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 Instants de vie

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Tr0n

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MessageSujet: Instants de vie   Mar 5 Juin - 12:59



[04/06/2012]

La pupille dilatée. La prunelle blanchâtre. Un soleil de plomb sur les marches du Musée. Vautré sur les dalles, paupières lourdes, cernes creusés, crâne lobotomisé, lassé par cette vie pénible d’une société pervertie dans ses moindres recoins. La pute, Elle. La fatigue, la chaleur, la sueur : il suinte encore l’alcool par tous ses pores, émanations persistantes d’une soirée trop arrosée. Flasque comme une amibe, étalée à moitié sur son ventre, Elle. Elle fait la sieste. Elle rêve. Elle rêve d’Amour. Non. Il imagine qu’elle rêve d’Amour. Lui. Lui, il a besoin de cette tendresse, de cette présence. Des volutes mièvres dont il se gargarise pour vomir sur l'amoralisme des autres et leurs faiblesses. Il est ce prince charmant, sur le parvis, celui qui pourfend le gigantesque dragon, sauvant : veuves, orphelines, princesses et autres beautés endiablées. Il est droit, innocent et franc : juste. Il se complaît dans le stupre de la fidélité. La naïveté : comme une drogue, sa drogue, sa blanche, sa crédulité et ses illusions, le moteur de son bonheur. Il se ment volontairement. Cette candeur ingénue qu’il recherche jusqu’à accepter l’inacceptable. Ce sont ses égarements, les siens : la réalité est tenace et il l’esquive par son image d’éthique œcuménique. En réalité, il rêve d’une Elle qu’il façonne à loisir et n’a aucun respect pour l’Autre. Il est unique, sa notion de l'iindividu portée à son paroxysme. Il est. Tout court. Rien d’autre que lui, n’est ou naît de ces tristes nuits. Il en a parfaite conscience. Il est un salop qui marche sur Elle.

Alors il la baise sans état d’âme et au réveil, les griffes de la culpabilité le dévorent, lacérant sa raison. Les ergots se plantent profondément dans son imaginaire. Son estomac se tord, de n’être que l’extension de son propre désir pervers, de son envie de domination. Les palpitations passagères de cette maladie de l’esprit le hantent. Ces pulsations qui fracassent les tempes, chaque soir, chaque nuit, chaque songe. Ce martèlement qui brise la volonté d’une perfection inhumaine. Il le cache sans cesse sous ce masque de gentillesse mais bouillonne en lui cette détermination : libidineuse et immorale ; l’opiniâtreté invraisemblable de ses propres contradictions. Il n’a de solutions que celle de sombrer dans les illusions nocturnes d’un Amour alléchant… La perfection qu’il tente d’atteindre dans sa vie n’est qu’une chimère qui révèle cette fausse bienveillance, ces infidèles sentiments. La société des Hommes l’impose. Il l’implose dans ses paradoxes : aimer et posséder.

Il la provoque, se joue d’Elle. Qu’elle hurle sa convoitise ; réduite à l’animalité, et que ses serres sonnent le glas d’une bestialité retrouvée, pure, naturelle ; Il ne bouge pas, Il la laisse mûrir jusqu’à la cruelle douleur d’une intarissable soif de désir. Cette férocité, crocs sortis, pour la ronger, pour marquer au fer chacune des parcelles de son corps. Elle, lui appartient. Elle, est à lui. C’est son bien, sa possession, sa conquête. Alors il la baise sauvagement contre le mur sans état d’âme et au réveil, il est un crime si doux que un marteau gronde et frappe dans son esprit aussi violemment que sur une pierre : comme un tumulte dans les méandres de ses réflexions. Encore et toujours. Encore. Toujours. L’angoisse quotidienne remonte, de jouer à l’Amoureux. Il fait le prince, offre tout, donne tout, se donne pour se perdre, se perd pour se tromper et donne pour posséder plus.

Ils sont sur ces marches, c’est l’été. Tous les deux à se mentir, c’est la matinée. Elle. Elle aime ses bras protecteurs, elle aime quand ils font l’amour à l’aube en rentrant d’un bar miteux. Elle. Elle s’offre volontiers à la perversion, à tous ses fantasmes. Elle s’y plie. C’est un roseau que l’artifice n’atteint guère. Elle raffole de ces injonctions, d’être disciplinée. Elle écoute ce corps qui la domine de ces muscles ; ce mâle puissant qui l’exhorte physiquement à se soumettre. Sorcière corrompue à la solde de la débauche. Elle se sent sale quand il la baise. Elle aime cette sensation, ce désir de jouissance soudain, n’importe où, n’importe quand. Elle ne l’aime pas, elle ne l’aimera jamais. Elle déteste son côté glamour et romantique, naïf : elle le veut pour ce qu’il est, un prédateur masculin des pires qui soit, ce manipulateur misogyne qui n’accepte pas sa condition, et ne l’acceptera jamais.

Pâle aurore. Il a chaud. Elle a chaud. Il l’embrasse ; elle se love au creux de ses bras, toujours allongée. Elle ronronne, lui glisse un baiser dans le cou. Il tressaille imperceptiblement ; la sensation de ces lèvres… Exquis.

Lui.
« Je t’aime »
Elle.
« Je sais. Je t’aime aussi. »
Lui.
« Je sais. »


Morale du jour ou Réflexion d'un esprit dérangé

Les mensonges sont parfois le propre de l’Homme mais souvent la réalité et l’acceptation de l’Autre ne dépendent guère d’une quelconque poésie de l’être, d’une anodine morale constitutive, mais plus simplement de l’acceptation de Soi. Les perceptions sont souvent obscurcies par la raison. La conscience de ses propres erreurs mène rarement au bonheur, car quoi qu’il advienne, les mâles aiment les jolis culs et les femmes les belles paires de fesses – s’enfermer dans une illusion moralisante est tout ce qu’il existe de pire pour l’évolution de Soi. Ainsi tourne le monde, l’Amour illusoire de la beauté du mot, n’est qu’une sensation éphémère qui ne dure que le temps de la passion, comme celle du corps, la suite n’étant qu’une belle émotion qu’on essaie d’entretenir sans aucun espoir d’une flamme. L’important c’est le mensonge et la mystification mise en œuvre par le subconscient pour vaincre les remparts nécessaires à la joie de la découverte de ce que nous sommes.

Ce texte aurait le mérite d'être retravaillé encore quelques passages pour arroser suffisamment le lecteur des sensations que j'essaie de transmettre. Outre l'esprit dont il est emprunt, il s'agit avant tout d'une réponse à Franz.



