée. Impossible de revenir par-là, j’avais déjà vérifié. Par où, diantre, par où !? Recouvrant quelque peu le contrôle de moi-même, je détachai mon regard du boyau qui m’avait dérobé au corridor.

Poussant un cri horrifié, je me rejetai en arrière, titubai quelque instant, perdis l’équilibre et m’effondrai au sol. Me tenant la cheville et me mordant la lèvre inférieure, je restai paralysée, les yeux rivés sur le mur qui se trouvait quelques instants plus tôt à quelques centimètres de ma main droite. Dans la matière même, une étrange gravure y représentait le visage d’une femme, ou plutôt d’une Elfe, à l’air volontaire et pourtant, un semblant triste. Les traits de son visage étaient crispés en un sourire laconique, mais l’on pouvait sans mal identifier cette personne comme un de mes parents, une sœur peut-être. Mais ce n'était pas ma sœur. Je n’avais jamais eus de frère ou de sœur. L’œil rond et l’air incrédule, je contemplai le visage de ma mère, tuée peu après ma naissance, dont la représentation figurait ici, en Nosvéris, dans les souterrains d’un temple de Yuia.

« Lirr… Lirrah… murmurai-je d’une voix étranglée. Par quel prodige ? Pourquoi ? … Ici ?... »




* * *


Mon regard vacilla. Alors que je tentai de reprendre mes esprits, j’aperçu, aux côtés de ma mère, celle qui devait être Tindóyán, ma tante. Je ne l’avais jamais rencontré,enfin j’étais trop jeune. Mon père… Trouvant tout ceci de plus en plus incompréhensible, je scrutai le reste du mur, m’attendant à voir orner la glace d’autres membres de cette famille déchirée. Des tremblements m'assaillirent, des doutes. Mais qu'est-ce que cela signifiait ? Une fois de plus je songeai à la personne, ou la chose, quelle qu'elle fût, qui avait fait tout ceci... Qui avait... Manigancé ? Toute cette histoire... Il y avait forcément quelqu’un derrière cela ! Ce ne pouvaient être de simples coïncidences ! A peine avais-je remarqué le visage de Tindóyán, que les gravures s’animèrent. Et sous mon regard horrifié, une Elfe, toute aussi semblable aux deux autres, me fût révélée à son tour, dans une abominable mise en scène où les traits de celle-ci s’étirèrent en un rictus malsain. Sans doute pensait-elle, savait-elle, imaginait-elle déjà la fin de Lirr-ah. Sanglotant, je contemplai tout ceci avec une profonde terreur, qui m’arracha de langoureux gémissements.

« Awrähán… Awrähán ! Oh… Non… NOOON ! Lirrah… Namàrië mère, namàrië… »

N’osant voir, j’enfouis brusquement mon visage entre mes mains, des larmes perlant et s’écrasant mollement sur mes gants de fourrure. J’entendis les cris, lancinants, mon propre nom, hurlé par ma mère, tentant vainement de calmer la fureur de sa sœur. Ce qui avait hanté mes rêves, et mes cauchemars, ce que j’avais dès lors oublié, en même temps que ce passé… Ce passé qui ne m’appartenait que si peu… Relevant doucement la tête, les yeux encore humides, je contemplai désormais Dräsän. Dräsän… Où était-il à présent ? Comment le savoir… Etait-il seulement en vie ? Oh, pourquoi, pourquoi me montrer ces images, que je ne connaissais que trop, que je n’avais que trop imaginé, pourquoi me torturer ?

N'osant à peine reprendre mon souffle, des gravures défilèrent devant mes yeux ébahis, Ash, Zeheva, Azzormir, je n’avais même pas le temps de prononcer leur nom car déjà un autre me venait aux lèvres. En parallèles à ces apparitions, me vinrent à une allure effrayante des images, des lieux… La pluie, dans les ruelles de Kendra-Kâr, la Cité Blanche, l’auberge de la Tortue Guerrière, le Clocher, le Port, tourbillons de couleurs. Grisée par mes souvenirs, j’entendis encore le bruit de l’averse, sur les pavés des coupe-gorges et des éclats de voix, des rires, si lointains… Déployant mes bras, je posai les mains au sol, sur le plat de la paume, comme si… comme si j’allais être emportée, pour me tenir. Le contact de la glace me fit tressaillir.

J’aperçus une mince silhouette, qui s’approchait de moi avec un air crispé. Une tignasse rousse masquait en partie une cicatrice, sur la partie gauche de son visage. Le gabarit du jeune homme était à peu de chose près le mien. A présent, ce n’étaient plus de simples gémissements plaintifs qui m'animaient, mais bel et bien de véritables pleurs. Deux pupilles d’une couleur moirée, allant du bleu au vert, se plantèrent en moi. Alors qu’une lueur d’affolement m’avait parcouru, à l’instant même, ce n’était que chagrin qui m’envahit. Un mot, puis un autre, un écho lointain, qui faisait ressurgir des douleurs, que j’avais mis tant de temps à dissimuler…

« Siiwih, il faut que je t'avoue quelque chose… »

« Garde le pour toi et prends ça… »

A ces mots même, il se dévêtit d’un immense manteau aux couleurs sombres et me le posa sur les épaules. Une larme vint se perdre dans la fourrure du col. Je poussai un cri lancinant, d’ultime désespoir.

« Que ça cesse… QUE CELA CESSE ! »

- …Mais maintenant, je dois partir...

« Non… non… »

Une caresse sur mon visage, un dernier regard, et s’en détourna.

« Non… NOOON ! »

Je ne voulais pas revivre ceci, ça m’était impossible ! Intolérable. Je voulais fuir, fuir, détourner les yeux ! Mais je ne pouvais pas, je ne voulais pas… quitter ce visage… Il s’écarta de quelque pas, puis un flot d’énergie le submergea, une magie si dense qu’elle en était palpable, et elle l’emporta en son sein, l’arrachant à la terre. Son corps inerte resta quelques instants suspendus dans le temps, dans les airs.

« Pourquoi… »

Puis finalement, une ultime chute le rendit au sol, dans un atroce fracas.

« AZAZERYYN ! »

Effondrée, je resserrai un peu plus la pelisse sur mes épaules.




* * *


Ma vue se brouilla petit à petit, et au fur et à mesure, je me recroquevillai un peu plus sur moi-même, m’abandonnant au gré de mes larmes. Du coin de l’œil j’aperçu encore Azazeryn, fier et serein, s’élevant dans les airs, une image qui me hantait, pour ne plus me quitter. Qui me hantait… Tant de fantômes qui rôdaient en moi, et qu’ici je devais affronter de nouveau.

Tout se passa très vite ; une piqûre me surpris puis une vive douleur se dégagea dans le bas de mon dos. Lâchant un cri de stupeur, je bondis en avant et me précipitai sur le mur opposé pour pouvoir me maintenir debout. D’un coup d’œil rapide, je contemplai une effroyable créature aux formes indistinctes, qui se tenait toute proche du lieu où je me tenais quelques instants plus tôt. Elle semblait couverte d’une fourrure hirsute… dont les couleurs m’échappaient. Les alentours, l’air même, me parut aussi lumineux et aveuglant que le soleil. Aveuglant… Je secouai la tête, puis me frottai les yeux d’une main fébrile. La pièce qui était jusque lors teintée d’une lueur bleutée m’était alors aussi blanche… que la monstrueuse bestiole qui devait être, je la distinguait alors mieux, une répugnante araignée.

Soudain, tout s’assombrit, comme si une épaisse écharpe de nuit se posait sur moi. Je me retournai, mais en vain. Tout n’était qu’oppressantes ténèbres. Refusant obstinément de comprendre, je m’ébrouai, me frottai de nouveau les yeux, et cherchai éperdument une faille à cette obscurité. Une décharge électrique me parcourut, de la nuque à l’endroit où l’arthropode m’avait envenimé. Un bruissement me titillait, un faible bruissement qui venait vers moi, face à moi. D’un geste rapide, je portai la main à mon arc, mais la brusque réalité me revint. Il m’était impossible de tirer si je ne pouvais voir ma cible ! Réprimant un hurlement de rage et de panique, je pris ma lance et restai figée ainsi, tremblante, la pointe droite devant moi. La désagréable sensation d'être aussi fragile et vulnérable qu'un nourrisson m'assaillit.



C’était Lyam qui, ayant affronté d’autres déboires, avait fini par tomber sur Sinaë, guidé par un cri. Aidée par ce mage de feu elle retrouva peu à peu ses esprits mais en recouvrit pas la vue et dû faire avec. Ils retrouvèrent plus tard Aëlyn, nageant alors en plein délire puis le reste de la troupe et apprirent enfin la raison de cette folle expédition, à défaut d’en apprendre d’avantage sur la pierre : cette famille de Sindeldi avait pour seul but de retrouver leur honneur déchu – à cause de sombres histoires de meurtres – en ramenant en Naora, dont ils avaient été bannis, la fameuse et inestimable pierre…

Après un bref moment de détente, une vague beuverie et un peu repos ils atteignirent la salle principale de ce labyrinthe où ils tombèrent nez à nez avec d'impressionnant gardiens, au nombre de quatre. Un cœur pur, selon la légende, était le seul à pouvoir en venir à bout, et c'est ainsi par la non-violence et la pureté de Eresse, l’Aniathy, qu'ils eurent liberté d'accéder à la pierre de Yuia. Malheureusement, il y avait un prix, ainsi un tiers du groupe, devait s'offrir librement à la mort, en toute confiance, permettant ainsi aux autres de pouvoir repartir. Ash s'y décida le premier, tôt suivit de Leldoryn, puis, finalement, de Sinaë qui espérait ardemment un ultime subterfuge…



* * *


Doucement, la mort me cueillit, un soupir, et s’en était fini. Sereine, je flottai entre deux eaux, dans une étrange quiétude. C’était le néant total. J’y étais habituée. J’eus l’impression de rêver, oui, un lourd sommeil, comateux… Rien de plus. Une voix me héla, à laquelle je répondis en une langue qui m’était inconnue, une langue qui n’a point besoin d’être prononcée, elle s’échappa de mes lèvres, mais en aucun son. Comme si mes pensées, était celles de l’autre, et que les pensées de l’autre étaient miennes. Je ne voyais pas, mais cela m’était inutile. Y aurait-il eut quelque chose à voir ? Sans doute que non.

« Que fais-tu ici, Sinaë, pourquoi as-tu rejoins ce monde? »

- Je ne sais pas.

La vérité crue me blessa. Etais-je vraiment morte ? Non, cela était impossible. Je ne m’y serais jamais résignée, encore moins jetée.

« N'aie crainte, ce n'est que la porte de la mort... Ce n'est qu'une transition... Mais je sais que ton heure n'est pas venue. Tu vivras, Sinaë... Ne m'oublie pas. »

- … Aza… ?

« Profites de ton temps pour apprendre. Apprends à écouter... N'aie crainte, je serai là. »

Lentement, ses paroles s’insinuèrent en moi, je pris conscience, conscience de ma mort… Alors en était-ce fini ? Etais-je morte ? Pourquoi avais-je fais cela !? Une faiblesse, une faiblesse qui m’a valut ma vue, une faiblesse, cette faiblesse que sont les larmes, alors que je pleurais, pour Azazeryn, effondrée face à ces souvenirs, je n’avais pas vu la créature se glisser en traîtresse dans mon dos, car je pleurais. Je ne l’avais pas oublié ! Non ! Au contraire… Un frisson, inhumain, et déjà je me languissais de la vie.

« Ton heure n'est pas venue. »
- Vais-je repartir ?
- Oui.
- Te reverrai-je ?
- Oui. Un jour. Que je ne souhaite pas.
- Aza ?
- Oui ?
- Je t’aimais.
- Moi aussi. Mais je n’étais pas digne.
- De vivre ?
- Digne de vivre, digne d’aimer, digne de te désirer. Je t’ai vue déchirée, par ma faute. Car tu m’aimais. Vois comme j’ai fuis.
- Pourtant tu es là.
- Pour t’aider. Je serai toujours là.
- Mais tu n’as jamais été là.
- Car tu ne le voulais pas.
- Non.
- Tu fuis le passé, affronte-le.
- Ensemble.
- Oui. Mais pire que le passé, c’est ton futur que tu refuses. Accepte-le, et tu vivras.
- Comment accepter la souffrance ?
- As-tu besoin de tes yeux à présent ?
- Non.
- Car il n’y aurait à voir ? Qu’en sais-tu ?
- Apprends-moi.
- Telle est ma mission.
Doucement, je sens l‘effleurement de ses doigts sur ma joue droite.
« Suis-je de chair ? » demandai-je.
- Tout comme moi. C’est douloureux. Mais c’est nécessaire pour ton enseignement.
Je porte ma main sur la poitrine, là où battait un cœur.
- Tu renaîtras… Assez. Viens.




* * *


Sentant l’affolement poindre au creux de mon ventre, je tremblai. Son ton n’admettait aucune réplique, mais sa voix était comme déchirée. Dans les épaisses ténèbres il me mena, où ne sais-je. Des murmures nous suivirent, ceux des mânes, des âmes torturées, errantes, qui nous considérèrent et hurlèrent subitement, horrifiées de voir des êtres d’apparence vivante en ces lieux. Du néant, me sembla vaciller une lueur, celle d’un ciel éclairé. Sous mes pieds, nus, je sentis les plus fines soies, comme si un tapis d’une infinie richesse se déroulait pour nous accueillir. Puis nous nous élevâmes un peu plus, avant de nous stopper, et de nous poser, lentement, sur des coussins. Des plumes et des voilent me chatouillèrent, c’est alors que je me rappelai la pudeur, et la chair dont j’étais constituée. D’un élan, j’attrapai des voilages à mes côtés, et les nouai sur mon corps.

