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 Crazy Birds

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Ruby

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MessageSujet: Crazy Birds   Mar 30 Oct - 11:07

J’ai un deuil dans mon cœur, un mort dans une vie, la parabole d’une douleur

Il était une fois des oiseaux fous, toujours à prendre la vie à contre courant, comme si se rebeller face au quotidien les rendait plus humains, plus vivants. Ils couraient, et fuyaient le plus important sans même sans rendre compte, sans même s’apercevoir que leur bonheur était de courte durée et que tout ce qu’il avait construit allait disparaître en fumée. Que leurs cendres ne seraient jamais réunies. Que l’un des deux allait se retrouver seul dans son lit. A pleurer, la vie qu’il avait décidé d’imaginer. Ils n’avaient pas réellement choisi ce qu’ils voulaient y faire, à part y être tous les deux.

Tout ce qu’il voulait c’était s’amuser un peu avant de mourir.
Et puis il n’a pas suivi le plan.

Ils étaient heureux, c’est un fait. Il y a un commencement, une fin et plein de pièces qui s’envolent au vent et qu’on a du mal à restituer sur une simple frise chronologique. La vie est une bourrasque.

**********


Elle a besoin d’être forte, d’être quelqu’un d’autre. Il dort dans la chambre, comme toujours.
Tout ce qu’elle veut c’est s’allonger à côté de lui et le regarder. C’est s’endormir, et que le lendemain elle puisse se réveiller et le voir debout, le sourire aux lèvres, l’œil alerte, plein d’énergie, et qu’il s’occupe d’elle, plus rien à faire, juste le regarder, revenir avec un plateau où il lui aurait préparé tout son petit déjeuner : un jus d’orange pressé par ses mains habiles, un croissant posé sur une petite serviette où il aurait écrit des mots qui lui feraient perdre la tête, oublier la faim et qu’elle ne voudrait plus que sauter dans ses bras, l’embrasser, et enfouir sa tête dans sa nuque, s’agripper à son corps en sachant qu’il ne la laissera pas tomber.
Elle a essayé, mais tous les matins se ressemblent. Elle se lève dans l’obscurité et dans le silence pour ne pas le réveiller, le déranger.
Elle est fatiguée de dormir, d’être à l’arrêt. Elle est fatiguée de s’en occuper. Elle est parfois même lasse de l’aimer.

Elle a décidé de ne pas se coucher ce soir, de laisser son obscurité parler. Elle a envie d’être visible, qu’on la remarque, qu’on soit à la fois effrayé et excité à sa vue.
Elle ne prend beaucoup de temps pour chercher ses vêtements dans l’armoire de la chambre. Elle sait déjà ce qu’elle va mettre, elle attrape un cintre, et prend dans le tiroir une paire de collants noirs. Elle sort de la chambre, et s’installe dans la salle de bains. Face au miroir, elle a du mal à soutenir son regard. Elle se pose contre le rebord de la baignoire, regarde un instant les produits de beauté qui l’entourent : gel douche, crème, rasoir. Elle fixe longtemps le dernier objet puis se ressaisit. Elle enfile ses collants, prend la robe sur le cintre. C’est une robe simple mais voyante, rouge et courte. Elle se façonne un courage qu’elle applique sur son visage en sortant sa trousse de maquillage. Tout est dit dans un regard, dans une parole, c’est ses cris et ses larmes qu’elle doit effacer. Elle prend un crayon noir et souligne à grand traits son regard. Elle prend un rouge à lèvres sombre pour appliquer sur sa bouche.
Elle détache ses cheveux, elle est hors de contrôle, plus vraiment elle-même.
C’est quelqu’un qui prend sa place pour la soirée, pour lui permettre de respirer, de se réfugier dans une autre réalité. Elle ne lui a rien dit, il ne se rend plus bien compte de son absence. Elle sort discrètement de son appartement. Elle a une direction précise, un nouveau lieu à la mode qui vient d’ouvrir, où personne ne peut la connaître, assez éloigné des endroits où traînent les gens qu’elle côtoie d’habitude. Elle se pousse à être quelqu’un d’autre, au fond d’elle-même, elle ne veut plus être cette fille qui a peur, qui attend, qui se repose sur lui.