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MessageSujet: Re: Instants de vie   Mer 6 Juin - 11:58

[05/06/2012]

D’impénétrables secrets qu’il tente de percer depuis des années : les arcanes complexes de son univers alambiqué. Cette marotte, cette contrainte du cœur sur la raison : il ne la comprendra jamais. Pourtant il cherche, il fouille, il découvre et apprend la sagesse. L’expérience et le vécu le font grandir et comme tout Homme, en vient le conflit. Le provoque-t-il ? Non. Il se sent juste honteusement supérieur aux Autres. C’est illogique, et pourtant mathématique : il est raisonnable de le croire. Personne ne semble chercher les mystères et le secret de la coercition du sentiment sur la raison… C’est une boule au creux du ventre qui ronge l’esprit et qui grossit comme un cancer qui vous ruine. Elle gonfle au hasard des jours, de l’humeur et de l’aigreur. De certains l’appellent la bile noire, poétiquement, d’autres les remords et les regrets, les derniers comme Lui, la perniciosité spirituelle. La nostalgie du temps qui s’égraine, des égarements du passé, des divagations alors qu’un chemin était habilement tracé dans la forêt qu’est son cœur. Il se pose tant de questions, trop de questions, sans réponse : c’est toujours confus et brouillé par les larmes d’être l’esclave d’une volonté supérieure qui ordonne et impose un caractère. Mais qui ? Il veut comprendre. Philosophiquement il veut savoir. Gamin joueur de cinq années : pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi bordel !

Chaque nuit, il lutte, se réveillant en sueur, transi par le froid de cauchemars récurrents. Chaque nuit, il résiste. Non. Chaque nuit sa raison raisonnable contrecarre ce qu’il aimerait devenir ou l’inverse son émotion le submerge et le contraint à l’action. Il ne peut fuir face à ces monstres imposant et briseur de rêves à coup de verve et de verbes. Ils sont gigantesques, difformes, baroque aussi biscornu qu’un Dali. Chaque nuit, il lutte, se réveillant en sueur, baignant dans la chaleur de rêves érotiques proche de perversions inavouables pourtant si anodines. Atmosphère sulfureuse, songes insolites, imaginaire bucolique.

Et le jour vient : salvateur et toujours heureux.

Il est le Docteur Jekyl, façade diurne contraignante mais nécessaire à la vie en société. Il se dresse fier, imposant sa vision, sa compétence et sa force d’âme. L’exact opposé des rêves qui ruinent sa Vie. Il fuit dans ses illusions, toujours, l’Amour d’hier en était une ; la Haine de Soi en est une autre.

Alors il se souvient.

C’est le début de l’hiver. Un mois de Décembre, une de ces années lorsqu’il était jeune apprenti, crédule d’un monde meilleur, à des éons du désœuvrement. Un artiste maudit, mais surtout médiocre : une recette de cuisine pour se donner de la prestance. La gare est vide, une brise lui perce le derme pour s’insinuer dans ses veines, figeant sur place le sang. Il a peur bien plus qu’il n’a froid. Il l’attend, Elle. Il ne l’a jamais vu qu’en photo sur une plage estivale du sud de l’Espagne. Ravissante, un sourire naïf aux lèvres, pleine d’une joie de vivre qui lui manque. Ces lacunes émotionnelles déjà naissantes… Depuis un mois, elle le fait renaître, par sa beauté, par son caractère, par le bonheur qu’elle offre et transmet. Il l’attend, Elle. Par ce vent glacial, dans cette gare grise, terne, laide.

C’est ainsi qu’il s’en souvient : un soleil.

Un baiser, une heure plus tard à la terrasse d’un café. La première fois pour Elle. La découverte des corps, d’une passion. Elle a remué sa bile noire, quand en porte-jartelle, Elle le chevauchait, désireuse et désirable alors que Lui, malade d’angoisse d’aimer mimait l’amour. Transpirant de plaisir elle s’était endormie sur lui, et sans le remarquer, caché au creux de son épaule, il mourrait à petit feu, à petit feu d’une rancune détestable. Il se haïssait dans l’instant. Il se serait ouvert les veines, aurait mutilé son ventre, expulsant toute cette nervosité masquée, cachée, de peur de blesser le Moi d’une Autre. Rien de son comportement ne laissait entrevoir qu’il ne l’aimait pas, l’univers les voyait ensemble… Mais l’univers et la nature ont des lois bien plus juste que la simpliste perception. Il se mentait pour se détester encore plus. Il se trouvait laid, sans charisme, et s’enfermait dans cette prison d’un amour fictif. Un joli film en technicolor des années 80… Quand Harry rencontre Sally. Efficace. Made in America. Bercé, il méprisait jusqu’à son existence même. Il n’était plus. Il était une sphère, noire, sombre, pleine de relents fétides indélogeables, les ancres d’un navire d’ébène voguant sur les flots d’émanations abjects. C’était son cul qu’il voulait, et ses mains, et ses lèvres, et son corps entier contre le sien. Rien. Sans aucun son. Sans bruit, pesant. Sans Elle, juste ses fesses. Sans son esprit, ses seins… Un silence primaire, élémentaire, travestissant la Vérité mais apaisant, offrant le bonheur de la sérénité : le calme. De la disparition de cette Autre, cette seconde conscience se greffant à la sienne. Le rejet est flagrant – c’est chirurgical.

Mais les tromperies ne durent qu’un temps. Il était en Elle : une de ces siestes crapuleuses du mois d’Août, de celles dont on rêve toute l’année. Elle avait pleuré. Elle n’avait plus envie. Il avait continué, purement pour Lui, uniquement lui et surtout pour son excroissance masculine rachidienne qui lui servait de second cerveau. Il était un salop, un salop de trop à exécrer. Égotiste et narcissique. Rien qu’un médiocre artiste de plus dans le paysage, maudit pour se donner de la valeur. Une merde.

Morale du jour ou Réflexion d'un esprit dérangé.