« Où me conduis-tu ? »
- Devant Elle.
- Qui ?
- La Dame.
- Yuia.
- Oui. Mais ne tardons pas.

Me dressant sur mon séant, je posai les doigts sur de fabuleuses sculptures, ornant, une coque, ou du moins ce qui y ressemblait. Subtilement, nous repartîmes, et je reconnu sans mal les sensations d’un vol d’Aynore, ou de Cynore. L’étonnement laissa place à l’émerveillement ; l’engin devait être splendide, comme les décors que nous survolions. Azazeryn resta silencieux, mais ceci ne me gêna aucunement. Le voyage me sembla court, mais il faut avouer que je n’avais plus grande notion du temps, qui ici était bien étrange et indifférent. Délicatement, le Cynore ralentit puis, imperceptiblement se posa. Le jeune homme vint chercher ma main m’invita à me lever, à le suivre. Le sol était froid, glacé même, lisse en partie et mes paupières laissèrent filtrer une lueur bleutée et l’ambiance me rappela indubitablement celle des souterrains et des prisons du temple que je venais tout juste de quitter. Pourtant, je n’avais pas froid, pas plus que chaud. Nous nous arrêtâmes bientôt, et mon compagnon poussa les lourds panneaux d’une immense porte.

« Je n’irais pas plus loin. »
- Tu seras là !
- Oui. Mais pas à présent. Elle veut t’estimer.
- S’assurer que je sois loyale et mérite la vie ?
- Oui. Je te retrouverais plus tard. Tu devras passer ces premières épreuves seule.
- Bien.

Il disparut.

« Sináëthin. »

Un souffle. Mon... nom ? Je restai coite et frissonnai en entendant la si délicieuse voix de la déesse qui me recevait. Déesse de la beauté, déesse des glaces, et bien plus encore pour mon peuple, qu’est celui de Cuilnen.

« Sináëthin. »

Tant de légendes, tant de rêves, avec pour seul objet de désire Yuia. Yuia la Grande, Yuia la Belle, Yuia la Fugace, la Glaciale, la Douce, … tant de noms.

« Sináëthin. »

Je savais depuis longtemps que c’était Elle.

« Approchez. »

D’un pas sûr je m’avançai sur le dallage de marbre aux veinures de cristal et d’argent, que je devinai, ou imaginai. Tout n’était que mirage, il me semblant voir dans le néant et entendre les souffles de pensées. Je sentais les sentiments et m’abreuvais d’immobilité.

« Mes partisans se raréfient. J’ai vu nombre de mes fidèles dépérir et aujourd’hui les mortels favorisent Gaïa, qui les guide et les soigne, Yuimen, qui leur donne force et courage, Thimoros qui nourrit leurs sombres cœurs et Moura qui protège navigateurs et peuples marins.

Vous vivrez. Trois âmes se sont livrées, confiantes, et un cœur pur les sauvera. Il en est ainsi. En l’instant vous êtes mienne, car ainsi en ai-je décidé. Hélas vous vous êtes fourvoyée. Vous vous êtes fourvoyés. Ces labyrinthes sont mon sépulcre et ce joyau une relique. Nul ne l’a dérobé si ce n’est en projet les infâmes Sindeldi qui vous accompagnent. Naïfs que vous êtes, pauvres enfants de Gaïa…

Protégez-la. Protégez la pierre. Sauvez-vous et sauvez la pierre. Soumettez-vous à ma volonté et gagnez ma protection.

Sauvez-vous. Sauvez-la. »

Ses paroles s’estompèrent, puis le silence total regagna les lieux.

« Où suis-je ? »

Des échos résonnèrent longtemps avant qu’un souffle ne vienne me susurrer à l’oreille.

- Je serai là.
- Aza !
- Elle est omnisciente.
- Aza ! Où suis-je ?
- Dans son arène.
- Elle veut me tester.
- Oui. Ceci est un jeu. Elle joue avec toi. N’oublie pas. Tu es un pion.
- Je sais Aza.
- Je serai là.
- Je t’aimais Azazeryn !

Puis le silence, de nouveau, et sous mes pieds les veinures du marbre laissèrent place à de simples pavés de glace. Je tendis un bras, sur ma droite, et me cognai dans un mur. De glace. Posant le plat de la main à même le mur, je l’effleurai et le caressai d’une infinie tendresse. Je le sentis, l’écoutai, ses échos si lointains, des cris, des rires, des souvenirs.

NON ! LE LABYRINTHE ! Je réprimai un hurlement de rage. Ces prisons qui m’avaient rendue folles, je m’y retrouvai de nouveau piégée, par le bon vouloir de Yuia, seule.



Finalement ramenée à la vie grâce à l’Aniathy, grâce à des plumes de phénix offertes par les mânes du Temple pour elle, Ash et Leldoryn, elle en garde la trace à son cou : un splendide collier sans nul doute de Yuia elle-même, lui rappelant ce qu'elle a vécue et l'obéissance qu'elle doit...



* * *


Sinaëthin s’habitua à la cécité, s’engagea dans la milice, et se vit envoyée en mission avec Silinde et Leldoryn, devenus de bons amis. Ils partirent pour les duchés des montagnes et rejoignirent tout d'abord Amaranthe, ce qui n'alla pas sans réveiller quelques souvenirs. Là ils furent attaqués par des hordes de gobelins, orques, harpies, et hideux genre de chiens mutants qui de fait étaient la raison pour laquelle ils avaient été envoyés. Le combat tourna mal et les trois individus se séparèrent malgré eux. Sinaë tenta de suivre mais se perdit, et une route retrouvée, la suivit, chevauchant Ilmörö jusqu’à finalement arriver à Kendra-Kâr d’où elle se précipita à la Milice pour faire part de la situation désastreuse dans laquelle ils s'étaient mis et du fait qu'elle n'avait donc pût achever sa mission.
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MessageSujet: Re: [Background] L'Aigle blanc   Lun 2 Jan - 14:02

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IV ¤ La Guerre de Pohélis




Sinaë s'engagea pour la guerre de Pohélis, mais en attendant le départ, déprima, seule, dans la cité... A l'auberge elle rencontra néanmoins une de ces Elfes noires des hautes sphères qu'il vaut mieux éviter, en tout point, ou presque, l'inverse de la fragile Elfe blanche. Un dangereux jeu naquit entre Tuain't'vlos Renor'Widow et Sináëthin Al'Enëthan, un jeu mortel mais respectée de toute deux... Ne laissant pas le temps aux choses de s'envenimer, elle est rameutée par un milicien et part bientôt en aynore pour Gwadh d’où ils rallièrent Nosvéris.


Déjà des cris, des hurlements, montent en octaves et nous font bourdonner les oreilles.

Je resserre ma prise sur le fouet de cuir tenu à ma ceinture à m’en rendre les jointures blanches. De l’autre main je tiens mon arbalète prête, nerveuse. Je sais que ça va être à nous. Nous serons les premiers, notre but est de percer une trouée dans la cohue et d’ainsi permettre aux guérisseurs et aux bleus de passer sans trop de dommages pour atteindre la cité. Certains seront tués, sans nul doute, avant d’arriver aux murailles. Ne tient qu’à eux…

(…C’est leur problème. Je ferai ce que l’on m’a dit : tracer un sillage pour les autres, retenir les orcs, et une fois les autres passés : se rabattre, se replier.)

Tandis que je tentais inlassablement de me convaincre que tout se passerait bien, que je n’avais à faire que ce que l’on m’avait demandé, rien d’autre, l’Aynore entreprit sa descente. Le brouhaha se fait plus dense, plus lourd de conséquences. Pour beaucoup nous nous imaginons le champ de bataille, l’état des lieux, nos adversaires, mais quand vient l’heure de descendre c’est mille fois pire.

Les nuages de fumées lourdes et nauséabondes semblent se jeter sur le vaisseau alors que je mets le nez dehors. La chaleur étouffante des combats malgré l’hiver glacial, mêlée aux relents de sueur et de sang, monte jusqu’à nous. Je m’accroupis et retiens une moue de profond dégoût alors que je lâche mon fouet pour venir trouver l’échelle de corde d’une main crispée. Je bascule à demi dans le vide et de mon autre main, en partie occupée par l’arbalète, je cherche l’autre corde. Lentement je glisse le long de l’échelle, me stoppant frénétiquement de secondes en secondes, plus que je ne la descends comme il conviendrait. Je me balance dans le vide un moment, comme un fétu de paille perdue dans une puissante bourrasque, et termine finalement ma lente et fastidieuse descente vers les enfers de Pohélis.

Alors que je pose à peine le pied à terre un monstre me cogne. Sonnée je ne comprends pas de suite et il me faut quelques mili-secondes pour me ressaisir. A partir de cet instant, mon esprit, ma volonté entière est accaparée sur une seule chose : faire une trouée. A mes côtés : Silinde, qui d’ailleurs est peut-être déjà dedans, et nombreux autres miliciens jugés suffisamment bons pour survivre dans ce massacre, voir même de réussir à se rabattre sans trop de dégâts une fois leur tâche menée à bien.

Je réponds au monstrueux orc d’un violent coup d’estoc dans le bas ventre. Il ne semble pas l’avoir remarqué… Mais brusquement celui-ci grogne et me rend le coup d’une force décuplée, sans pourtant parvenir à me faire reculer de plus de vingt centimètres. Un sourire carnassier s’étire sur mes lèvres alors que je saisis mon fouet.

(Chiure ! Ca tu ne vas pas aimer !)

D’un geste vif et rapide je fais claquer la lanière sur son visage.

(Mouché !)

Ma face s’assombrit lorsque je me rends compte que mon fouet est coincé… J’ai beau tirer, tirer, tirer dessus ; il ne m’est pas rendu ! Je tire encore et encore mais brusquement il m’échappe des mains et une poigne de fer vient me saisir au cou, me soulevant d’une trentaine de centimètres du sol, m’empêchant d’émettre le moindre son et m’étranglant. J’ai beau gesticuler, le colosse maintient sa prise ferme. Le souffle me manque. J’ai beau enfoncer mes ongles dans la chair de son poignet il reste impassible, sans portant demeurer immobile. Je pense que de sa main libre il continue à combattre quelques autres… autres je-ne-sais-quoi, sans doute des alliés.

(Pourquoi ne m’achève-t-il pas ?)

Je commence à me sentir partir, malgré tous mes efforts, lorsque le bestiau me lâche et m’abandonne afin d’être entièrement libre de se mouvoir pour réussir à battre son adversaire, qui doit être à sa taille… Haletante, je me retrouve à quatre pattes au sol, bien heureuse de pouvoir finalement de nouveau sentir les âpres odeurs des combats et bénissant celui ou celle qui a réussit à détourner l’orc du futile amuse-gueule que j’ai pu être pour lui. Retrouvant mes forces en même temps qu’une respiration à peu près normale, bien que saccadée, je me relève et tente éperdument de retrouver Silinde et les autres en espérant qu’ils ne soient pas déjà trop loin...

(Ce n’est pas ainsi que je réussirai à survivre ! D’où est-ce que je viens ? Où sont-ils ?)

A vrai dire le monstre ne m’avait retenue que quelques minutes et je tombe sans mal sur les miens. Soulagée, j’écoute d’une oreille attentive les vociférations lancées ici et là. Nous avons si peu de temps… Les voix sont déformées par le stress et la hargne. Des ordres sont lancés et d’innombrables hurlements approbatifs s’élèvent en une huée rugissante.

« LES GUERRIERS ! DEVANT ! EN ARC DE CERCLE ! TOUS AVEC MOI ! AU CORPS-A-CORPS ! ON DEBLAAAAAAAYE ! LES ARCHERS ! DERRIERE NOTRE LIGNE ! LES MAGES ! AVEC LES ARCHERS ! TUEZ CES ENFOIRES DE MAGICIENS ORCS ! NOUS NE POUVONS PAS NOUS PROTEGER DE LEURS SORTS ! LES GUERRISSEURS ET LES PLUS JEUNES A L’ARRIERE ! ET NE VOUS LAISSEZ PAS FAAAAAAIRE ! »

Réagissant au quart de tour je me place au côté de mes semblables et des mages, le cœur cognant contre mes côtes comme s’il allait les défoncer. J’ai mal. J’ai peur. Oui j’ai peur.

Le temps s’arrête.

Je reste immobile. Paralysée.

Comme au ralenti la vague prend de l’ampleur, se dresse de toute sa hauteur, les épées et les lances brandies haut, lames au ciel, pointes au vent, puis décline, lentement, la houle mugit, puis tout s’accélère ; les guerriers chargent et défoncent les premiers orcs qui n’ont pas vu la marée venir, de puissants sorts brament en frôlant nos têtes, provoquant explosions et hurlements au-delà de nos lignes, des nuées de flèches sifflent et s’abattent sur les tranchées des orcs ; la vague s’écrase aux pieds de Pohélis, broyant tout, tandis que peu à peu le tumulte s’apaise.

Nous avons si peu de temps.




* * *


Hâtivement nous prenons formation : les guerriers formant un arc de cercle infranchissable devant, les mages et les archers s’occupant des enchanteurs ennemis tout en restant abrités du corps à corps par les guerriers, puis enfin, les plus jeunes et les moins expérimentés à l’arrière du convoi, nous suivant comme ils peuvent dans la trouée.