Elle arrive sur les lieux du méfait, de la trahison de son être. Elle s’autorise tout ce qui ne lui ressemble pas. Elle lance des regards à quelques hommes qu’elle croise, elle ne peut dire s’ils lui plaisent mais elle sait qu’elle les attire.
Elle lui en veut, c’est lui qui la pousse à être ici. Elle ne veut pas vraiment faire ce jeu, mais il n’est pas là pour la prendre dans ses bras, et elle ne veut plus dormir.
On la laisse rentrer facilement, elle ressemble à une femme fatale. Plusieurs hommes la regardent, réfléchissant à la tactique pour l’aborder, ou attendant qu’elle ait fait son choix.
Elle ne peut pas aller vers eux, elle perd toute assurance quand il s’agit de parler. Elle s’était accoudée un moment au bar, lorsqu’ un homme, la trentaine, était venu la voir et avait sorti la phrase type du dragueur. elle n’avait pas su réagir et avait préféré fuir, pour se réfugier sur la piste de danse. Elle n’a pas besoin de mentir, juste de se laisser aller au bruit de la musique. Pour le moment on la laisse tranquille. Elle est entourée par plusieurs groupes. Elle sent alors une présence derrière elle, quelqu’un a mis son bras autour de sa taille, elle laisse faire cette intrusion extérieure et continue à danser. Cet homme qui a pris les devants, s’approche encore plus près d’elle, leurs corps se touchent puis s’éloignent au rythme de la chanson. Il reste dans son dos, elle ne préfère pas le voir. Elle est à la fois très nerveuse et excitée. Elle ne sait plus comment y faire. Elle se décide enfin à se retourner, l’homme qui lui fait face est plein d’assurance, il la regarde de ses deux grands yeux verts, souriant. Il mène la danse, elle n’a pas besoin de faire un choix ou de l’aider. Il décide pour elle. Elle se sent bien, l’angoisse retombe, elle se laisse prendre au jeu. Il approche son visage du sien, et l’embrasse, c’est doux, voluptueux. Puis il s’emballe et l’embrasse de façon plus sauvage, elle le regarde à nouveau et ce n’est plus un visage amical qu’elle voit mais un visage plus animal, tel un chasseur sur sa proie. Elle cherche à retrouver dans ses traits l’homme qu’elle aime, qui pendant qu’elle danse et se fait manger, est allongé, seul dans la pénombre de la chambre. Et s’il s’était levé et s’il avait besoin d’elle ? et s’il l’avait suivi et voyait l’atroce se dérouler sous ses yeux et que son cœur en avait fini de tenir ? Elle repousse violemment l’homme qui n’a pas vu tout le débat qui s’agitait en elle. Elle se précipite dans les toilettes et se réfugie dans l’une des cabines, elle se laisse tomber contre le sol et éclate en sanglots. Elle pleure car elle a honte. Elle pleure car il lui manque, car elle n’est pas assez forte pour l’attendre, mais pas assez pour l’abandonner.
Son chagrin s’écoule sur plusieurs heures, quand quelqu’un frappe à la porte. C’est le vigile, il lui annonce que le bar va fermer et qu’il faudrait qu’elle sorte des toilettes. Elle essuie ses larmes, respire un grand coup et sort de la porte en essayant de cacher tant bien que mal son désarroi. Elle n’a pas envie qu’il lui demande ce qu’il lui arrive, qu’il tente de la consoler. Elle ne veut plus parler, plus essayer. La soirée est terminée.

Elle rentre à l’appartement, elle se sent vidée, et encore plus seule qu’auparavant. Elle se pose sur le canapé, les jambes contre le mur et observe le ballet des entrecroisements de ses collants. Elle ne pense plus à rien. La fatigue commence à apparaître. Elle regarde juste ses jambes, et se demande si elles sont attirantes. Elle ferme quelque fois les yeux et les réouvre. Finalement elle enlève sa robe, la jette contre le dossier du canapé et se dirige vers la chambre, elle ouvre délicatement la porte et se couche dans le lit, tout contre lui, en écoutant sa respiration faible mais présente, combler le silence de cette prison dorée.