La haine de soi même est l'évidence de l'esprit faible, de celui qui découvre l'existence de ce qu'il pourrait être, de celui qui rêve et qui peut vous apporter le bonheur illusoire de cette gentille complaisance offerte en façade. Mais généralement, il est souvent bien pire avec les greffons d'Autrui à sa propre conscience, les rejetant de part leur plus grande imperfection. Corps étrangers... La haine de soi est le plus pur des sentiments - bien plus beau que l'amour, et le pire pour aimer les autres.
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MessageSujet: Re: Instants de vie   Mar 12 Juin - 16:27

[12/06/2012]

Ce bruit caractéristique l’ennuie. Il annonce la pluie et la morosité d’une vie sans espoir de lendemain souriant. Il pleut dehors. La lassitude d’instants perdus a rêvé d’aspirations lointaines. Le temps s’envole, oublié dans le consumérisme d’une existence confortable. Vautré dans son siège de velours, avachi dans l’inaction, il scrute cet écran : il grave sa pensée. Rien ne se perd, tout se créé : toute l’unicité d’un chemin traçé par la peur de perdre ; la société transforme vers une autoroute bourrée de conformisme. Jeune, il n’y a aucune nostalgie, il n’y a que l’espoir et le désir d’être Grand ; vieux, ce n’est pas l’expérience d’un vécu aussi original soit-il qui le fige mais bien la crainte, le désir d’être Enfant. Cette terreur instillée subtilement d’être dépossédé : l’odeur de l’argent, ces effluves sanguines et mesquines qui coagulent en moins de temps qu’il ne faut pour faire un choix. L’argent vainqueur du peu de temps de sa vie humaine. Tout se perd, tout se créé, tout se transforme – c’est une évidence. Il le sait, il le sent, il le comprend : mais il n’a pas le choix, congelé par le visage de l’échec qui s’ébauche sur ses pupilles dès qu’il tente. Il tressaille, le froid d’un courant d’air. L’inquiétude.

Une mère ? Un père ? Une amante ? Un ami ? Une ancre. Il est un navire résistant aux tempêtes. Qu’importe le vent qui claque. Qu’importe les bourrasques dans les voiles solides. Gréant le pont, le mât robuste, ce n’est pas une chaloupe mais un fier galion. Il hante les mers, caraïbes et Bermudes, sans foi, sans loi ni effroi. Il est un roc dans l’océan, digne et noble. Digne et noble… Quelle sombre utopie… Car il n’a jamais navigué de crainte de ne jamais revenir, de perdre tout, son pays natal, les Hommes qui le peuplent, tout. Car il n’a jamais navigué n’ayant aucune ancre, aucune mer où allait, aucun lieu où se perdre. Il aimerait se poser dans les calanques, dans les mers sereines d’un sud baigné par le soleil, à l’abri d’un auvent. Ces criques où la quiétude n’est pas qu’un nom évasif abordé au coin d’un troquet. Il aimerait…

Ses paupières vacillent. Il pense une larme : elle naît.

Il s’évade, loin, très loin. Il scrute cette ligne d’horizon. Quand il était tout petit il courrait vers elle, dans le vain espoir de découvrir le trésor qu’elle cachait. Des pirates et des robots, l’espace infini et insondable de la réponse à « Pourquoi ? », des pompiers, des astronautes, des policiers et des voleurs au sens de l’honneur… Naïf il cherchait, fouillait les livres avec la certitude d’apprendre ce que lui cachait les Grands. Le Père Noël, la petite souris, le croque mitaine… Et tous les secrets furent percés un à un, éclatés en pièces détachées, comme son cœur. Alors il se mit en tête d’imiter les Grands pour les comprendre, pour comprendre la tromperie qu’on, vulgairement, lui imposait. Petit à petit il perdait cette innocence enfantine : la Vérité. Il sombrait dans l’authentique franchise de la société : le mensonge. Le vin, la délicatesse incarnée mère des papilles gustatives. L’ivresse de se sentir lui-même grand et fort, maître en sa propre maison. La Voiture, symbolisme de la possession… La maison, de la réussite familiale. D’espiègle et malicieux, il devint mesquin et sournois. De généreux et candide, il devint jaloux et possessif, toujours se haïssant lui-même. L’ignominie de comprendre et de voir, de percevoir et savoir sans avoir la volonté de s’échapper, de fuir, de déguerpir comme un gamin noyé sous un monceau de responsabilités…

Mais il était comme tous, les Grands ne savent pas « Pourquoi ? ». Aucun. Et pire, des fois ils affirment connaître, se connaître : quelle belle bande de futurs parents menteurs… Tout n’est qu’acceptation, les songes ne sont qu’une queue et une main tendue essaie de l’attraper dans un manège de Mickey, ce vieux carrousel : parfois on l’a, souvent on la rate. Et lorsque heureux il avait cueilli un coquelicot, il se rendit compte qu’il était impossible pour un Homme de le posséder durablement… Jamais son seul désir : être, ne se réaliserait sauf dans les heures précédent sa propre mort, où le temps n'existe plus, l’évidence était là, morbide et malsaine mais tellement drôle… Là haut, y en a bien un qui doit se fendre la poire de voir tourner ses créations dans la paume de leur propre main, sans espoir de réponse et de bonheur – trop fragile.

Ce bruit caractéristique.

Ca vibre en même temps.

Il rouvre sa paupière, la larme est sèche.

Morale scandaleuse.

Un message sur un téléphone. Le décès : cancer à 25 ans. La vie est courte et lui au moins, de ses honteuses questions qu’il se pose, a le temps de les vivre. Il se hait, et parfois la mort est la meilleure mais néanmoins sordide solution au « Pourquoi ? »… Pour rien. Son amie aurait aimé voir les hautes montagnes de la cordillère des Andes, les grands lacs de l’Ontario, le Kilimandjaro, l’Evrest, du désert de Gobi à la Toundra sibérienne… Elle ne les verra jamais… Lui il peut encore les voir et il ne bouge pas, figer dans la constance par la peur d’échouer et du mauvais choix… Un jeu. C'est dans la disparition du temps vers les secondes infinies qui peuplent la venue vers les cieux, qu'on est a même d'enfin "vivre". Alors pourquoi ne pas rester enfant ?



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MessageSujet: Re: Instants de vie   Lun 25 Juin - 18:32

[u][25/06/2012] Brouillon d'histoire.

Supprimé. Trop personnel pour être mis ici. Merci Olivier pour le commentaire irl Heureux



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MessageSujet: Re: Instants de vie   Mer 11 Juil - 3:56

[11/07/2012] Partage d'une expérience d'écriture à 2 h 51.