Inutile. Inutile et égarée…

(Que faire ? Tirer ? Tirer où ? Où sont ces foutus mages ? Comment je fais moi ? A l’aveuglette ?)

(« Je serai là... »)

(Az…)

Une larme de fureur perle sur ma joue. Je ne me laisserais abattre, j’ai encore beaucoup à faire, que Yuia me garde.

(« Tu as juré à la Dame ! »)

(Je ne peux les voir, je ne peux les entendre, je ne peux les sentir !)

(« Vois ! »)

(Je ne peux les voir… Azazeyn !)

(« Vois ! »)

Brutalement une violente bourrasque aussi nébuleuse qu’écrasante de par sa force, m’oppresse de ses ténèbres et m’étouffe autant qu’elle me cingle le visage, le dos, la poitrine, enserrant mon cœur de liens incandescents et acérés. Le souffle d’une obscurité ardente me retient un instant en une étreinte mortelle avant de me relâcher meurtrie parmi les miens. Un violent Souffle de Thimoros nous a été infligé par les fanatiques d’Oaxaca. Haletante je m’effondre au sol et essuie d’un revers de poignet le sang qui macule ma bouche. L’œil vitreux et l’orgueil estropié je me redresse pourtant de toute ma superbe. D’immondes amas d’ombres se meuvent sous mes yeux.

(« Vois ! »)

(Je rêve !?)

Je ne vois pas, je ne vois rien, rien de semblable à ce que j’avais pu connaître. Ni couleur ni forme distincte. Juste ces auras répugnantes d’orcs et les effluves du sang. Autour de moi les autres continuent de s’agiter, de se battre, dans une lutte acharnée. J’élève mon regard vide d’aveugle vers les hauteurs des remparts. Là je les discerne maladroitement, ces immondes bâtards de nécromanciens…

(Mon imagination doit se jouer de moi... C'est impossible ! Ce doit être mon imagination ! ...)

J’arme machinalement mon arbalète et vise une des silhouettes. Tout est flou. C’est si difficile… Tous ces halos d’infectes noirceurs se ressemblent. Tous… Même mes compagnons semblent être des leurs. Non, je ne vois pas, c’est autre chose. Mais peu importe. Effrayée par l’idée de retrouver ce néant avide que seuls les non-voyant peuvent imaginer, mes mouvements sont précipités et frustes. Je loupe mon premier tir. Calmant les frissons et tremblements qui m’envahissent, je répète ma démarche, et tire, de nouveau. Un hurlement parmi d’autres me fait frémir de joie.

« VA AUX ENFERS ! ET QUE THIMOROS TE HAÏSSE ! »

Trépignant et la hargne au corps je saisis fébrilement une recharge de fléchettes et, un sourire fou aux lèvres, entame un véritable carnage…


Une fois arrivés aux remparts, une conversation très houleuse s'anima entre Snaëthin et un Drow particulièrement impertinent et présomptueux nommé Ildran. Il y signa son arrêt de mort... Alors que le groupe pénètra enfin dans les corridors des remparts un terrifiant monstre les attaqua. Un Maliron. Sinaë n'eut pas le temps de comprendre ce qui se passait ; elle se retrouva empalée contre une des paroi, par l'un des pics de la bête. Heureusement un jeune guérisseur intervient à temps et fit du mieux qu'il put pour la soigner. La chose fut abattue par le chef d'une des troupes de renfort et tout le monde s'en sortit à peu près.




* * *


Après cette désastreuse mésaventure, Siiwih ne tarda pas à sortir de là et se retrouve enfin en semi-sécurité dans Pohélis. Aussi innatendu que cela puisse être, elle tomba sur Leldoryn. Ils discutèrent de choses et d'autres puis prirent la direction d'une auberge. Ils discutèrent surtout de Nosveris, de souvenirs, d'histoires et d'autres... Leldoryn parla de lui, puis naturellement dévia vers Siiwih mais fit une remarquable gaffe qui la fit se précipiter au-dehors et fondre en larmes à l'abri des regards. Là le semi-elfe ne tenta pas de la consoler mais la laissa pleurer, se calmer d'elle-même. L'elfe lui confia finalement le fin mot de ses désastreuses aventures et les lui conta, sans manquer cependant de lui cacher son enfance, son nom complet et celui de la guilde avec laquelle elle était encore liée. Il devint l'espace de quelques instants son confident, et elle finit par lui accorder sa confiance et son amitié. Ils sont rappelés au combat très tôt tandis que la ville est envahie d'ambroisines, un genre d’insecte de la taille d’un chat. Fuyant vers les bois, ils s'y égarent et se retrouvent piégés par les bestioles dans des ruines.


La neige craque sous nos enjambées précipitées. Les bestioles n'abandonnent toujours pas, la rumeur de leurs nombreuses pattes et de leurs abdomens frottant le sol m'effraient. Le bourdonnement de leur grouillement me terrifie… Les cliquetis de leurs mandibules, telles les lames que l'on affûte avant de se repaître m'affolent. J'entends presque leurs hurlements de joie à la pensée du festin à venir. Elles sont encore loin, mais elles sont toujours là. Tremblante je ne lâche pas Leldoryn d'une semelle. Soudainement, il s'arrête. Son cœur cogne si fort... Si fort... Ou est-ce le mien ? Je n'ai pas le temps de lui demander la raison de cet arrêt, il semble se figer puis nous détalons. Le cœur battant contre nos côtes, haletants, oscillants dangereusement entre d'invisibles dangers. L'air me manque... Les ambroisines nous coursent toujours.

(Où sommes-nous ?)

Perdue je manque de peu tomber à plusieurs reprises, trébuchant ça et là, dans je ne sais quoi. Le visage cinglé et déchiré par des griffes acérées sortant du néant, je gémis, courant toujours. Les larmes me viennent aux yeux.

(Mais où sommes-nous ?)

« Leldoryn ! »

Le souffle glacé du vent vient lécher mes plaies, un bruissement me fais lever le nez. Je m'effondre au sol.

(Une caresse... Une plume ? Qu'est-ce...)

« HAN ! »

Me redressant brusquement je bondis avant de basculer de nouveau et de retomber au sol, arrachant au passage ce à quoi je tentais vainement de m'agripper. Ouvrant lentement mes doigts, j'effleure leur contenu.

(Une... Fougère !?)

Non moins rassurée, je me relève alors que le semi-elfe me tire furieusement, ou peut-être simplement hâtivement, par le bras. Nous fonçons sur quelques mètres puis, à l’abri d'un mur grossier, le géomancien se laisse tomber, haletant.

« Encerclés !? » m'écrie-je d’un air où perce la terreur.

(Je hais les araignées, je hais les araignées, je hais les araignées...)

Me mordant la lèvre inférieure, je brandis mon fouet et reste plantée debout, les sens en alerte. Un bruissement sur ma droite me fait frémir. D'un geste rapide et précis je fouette le sol. De minuscules gargouillis me font sursauter et les choses semblent s'agiter. Il suffit d'attaquer dans le tas, j'en tue forcément, mais la crainte me prend au creux de l'estomac et le noue. Leldoryn se redresse brusquement et s'en prend aux ambroisines qui ont apparemment également prit possession du mur.

« Leldoryn ! On ne va pas tenir ! Leldoryyyyn ! fais quelque chose bon sang ! » fais-je d'un ton alarmé.

- Alors tu me tutoies maintenant ?

- Autant crever amis.



Malheureusement, d’une maladresse du géomancien ils se retrouvèrent tous deux précipités dans une crevasse dont les parois s’effritaient et qui se gorgea bientôt d’eau, menaçant de les geler. Réunissant ses dernières forces, Leldoryn forma de régulières "plates-formes", telles d'impressionnantes marches, qui leur permirent d'atteindre l'air libre.




* * *


Plus qu'à demi-consciente je me hisse sur les plates-formes, les unes après les autre, encourageant autant Leldoryn que je le peux, m'encourageant moi-même par la même occasion. Même si nous ne sommes plus dans l'eau, nos vêtements seraient dégoulinants d'eau glacée si celle-ci n'avait pas déjà commencé à se figer... Suivant aveuglément le Semi-Elfe, une décharge électrique court le long de mon échine lorsque j'atteins la dernière plaque. Moins fine que ses précédentes, elle m'inquiète, surtout le craquement qui retentit alors que je me redresse dessus. C'est d'ailleurs ce qui me tire de mon état second.

« Lel... J'aime pas... ça ! »

Affolée, je me jette sur le mur et tente désespérément d'y trouver une prise.

« Lel'oryn ! »

Il me tend enfin son bras et je saisis son poignet à deux mains, tremblante.

« Me lâche p... p... pas ! »

Il me ramène enfin sur la terre ferme et je m'écroule sur le dos à côté de lui, mortifiée autant par le froid que par la trouille. La glace me brûle, des larmes m'en viennent. Ruisselante d'une sueur froide je tente avec tant bien que de mal de me retourner. Je bascule lentement sur le côté, le coude droit dans la boue et les fougères grillées ; sèches et cassantes. Le souffle court, je me retrouve non sans mal à plat ventre sur des aiguilles de pin encore souples et suintantes, profil contre terre. Les arbres... Non, DANS les arbres... Effrayée je repense enfin aux ambroisines. Si elles ne nous ont pas déjà attaquées, c'est qu'elles ne nous ont pas retrouvé, il faut fuir !

« Leldor...yn... » souffle-je d'un murmure inquiet.

Le silence. Un silence à couper au couteau est ma seule réponse.

(Mais nous sommes si loin, si loin de tout, et ce bois est si dense... ce bois ? Cette forêt peut-être... Où sommes-nous... Personne ne nous trouvera, nous devons fuir... seuls... mais nous n'en avons pas la force...)

Un murmure...

(Nous n'avons ni la force... Nous avons couru... Est-il seulement... ?)

L'espace d'un instant je crains, je crains pour la vie du Semi-elfe. Et la mienne ?

(Il l'a dit, je n'ai ni but ni rêve... Qu'un passé lourd, aucune attache, un présent douloureux et aucun avenir... Une pauvre idiote éclopée d'avoir voulu fuir son devoir...)

Les minutes sont longues, et je ne bouge pas d'un cil, tourmentée.

(Mais je dois... pour lui. Il faut rejoindre... il faut... un guérisseur... il faut atteindre l'auberge... Là-bas ils avaient... m'avaient sauvée... je...)

Les idées brouillées, frustrée, je cherche désespérément à trouver un moyen.

(Chaleur... du corps...)

Un hennissement, lointain... tant lointain... Je remue frénétiquement mes lèvres gercées. Un silence si lourd... Un blizzard loin, prend les infortunés en tempête... Une bise agite les cimes... Si haut... Elle s'engouffre soudain dans le cœur de la futaie, devient violente bourrasque, sauvage houle, faisant voler en éclats le tapis de feuilles, faisant craquer et gémir les ramures. Si loin... A une centaine de mètres peut-être... Elle déferle... Charge... Froissant l'orgueil des corbeaux qui s'enfuient à tire-d'aile, broyant les formes si parfaites des manteaux de mousse... Si proche... S'apaise, devient sublime brise, claquante, pour mieux s'adoucir, telle une caresse sur mon visage. Les yeux écarquillés, pour mieux apprécier ce que je ne vois pas. Un murmure.

Ondoyante lamentation, au gré de l'alizé... Un appel, emporté par le zéphyr... Susurrement porté par les vents...

« Tullyë bre hini a i isil… Tullyë bre ninya melin olombo… »

« Tullyë bre hini a i isil… Tullyë bre ninya melin olombo…»
(Viens vite enfant de la Lune... Viens vite mon cher destrier...)

Un souffle, les lèvres m'en brûlent.

« Tullyë bre hini a i isil… Tullyë bre ninya melin olombo…»

« Ilmörö !"

Un murmure... Une complainte aux consonances elfiques, des souvenirs... Le silence. La brise n'est plus, elle est partie. S'en est allée au gré de la psalmodie.

(Ilmörö... Je t'en supplie...)

Un claquement résonne. Un martèlement, trop lointain encore...

(Je t'en supplie...)

Un rêve... Le martèlement faiblit. S'éteint. Des larmes roulent sous mes paupières closes.

Une haleine ardente m’arrache un demi-sourire. Je me rétablis précautionneusement à quatre pattes puis m’agenouille, le visage enfoui dans la crinière de l’étalon que j’enlace tendrement. Son poil est soyeux bien qu’humide et poussiéreux, sa chaleur réconfortante. J’étouffe un sanglot dans la toison de mon précieux destrier. Il était si beau… Je me souviens comme sa pureté m’avait autrefois émut : sa robe immaculée aux reflets de rubis et d’argent, son crin d’ivoire coupé court, son regard perçant et vif, sa silhouette opaline et svelte, taillée pour la course, son caractère… son caractère de mule !

Frémissante je me relève, toujours pendu au cou du cheval. Et quel caractère ! J’en avais fait des chutes avec ce bougre de triple crétin, mais il avait toujours été là quand j’en avais réellement besoin, il avait toujours fait preuve d’une intelligence stupéfiante, d’une fidélité écrasante et d’un admirable sens du danger.

(Si peu de temps…)

Les membres engourdis, je retombe à genoux et m’approche de Leldoryn.