*************


Ils vibraient à l’unisson, à la recherche des mêmes sensations. Ils aimaient faire des rencontres où on ne les attendait pas. Quand l’occasion se présentait, ils n’hésitaient pas, ils étaient particulièrement pour le dépaysement, l’impression d’être à côté de soi, de sa vie, le temps d’un instant. On leur avait parlé d’un hangar désaffecté, où des centaines de personnes se réunissaient pour assister à des concerts de techno et d’électro. Ils n’écoutaient pas forcément cette musique dans la vie de tous les jours, mais ils n’étaient pas pour autant réfractaires. Le lieu était l’espace des « roots », l’endroit de toutes les expériences, de toutes les drogues, où on pouvait les trouver et les acheter facilement.
Ils arrivèrent en voiture, après avoir passé la première partie de leur soirée avec quelques amis autour de nombreuses bouteilles de vin. Ils étaient assez éméchés, assez pour franchir le pas, pour se dire pourquoi pas et tenter le coup. A peine garés, que le premier contact était fait avec un groupe de jeunes qui cherchaient à acheter de la MDMA, avec leur restant de bouteille de rhum, ils avaient l’air d’un autre univers, d’un autre temps. Ils y avaient tout type de personne, des vieux punk, des ados à capuche, des mecs avec des keffieh, des filles avec une crête rose à la place d’une petite coupe au carré..
Au départ la peur leur prit à la gorge mais ils se rendirent vite compte de la gentillesse de ces personnes. Allumés oui mais amicaux. Ils entrèrent ensuite à l’intérieur des lieux, la fête battait déjà son comble. Une scène sans réelle délimitation, tout le monde y montait pour danser frénétiquement.

La musique n’est qu’impact, rythme qui secoue. Alors, ils se mettent à danser, sans réfléchir à leur apparence, ils font de grands gestes, lèvent les jambes, les bras, tournent leurs têtes, imitent des animaux. Ils ont l’impression d’avoir pris de la drogue sans en avoir à peine touché. Ils se sentent euphoriques, sans limite, libres. Ils continuent sans cesse, s’arrêtant quelques instants pour boire une bière à la buvette, sortir fumer une cigarette, essayer de se tuer à petits feux, brûler la chandelle jusqu’au bout tant qu’elle les illumine. Et ils retournent à l’assaut, jusqu’à l’aube, jusqu’au matin, jusqu’à l’heure où tout le monde se lève, jusqu’à l’heure où les retardataires sautent du lit, et même jusqu’à l’heure où les adeptes de la grasse mat’ sortent mollement de leurs lits.