Balavoine. Putain d'enflure qui chante du haut d'un appartement du quartier. Aimer... Plus fort que d'être aimé... Il gueule, crie, hurle son mal être. Il sort d'une bagnole. Sa vieille bagnole, la sienne, quatre grammes dans chaque bras. Il regarde la nuit. Il lit la lune. Il parle la rue. Il court et il marche, sous cette arche, sur le macadam. Il tourne, droite, gauche, il s'en fiche, il s'en fout. Les chemins ne sont que les voix simples qui mènent à la dérision : chez lui. C'est pourri. Il hait son appart'. Il hait cette vie merdique. Il n'avait qu'une envie, lui dévorer la bouche dans la nuit, sombrer dans la lumière des lèvres d'une voleuse de rêve, dans l'obscurité des illusions du coeur. Ca suinte la poésie ratée, le maudit. Mais il est incapable d'oser parler. Il est handicapé du verbe, sa verve ridicule ne s'exprime que sur ce papier d'un soir de début d'été. Son envie : la violence. Il l'aime cette agressivité masquée, cette honte d'être supérieur et de s'avouer qu'il ne devrait qu'accepter l'autre. Une Karlsberg, une Guiness, un restaurant, du Bordeaux, la honte d'avoir goûté cette Grim rouge et la déchéance, celle des vieux, celle de ceux qui regrettent... L'armagnac.

Il parle à son grand père devant la glace. Il chuchote de peur qu'on l'entende : "Je t'aime papi". Il boit ce verre cul sec, comme à l'époque où, dans la force de l'âge cet ancêtre montré l'exemple. 1988. Peu vieux pour une boisson si délicieuse. Il les regarde tous. Il discute philosophie, il s'éloigne, disparaît, tout le monde s'inquiète de son absence. Il revient, sort une excuse bidon, parle à cette asiatique à la robe blanche et au sac rouge. "Vous êtes ravissante mademoiselle". Elle sourit, il s'échappe. Quatre grammes c'est dangereux. Il retourne en compagnie de la compagnie : les autres, l'autre, autrui.

L'anglais, le vietnamien. Comprenne qui pourra, il n'a qu'un désir. Réaliser son rêve, ses rêves, ceux de voir l'ailleurs, ceux d'aimer, ceux de détruire et surtout ceux d'agir. Il aime, il hait, il s'en contrebalance; il rêve, il utopise sa vie dans l'espoir de revoir et d'imaginer la réussite d'un bonheur qu'il aurait pu atteindre. Plein de nostalgie, son ego gonfle comme un bloc égueulasse et immonde. Il se hait toujours...

Elle pose sa main sur la sienne et d'un bonsoir souriant, lui révèle ce désir qu'il ne comprend ni ne saisit. Il la boufferait dans l'instant. Il a encore conduit bourré, mais il se tuerait pour ce regard, ce regard bleu turquoise, ce sourire délicieux, ses seins délectables. Il n'a rien osé d'autre. Il s'en fout. Dans une folie...

"Il faut qu'on parle..."

Rien.

Le Rien.

Chienne de vie.

Aidez le.


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MessageSujet: Re: Instants de vie   Ven 20 Juil - 15:32

Le format est très intéressant, le texte brut suivi de son épilogue explicatif (expiatoire ?). Ca permet de mieux entrer dans le fouillis ordonné (faussement foutraque ouai) d'une pensée étalée. Ca permet surtout de mieux appréhender le personnage, le désacraliser ? en tout cas j'y vois comme une main tendue vers le lecteur.


Ce que j'ai toujours aimé dans les textes de Tr0n, du plus loin que je m'en souvienne, c'est cette individualité exacerbée. Je ne parle pas d'un égoïsme (bien que souvent ses personnages le soient... mais c'ets très atténué dans cette série) ni même d'un individualisme cristallisé sur un seul sujet-personnage, puisqu'ici le narrateur (oui on a bien envie de le conglomérer en une seule entité mi-fictive mi-raison) s'affiche comme une créature esseulée à la recherche de reconnaissance d'autrui. Pas une reconnaissance dans la valorisation, mais simplement dans l'admission, dans la coexistence.

C'est en ça que ce travail, cette série de choses à ne pas dire, ces secrets inavouables qui transpirent du conscient le plus enfoui et refoulé, est révélatrice d'individualité blessée.

Ce que la vie, la société, l'interaction humaine, le matraque médiatique ou l'illusion cyber-communicative nous force à retenir, il faut bien y faire face un jour. La schizophrénie nous guette si nous ne sommes plus capables de jouer un minimum notre vrai personnage, notre moi profond et inné.

Les personnages de Tr0n vivent en perpétuel déséquilibre, balancés par ces rafales sociales, hésitant entre l'être et le para-être. Ils nous sont décrits dans leurs états limitrophes, navigant à vue en zone interlope, prêt à franchir le pas.

Borderline

Au delà des éléments récurrents comme alcoolisation, sexualité désacralisée (et donc pure et dégagée des esthétismes représentatifs) ou encore recherche incessante du rapport conflictuel révélateur (ou parfois réparateur), ce qu'il faut retenir, c'est, à mon sens, cette incessante quête de l'individu qui cherche à percer la membrane protectrice, pour enfin se faire jour aux yeux de ces contemporains. Y gagner sa place à l'air libre. Ne plus ramper dans les miasmes des rapports biaisés. Se retrouver seul, mais de l'autre côté.

C'est sans doute pour cela que la plupart échoue, parce qu'ils savent que transgresser l'inavouable collectif, c'est s'isoler encore plus des autres.

DES autres.



Moralité : je vais me faire un casse-dalle au saucisson à l'ail maintenant !



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MessageSujet: Re: Instants de vie   Lun 3 Sep - 5:04

Les deux dernières sont merdiques et mal rédigées. Reprise à effectuer.
Je viens en relisant de trouver pas mal de menus problèmes que je devrais résoudre en repassant dessus.

Note pour moi même : Retouches à faire.
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MessageSujet: Re: Instants de vie   Mer 30 Jan - 19:48

[30/01/2013]

Chut.

Jeux nocturnes. Blafarde, la lune a pointé depuis quelques heures, sa bouille candide. Ils ne dorment pas. Lovée au creux de ses bras, dans les effluves de la mort de l’extase, elle somnole. L’entourant de ses bras, du souffle rauque des défuntes jouissances, il somnole. Jeux nocturnes. De l’antre né de ses corps fusionnés, expire le fantasme et les derniers relents de leurs fantaisies; des exhalaisons funèbres envahissent leurs narines. Comme un dragon qui expire cette fumée noirâtre aux senteurs suintant la sueur, et qui couve le feu dans ses entrailles, leurs reins s’éteignent. Les flammes s’apaisent. Les flammèches trépassent. L’âtre périt. La déliquescence de leur plaisir cède la place aux mots.