« Leldoryn… Reste… avec moi... Lel’o… Tu es sauv... »

Passant un bras dans son dos et ramenant son épaule opposée vers moi, je le fais lentement se renverser vers moi, refoulant la douleur, ravalant un hurlement et ignorant mon harassement. Il est bientôt sur moi. Me remettant d’aplomb, je ne sais comment je résiste, peut-être est-ce le courage, peut-être est-ce la peur, ou peut-être est-ce la fierté, la fierté d’assumer, de rendre ma dette à celui qui m’a, par plusieurs fois, sauvé la vie. Luttant pour ne pas crouler sous son poids, et sous mon propre poids, bien que le mien soit moindre, je puise dans mes dernières forces et au bout de plusieurs minutes d’intense effort, je réussis à le hisser sur Ilmörö. Grimpant à mon tour, je ne puis néanmoins point m’abandonné, puisque jamais je ne dotai de selle l’étalon, par défaut d’utilité. M’agrippant à la maigre crinière de la bête, je souffle à son oreille et le talonne.

« Á yurlyë... Á yurlyë Ilmörö ! »
(Galope... Galope Ilmörö !)




* * *


Lorsqu'elle se réveilla, elle ne se souvint que vaguement de tout ceci. Le semi-elfe la rejoignit sous peu et lui dévoila alors les sentiments qu’il éprouvait à son égard. Luttant pour se dérober aux désirs de Leldoryn, elle n'y parvint point et elle eut beau le supplier, celui-ci persévéra et lui arracha un baiser. L'archère regretta qu'une amitié ne put suffire et ne put que le repousser. Vainement puisque celui-ci jura et promit, comme l'avaient fait d'autres avant lui, de rester à ses côtés et de la protéger. Amère, Sinaë se contenta d'ignorer cette stupide promesse, ces douloureux moments et continua son rude combat dans les enfers de Pohélis...

Une ultime mission dont le seul espoir était trois duos, envoyés à Gwadh, Henehar et Lebher par des souterrains encore libres, pour chercher des renforts fut lancée : Silinde et Azzormir furent envoyés à Gwadh, Sinaë et Leldoryn ; à Henehar, une citée humaine sans doute dévastée, et Gilraen et un guérisseur vers Lebher. La tâche en sembla d'autant plus périlleuse que si Henehar se trouvait effectivement être dévasté, il allait falloire partir dans les montagnes, à la recherche des Barbares... Et qui plus est, réussir à les convaincre de venir en aide à Pohélis ! Ainsi ils s’engagèrent dans de sombres boyaux. Ils y tombèrent sur des orcs et s'ils les taillèrent en pièces, Leldoryn fut néanmoins gravement blessé et Sinaë dut continuer seule, livrée à elle-même, aveugle, dans un labyrinthe de glace... Terrifiée, prise de folie elle détala, abandonnant le semi-elfe, le croyant mort... Atteignant finalement Henehar, Siiwih découvrit l'étendue du massacre ; la ville n'était plus que chairs calcinées et charognards.


Le vent glacial des plaines de Nosveris souffle toujours, cinglant mon visage et battant ces terres. Mais c'est l'odeur qu'il charrie, la puanteur de chairs brûlées et calcinées, qui me fouette et me retourne l'estomac -heureusement, ou malheureusement, vide. Clignant des paupières pour chasser la fumée qui vient brûler mes yeux encore grands ouverts, j'entends un faible crépitement, non loin. Difficile de ne pas imaginer le spectacle d'horreur qui doit s'étaler devant moi ; une masse de cadavres empilés à la hâte les uns sur les autres, à moitié décomposés et calcinés, formant un buché humain encore fumant... Une scène que j'imagine sans mal pour avoir vu, en d'autres temps, et en d'autres lieux, semblables horreurs...

« Non... »

Oscillante mais toujours raide comme un piquet, des larmes acides et brûlantes glissant sur mes joues, je passe une main fébrile sur mon front poisseux de sang, de sueur et de boue glacée. Puis mes doigts glissent dans ces cheveux autrefois si soyeusement et noblement tenus...

(Qu'ai-je fais... C'est... C'est ma faute...)

« Qu'ai-je fais... »

(C'est ma faute... C'est ma faute... C'est... ma... faute...)

Tombant à genoux, secouée de violents sanglots, je ne peux que me lamenter et gémir, impuissante, et effondrée.

(C'est ma faute... Ma faute... Qu'ai-je fais, Dame, qu'ai-je fais ? Jamais, jamais je n'aurais dû... J'ai été lâche... Lâche... Oui lâche... J'aurais dû... Ôh qu'ai-je fais... J'arrive trop tard... Ça... Ça ne s'est pas passé comme prévu... Je... J'aurais dû partir plus tôt... J'ai abandonné Leldoryn... Que vous me pardonniez Déesse ! Oh pardonnez-moi... J'ai faillis... Les terres de Nosvéris sont à feu et à sang... Pardonnez-moi... J'ai faillis...)

Des pas dans la neige... Un murmure...

« La guerre n’est qu’horreur et désolation mais les victimes que vous voyez ici ont sûrement eu plus de chance que les captifs, s’il y a eu… Je comprends votre sentiment, mais le monde des hommes est ainsi fait, nous n’y pouvons rien. »

Tel un fantôme venant me hanter... De nobles paroles qui ne réussissent pourtant point à alléger ma peine... C'est ma faute... Rien n'y changera... Il est trop tard.

« Je suis arrivée trop tard... C’est ma faute... Pohélis est tombée... Henehar est morte... J’ai failli à ma mission... Nosveris est à feu et à sang... »

Mon ton est dur. Le souffle saccadé, je suis tout de même troublée, mes sanglots cessent, les battements de mon cœur s'accélèrent et une étrange ivresse prend possession de moi. J'ignore ce qui se passe mais mon corps semble frémir de bonheur et d'impatience... Un frisson glacé me parcoure l'échine. Quelqu'un... Derrière moi... Ce n'est ni la folie ni la peur, mais une présence de chair et d'os qui se dresse dans mon dos. Les membres engourdis et l'esprit brumeux je n'arrive pas à trouver, me souvenir... Je crois connaître ces sensations, ces impressions... Cette présence... Manquant défaillir, la réponse me frappe avec violence.

(Est-ce un rêve ? Est-ce la démence ? Dame...)

Des larmes roulent de nouveau sur mes joues, d'un nouvel espoir amer. Doucement je me relève, tremblante, et me retourne pour faire face à celui que ma raison refuse d'espérer encore en vie. Un murmure angoissé et à la fois grisé de bonheur s'échappe de mes lèvres.

« ... Salmon ? »

Un rêve, ce n'est rien de plus qu'un rêve... Ou un cauchemar... Pour mieux brûler mes ailes à la chaleur et la lueur d'un faux espoir...




* * *


- S… Sinaë ?

Mon cœur semble bondir hors de ma poitrine, arrachant côtes et entrailles d'un claquement net. Comment... Comment est-ce possible... Que Thimoros emporte mes doutes ! Il est là... Si près... Si près... Si réel...

« Salmon ! »

Me jetant sur lui, je trébuche et m'y agrippe de justesse, tombant dans ses bras. Pendue à son cou, j'ai si peur qu'il ne disparaisse, me laissant une fois de plus avec cette angoissante impression de n'être plus que folie. Il est pourtant là... Si réel... de chair et d'os... Ce ne peut être un rêve... Je m'accroche un peu plus à lui, l'étreint, muette, alors que des larmes de joies ruissellent sur mon visage souillé par les hécatombes. C'est lui... C'est vraiment lui...

Comment ai-je pus oublier cette délicate volupté qui s'empare de nos sens, cette tendresse infinie qui nous ferais idolâtrer nos pires ennemis, cette paix intérieur capable de repousser nos plus profondes et animales peurs, lorsque l'on est au près d'un être aimé. Cela faisait si longtemps...

« Je t'aime Salmon... »

Le corps douloureux et l'esprit heurté, l'espace d'un instant pourtant je ne supporterai même plus l'idée de devoir desserrer mon étreinte, me séparer d'un pouce de l'elfe... Je suis si confortablement blottie contre lui...

« Je t'aime... Je t'aime... »

Jamais plus... Jamais plus il ne pourra se débarrasser de moi... Où je mourrai sur l’instant. Jamais plus… Jamais plus revivre tout cela… S’il savait… Jamais il n’aurait pu s’il avait su… L'espace d'un instant j’ai oublié.

M'arrachant brusquement et violemment à Salmon, mâchoire serrée, je m'extirpe des griffes de l'amour. Amour, qui est devenu si proche de la haine...

« Qu'as-tu fais... Que m'as-tu fais… Pourquoi es-tu parti ? N’es-tu qu’un lâche ! Dis-moi ! REPONDS-MOI ! SAIS-TU SEULEMENT ? NON TU NE SAIS RIEN ! RIEN ! Tu ne sais rien… Pourquoi m’as-tu abandonné ? Pourquoi m’as-tu laissé seule ? Salmon si tu savais… Si tu savais tant je t’ai haïe… Tu disais partir pour mieux me revenir… Mais tu n’es PAS revenu Salmon ! Tu m’as laissé ! Tu m’as OUBLIÉ ! Je suis MORTE Salmon ! Je suis MORTE ! Tu m’as oublié… Tu m’as abandonné… Pourquoi Salmon ? Pourquoi… »

Frémissante de rage, proche de hurler, de lourds sanglots pourtant m’empêchent d'aller trop loin, au risque de m’étouffer. Cela faisait si longtemps… Si longtemps que je ruminais ce que je devais crier… Enfin…




Nulle explication, nul regret ne put consoler l’elfe qui pourtant n’aurait su se séparer de son aimé. Il firent un bout de route ensemble, firent la rencontre d’une vieille druidesse qui leur proposa d'exorciser leurs démons, ceci s'appliquant à la lettre pour Salmon, et concernant la cécité de Sinaë. L'"opération" lui ayant coûté beaucoup de cris et de sang, malgré le fait qu'elle fut magique, Siiwih fut renvoyée en Nirtim chez une connaissance de la druidesse chargée de veiller à son rétablissement.
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MessageSujet: Re: [Background] L'Aigle blanc   Lun 2 Jan - 14:04

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V ¤ Retour au bercail




Mal… Un mal criard et pernicieux, comme si se livraient bataille les déferlantes d’orcs les plus brutales et hurlantes, tuant, mordant, cognant, dans mon crâne. Mal… Un épouvantable et accablant mal de crâne m’alitant depuis je ne sais combien d’heures, de jours, de semaines… Un effroyable mal qui ne me laissait repos que de terrifiants rêves et de douleur… Ah c’en était trop… Ma paillasse me semblait plus dure et froide que les rocs des Monts Eternels, l’air ambiant, vicieux et glaciale, s’infiltrait jusque dans mes chairs et mes os, gelant le moindre de mes mouvements. Mouvement, c’est un bien grand mot, moi qui n’avais même osé roulé sur le côté en une position plus confortable que d’être simplement étendue sur le dos, les bras le long du corps, les cheveux collés à mon visage par la sueur. Je respirais avec difficulté, chaque inspiration irritant mes bronches, et chaque expiration quémandant un effort surhumain. Ou surelfique. Qu’importe. Je me languissais depuis maints temps de savoir où j`étais, car si je me souvenais parfois, je replongeais dans les ténèbres avant de l’avoir réalisé. Délicieux ténèbres, où ma seule amie n’était que la douleur, le feu et l’acide, qui rongeaient mes paupières humectées de larmes. Je me languissais depuis maints temps de savoir où j`étais, et je me serais languis de savoir qui j`étais, si jamais je m’en fus préoccupée. Oh, aurais-je osé ? Aurais-je osé ? Je souffrais de savoir ce qu’il en était, n`étais-je qu’un rêve ? Il me semblait, il me semblait pourtant…

Mobilisant la plus infime parcelle de mon esprit et contractant toute la volonté que jamais je n’eus, grelottant de peur, frémissant d’excitation, mes cils oscillèrent, et mes paupières, comme les lourdes portes de Dahut, hésitèrent à livrer son port à la houle déchaînée de l’océan, mais inéluctablement, s’ouvrirent, hissées par des forces qu’il me semblait avoir oublié. Aurais-je osé ? Comment aurais-je osé ?

Blanc. Le blanc, la clarté, la pureté d’une lueur aveuglante, rayonnant jusqu’au plus profond de mes prunelles et illuminant des lieux hantés par mes souvenirs. Le regard perdu, l’œil brillant et rieur, je ne su que penser, je ne su que faire. Aurais-je dû clore mes yeux pour les soustraire à cet éclat éblouissant et rutilant ? Oh comment aurais-je osé…

Mon cœur battait hurlant les cloches de toutes les villes, tous les hameaux de ces terres, clamant à tous une ivresse hilare que j`étais seule à goûter, jubilant de bonheur et d’allégresse. D’une œillade exaltée j’embrassai cette lumière, et tandis que la douleur cinglait furieusement mes tempes je considérai, haletante, que mon état, d’un point de vu externe, devait passablement être inquiétant… Mais comment le passant aurait pu comprendre ? Je voyais !

Apres cet épique exploit, sans que je n`eu d`un seul instant pour m`émerveiller plus et encore, je m`effondrai d`un subit et lourd sommeil.

A mon réveil, d`un naturel aberrant, j`ouvris les yeux. Hoquetant de stupeur, je constatai que cela ne fut nullement un rêve et que, son mon regard effaré, se dessinait doucement une forme indécise au-dessus de moi… Sursautant je découvris, penche au-dessus de moi avec un air soucieux, un homme si ride que l`on put le croire d`un bois centenaire… L`œil noir perçant et les traits fatigues, il avait d`ailleurs mêlés à sa crinière d`un gris luisant une multitude de feuilles, de brindilles, de baies et de perles, de sort que l`on put en effet le compare a vieil arbre, râblé et tordu, il me scrutait d`un regard fixe. Quelques secondes s`écoulèrent pendant lesquelles, crispée, je n`osai bouger, puis me tendant une main à la peau parcheminée, il m`aida à me redresser.