Ils ont la fatigue au corps. Leurs paupières se ferment tout doucement et se réouvrent par intermittence. La soirée a été longue, elle n’a pas vraiment terminé. Ils ne se sont pas couchés. Ils sont arrivés à l’appartement et se sont seulement assis le regard dans le vide. Ils se sont douchés pour réveiller leurs muscles, frigorifiés par les courbatures. Ils n’ont pas vraiment la force d’être actifs aujourd’hui. Ils réunissent leur linge, éparpillés dans le salon, la chambre, la salle de bain pour en faire une grosse boule qu’ils fourrent négligemment dans un grand sac de sport, puis ils sortent au ralenti, main dans la main vers la laverie du coin. Après avoir déposé leurs vêtements sales dans le tambour magique, ils rejoignent lentement les chaises prévues pour attendre, car assis le temps passe plus vite. Ils s’effondrent dessus, puis finalement s’y couchent, l’un contre l’autre. Lui s’est mis en travers du siège adossé contre le mur, elle se blottit dans ses bras, dans le nid de son amour, ils s’endorment tous deux, bercés par le roulement de l’eau et du tissu, dans un ballet de propreté. Ils se sentent bien, apaisés, en sécurité.
Quand ils se réveillent, ils ne savent pas depuis combien de temps leur machine s’est arrêté. A côté d’eux, une vieille femme s’est assis durant leur sommeil. Elle les regarde d’un air outré, se coucher dans une laverie n’est pas une tenue à avoir quand on est bien élevé.
Ils ne font pas vraiment attention à elle, ils s’imaginent quand ils auront son âge, avec des rides plein le visage mais sans cet air renfrogné qui s’offusque de la vie. C’est le moment du séchage, ils font une chaîne de bras pour amener leur linge de la machine à laver au sèche linge sans faire tomber dans le vide une chaussette trop intrépide. Ils mettent la seconde machine en marche et s’assoient en tailleur, par terre, en face du grand hublot. Ils voient défiler les couleurs et les mouvements de manche comme une course poursuite édulcorée. Le tour fini, ils se relèvent et ouvrent la porte de la vitre, de la fumée chaude sort et réchauffe leurs visages encore endormis. Ils récupèrent les vêtements tièdes, et enfouissent leurs visages dedans, pour détendre les traits pas encore ridés de leur faciès. Sans un remord, ils rangent en bouillie tous leurs habits dans le grand sac.
Le voyage du retour n’est même pas vécu, ils ne se rappelleront jamais de cette courte promenade entre leur foyer et la laverie, un instant heureux mais sans relief. Rentrés à la maison, ils laissent tomber le sac dans l’entrée, se rapprochent et se mettent à danser un slow, très lentement .à la limite du ralenti Elle repose sa tête contre son torse et essaie d’écouter les battements de son cœur, lui caresse ses cheveux longs, sa main dessine des cascades partant de la racine pour finir aux pointes de sa chevelure. Ils s’arrêtent et vont main dans la main dans la chambre, il se blottit alors en fœtus contre elle, et elle l’entoure de ses deux bras. Ils s’endorment pour un temps qui ne compte pas, ils sont heureux.