Chut.

Le silence. Sa montre, sous l’oreiller. Tic… Tac… Tic… Tac… Quiétude et sérénité des hormones cèdent la place aux maux. Elle voudrait lui parler. Il voudrait lui parler. Tic… Tac… Tic…Tac… Elle sent son cœur battre au rythme du sien. Le sien bat au rythme des… Tic… Tac… Le désir c’est évanoui et les effluves s’évaporent lentement sous les draps. Un drame se trame. Sa bouche pâteuse, susurre ces paroles inaudibles, imprononçables, inavouables. Invisibles et imperceptibles, les verbes et les phrases sont imaginaires. Ils virevoltent à fleur de peau, dans les gestes, dans les regards qui ne se croisent pas. Ils hésitent. Un trouble s’installe.

Chut.

Tic… Tac… Tic… Tac…Elle voudrait. Il voudrait. Ils veulent. Mais ils ne diront rien, dans l’attente expiatoire du juste retour à la réalité pour s’échapper chacun dans leur coin, désespérant de vivre à nouveau la bêtise des amants. Ils se souviendront l’écume des parfums enivrants. Ils vogueront dans ces insupportables navires aux cales pleines des riches trésors de terres inconnues. A l’assaut de nouvelles conquêtes, de secrètes beautés, de virilité cachée, pour assouvir leur désir insatiable. Les tornades et les tempêtes, du haut au creux de la vague, l’un dans l’autre, l’autre dans l’un, ils s’évaderont sur de frêles esquifs au gré des alizés. Ils se perdront, vivront, rêveront, dans la solitude et l’habitude. Et les saisons, s’égraineront… Les saveurs de l’instant deviendront plus suaves, bercés sous la cadence des rames du souvenir. Ils seront plus forts, cachés dans leurs châteaux espagnols. Et les torrents tumultueux de la passion renaîtront, des dizaines de fois, dans le maigre espoir naïf de croire à leur évolution. Une révolution qu’ils vivront sans cesse, la laisse de l’espérance, l’irrespect de la pulsion. Et un jour ils évalueront leurs valeurs, et d’un geste, partiront à la recherche du temps perdu… A la recherche du temps perdu…

Chut.

Il se réveille. Les bourrasques et le bourdonnement du vent ne furent qu’un rêve. Elle se réveille. L’orage ne fût que l’espace d’un instant la révélation de l’inévitable. Ils l’oublient. Qui sera l’adulte pour, sans sourciller, affirmer l’horrible vérité. Sans remords, ni regrets. Il sourit. Elle sourit. Leurs regards se croisent à nouveau, leurs lèvres s’entrelacent, leurs corps s’unissent. Il fusionne et s’agrège : chimie des molécules, chimie des sens. Ils se touchent, se découvrent, se recouvrent. Ils gémissent. Ils soupirent. L’odeur des phéromones devenait insupportable. Ou peut être… Ce fameux… Tic… Tac… Tic … Tac. Silence chargé de sens.

Chut.

Morale.

Dans tes yeux il vit un monde.

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MessageSujet: Re: Instants de vie   Jeu 2 Mai - 12:00



Spoiler:
 

[30/04/2013]

- T’es con tu sais.
- C’est une seconde peau.
- Tu m’as jamais raconté ça quand on était ensemble ?
- Parce que tu ne m’as jamais posé d’questions sur le contrat social de Rousseau, sur Dieu et sur Gorgias.
- C’est la première fois qu’on en parle.
- C’est la première fois qu’on se parle.


Elle sourit. Il sourit. Elle est moins belle qu’avant. Les fleurs se fanent et la lâcheté a fait naître des rides, des cernes ; elle use, la fausseté. Il esquive sa pupille, regarde ses panards. Quand il répond, il voit le vide au travers d’une porte fenêtre derrière elle. Le temps gris, le mur gris, le macadam gris. Toujours. C’était un hiver, un hiver comme tant d’autres.

Il ferme les yeux. La délivrance par la solitude.

Il lit ses rêves sur sa pupille et oublie l’espace d’un instant cette foule. Il marche dans cette rue pavée, sombre, au rythme d’un nouveau jour qui s’évade. La nuit s’étend, exquis théâtre de l’absence d’affluence et de multitude. Enfin.

Il ouvre les yeux. C’est moche.

Il ferme les yeux.

Les chimères. Il se souvient, dompté comme un vulgaire animal domestique. Il cachait sa revanche et sa haine. Il masquait son désir et sa volonté de dominer les autres. Happé par les sirènes de l’éducation, de la générosité, de l’humanisme et d’une morale façonnée par des éons de manipulation, il se sentait dans la Vérité. Il fallait être bon : le salut de son âme et la félicité en ligne de mire. C’était ainsi. Donner sans espoir de retour. Faire sans espoir de réussite mais pour le ravissement de son entourage, le couronnement d’un succès annoncé par l’intelligence et l’esprit. Autant de graines qui semées depuis de longues années, portaient leurs fruits pourris aux lèvres des princesses qui s’esquissaient sur la rétine du cœur. Mais c’était sans compter avec le Temps. Bourreau, il avait déjà décidé d’un destin particulier. Quand il fermait les yeux, tout était comme la laideur de la réalité. Le rose de l’enfance céda la place aux pernicieux démons, qui enfouit, se révélèrent être bien plus humain que la perfection vers laquelle il tendait. L’aboutissement du masque, n’être plus qu’une image. Ce fût ainsi. Il était une vision idyllique aux yeux des autres, presque parfaite. La farandole du mensonge ne dura pas.

Il se souvient sauvage dans sa jeunesse. Il se souvient délicatement brutal avec elles. Posséder, jalouser, vouloir. Vouloir cette foule, ces objets mécaniques aux sentiments si prévisibles. D’infinies reproductions de lui-même dont il pouvait tout deviner. Il était le seul être humain et de ses petites mains il construisait des pyramides de joie autour de lui. Mais au fond, il souffrait. Il était fugace comme un courant d’air, son feu s’éteignait pour éviter de blesser et il jetait des tonnes d’eau sur les flammes de sa colère. Il se sentait petit face à ces monstruosités qui courraient sous le préau à la récrée. Pourtant il était plus grand que la moyenne des enfants, plus fort, mais la peur de blesser les autres était comme une seconde peau. Il vécut l’enfer. L’enfer ça n’était pas les autres, c’était ce besoin irrépressible d’être un autre, une image parfaite. Il était la dernière roue de secours, tous savaient qu’il serait là pour eux. Et ses parents souriaient.