« Vous revoilà parmi nous. »

Devant mon silence il se leva péniblement et alla me chercher un peu d`eau.

« Tenez, ça devrait vous faire du bien. J`ai dû troquer quelques amulettes pour vous trouver de la bonne eau. Tous les puits de la ville sont boueux et salés. C`est la mauvaise saison, la mer est houleuse. »

- La mer ? N`est-elle point loin ?

- Loin ? Ah mon enfant si seulement… Mais non seulement l`eau des puits est salée, mais les jours de tempêtes ce n`est point la pluie qui bat la ville, mais les embruns !

Etouffant un juron je jetai un coup d`œil rapide à la pièce. Le sol était d`un dallage blanc lisse, les murs semblant en être de même, et aux poutres d`un plafond sombre et très bas pendaient nombre de babioles, fioles, lampes, coupelles, de cuivre, d`airain, d`argent, remplies de poudres, de liquides, de bougies aux senteur suaves et prenantes, aussi colores et odorant les uns que les autres, des senteurs très particulières que jamais je n`avais senti auparavant si ce n`est… si ce n`est peut-être… Oh j`étais si jeune… dans le quartier des marchands a Cuilnen il y avait une grande femme, avec de longs cheveux noirs jais et lisses, des yeux comme deux perles d`ébène, plisses, qui vendait de sublimes étoffes de soies… Ces senteurs… Constatant que j`étudiais avec attention tout son bric-à-brac suspendu au-dessus de nos têtes le vieil homme mis fin à mes rêveries.

« J`ai utilisé bien la moitié de toutes mes herbes pour vous ramener parmi nous. »

En y repensant je cherchai de nouveau à me rappeler… me rappeler… me rappeler je ne sais quoi… avant… avant mon sommeil… Je me souvenais de tout, tous mes douloureux ‘exploits’, la guerre, Nosveris, la Dame, les Monts Eternels, Salmon… Tout exceptée…

- De quoi parlez-vous ? Ou suis-je ? Qui êtes-vous ? Salmon est-il ici ? Et… Est-ce vous qui m`avez rendu la vue ?

- Beaucoup de questions mon enfant, auxquelles je ne puis malheureusement pas entièrement répondre. Mais je répondrai comme je le peux, avec seulement quelques contraintes. Soit, donc… Je parle de l`état pitoyable dans lequel vous m`êtes parvenue, baignant dans votre sang, de lourds bandages imprégnés d`onguents sur vos yeux. Vous êtes a Oranan, ville portuaire de marchands à l`extrême ouest de Nirtim. Je suis guérisseur, qu`importe mon nom. J`ignore qui est ce Salmon. Quant à votre vue… Non ce n`est pas moi. Et je ne puis malheureusement vous en dire plus. »

- … Depuis quand suis-je ici ?

- Bien plus d`une vingtaine de jours je le crains. Et vous m`avez couté bien chère ! ajouta-t-il en riant.

- Oh je paierai ! J`ai de l`argent, des possessions !

- Cessez de me sortir de telles stupidités je vous en prie ! Et puis une vieille amie a payé pour vous. Bien. Je n`ai malheureusement aucune nourriture digne de ce nom à vous servir. Si vous avez faim, allez donc à l`auberge !

- Me chassez-vous donc ? » demandai-je avec malice, sans plus m`interroger au sujet de cette ‘vieille amie’.

- Oui, oui, c`est cela, oust ! Dehors ! De l`air ! Un vieil ermite comme moi a besoin d`air ! Vous êtes bien rétablie, partez à présent ! Vos affaires sont toutes la, vos armes, votre argent, et que Gaia vous garde !




* * *


D’Oranan elle retourna par la suite à Kendra-Kâr. Suivant les conseils de la druidesse elle alla chez le tatoueur d‘enchantements censé lui allouer force et détermination. Par la suite un peu mal en point, elle fit la connaissance d’un jeune nobliau humain qui lui proposa de l'aide et qui la raccompagne à l'auberge où ils commencèrent à discuter. Le jeune homme, disant se nommer Anys, lui demanda à son tour de l’aide, pour retrouver un proche. Leurs recherches les conduisirent au temple de Thimoros qu’étrangement l’elfe ne put franchir, la porte lui brûlant les mains comme si une force invisible la repoussait – ou la retenait. (…) Quelques temps et mésaventures plus tard elle se vit confier une nouvelle mission par la secte des Dragons d’Or ; éliminer un dénommer Longinus, dont elle avait déjà entendu parler sans savoir véritablement de qui il s’agissait.
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MessageSujet: Re: [Background] L'Aigle blanc   Lun 2 Jan - 14:08

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VI ¤ Le brasier du Purgatoire




La bâtisse, de sinistre allure, les vitres comme teintées d'une crasse rougeâtre, quelques ivrognes sur son pas, et à l'enseigne délabrée tout ce qu'il y a de plus explicite et provocatrice, était d'un glauque repoussant. Elle n'était pas spécialement ce que j'avais croisé de plus attrayant, bien que je n'ai jamais eus pour habitude de fréquenter des maisons closes, évidemment.

Je me pris à réfléchir quelques instants, car jusqu'à présent je ne m'étais pas vraiment préoccupée de la manière dont j'allais m'y prendre, et il valait mieux que j'y pense maintenant, plutôt que lorsque je me retrouverais nez-à-nez avec lui. Il se trouvait dans une maison close, rien d'étonnant, mais il serait peut-être occupé, et il y aurait probablement beaucoup de monde... Je ne risquais pas de blesser qui que ce soit, car la précision de mes tirs était inégalable, que ce soit à l'arc ou à l'arbalète, et au besoin je savais manier l'épée et le fouet, mais lui, d'après ce que j'avais pu glaner, maîtrisait les arts noirs, et n'aurait probablement aucun scrupule à utiliser des sorts de masse. Trop dangereux. M'aurait-il fallut l'emmener à l'écart ? Il connaissait mieux la ville que moi, ç'aurait été suicidaire... Jamais je ne serais non plus parvenue à l'atteindre à l'arc, faute de dégagement, de point de vu, et je doutai que l'on me laisse bander mon arc au milieu d'une maison close, qu'importe les fantasmes des uns et des autres... et de toute façon que l'on me laisse simplement entrer avec mes armes !

Tout en réfléchissant je remarquai qu'une montagne de muscle était positionnée à moins d'un mètre de la porte, les bras croisé, l'œil d'acier et l'air, en général, peu commode. Un garde. Non, jamais il ne m'aurait laissé passer avec tout mon attirail, et ç'aurait été peine perdue de tenter par la force. Et moi qui ne voulais aucun blessé inutile... Je n'avais pas le choix.

Après avoir lâché un lourd soupir, je déposai mon arc, mon carquois, mon arbalète, mon heaume et mon petit bouclier à mes pieds et entrepris d'ôter ma robe de mithrill blanc ainsi que ma pelisse. Ne me restant donc qu'une jupette de voile de soie très fin avec mon corset finement cousu d'entrelacs et de roses, je remontai celle-ci jusqu'à peine le quart de mes cuisses, et d'autre part l'ajustai suffisamment, ainsi que le corset, pour que l'on puisse avoir l'œil sur le tatouage qui ornait le bas de mon dos. Je réajustai également mes cuissardes de cuir noir et ébouriffai savamment ma crinière. Si avec cela... Je repris mon carquois et mon arc à l'épaule, fichu mon arbalète de poignet, mon heaume et ma robe dans ma grande sacoche, et gardai mon bouclier et ma pelisse sous le bras. Lâchant un dernier soupir je m'approchai de l'entrée avec un déhanchement peu subtile.

Arrivant face au bourrin à la face écrasée et le menton carré foutus de travers sur un cou de taureau, je lui fis un clin d'œil entendu et posa une main sur son torse, l'invitant à se décaler. Il m'examina de haut en bas et de bas en haut, avec insistance et lourdeur, un éclair de lubricité passant dans son regard, sans pour autant rompre le masque de son visage impassible.

« T'es pas de la maison. »

- Et ? Je n'ai pas le doit de m'amuser ? fis-je d'un ton suave, suivis d'un gloussement.

Il avisa mon bouclier, mon manteau, et ma sacoche totalement déformée par son contenu.

- C'est quoi ton bordel ?

- Eh, chacun ses fantasmes mon grand... Je te laisse l'écus et les fourrures s'tu veux...

Me glissant tout contre lui, je ne le lâchai pas pour autant du regard et joue des reins.

- Ca va, calm'-toi ! Garde ton bordel mais laisse-moi ça !

Je lui tendis le bouclier et mon manteau avec une moue boudeuse. Il se méfiait probablement d'un éventuelle dague que j'aurais pu planquer dans le manteau, et de ce que j'aurais pu faire avec un bouclier, mais ne me demanda rien sur la sacoche. Des gens devaient se divertir avec bien plus étrange et il devait préférer se passer de détailler cela.

- On se r'voit plus tard mon loup...

Un dernier rinçage d'œil pour la route et il se poussa enfin, me dégageant la voie pour entrer. Avec un sourire sardonique, je pénétrai enfin Le Purgatoire.




* * *


A peine eus-je passé la porte qu'une bouffée pouacre et poisseuse de sueur, de chaleur, et des relents fétides de divers herbes et drogues me prirent au cœur. La salle principale aurait pu être une sorte de bar, qui, à cette heure-ci, était bondée par tous les briscards des alentours, au détail que de sublimes créatures presque nues ondulaient sur des tables et parmi les convives, que des coussins dont les couleurs d'origines étaient à peine reconnaissables recouvraient les sols et que de paresseuses tentures pourpres pendaient négligemment aux murs sombres. D'éparses fumées entêtantes traînaient ici et là, se mêlant aux rires, aux murmures, aux cris, aux soupirs et aux borborygmes des uns et des autres, aux souffles, aux gémissements... Une soubrette ruisselante de sueurs qui avait tenté de se farder de parfums fruités, pour masquer les remugles de l'alcool, vint à ma rencontre, un sourire mièvre aux lèvres, et l'œil d'une tigresse.

« J'peux t'aider mon cœur ? »

- Je cherche quelqu'un...

- Comme tu veux...

Intéressée mais parfaitement désabusée elle allait s'en retourner ;

- ... Un client.

La femme me jeta une œillade suspicieuse et avisa mon arc et mon carquois.

- Pas de ça ici, ma belle, les règlements de compte c'est dehors...

Ne sachant que faire, je jouai la carte de la frigidité, méthodique et déterminée.

- Ses yus seront les vôtres, cela ne m'intéresse pas. ... Un homme, grand, effilé, de longs cheveux châtains, des yeux verts, probablement armé, il est dangereux. Pas de vague. Pas la moindre ride.

C'était impossible. Mais il me fallait bien la convaincre... Il y aurait évidemment des dégâts, mais ce n'était pas mon problème. Je ferais ce qui sera dans mes moyens. Elle hésita, m'invita à la suivre, et m'amena devant la porte censée être celle de celui que j'étais venue chercher. Je la remerciai d'un hochement de tête et attendis que le résonnement de ses pas disparaisse. Sans trop savoir ce que je faisais, je frappai. Semblant entendre une seconde voix, je me dis qu'il n'était donc pas seul, ce qui semblai tout à fait logique dans une maison close, et me stoppai de frapper pour appeler.

« Mademoiselle, on vous demande, je ne sais pas ce qui se passe, quelqu'un veut vous voir, ça semble important... Je peux toujours dire que vous être trop occupée avec quelqu'un de très riche et que le patron ne serait pas content... Mademoiselle ! »

Pour une fois j'avais merveilleusement bien réagis ; l'attirer au dehors, c'était ce qu'il y avait de meilleurs à faire, attirer la fille, bien sûr, je m'en serais voulu s'il lui était arrivé quelque chose... Lorsque la jeune femme sortit, je posai un index sûr devant mes lèvres, lui faisant signe de se taire, la pris par le poignet et l'amena un peu à l'écart pour lui souffler à l'oreille :

« N'ayez crainte, je ne vous veux rien, personne ne vous demande, cet homme est particulièrement dangereux, je voulais juste éviter que vous ayez à assister à cela, et je vous paierais si c'est nécessaire... Dites juste à voix haute que vous allez voir qui vous demande, et tout ira pour le mieux. »

La jeune femme tremblait violemment mais elle se ressaisit et pris un ton simplement étonné.

- Ah c'est toi ! Tu m'as fait peur ! D'accord je file. ... Euh, enfin je vais voir, à plus tard !

Elle s'empressa de me laisser et retourna vite à la salle principale, encore toute émoustillée. La suite, ça allait être autre chose. Une mission suicide. C'était réellement une mission suicide. Mais il était trop tard à présent. Prenant une lourde inspiration, je laissai à côté de la porte mon arc, mon carquois, et mon sac et entrai. Je récupérerais mes affaires plus tard, lorsque je serais parvenue à le rendormir, ou à l'assommer. Pour l'instant, il n'y aurait rien eut de plus stupide que de se pointer avec mes armes dans sa chambre...