**********

Ils sont tous réunis pour le pot d’anniversaire de Jean-Louis. C’est pas qu’elle n’apprécie pas Jean-Louis, ni qu’elle l’aime, c’est rien. Elle n’en peut plus de cette fausse ambiance, de ses sourires crispés, de ses regards compatissants, comme s’il était déjà mort, et qu’on la traitait comme une bonne petite veuve. Au lieu de l’aider, ils l’enfoncent. Mais elle ne peut pas y couper, ça fait partie de la sociabilité de l’entreprise, en plus elle veut demander à sa patronne d’avoir son jeudi, elle racontera un bobard, comme quoi elle doit l’amener à l’hôpital pour une chimiothérapie, ils la croiront les yeux fermés, personne ne sait même ce qu’il a, juste que c’est grave, et limite c’est alléchant, c’est source de potins. Si elle arrive au bureau, avec le sourire et un pull rose, c’est une sans cœur, qui trompe son mari sans vergogne et qui attend que son corps pourrisse comme une rapace pour récupérer ce qui peut lui profiter. Elle n’avait jamais été une très grande passionnée de son boulot, elle y allait puis rentrait à la maison comme une automate, tout ce qui lui importait c’était le reste. Le boulot c’était l’obligation pour avoir le reste. Comme l’école pour avoir le goûter avec des tartines au chocolat en rentrant à la maison. Mais elle avait toujours su lier des relations amicales avec ses collègues, essayer de s’amuser du néant, de tirer de l’ennui un certain divertissement. De marcher dans les histoires de bureau tout en se moquant sans que chacun n’en prenne conscience. Avant, elle lui en parlait, elle les imitait, caricature de fonctionnaires ventripotents, aux dents longues et au brushing des années 80. Elle préférait maintenant les oublier, dédaigner même leur existence et garder le peu de mots et de moments avec lui seulement pour eux. On disait toujours d’eux qu’ils étaient une unité, qu’ils vivaient dans une sphère, que ce n’était pas bon d’être si fusionnel, elle s’en fichait car elle n’aurait pas pu penser qu’il y avait autre chose à voir à l’extérieur, et qu’un jour elle serait expulsé de sa bulle, comme une vulgaire sans papier qui aurait dupé son monde, comme un parasite qui s’attachait à lui et que c’était la fin de cette cohabitation empoisonnée, même si elle avait l’impression que c’était maintenant qu’elle étouffait, sans air pur, sans attache, sans tuteur pour lui apprendre à marcher dans la vie.
Elle fait semblant, actrice au milieu de ses bouffons. Elle suffoque, elle se retient de parler, elle n’a plus envie de prétendre que tout va bien, encore moins en face d’eux, mais ça serait pire si elle craquait. Elle le sait, elle entend déjà les murmures, les regards en coin, les gens qui l’évitent alors qu’il y a quelques mois ils riaient devant ces plaisanteries et la considéraient comme la petite sœur qu’ils n’avaient jamais eu. Tout ce qu’ils appréciaient chez elle maintenant était devenu de mauvais goût. Elle n’attendait pas beaucoup d’eux, mais ces faux semblants lui sont plus difficile que la réalité dure et implacable qu’elle retrouve à la maison. Demain, elle a envie d’arriver et de leur cracher au visage, de fumer sous l’alarme incendie et de les mettre tous en panique, de péter des tables à grand coup de pieds. Mais elle n’en fera rien, elle le sait. Avant elle s’enfuyait quand l’heure du retour sonnait, là elle traîne, comme si cela freinait la réalité. Elle n’a pas envie d’être au bureau, mais elle n’a pas envie de le retrouver. Elle se sent monstrueuse de fuir. De ne pas le soutenir. Il n’a qu’elle, elle n’a que Lui. Et de plus en plus il s’efface. Elle décide alors de rater le bus. Elle rentre à pied à la maison, c’est une longue promenade où elle a l’impression de voir des signes funestes partout, tous les bonhommes verts s’affichent devant elle comme pour accélérer son retour, quand elle voit dans le ciel des oiseaux c’est forcément des corbeaux, elle pense que c’est un signe prémonitoire, et que le jour où elle sera au funérarium ils voleront et croasseront leur victoire.