Elle détruisit tout. Comme un château de carte, tout s’écroula. Bâtit pendant des années pour paraître, il ne la vit pas arriver. Dès le premier regard dans cette salle de restaurant pourri du centre ville, il se figea. C’était elle. Il la voulait pour lui. Sans déployer des trésors d’ingéniosité et de séduction, il joua de son image. Elle chavira. Des baisers, enlacés, des mains sur des seins, sur les reins… En quelques heures, il la posséda. Une relation durable, et tous les virent mari et femme : ils étaient fait l’un pour l’autre. Un coup de foudre de quelques secondes, une passion dévorante. Le feu s’était allumé pour la première fois. Son déguisement inconscient, sa carapace, tout était pourtant parfait. Ils partirent en vacances, plusieurs fois, ils partagèrent des moments intenses sous le soleil d’Espagne. Mais il était sans cesse de plus en plus fatigué. Personne ne le voyait vraiment. Il se sentait user, user sans comprendre pourquoi. Elle n’était pas une femme : elle était un vulgaire objet, un élément du décor des séquences de sa vie. Quelle belle pièce de théâtre ! Le mal régnait et remontait à la surface de manière anodine, parfois. Il l’aime ? Il ne l’aime pas ? Va-t-il passer un long moment de sa vie avec elle ? Doit-il s’installer avec elle ? Des enfants ? Une famille ? Le paradis sur Terre, la famille, les enfants, la grande maison à la campagne. Tout était si simple. Jouer un rôle au point de mentir à sa propre conscience. Tout explosa. Les morceaux fusèrent tellement loin, qu’il décida un jour de Septembre d’en finir avec une existence qui n’avait aucun sens. Il n’existait pas.

Elle ouvre les yeux. Les vieilles chimères sont désormais envolées. Elle ferme les yeux.

Elle se souvient. Il avait enfin trouvé un travail. Elle était persuadée que leur couple grandirait et qu’il ne la délaisserait plus, sans cesse perdu dans ses pensées. A quoi pensait-il d’ailleurs ? Elle avait des doutes… Il ne l’aimait plus, il ne lui montrait plus, il était perpétuellement loin d’elle. Même quand elle lui tenait la main, il n’était pas là… Dans ce bel hôtel, un soir, elle l’avait rejoint. Elle avait tenté de lui faire l’amour : ils avaient baisé. Elle avait tenté de baiser : il était fatigué. Elle lui avait donné un appareil photo pour qu’il joue avec sa nudité. Ils s’étaient amusés, quelques sourires partagés. Elle tentait vainement de relancer une flamme perdue, éteinte et mourante. Lascive, elle jouait de ses charmes dès qu’elle le voyait. Il ne réagissait pas. Elle regrettait le temps de la passion. Elle espérait qu’il lui ferait l’amour. Elle avait pleuré lorsqu’elle s’était rendue compte qu’elle n’avait plus envie… Il ne voulait plus que son cul : tout était détruit, morcelé, une relation à jeter. Elle n’existait plus à ses yeux. Elle en avait parlé à ses beaux parents. Personne ne comprenait. Et tout fût mis sur le compte d’une dépression passagère comme lorsqu’il était jeune : elle connaissait un peu son histoire au travers de bribes d’écrits qu’elle avait trouvés en fouillant sous des piles de papier, sous un lit ou sous une armoire. Mais, elle, elle avait ce doute. Elle ne le reconnaissait plus : il n’était plus celui qu’elle avait rencontré dans ce restaurant. Le seul jour où elle avait tout donné à un inconnu.

Elle ouvre les yeux. Sa nouvelle vie est réussie. Elle a une maison construite en bois dans le sud ouest ensoleillé de la France. Elle a trouvé un autre. Elle ne fermera plus les yeux.

Il ferme les yeux.

Le passé, la page tournée. Qu’importe. Graver sur l’obscurité de ses paupières, il observe ses passions renaître. Il est libre de penser. Être. D’être le connard qu’il a toujours été selon les valeurs morales de son éducation. Parfois ces relents nauséeux galopent dans sa tête. Il sait qu’il ne pourra se défaire de ces visions moralistes, de cette image parfaite qu’il a toujours recherché. Il cherche depuis tant d’années des réponses au sens de son existence… Alors pour entretenir son masque sans céder à ses pulsions, il a la solution. Il façonne une femme à son image, un fantasme né de la réalité. Il construit un regard, crée un corps parfait, invente une voix suave et sensuelle. Parfois il n’invente pas cette femme, il use et abuse de ses connaissances pour les détruire et les modeler dans l’obscurité du sommeil. Il est dans les nuages, il vole avec elles sur des océans de sourire, sur des mers de tendresse. Il possède cette image dans l’éternité d’un instant et n’a plus besoin de voir celle des autres. Les autres font ce qu’ils veulent, ils « sont » comme lui. Les autres font ce qu’ils veulent, et il n’interfère plus avec eux, se délectant d’un monde fantastique de rêves. Autre, c’est un sale mot, un sale mot qui pervertit et s’immisce progressivement dans ses réflexions. Il sécurise son univers, il pense avec son cœur, il cède avec son cœur dans les nimbus et les stratus si lointain qu’aucun ne peut comprendre. Il lui suffit pour éviter les autres, de fermer alors quelques secondes les yeux. Ainsi il voit son monde, le sien, parfait. C’est la seule façon qu’il a trouvé pour respecter ces femmes, construire un monde dégueulasse et vomitif où à loisir il peut cracher pour vitupérer contre ce qu’il est : animal. Ainsi il paraît juste et humain aux autres dans une société qu’il ne peut supporter. Ainsi il sombre petit à petit dans la froideur méthodique. Sa haine de l’autre est aussi grande que son amour du prochain.

Il regarde les volutes de fumée grisâtre par la fenêtre de sa chambre. Du haut du quatrième étage de son appartement, il surplombe la ville et fixe machinalement les fourmis qui s’activent. Elle vient se lover contre lui. Sa peau douce se colle à la sienne ; ses seins se pressent délicatement sur son dos. Affectueuse, elle se cramponne à ses épaules. Il ferme les yeux.
D’un murmure, elle lui dit :
- Je t’aime.
Instinctivement, il répond :
- Moi non et j’ai juste envie de ton cul.
Il ouvre les yeux : merde, c’était elle ; elle était revenue l’espace d’un instant. Il ferme les yeux. L’orage va passer.