* * *


La chambre, simple, mais loin d'être vétuste, était plutôt bien agencée. Le lit, bien sûr, trônait au milieu de la pièce. L'homme, lui... A ma grande surprise c'est un jeune homme que je découvris, probablement la vingtaine, puisque son physique en était à peu près au même stade que le mien. Torse-nu, il s'était redressé sur son séant, le reste sous les draps, ses très longs cheveux châtains éparpillés autour de lui, et ses yeux d'un sublime vert intense braqués sur moi. Il était bien loin de ce que j’avais pu imaginer... Je comprenais à présent comment il avait pu duper tant de Hautes Gens, mais moi, je me doutais de quoi il était capable.

« Navrée de ce désagrément. Durant ce, j'espère, court lapse de temps, je veillerai à ce que votre paiement en vaille la peine. »

Après m'être respectueusement inclinée, j'esquissai un sourire charmeur. Comme je remarquai des bouteilles sur la desserte, ainsi qu'un plateau sur lequel reposaient divers poudres, j'allai auprès de cela et me retournai vers Longinus.

« Puis-je vous proposer quelques douceurs ? »

Il sourit, charmée.

- Je vous avoue que nous avions à peine commencé avec Cilia, mais je suis ouvert à toute proposition. Je me nomme Longinus, ajouta-t-il en me tendant sa main non gantée. Vous êtes ?

Je ris. Lorsque j'avais parlé de douceurs, j'avais évidemment fais allusion à l'alcool et aux drogues, mais ne savais pas de quelle manière Longinus l'avait interprété. Mon rire passa simplement pour un gloussement charmé. Il se présenta.

- Sinae.

C'était la première chose qui m'était venue en tête, mais non la plus intelligente. Une chance pour moi que jamais au grand jamais la guilde n'avait su mon véritable nom puisque je me faisais surnommer "Siiwih" par tous. Une fort bonne idée, que j'avais mis en doute mais dont je reconnaissais aujourd'hui l'utilité. Une chance, ainsi "Sinae" ne lui dirait rien.

Esquissant un nouveau sourire je m'assis au bout du lit, le plateau d'argent sur les genoux.

« Vous désirez boire quelque chose ? Du vin ? De l'hydromel ? De l'absinthe ? Etant donné ce petit incident, faites fit du prix des alcools, ils seront votre dédommagements. »

Je pris un air navrée, comme pour m'excuser encore.

- Et bien ma foi de l'absinthe serait parfaite. Laissez-moi donc vous servir, j'espère ne pas avoir perdu la main...

Il prit deux verres, y versai l'absinthe, mit du sucre sur deux cuillères, qu’il plaça au bord des verres, avant d’y verser de l’eau. Je constatai alors avec admiration tout en réprimant un frisson de sueur froide qu'il préparait tout cela avec une technique bien précise, que j’ignorais. S'il n'avait pas pris les devants, je me serais honteusement trahie... J'aurais toujours pu trouver une excuse, bien sûr, mais enfin... Je le remerciai finement et pris mon verre.

« Dîtes moi Sinae, qu'est-ce qu'une personne de votre rang fait dans cet endroit, si ce n'est trop indiscret bien sûr... »

Je réprimai un nouveau frisson. Je n’étais absolument pas crédible en tant que simple fille de joie. Mais ça n’avait rien d’étonnant après tout et je ne comptais guère dessus.

- J'accompagne Sir Hénor. Il est ici pour quelque affaire et a voulu se détendre quelque peu ; il s'est laissé tenter par une humaine et m'a laissé du temps libre. Mais, ne connaissant pas la ville, j'ai préféré rester ici. Les filles sont plutôt amicales, j'ai bavardé un peu avec elles, je me suis même fais prendre à jouer les leurs !

Une fois encore je gloussai, pour appuyer le rôle d'une amante de luxe qui se prenait à jouer l'imbécile dans une maison close. Je ne pouvais prétendre appartenir à la maison. Ainsi j'avais une raison d'être ici et s'il interrogeait quelqu'un, il ne pourrait être surpris qu'on ne puisse lui parler de moi.




* * *


Nous bavardâmes quelque peu, puis il me confia être fatiguée. Compréhensive, je le quittai. Une fois sortie, je me contentai de me ranger au côté de la porte, faisant mine d'hésiter sur la direction à prendre pour rejoindre l'éventuelle chambre de l’inexistant Hénor. Soudain je me mordis la lèvre inférieure, me maudissant intérieurement ; la serrure, quelle idiote avais-je été ! J'avais oublié la serrure ! Il avait fermé la porte à clef ! Continuant de jurer en silence je me dis que j'avais tout de même de la chance puisqu'il ne l'avait visiblement pas laissé dans la serrure comme un bref coup d’œil me l’assura. Une incroyable chance. Je me repris et rejoignis donc la salle principale.

Après quelques minutes de recherche infructueuse je découvris enfin la jeune fille que j’avais congédié plus tôt, à présent en train de piailler avec d'autres femmes, plus ou moins jeunes, fardées comme des boulangères. Nul doute qu’elles ne discutaient guère du beau temps. Lorsque je m'approchai, la jeune femme frissonna et me demanda d'une voix chevrotante :

« C'est... c'est fait ? »

- Il me faudrait la clef de la chambre. Vous devez bien avoir un double ?

- Euh oui je vais la chercher !

Elle revint et me donna en effet une clef tout ce qu'il y a de plus clef. J'espérai juste que c'était la bonne. Après tout, la méfiance était de mise... Revenant donc devant la porte de la chambre de Longinus, je renfilai ma longue robe blanche de mailles de mithrill et me rééquipai en silence de mon carquois, mon heaume en tête de félin, mon bouclier de poignet, le fouet et l'arbalète à mon côté, l'arc à l'épaule et pris le temps de calmer ma respiration. J'étais à peine reconnaissable, et encore... Cela jouait encore en ma faveur.

(Dame, protégez-moi...)

Doucement, j'introduisis la clef dans la serrure, si doucement, si lentement, si précautionneusement que l'on n'entendit pas même le déclic de la serrure. Tout aussi doucement, j'ouvris la porte. A peine, à peine, si peu, pas même la largeur d'une main... Avec une telle délicatesse... Il faisait sombre dans la chambre, les ténèbres l'avaient envahies tant et si bien que l'on pouvait à peine y voir ses pieds. Judicieux, très judicieux, mais cela ne m'arrêterait pas ! Un sourire sadique et déterminé déformant mon visage, entièrement masqué par le crâne de félin, je saisis mon arc, et par l'interstice de la porte, le pointai vers là où devait être le lit. Retenant ma respiration, je restai figée quelques instants, écoutant attentivement, ignorant les clameurs et les gémissements de la bâtisse, fixant toute mon attention sur ce lit, fixant les ténèbres nébuleuses de la pièce comme une aveugle, mais tendant mon ouïe jusqu'à discerner son souffle, ce souffle insupportable auquel je devais mettre un terme. Un dernier sourire...

Je ne remerciai jamais assez maîtresse Leolia Natakara de m'avoir enseigné cette technique ; par quatre fois je tirai, à une vitesse telle qu’on eu dit qu’au moins deux archers se trouvaient là. A peine eus-je tiré, sans vraiment me préoccuper du résultat, que je me ruai dans le couloir vers la première porte qui se présenta pour m'y précipiter. Je bondis dans la pièce occupée par un vieillard rabougris entouré de sublimes créatures qui le gâtaient et le caressaient. Ils hurlèrent à ma vue, mais peu m'importait, au contraire, il fallait qu'il me suive ! Traversant la pièce sans me préoccuper d'eux je me jetai vers la fenêtre que j'entrouvris et par laquelle je passai, mais me retournai aussitôt, prête à tirer de nouveau ou à me baisser, protégée par son rebord. Je ne sais pas comment je me serais débrouillée si nous avions été au premier étage...




* * *


Un subit vacarme suivit d'un flash me prirent de cours. Des hurlements naquirent, et un mouvement de panique sembla prendre les lieux ; les gens se ruèrent hors des chambres, s'agitant en tous sens comme si leurs vies en dépendaient, et beuglant toujours plus. Sans comprendre, je bondis de la fenêtre et me précipitai moi aussi au couloir, à la suite des occupants de la pièce. De stupeur, je restai pantelante un instant : un brasier prenait le corridor. Lâchant un chapelet de juron, je me jetai sur ma sacoche et ma pelisse que j'avais laissées par là et que des flammèches n'auraient su tarder à atteindre. A part une odeur de roussi et quelques tâches noircies, il n'y avait pas grands dommages. Ne perdant pas une seconde, j'enfilai le grand manteau dont je rabaissai la capuche démesurée, vérifiai qu'il ne me manquait rien et me jetai au travers des flammes.

Je hurlai lorsqu'une tenture embrasée s'effondra sur moi, manquant de peu me transformer en torche vivante, enfin vivante, je ne l'aurais pas été longtemps... Serrant les dents je me débattis et me dépêtrai de cette ordure tout en continuant de courir dans ce boyau aux allures d'Enfers dont Thimoros était probablement fier. (Ton collier pourrait commencer à te faire un peu souffrir.) Je regrettai en cet instant que la Dame ne m'eut pas doté de tels pouvoirs, je l'aurais refroidis depuis longtemps moi ce Longinus. Un rictus cynique déforma une fois de plus mon minois au regard brûlant. L'humour noir, probablement le seul humour dont j'étais capable... Parvenant enfin de l'autre côté du brasier, je me débarrassai des fourrures et de la sacoche, tant pis pour ces quelques bricoles, ainsi que mon arc. Personne n'aurait probablement l'idée de s'attacher à ce détail du décor, et je ne me souciai pas du feu.

L'homme ne devait plus être en très bon état, mais ne semblait pas résolu à se rendre. Quel idiot. Cela aurait pu être si simple. Je l'aurais attaché et l'aurais ramené... En y réfléchissant bien, la mort l'attendait probablement, mais ce n'était, comme je l'ai déjà dit, pas mon problème. Je repris mon souffle et pris mon fouet. A présent il s'agissait de le mater.

- Longinus ! rugis-je au dehors, après m'être approché de l'ouverture. Vous tuer n'est qu'une des options qui m'ont été laissées. Vous ne tiendrez pas, rendez-vous ! Ne soyez pas stupide ! Vous n'avez aucune chance ! Et je me passerai volontiers de tout cela ! Si vous vous laissez faire vous avez encore une chance de vous en tirer par un moyen ou par un autre !

Je pensais à l'évasion, bien sûr, à laquelle je pouvais participer si ça ne tenait qu'à cela, je désirais simplement m'en tirer le mieux possible, et récupérer ce qui m'était dû, ce que la secte m’avait pris. Il vint finalement à découvert, se tenant comme s’il ne souffrait d'aucun dommage. Digne d’une scène de théâtre il se releva, levant son bras valide vers moi comme s'il m'invitait à le rejoindre.

« Si je libérais ma force à présent, ce brasier serait votre tombeau... Et cette rue serait le mien. Vous n'auriez pas le temps de l'éviter. »

Je ne doutai pas de ses capacités. Un nouveau rictus résonna dans mes entrailles. Cela aurait été amusant de le laisser faire ; si je mourrais, je trouverais enfin la paix et rejoindrais les êtres qui me sont chers, et si, comme je l'imaginais sans mal, Yuia me sauvait, je continuerais ma misérable existence et rapporterais le cadavre consumé de Longinus. Je pouvais tout aussi bien attendre patiemment qu'il ne s'effondre ; il luttait pour rester debout, son sang recouvrant sa peau.

« Mais que diriez-vous de mourir un autre jour ? reprit-il. J'ai quelques petites choses à vous apprendre, avant que nous nous entretuions. Considérez cela comme une reddition si vous le voulez, mais sachez que je vous épargne par la même occasion. »

- Qu'avez-vous donc à m'apprendre de si important ?




* * *


Quelque chose changea dans sa posture, son attitude. Avant que je n'ai compris quoi que ce soit, le foyer éclata, prenant la bâtisse entière sous un brusque retour déclenché par Longinus et je sautai à bas de la fenêtre, faisant un roulé boulé dans la ruelle subitement drapée de flammes. En un instant, je me retrouvai piégée dans une véritable fournaise, criblée de verre brisé et d'échardes. Un hurlement inhumain s'échappa des bâtiments, tel le brame d'un gibier mourant, que je repris en fulminant.

- Je te retrouverai Longinus, je te retrouverai...

Tandis que le brasier dansait dans mes yeux dévorés par la haine, je ne pu que glapir, vautrée dans la crasse. Un salopard, un véritable salopard... Je lui ai laissé une chance, je ne souhaitais pas le tuer ! Lorsque je me relevai, plus déterminée que jamais, pourtant, il était clair que c'était désormais une affaire personnelle, entre lui et moi, et que je ne lui laisserai pas une seconde chance. J'aurais mieux fait de l'abattre, tant que je le pouvais...

Je gémis, puis me mordis la langue, serrant les dents pour m'empêcher de hurler ; il me semblait être entièrement percée d'aiguilles qui engourdissaient doucement mes membres, jusqu'à ce que la douleur ne soit plus distinctive du contact glacé de la pierre sous moi et de mes chairs qui semblaient continuer de brûler. Je me relevai, silhouette informe et encore fumante dont la crasse paraissait putréfaction et la peau diaphane ; voile doucereux d'un fantôme. Il m'avait eu, je m'étais faite avoir, mais tandis que le soir déjà était tombé, la traque ne faisait que commencer...


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MessageSujet: Re: [Background] L'Aigle blanc   Lun 2 Jan - 14:10

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VII ¤ Méandres




Je marchais, doucement, toute de maladresse, mes pas absorbés par les herbes folles qui formaient un tapis dense et ondoyant sous la brise nocturne. Le nez en l'air, les joues creuses, je cherchais éperdument les étoiles qui m'étaient chères dans un ciel qui me restait indifférent.