Quand elle rentre à la maison, il ne l’entend pas, comme la plupart du temps. Soudain elle panique, elle a l’impression que quelqu’un l’étrangle et qu’elle ne peut se dégager de cette étreinte, elle se précipite dans la cuisine, ouvre les tiroirs cherche quelque chose pour contrer cette main invisible, elle trouve un ciseau un peu usé dans le fond, elle s’en saisit et cherche à se dégager, elle se coupe des grandes mèches de cheveux, elle coupe à n’en plus finir. Tout autour d’elle, les lambeaux de sa féminité, de sa douceur ; elle n’est plus protégée mais elle arrive enfin à respirer. Elle n’ose pas se voir dans le miroir, elle se penche pour ramasser par terre les tas épars de cheveux, elle les regarde sans réaliser vraiment. Elle prend un grand sac en plastique et les met dedans, puis elle rajoute un autre sac plastique, se dirige rapidement dehors pour le jeter dans la poubelle en plastique. Elle ne retourne pas dans la maison et laisse la porte ouverte, il n’y a rien à voler, plus rien à sauver.
Elle erre dans les rues, à la recherche d’un coiffeur, elle rentre dans le premier salon qu’elle trouve, elle est arrêtée par le cri exagéré de la coiffeuse devant le carnage à la cisaille qu’elle vient de commettre. Elle n’a même pas besoin de rendez-vous devant l’urgence. C’est une question de vie ou de mort. Les clients sont pendus aux lèvres de la coiffeuse, qui tel un chirurgien lors d’une opération à cœur ouvert, lance des ordres à droite et à gauche pour essayer de réanimer le peu de dignité et de capillarité qu’il lui reste. Elle ne l’écoute plus, elle est comme dans un autre monde, absente de ce qui peut lui arriver, des reproches de son obligé. Elle ne donne pas d’explications, n’essaie pas de se défendre devant les piques assassines de la coiffeuse. Quand elle a enfin terminé ses récriminations, et le travail de couture, elle lui montre le résultat, pas peu fière de son exploit. Elle est choquée, sous ses yeux une autre personne apparaît, plus l’image qu’elle affichait depuis de nombreuses années, la douce rigolote et farfelue. Elle ne peut plus jouer de ses boucles, il n’y a pas assez de cheveux pour qu’ils se tortillent. Elle a la nuque toute à nue. Elle a l’impression d’être un petit garçon qu’on a emmené pour la première fois au coiffeur avant sa communion pour lui donner un air plus sage, plus propre, moins enfant.
Au lieu de pleurer, elle se met à sourire, même à éclater de rire, mais d’un rire fou, d’un rire malade qui ne s’arrête pas, qui se répand dans toute la salle, habituée aux chuchotements des rumeurs de quartier. La coiffeuse se recule, ne sachant pas si le rire est un bon signe. Elle lui demande de sortir immédiatement de son salon, elle ne veut même pas être payé. Elle avait la gloire d’avoir sauvé la miséreuse, jusqu’à qu’elle devienne incontrôlé, folle furieuse. Elle ne veut pas de cette réputation dans son havre de bigoudis et de sèche cheveux.
Une fois dehors, son rire ne s’éteint pas avec la fraîcheur de la soirée, il lui faut marcher un long moment avant qu’il finisse définitivement par être englouti au fond sa gorge. Là, soudain sa déglutition se fait difficile, elle s’inquiète, que va-t-il dire ? malade et en plus marié à une demeurée, qui plus est moche comme un pou avec ses trois cheveux sur le caillou. Comment va-t-elle pouvoir expliquer son geste. Elle ne peut pas lui dire qu’elle se défendait contre l’invisible, que ses propres cheveux s’attaquaient à elle. Elle ne veut pas qu’il change d’avis sur elle, qu’il n’ose plus lui parler, se confier, de peur de la faire basculer dans un asile, loin de lui. Elle s’invente divers plans, divers scénarii pour expliquer ce changement, sans trouver rien de très convaincant. Elle décide de faire comme si de rien n’était. Elle s’avance dans le lit vers lui et l’embrasse doucement sur la joue, il se retourne pour l’embrasser à son tour sur ses lèvres qui le raniment chaque jour comme s’il était une princesse endormie. Il prend son visage entre ses mains et réalise qu’il ne sent plus la cascade soyeuse qu’il a l’habitude de peigner de ses doigts. Il allume alors la lumière et la regarde de plus près. Elle se mord les lèvres et cherche dans son regard l’horreur, le dégoût que lui inspire sa coupe. Il se met alors à rire, à l’appeler la Gavroche de ses lieux, qu’il était content d’enfin pouvoir dire qu’il était amoureux d’un garçon. Il n’arrêtait pas de trouver de nouveaux surnoms, quolibets et il riait. Et elle aussi. Et ils s’embrassaient. Et le rire revenait, grâce à la lumière d’une petite lampe de chevet et d’une coupe en forme de bonnet.