Morale

- Coucou !
- Salut toi, tu vas bien ma puce ?
- Oui tonton !
- Je vais au resto avec ton papa ok ?
- Non !!!! Ce soir je passe la soirée avec MON Papa et MA Maman.

C’est l’origine du problème.




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MessageSujet: Re: Instants de vie   Ven 17 Mai - 16:44

[03/05/2013] Déliquescence des couples : Premiers dialogues

Les larmes de l’orage coulent le long de son visage. Sur les rivages, les armes et la rage ne serviront à rien face à ces perfides nuages. Elle le regarde. Hagard il l’écoute et l’observe. Elle pleure.

Mélodrame larmoyant. Trois sonorités, deux allitérations et l’on sautille sur deux accords pour faire joli. Non. Elle chiale comme une madeleine, et vocifère comme une pute aux flics. Sauf que « Moi », ch’suis pas un flic. J’suis son mec. Enfin non, rectification. Jusqu’à ce qu’elle piaffe comme une moinelle, j’étais son mec. Terminé, rideau. Enfin non, rectification, pas pour elle. Elle prend un malin plaisir à jouer la bipolaire : un coup j’pleure, un coup j’suis en colère. Et je rentre dans son jeu… Malencontreusement. Je m’étais promis d’être stoïque.

[Scène 1 : Accord ]

- Oui j’ai couché avec lui et alors ?
- Et alors ? Tu te fous de ma gueule ou quoi ?
- C’est toi qui m’a dit que j’étais libre et que ça te dérangeait pas.
- Et alors ? Ca t’empêche d’imaginer ce que je peux ressentir ?
- Beh rien puisque tu m’as dit « ok ».
- Te fais pas plus conne que tu l’es. Oué en théorie j’veux bien. En pratique évidemment que ça m’emmerde.
- Pourquoi t’as dit l’inverse alors ?
- Pour te faire plaisir. Tu peux comprendre ça ? T’as l’air de tenir tant à la liberté d’ton cul que j’ai fait celui qui s’en foutait. Tu peux comprendre que j’essaie d’me mettre à ta place pour que tu souries et que tu sois heureuse ?
- Beh t’avais qu’à me dire non.
- Et tu l’aurais quand même fait.
- Oui mais je te l’aurais pas dit. Et aujourd’hui c’est toi qui sourirais.
- Sourire d’un mensonge. T’es vraiment encore plus conne que je le pensais.
- J’vais pas réfléchir à ta place. Putain t’es pire qu’une gonzesse !
- Et toi t’es pire qu’un mec. Une vraie pute.

Oui, bien sûr, va voir ailleurs ma belle, prend tout au pied de la lettre comme si j’étais parfait d’accepter tes incartades. Oui je pourrais les accepter, oui je le pourrais si tu pouvais comprendre l’espace d’une seconde que je le fais pour toi, et qu’il m’en coûte. Je ne suis pas encore assez grand, mûr et tolérant pour concilier mes désirs aux tiens. Non je ne vais pas voir les autres : elles t’arrivent pas à la cheville. Oui tu m’as eu, oui t’as mon enfoiré de cœur entre tes mains malgré tout ce que j’essaie de faire pour sortir de cette putain de prison. Tu m’as enfermé sans le moindre égard et tu ne le vois même pas. Ta naïveté… Bordel, t’es aveugle ? Mais t’es aveugle ou quoi ? Un mec te regarde je m’en branle, tu sors avec tes potes je m’en branle, mais que t’aille coucher avec un type par pur plaisir, j’ai du mal, j’y arrive pas ; et c’est pas faute d’essayer pour te rendre heureuse. J’me crame la tronche à chaque fois, j’angoisse, je flippe, j’ai peur de perdre ton cul. Oui j’ai juste peur de perdre ton cul. Je suis tellement bien entre tes bras, je suis tellement heureux l’espace de quelques instants quand tu te donnes entièrement… Oui, je te veux pour moi, et j’arrive pas à m’en défaire.

- J’ai peur.
- Tu me gonfles.
- J’angoisse.
- Arrête d’essayer la manipulation perverse.
- Non mais putain, si je te le dis c’est que j’ai la trouille bordel de te perdre. C’est pas compliqué putain tu vas te le foutre dans le crâne que tu m’as entre tes mains de salope et que j’y peux rien !
- Vas y joue moi le couplet du pauvre petit chou, t’es un mec ou pas ?
- Si tu préfères, j’t en colle une qui va te démantibuler ?
- Ah oui, t’es une merde, vas y, frappe moi si ça te fait tant plaisir.

Je frappe de rage sur la porte. Ma main pisse le sang et ça va encore me coûter un bras. Ca me calme un instant. Je réfléchis. Où ais-je tort ? Où est-ce que je m’goure là ? Qu’est-ce qui foire dans ma tronche ? Ch’sais pas, je suis rongé par l’amour, impossible de voir, impossible de méditer, de cogiter, de penser… D’être moi-même. Mon sang coule des phalanges, et elle a ce sourire en coin, ironique, presque vicieux d’avoir gagné la partie. Des larmes de colère me montent aux yeux. Je vais la tuer, j’vous jure, je vais l’étrangler jusqu’à lui faire fermer sa putain de gueule.

- Arrête.
- C’est toi qui n’a pas respecté le contrat. Tu m’as dit que j’étais libre. Je te fous aussi la paix. J’déteste ça quand un mec suit pas le contrat.
- Oui, je ne suis pas aussi fort que je le croyais.
- Non rien à voir, t’es juste comme les autres, t’as envi de me posséder. C’est ta nature.
- Peut être…
- Non t’es comme tous les mecs, vous êtes tous comme ça. J’ai pas envie que tu m’aimes comme ça.
- J’arrive pas à être autrement, pas faute d’essayer.
- Cherche pas à aller contre toi. J’ferais pas d’efforts, j’ai envie de voir certains mecs des fois et de finir au pieu avec. Ca veut pas dire grand-chose, ce sont juste des potes. T’acceptera jamais ça : donc c’est terminé.
- Non…

Merde surtout pas, la peur de la perdre. Je vais m’agenouiller, me flageller, prier, faire pitié, me mettre plus bas que terre pour la garder. Non. Non pas cette fois. Mais putain y a pas plus de deux minutes j’étais le caïd de la pègre, le dominant, le chef, c’est elle qui chialait de me voir muet comme une carpe, c’est elle qui jouait la peur. Maintenant j’ai la trouille. J’angoisse vraiment. C’est trop tard. Elle a raison. J’ai tort. Les femmes gagnent à tous les coups.