(Où est passée l'Ellel'nür, où sont les Magistrales...)
« Mes étoiles... »
(Les étoiles de mon enfance, loin de ces terres...)

Et les mains hâves, levées vers ces dais scintillants, je frémissais. Je ne sais pas ce que j'y cherchais, mais je regardais, j'admirais les étoiles, je m'en émerveillais comme si je ne les avais jamais vu. A-t-on jamais assez admiré les étoiles ? Je n'y crois pas. La pente douce de la colline qui roulait sous moi, m'amenait vers quelques hauteurs qui m'auraient rappelé des choses, de ces vieilles et tendres choses qui réchauffent les vieux cœurs, quelques vagues brumes d'un rayon de soleil et de jeunes rires, quelques parfums, quelques senteurs de miel et de lilas. Je restais, fascinée, pendue au ciel, à ses merveilles, sans plus les voir. J'étais déjà si loin... Où étais-je ainsi ? Je ne saurais le dire, comme un rêve que l'on tente de retenir indéfiniment, mais qui ne laisse au final qu'une note amère et une plainte nostalgique. Je me perds en idioties. Je ne sais plus ce que je dis. Je ne sais plus. Il faisait nuit, mais la nuit ne me paraissait qu'une vaste symphonie, et je sombrais dans sa volupté. Là-haut, au pied d'un sycomore, je m'en suis allée. Au creux de mes omoplates, fort contre mes reins, je le sentais. Avec respect, je m'étais posée tout contre lui. Il s'imposait à l'aurore, et résistait aux bourrasques déferlantes des temps mauvais en craquant et en crachant. Pour l'heure, il me veillait paisiblement, tandis que, toujours, je restais perdue là-haut, dans les nœuds de notre propre canopée. Des mots... Je papillonnais dans le souffle léger qui embrassait les campagnes, éveillée comme jamais, les yeux écarquillés, le cœur battant de ces folies qui vous donneraient des ailes. Etais-je lasse ? Etais-je heureuse ? Etais-je apeurée ? Peut-être et non, qui le sait, pas même moi...

Les bras croisés sur mes genoux remontés serrés, je m'étais enveloppée de mes fourrures, soustrayant mon menton à la morsure de la fraîcheur des nuits, et ne pensais plus. A quoi bon, je n'y parvenais plus. J'avais les idées claires, mais il n'y avait rien à penser. J'échouais chaque mission qui m’était confiée. C'était le seul but que je m'étais bêtement fixé, tout en prétendant naïvement que personne n'avait à avoir de but "d'excuse" pour vivre. Mais un être sans but, ne sera-t-il pas simplement pris de démence ? Comment vivre sans savoir ce que l'on veut ? Non. C'est impossible. Chacun a un but. Ne connaissais-je donc alors stupidement pas le mien ? Yuia, une excuse, une excuse comme une autre... tant de choses auxquelles se perdre, sans pourtant y daigner le moindre soupir. J'étais lasse de penser, heureuse de profiter de si merveilleuses choses, et apeurée de savoir qu'il me faudrait penser encore.

Mais pour l'heure, pour l'heure... J'admirais les étoiles... J'étais loin, loin déjà...

Ma chevelure flottait faiblement, auréole sinistre, venant timidement caresser mes pommettes d'un éclat laiteux à l'image de quelques pensées morbides. Une lune, ronde et luisante, quelque part, brillait comme jamais, guidant vagabonds et loups dans les bois et les plaines d'une assurance sereine. Mais déjà, elle pâlissait, et l'on devinait à l'horizon les lueurs d'un jour nouveau qui tendaient à engloutir toute l'encre de ce ciel, pour n'y laisser qu'une aube perle et azur, toute à l'honneur de l'apparition de la Soleil. Un jour nouveau. Comme tant d'autres.

Je m'étendis, mes effets tout contre moi, et laissai le repos me gagner.

Le jour passa, sans que je n'y prenne garde, et les heures chaudes, malgré s'être attardées de délicieux instants, s'estompèrent.

Alors je me redressai, et me décidai à retrouver la ville.



Elle eut beau parcourir de nombreuses régions, prendre part à de nombreuses batailles, se faisant mercenaire à l’occasion, nulle épopée ne savait plus la griser. Elle rentra, vaincue, le cœur plein de rancœur et de tristesse. Ce monde avait perdu trop d’êtres, connu trop de guerres et craint trop de souffrances. Elle songea aux terres oniriques dépeintes par son père, paisibles, fertiles, étrangères… Et ne rêva plus que de l’y rejoindre. Ainsi fit-elle la Grande Traversée jusqu’aux terres miradelphiennes et alla jusqu’en Ardamir où elle reprit contact avec son père. Ainsi passèrent plusieurs mois paisibles aux abords du Lac d'Uraal durant lesquels elle se refit une santé. Le mariage et l'administration de terres ne la tentant toujours pas, elle entra dans les forces militaires elfiques. Sinaëthin rejoignit tout d'abord les archers longs, mais rapidement son fort potentiel d'adaptabilité et les réflexes que son expérience passée lui avait confiés lui permirent de se démarquer de ses camarades, handicapés par un enseignement dépassé. Ainsi se vit-elle proposer de rejoindre les Aigles, l’élite des Aigles, et ainsi le fit-elle, trop heureuse que ses talents soient reconnus à leur juste valeur et plus à l'aise à un poste permettant autant de liberté quant aux méthodes de combat.

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MessageSujet: Re: [Background] L'Aigle blanc   Lun 2 Jan - 14:11

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VIII ¤ Le cri d'Anaëh




C'est de retour à Eraison, en visite chez Père, que j'avais eu pour la première fois vent de ce qui se tramait dans la forêt en Wyslena.

Il ne s'agissait alors que de rumeurs, d'ombres entre-aperçues, d'ouïe-dires, que se transmirent les humbles gens, puis les marchands et autres vagabonds, jusqu'à ce que ceci parvienne au protecteur de Wyslena, puis se répande dans les autres protectorats. Ceux qui étaient véritablement sensibles à la Symphonie sentaient bien la détresse d'Anaëh, aussi fut-il rapidement évident que de terribles individus s'en prenaient à elle. Des bûcherons. De terriblement stupides bûcherons, des ignorants, qui n'avaient pas même la moindre once de conscience du mal qu'ils étaient en train de causer, du tort qu'ils faisaient à des êtres vivants par certains aspects bien plus évolués qu'eux... ou alors de fous, qui devaient penser que nul ne viendrait les arrêter, ou des suicidaires... Nul esprit sain ne pouvait commettre de sang froid un tel acte. Je n'étais pas sans ignorer que nous étions les seuls à être sensibles au chant de la nature, à entendre ses appels, mais même sans parler de sensibilité, quand bien même n'avaient-ils cure de la nature, n'avaient-ils cure également de ses protecteurs ? Nous autres, elfes sylvestres ? Dans tous les cas ils allaient avoir de désagréables surprises, à moins que ce ne soit nous qui alliâmes en avoir...

Ainsi n'étais-je donc aucunement en mission, et avais-je pris seule l'initiative de me rendre à Wyslena, accompagnée de mon fidèle destrier, afin de rallier des troupes ou de rejoindre celles qui avaient déjà dû être rassemblées pour mener une expédition dans le but de mettre les forcenés en déroute. Je me rendis aux portes du domaine du protecteur en personne, qui était une connaissance de Père, afin de savoir ce qui avais déjà été organisé et pris la direction que celui-ci me donna. La protectrice de Linaëh s'était apparemment portée volontaire pour aller régler le compte des intrus et avait levé une petite armée à cet effet. A cheval, je ne tardai pas à les rattraper et me joignis à eux sans mot dire, attendant la suite, que ce soit discours ou combat, j'allais être présente, et faire ce qu'il faudrait.




* * *


La protectrice de Linaëh en personne s’était déplacée. Bien qu’opposée à une répression sanglante pure et dure des intrus, elle ne pouvait toutefois laisser de tels actes impunis et là était toute la délicatesse, ses fidèles n’attendant que de pouvoir égorger les humains. De leur côté, les braconniers ne souhaitaient aucunement perdre la vie et n’avait nul velléité de combat. Malencontreusement les soi-disant soldats sensés les protéger attendaient d’eux un comportement digne et n’hésitait pas à les menacer de mort s’ils osaient faire mine de s’enfuir. Plusieurs malheureux perdirent ainsi la vie ; pour avoir voulu échapper à une lutte dont ils savaient déjà être les perdants en plus des fautifs. L’idée fut donc de décimer les soldats à l’aide des archers présents, et de voir ensuite ce qu’il serait fait des autres. Mais le golem approchait et nul n’osait agir, attendant son arrivée fatidique, avec cette curiosité morbide, cette frayeur qui nouait même les ventres des elfes, une frayeur ancestrale, un grondement sourd de la nature que nul ne pouvait ignorer, dont nul ne pouvait se défaire, telle la menace imminente d’un cataclysme, paralysant tout être vivant, tétanisant les esprits et les corps.

La forêt se défendait d'elle-même, elle n'avait nul besoin de nous pour se protéger. Chaque être végétal qui la composait veillait tel la plus infaillible des sentinelles, et l'agression à laquelle nous ne réagissions qu'à présent, tardivement, avait déjà poussé à l'éveil un golem qui ne répondait qu'à la Symphonie et n'avait d'autre but que de faire cesser cette agression. Ce que des épines et des poisons ne savaient repousser, la forêt avait mille autres ressources pour s'en débarrasser. A cet instant je me sentais aussi inutile qu'une feuille morte, qu'un simple souffle emporte, comme un enfant que l'on écarte, munit de son épée de bois qui lui donne un sentiment d'invincibilité. Nous étions à la forêt bien moins que ce qu'une vie humaine était pour nous. Un bref moment, quelques histoires et puis au final une fugace vision, qui se perd tandis que les années glissent et s'effacent...

Je ne voyais plus l'intérêt de notre présence. Nous me parûmes alors si ridicules, prétentieux petits êtres que nous étions. Que pouvaient faire ces hommes face à un golem de pierre ? Soit ils fuiraient, soit ils périraient, en tout cas leur vie ou leur mort ne répondaient pas de nous. Toutefois j'eus le cœur serré de constater que certains tenaient visiblement toujours à intervenir. A quoi bon se souiller de sang ? A quoi bon risquer des blessés ? Ces hommes ne nous avaient guère causé de tort, hormis celui de s'en prendre à nos terres, et nos terres allaient de ce pas rendre elles-mêmes justice.

Par ailleurs j'étais navrée de constater la bassesse des soldats qui avaient laissés au dehors les bûcherons, armés tout juste de leurs haches, en guise d’appâts ou je ne sais quoi. Les pauvres diables n'avaient aucune chance de s'en tirer, pas même celle de fuir. La logique de ceci m'échappait. Peut-être se disaient-ils que tuer les bûcherons auraient apaisé notre colère, ou celle du golem. Qui sait. Ou peut-être n'était-ce qu'un acte inopiné, sans raison ni but tels qu'ils en raffolaient.

Contrairement à la majorité de mes semblables je concevais qu'ils puissent chercher à s'approprier du bois, pour construire ou brûler, car aussi horrible le spectacle pouvait-il être, je ne m'y arrêtai pas. Ils coupaient, ils n'arrachaient pas. Les arbres repousseraient, et quelques années plus tard il n'y aurait plus eu trace de ce carnage. La destruction pouvait même être bénéfique, car les nouvelles poussent viendraient plus nombreuses, plus robustes, et cet espace découvert laisserait place à une nouvelle faune, de même que des végétaux qui n'auraient pu se développer dans la semi-obscurité auparavant ambiante, perceraient alors, donnant naissance à une clairière fleurie... Les intempéries aussi causaient de grands dommages. En blâmait-on les dieux pour autant ? Et les cervidés, qui déchiquetaient consciencieusement tous les bourgeons qui pointaient au printemps ? Les chassait-on pour autant ? La destruction faisait partie du cours des choses. Mais le chant qui berçait d’ordinaire ces futaies s’était transformé en un lancinant requiem, et les corneilles qui convergeaient en ces lieux étaient de bien funeste augure.

Cet affrontement semblait avoir été prévu bien avant que nous ayons seulement conscience de son imminence. Les dieux en avaient-ils assez de notre passivité ? Était-ce là un test ? Souhaitaient-ils nous mettre à l’épreuve, en nous poussant à agir ? Comme mes frères et mes sœurs, je saisis mon arc, une flèche, empennai celle-ci, machinalement, sans même y songer, et attendis, dans l’expectative. Nul ne faisait mine de bouger, aucun n’étant tenté d’engager le combat – ceci impliquant une mort certaine. Les lourds pas de golem se rapprochaient, faisant trembler la terre et résonnant dans nos entrailles. Bientôt il nous sembla qu’une montagne entière s’était portée à la rencontre des hommes tant les tremblements du sol, pas après pas, s’étaient fait plus puissants. Les oiseaux s’en furent. Les quelques chevaux s’agitaient. Les cimes vacillantes se firent plus proches. L’épaisse végétation frémit, puis il parut.