**********


Quand elle était rentrée, elle l’avait trouvé par terre avec plusieurs livres ouverts tout autour de lui. Il ne s’était même pas rendu compte qu’elle était rentré tellement il était absorbé. D’habitude, elle finissait le travail avant lui, mais il avait décidé de prendre un jour de congé pour lui. Il faisait souvent ça, il prétendait être malade et il prenait une journée où il décidait d’apprendre tout sur le monde des koalas, ou pour battre son record de longueurs à la piscine, c’était les journées où il devait se dépasser, s’améliorer. Et à chaque fois il partageait ses victoires avec elle, en lui faisant un exposé détaillé de ce qu’il avait entrepris. Et là apparemment, il avait pris du retard ou elle était rentrée en avance, personne n’était coupable dans ce cas. C’était des livres de voyage, où les feuilles étaient englouties par des images qui faisaient frissonner la rétine. Elle comptait s’éclipser pour le laisser terminer, quand il leva soudain la tête. Il n’attendait qu’elle, ça faisait partie du résumé. Il la fit entrer dans son cercle de livres et lui exposa son projet. L’idée c’était de partir, loin du bureau, loin de la ville aux pavés tristes, loin de la famille étouffante, des amis sans envergure, plus près de la vraie vie. Il avait pensé à des îles où il n’aurait été que tous les deux, à des grands espaces verdoyants où ils auraient pu se promener à dos de cheval pendant des heures, pour ensuite s’abriter sous une roulotte, rien qu’à eux. Les destinations partaient dans tous les sens, dans des villes qui ne dorment jamais comme New York ou Tokyo où dans des lieux dont personne ne connaît le nom ni même l’existence, où le plus répandu moyen de transport est la pirogue. Elle avait eu un coup de cœur pour l’Inde, avec ses habits flamboyants, avec ses coutumes mystiques, avec toute l’utopie qu’elle dégageait sous son papier glacé. Il avait réagi très vivement, qu’il ne voulait pas y aller, que si c’était vraiment son choix, elle devait le quitter, qu’il trouvait stupide de rendre des vaches sacrées, que le Gange c’était sale et plein de maladies, et que si elle y allait, elle mourait, et que si elle mourait, lui aussi. C’était une réaction de gamin, inexplicable. Il avait rêvé d’autres images, et ne comprenait pas sa fascination pour ce pays où les gens s’entassent, où ils sont pauvres et malheureux. Il n’avait pas l’Inde dans son cœur et ça lui faisait mal car elle l’avait, et qu’une petite part de son être lui échappait, et malgré tous ses efforts il ne pouvait y accéder. Elle l’avait rassuré, elle ne voulait pas partir sans lui, et son monde, son aventure c’était lui. Qu’elle s’en passerait très bien, que Bollywood la ferait assez voyagé de ce côté. Et plus elle le disait, plus elle le croyait. Il ne la manipulait pas, il ne la forçait pas, mais sa tristesse étalée au grand jour l’avait tellement touché que l’envie de ce pays lui était devenu totalement inconnu.
Ils décidèrent que ce soir dans l’appartement ils seraient dans une autre ville, un autre pays, le leur. Ce lieu ne se nommait pas, mais tout le monde le connaissait, en tout cas tous ceux qui y vivaient, c’est-à-dire eux deux, les seuls habitants. La routine ne pouvait pas exister, ni le malheur. Ils se criaient dessus, pour créer quelque crise diplomatique, qui se réglait par un traité à base de bons repas, de baisers dans le cou et de mots pacifiques et romantiques.


**********


Il a vomi toute la nuit, il s’est tordu de douleur, il s’est mis à crier, à pleurer. Il refusait d’y aller, mais elle ne pouvait plus le laisser dans cet état. Elle a appelé l’ambulance. Les minutes sont devenues interminables entre l’appel et l’arrivée des ambulanciers. Il la regardait, les yeux rouges, la salive aux lèvres, et l’air abattu et aussi déçu. Déçu qu’elle est lâchée prise, mais encore plus déçu par ce qu’il n’avait pas réussi à se retenir, et qu’il voyait l’avenir se refermer sur lui. Tant qu’il était à la maison, rien ne pouvait arriver. Il pouvait se cacher. Mais la douleur avait été trop forte. Elle n’osait pas le toucher et le regardait en pleurant, s’excusant d’avoir craqué, s’efforçant de le rassurer, en lui disant que c’était la bonne, la seule solution, qu’il allait le soigner, elle ne voulait plus le voir souffrir. Quand les infirmiers arrivèrent, ils firent comme si de rien n’était, que le drame n’était pas en train de se jouer, comme des professionnels qui répètent la leçon mainte fois apprise. Elle les avait accompagné, même s’ils lui avaient déconseillé. Elle ne pouvait pas l’abandonner, après l’avoir jeté dans la fosse aux lions, dans cet univers où ils s’étaient promis de ne jamais aller. Elle lui serrait fort la main comme si elle pouvait lui transmettre de l’énergie et guérir sa maladie. Arrivés à l’hôpital, ils l’avaient arrêté, elle ne pouvait plus le suivre, elle pourrait revenir demain mais là ils allaient s’en occuper et elle ne pouvait rien faire, et elle devait se reposer pour se préparer à la suite, qui ne serait pas de tout repos. Tout n’était pas perdu lui avait dit un jeune brancardier mais ça serait long et épuisant.