[Scène 2 : Provocation]

- J’ai couché avec Hassan. Tu sais, le grand black qui sort de la salle de musculation tous les jours. Y a encore les préservatifs dans notre chambre, j’ai trop pris mon pied chéri.
- Hein ? Tu te fous de moi là ?
- Non. On a baisé comme des animaux sur notre lit. Je l’avais invité à boire un café après la séance de sport juste avant que tu rentres. C’était génial. Ca faisait longtemps que j’avais pas joui comme ça.

Je rentre dans la chambre. Furieux. Les draps sont encore moites, des préservatifs encore remplis traînent sur la commode de sa grand-mère. Ca sent la sueur, ça suinte la transpiration et les relents de sexe. J’ai un haut le cœur, la nausée, l’envie de vomir. Un nœud au ventre. Ca ne peut être qu’une mise en scène… Elle ment… Elle ment ! Elle doit mentir ! Ce n’est pas possible, elle n’oserait pas ma petite épouse… Si jeune et jolie, si maman et si belle, si douce et délicieuse, sensuelle et serviable, généreuse et amoureuse… Ce n’est pas possible ! Je rêve là, pincez moi, elle n’a pas dit ça… Non. Non. Non ! Pas Elle !

- Putain ! Mais… T’es…
- Une salope oui. Et toi tu te souviens ce que j’ai dit ?
- T’es…
- Que j’en avais marre de ta jalousie.
- Mais je m’en fous là, tu te rends compte ou pas ?
- Hassan est un Dieu au lit, il en a une énorme en plus, j’ai pris mon pied comme jamais.
- Tu cherches quoi là ? A me démolir la tête ?
- Il m’a même prise par derrière pendant au moins 20 minutes, j’aurais du mal à marcher demain mais je m’en fous c’était trop bon !
- Quoi ? Mais tu veux jamais !
- Ah tu m’écoutes ? Alors ouvre tes oreilles : il m’a prise devant, derrière, dans le lit, contre le mur, sur la table basse, partout dans notre baraque. J’ai bien eu une dizaine d’orgasmes comme tu m’en as pas donné depuis cinq ans.

J’explose. Elle n’a jamais parlé comme ça, ma petite épouse. Ma petite épouse, où es-tu ? Ton regard me déchire. J’ai l’impression que mes entrailles se déversent le long de mon bide. Mon intestin se tort avec une telle violence que j’arrive à peine à hoqueter de surprise et de colère :

- Mais ferme ta putain de gueule !

Son regard me déchire. Elle me lacère le fond du cœur avec ses yeux. Son ton ironique, une posture cynique, un désir de me détruire aussi violent qu’incompréhensible. Sa présence… Ma petite épouse si timide et réservée… Un monstre en face de moi. Mais qu’a-t-elle fait ? Qu’a-t-elle fait ! Je rêve là, pincez moi, elle n’a pas dit ça… Non. Non. Non ! Pas Elle !

- On l’a même fait dans la chambre de ta fille alors qu’elle regardait la télé. Elle a du m’entendre hurler, ça m’a super excité de la savoir pas loin.
- Mais t’es vraiment une taré du bulbe ? Tu mêles pas ma fille à ça, elle a 3 ans bordel…
- Oui j’ai fait comme sa pute de mère, je t’ai trompé sous ton propre toi. Quand je repense à Hassan, j’en mouille déjà. Tu te rends compte mon chéri ? Il m’a excité comme jamais ! Tu devrais être content que je ne sois pas frigide.

Elle brûle. Ses joues sont aussi rouges que son regard injecté de sang. Elle se venge. Je la hais Elle répare son désir, je repars dans les tours.

- J’en ai rien à foutre. Tais toi bordel ! T’as baisé avec un autre sous notre toit et ça va être ma faute !
- Oui t’es nul au lit.
- T’as trouvé que ça comme arguments ?
- Non bien sûr ! Il m’a pas forcé lui ! Il a pas mis cinq minutes pour s’endormir ensuite ! Il m’a préparé un café parce que j’étais épuisée et sur mon petit nuage. Il a pensé à mon plaisir ! Il m’a léché, il a joué avec mes seins, m’a massée, mordillée, avant de me dévorer. Un vrai mâle viril, sauvage ! Ah et puis, c’était pas la première fois tu sais !
- …
- Beh oui ! Je peux jamais sortir comme t’es jaloux. Je peux jamais me reposer faut tout le temps que je m’occupe de ta môme, de ta bouffe, de l’appart, du chien… Tu t’en soucis des fois de moi ? Au moins, lui, il s’occupe aussi bien de mon dos que de mon entrejambe. J’ai faim. J’ai faim de m’envoyer en l’air. Tu comprends mon chéri hein ? Avec tes collègues aussi : j’ai essayé Michel.
- Mais…
- Oui Michel ton collègue de boulot, pendant que tu préparais le barbecue, le seul truc que tu fais ici, avec l’apéro. Je l’ai sucé dans les toilettes de l’appart et j’ai tout avalé.
- Hein ? Mais je t’ai demandé…
- Sois pas jaloux mon chou, si tu veux tu pourras mater ta femme se faire prendre la prochaine fois… Parce que je vais continuer. J’ai invité Bernard aussi, tu sais, ton chef de service. Grâce à moi, t’auras sans doute une promotion, c’est pas chouette tout ça ?
- C’est bon là. Ferme ta grande gueule.
- Ah mais non j’ai encore plein de trucs à te dire !

Morale

Penser aux autres dans une société individualiste qui prône la liberté, c’est finir dingue. Nous avons tous notre part de folie Tentez d’aller contre sa nature, c’est un peu comme ne plus exister, ou pire n’avoir jamais existé. Vouloir posséder tout comme vouloir céder à la pulsion n’ont jamais été des maux. Pour reprendre un thème sous jacent de Jane Austen, qu’elle ellipse volontairement dans ses œuvres : il a ceux et celles qui veulent la princesse / le prince charmant / charmante, et ceux et celles qui veulent céder à leurs pulsions. Et si l’équilibre juste entre la raison et notre désir n’était pas de céder un peu aux deux ? Gloire à celui qui, salop, assume à la fois ces deux pulsions : son envie sexuelle, et son désir de possession.


[ A suivre ]

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