Le golem n’était rien d’autre qu’une silhouette vaguement humanoïde tout droit arrachée aux éléments ; il était majoritairement constitué de pierres, d’argile, de lianes, de mousse et je ne parvenais cependant pas à discerner ce qui aurait pu être un visage. Après tout, à quoi ceci lui aurait-il servi… Suivit par tous les regards, la créature vint se positionner devant nous, face à l’entrée que gardaient une poignée de guerriers, et s’immobilisa. A peine quelques mètres derrière lui, je pouvais aisément me rendre compte de ses dimensions ; ce n’était pas tant son gigantisme que son air impénétrable et inaltérable qui en imposait.

Quelques minutes s’écoulèrent. Le silence qui s’était installé n’était que d’autant plus glaçant la créature désormais parmi nous.

« Fous que vous êtes ! » lançai-je suffisamment fort pour être entendue mais sans crier, à l’adresse des soldats ennemis, l’être de pierre ne manifestant alors aucune volonté d’intervenir. Baissant mon arc et le posant sur mes genoux, j’entrepris de renouer ma chevelure, avec une désinvolture non feinte. « Où croyez-vous que cette situation vous mènera ? Pensez bien que nous nous garderons de rester à découvert ! Que pourrons vos archers ? Pensez-vous que leurs brindilles à plumes freineront cet être aussi ancien que le monde ? Croyez-vous que vos guerriers pourront ne serait-ce qu’entamer ses chairs de roc ? – Si toutefois nous autres archers les laissons l’atteindre… Il ne restera de votre bastion que de la poussière et du sang. Nous n’avons guère plus envie de souiller nos mains que vous ne désirez périr. »

Cette attente me lassait. Leur stupidité n’avait de cesse de me subjuguer. C’en était fini d’eux.

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MessageSujet: Re: [Background] L'Aigle blanc   Lun 2 Jan - 14:15

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IX ¤ Le Croc Noir




Cela faisait trois jours que nous avions quitté le Fort Ellyrion, à l'extrême Sud de nos terres. Nous étions onze. Pas un de plus. Il était rare que l'armée elfique se sépare d'autant d'aigles à la fois et pour une même mission, mais en ces temps troublés, mieux valait se montrer prudent, et je craignais que ce ne soit insuffisant...

Après une semaine d'attente, de réflexion, d'écoute et de réécoute des rapports des éclaireurs et d'analyse de la situation, nos supérieurs avaient finalement jugé intelligent de nous envoyer à la frontière des terres ouest de Daranovar car les bandits qui menaient des raids en contrées humaines se rapprochaient dangereusement des nôtres et menaçaient de s'en prendre aux villages limitrophes avant que la population ne puisse être mobilisée pour se défendre d'elle-même. Une attaque dans ces villages éloignés des grandes cités aurait été désastreuse car bien qu'habitués aux dangers que représente la vie à la frontière des terres humaines et des terres neutres, les habitants n'auraient certainement pas été préparés à ce qui rôdait alentours...

Il ne s'agissait évidemment pas d'une bande d'une vingtaine ou même d'une quarantaine de bandits, mais d'au moins une centaine d'âmes noires à ce qu'il paraissait bien entraînées et bien armées. Il était hors de question d'en venir à une bataille ouverte, à moins de parvenir à les diviser, auquel cas nous pourrions avoir l'avantage. En effet nous n'étions que onze, mais onze Aigles, à cheval qui plus est, contrairement à eux, à priori, et nous avions une expérience, un entraînement et une maîtrise de notre domaine tels que nous pouvions établir des stratégies que leurs cervelles aigres et consumées par la violence et la cupidité n'auraient même eu la capacité d'imaginer.

Nous étions quatre archers longs, trois archers courts, deux anciens guerriers de la cavalerie très liés, un autre désigné comme éclaireur, et pour finir un être remarquablement polyvalent, à moitié fou mais auquel on était forcé de reconnaître de véritables dons en en tant que guérisseur, druide et même rôdeur. Ce dernier était le plus âgé d’entre nous, et quand bien même étions nous tous d’un grade égal, nulle de nos décisions ne furent prisent sans avoir pris en grande considération ses conseils.

Pendant trois jours nous avions soigneusement longé l’Olyia, qui nous menait directement au point voulu et qui en plus de faciliter le ravitaillement, couvrait nos échanges, toujours effectués à voix basse, et porterait les échos d’ennemis en approche s’il en venait derrière nous ou sur l’autre rive. Quant aux pas de nos montures, ceux-ci étaient absorbés par un moelleux tapis d’humus qui exhalait sous la bruine de Bàrkios des arômes familiers sinon réconfortants. Si nous avions profité d’un temps clair à défaut d’être dégagé tant que nous étions dans la plaine précédent la forêt d’Anaëh, la pluie n’avait cependant tardé et sous les frondaisons l’humidité ambiante en venait à nous glacer. Nous n’avions fait que de brèves pauses, d’avantage pour les chevaux que pour nous-mêmes, sans pour autant s’accorder de temps pour méditer.

C’est au matin du troisième jour que la brise se leva. Lorsque nous parvînmes à l’orée des bois, je fus prise d’un mauvais pressentiment, que plusieurs d’entre nous partageaient. Il ne s’agissait pas d’un malaise naturel quant à quitter le couvert de la futaie pour s’élancer sur de vastes plaines où l’on ne savait à quoi s’attendre. Il était stupide de frissonner ainsi, nous avions une meilleure vue que quelque autre race que ce soit, à ce que j’en savais, et nos montures étaient des bêtes aussi rapides qu’intuitives. Peut-être étaient-ce des clameurs qui nous parvenaient déjà, si faiblement que nous n’en avions encore vraiment conscience… Peut-être était-ce ce vent qui s’était levé si soudainement qui nous agitait tous, ou cette angoisse vague, cette pression que l’on sent lorsque que quelque chose se trame… Ce devait être un orage qui se préparait.




* * *


La nuit tombait déjà lorsque nous parvînmes à l’embranchement de l’Olya et de la Sirilya et ce qui n’était qu’une lointaine rumeur qui aurait pu tout aussi bien être celle d’un petit groupe d’individus folâtrant dans la rivière ou d’une fête de village devint l’écho d’une bataille, portant son lot de braillements et d’éclats métalliques. Alors au trot nous talonnâmes nos chevaux pour les lancer au galop et ralliâmes rapidement une faible colline surplombant un village aux chaumines fumantes entre lesquelles s’infiltrait une horde d’êtres dont je n’aurais su dire s’ils étaient humains ou autres tant ils étaient dépenaillés et crasseux. Tous portaient cependant une large marque noire représentant un croc, soit à même la peau soit sur leur attirail pour ceux qui étaient plus couverts. J’ignorais ce que telle symbole pouvait représenter, il ne faisait référence ni à une divinité ni à un clan que je connaisse. Par ailleurs il y avait également de braves paysans, combattant avec ce qu’ils avaient pu dégotter, et d’autre hommes encore, dont au final je n’aurais su vraiment dire avec qui il se battait, la pagaille et la lumière déclinante rendant ce capharnaüm d’autant plus complexe.

Les bandits étaient nettement en surnombre, le village n’allait pas tarder à tomber, il n’allait en rester qu’un tas de cendre et de carcasses encore tièdes… La décision d’intervenir ne m’appartenait pas, je n’avais pas même le droit d’intervenir seule, car j’étais sous les ordres de notre capitaine, et lui seul pouvait ainsi disposer de ma vie. Il était bien loin le temps du mercenariat… Et pourtant je ne le regrettais point, car nous ne manquions de rien et notre union faisait notre force.

« Que fait-on ? » lança notre éclaireur, résumant notre pensée à tous.

« Ils ne menacent en rien directement nos terres ou les nôtres de quelque façon que soit mais… » commençai-je.

« Mais ? Nul n’aime à laisser périr des innocents, mais comment mettre en déroute autant d’ennemis alors que nous ne sommes si peu, en terrain découvert, et que la bataille fait déjà rage, dans le plus grand désordre ? »

Je baissai le regard devant le vieux druide. Il avait raison. Nous seulement nous n’avions pas l’ordre d’intervenir mais de plus ça aurait effectivement été soit inutile soit/et suicidaire, ce qui ne conviendrait à personne.

« On peut supposer que ces pillards ne s’arrêteront pas à ce village, et n’avons-nous pas été missionné pour prévenir et éradiquer tout sérieuse menace envers nos provinces limitrophes ? Pourquoi attendre qu’ils passent notre frontière alors que l’on pourrait les attaquer lorsqu’ils sont encore sous le coup de la fatigue et des blessures engendrées par la présente bataille ? » repris-je. L’argument se tenait, et je ne doutais pas que tous y avaient songé. L’ennui, de taille, était le surnombre des ennemis combiné à un terrain relativement inconnu. Nous ne savions même pas si nous avions la totalité de leur effectif sous les yeux, et si des renforts ne prévoyaient pas d’intervenir… Bien que légèrement en hauteur nous n’avions guère une vue dégagée sur plus de quelques centaines de mètres alentours.

C’est alors que tout bascula.

« Là ! Une autre troupe ! Des hommes ! Ils semblent venir en aide au village ! » s’écria l’éclaireur.

Il ne nous en fallut pas plus. Nous avions une chance. ILS avaient une chance. Il fallait désormais agir. Sans perdre un instant nous nous ruâmes dans l’enceinte du hameau. Tandis que les guerriers s’élancèrent vers le gros des attaquants, faisant voler casques et mains armées, les archers courts commencèrent à les harceler par le flanc, empruntant des allées plus écartées de façon à se rapprocher de l’entrée par laquelle ils affluaient. Nous autres vînmes doubler les habitants restés sans défense qui s’étaient regroupé derrière 5 hommes de cette autre troupe restés en défense, sans pour autant trop nous en éloignés, de façon à rester hors d’atteinte des coups et à pouvoir éliminer efficacement tout ennemi qui avait l’idiotie de s’écarter du cœur de l’affrontement, au sein duquel nous n’osions tirer de crainte de toucher un allié.




* * *


L’échauffourée abrégée, un homme vint à leur rencontre. Il était à la tête des Centaures, une équipée de mercenaires qui avait été embauchée par le village pour sa protection. Un homme vénal aux yeux d’elfe. L’or avait été sa seule motivation et l’acte de ces inconnus, bien que fort apprécié, ne trouvait qu’incompréhension en lui. Au moins pouvait-on lui reconnaitre honneur et déférence dans ses remerciements, de même que dans sa proposition partager le pain du village.


M'avançant de quelques pas vers l'homme qui m'avait adressé la parole, probablement en tant que chef des siens, je pris la parole au nom des miens, sachant que nul ne m'en tiendrait rigueur puisque aucun de nous n'avait plus d'autorité que les autres. Par ailleurs j'étais sans nul doute celle qui maniait la langue des hommes avec le plus d'aisance, aisance telle qu'elle en dépassait presque celle que j'avais en elfique.

« Ces bandits qui conduisaient depuis quelques temps des raids dans les plaines se rapprochaient dangereusement de nos terres. Il n'est pas dans nos usages d'attendre qu'il y ait eu un incident avant de réagir. Aussi avons-nous été envoyés pour enrayer toute avancée de ces malfrats en Anaëh et dès lors que nous avons rallié les collines avoisinantes puis estimé que notre intervention serait à la fois nécessaire et victorieuse votre combat est devenu le nôtre. Il nous est évidemment fort plaisant d'avoir pu sauver des vies mais ne doutez point que notre participation ne visait qu'à servir nos propres intérêts. » jugeai-je seyant de préciser.

J'hésitai un instant.

« Nous ne saurions nous imposer, que ce village garde ses vivres, nous avons les nôtres. »

Mes confrères approuvèrent d'un hochement de tête. Tous suivant, malgré tout, sans grand mal la discussion.

« En revanche... Auriez-vous des informations sur ces bandits ? Leur déroute ne signifie en rien leur abandon, et il serait regrettable qu'ils poursuivent leurs activités... » ajoutai-je en faisant mine de suivre l'homme.


Le négoce et la torture étant visiblement les seuls crédos de l’homme, tôt fut la conversation achevée.


Je ne relevai pas le fait que ni le chef mercenaire ni ses hommes n'auraient « levé le petit doigt » s'il n'y avait eu d'or en récompense. Les hommes étaient des êtres bien moins unis que nous pouvions l'être et leurs terres en souffraient grandement. Je tiquai en revanche lorsqu'il affirma qu'il n'allait point nous forcer à rompre le pain avec eux. Formule maladroite. Évidemment qu'il n'allait point faire une telle chose, comme s'il le pouvait. Je me permis par ailleurs de penser qu'il n'avait soit absolument pas saisis la raison principale pour laquelle nous ne souhaitions pas nous imposer, soit qu'il se fichait bien d'épuiser les réserves du village pour que ses hommes se bâfrent.

Nous n'avions heureusement aucun blessé sérieux, seulement quelques égratignures et des courbatures, mais je sentais une certaine lassitude chez mes compagnons, que je partageais pleinement. Le trajet bien que sans encombre avait requis autant de concentration que d'énergie, nous obligeant à rester alertes en toute circonstance, même la plus banale, car nous ignorions alors les effectifs réels et la position des bandits. Les dits bandits décimés dans leur quasi-totalité, et leur commanditaire, s'il existait, alors remis à sa place par ce cuisant échec, nul raid n'était à priori à craindre avant un bon bout de temps. Sauf s'ils étaient des centaines... Auquel cas l'ampleur du problème aurait dépassé de loin la compétence de moins d'une douzaine Aigles. Ainsi il nous tardait de retourner au fort et nous n'avions nullement l'intention de torturer un pauvre homme afin d'obtenir des informations hypothétiquement vraies, comme le songeait visiblement le chef des mercenaires.

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