Elle avait du partir. Elle ne sentait plus son corps. Elle avait l’impression d’être hors de tout. Elle arpentait les rues sans but. Elle avait besoin de marcher, d’avancer. Elle continuait son périple dans la nuit, sans faire attention aux voitures, aux hommes louches qui la dévisageaient. Elle voulait oublier. Les yeux rougis par les larmes, la fatigue ne lui permettait même plus de s’orienter, perdue dans le dédale de ses pensées. Son corps vacillait sous ses pas. Sa tête se faisait lourde. Elle avait comme une barre en béton dans le front. Elle ne pensait plus à rien, simplement obnubilée par cette douleur. Elle ne se concentrait plus que sur cette plaie physique et ça la reposait. Elle arrive à l’appartement, ouvre la porte, laisse tomber toutes ses affaires, se déshabille mécaniquement, et se dirige dans la salle de bains. Elle se regarde dans la glace et ne se reconnaît pas. Elle l’a quitté. Elle tourne le robinet de l’eau chaude et se glisse dans la cabine de douche, laissant l’eau tomber du pommeau et la submerger en entier. Elle laisse ses membres se réchauffer mais son être reste froid, incapable de s’animer de quelque feu que ce soit.


**********


Ca s’agite de toutes parts, elle se retrouve enfin dans ce hall de gare, sans trop savoir si elle le veut vraiment, mais elle sait qu’elle doit le faire. Il n’y a plus rien pour elle ici, que des débris. Tout bouge, tout est bruyant, comme si rien ne pouvait arrêter ce tumulte, même si elle s’immolait au milieu de tous ces inconnus, il y en aurait toujours pour oublier qu’on a perdu la vie. Elle se perd dans cette grande gare, où toutes les allées se ressemblent, où les panneaux vous envoient dans des directions opposés. Elle avait toujours eu un bon sens de l’orientation, c’était toujours elle qui lisait les cartes, qui menait lors des visites, voyages et là elle ne comprenait même plus le sens des flèches. Tout était trop fort, trop rapide. C’était comme atterrir dans une fourmilière, chacun était affairé à sa tâche, sans remarquer qu’ils étaient des centaines de la même condition. Elle regardait le grand panneau noir des départs qui changeait sans cesse pour annoncer de nouvelles voies, des retards ponctués de grognements par la foule énervée. Elle, avait le temps, elle espérait même que ce train qui l’amenait loin, allait prendre son temps, lui aussi prendre des chemins détournés avant d’enfin arrivé. Mais il en avait été décidé autrement, comme un signe. Non, elle ne pouvait rester immobilisée. Elle avait un train, puis un avion à prendre pour enfin se sentir loin, chez elle.


***********


Elle avait vu l’annonce sur l’une des pancartes de la faculté. Elle avait été curieuse et puis il y avait quelque chose d’autre qui l’avait poussé à venir à cet atelier, comme une force indescriptible, un sentiment de devoir qui l’obligeait à répondre présente à l’appel. C’était un atelier de théâtre, mais il y avait bien plus derrière que l’idée d’épanouissement et d’effacement de la timidité. C’était un atelier mixte où se rencontraient des personnes sourdes et muettes, et des personnes aptes à parler et à entendre. Elle avait honte car tout autour d’elle, elle ne voyait que le handicap et la culpabilité l’envahir d’avoir des capacités qu’on leur refusait. De plus les autres valides avaient appris la langue des signes, elle était comme une intruse, une voyeuriste qui ne faisait même pas l’effort pour communiquer avec eux. L’ambiance était amicale, les gens étaient chaleureux, enthousiastes à l’idée de pouvoir enfin avoir la parole grâce à la scène. Ils étaient énergiques, bavards dans leur geste. Elle, était bloquée, gênée. Elle restait sans voix face à ce déferlement de vacarme sourd. Elle était à la fois triste de voir leur sort et impressionnée par leur force, leur bonne humeur. Elle découvrait un nouveau monde et pour une fois se taisait. Elle laissait les autres s’exprimer et elle avait l’impression de s’enrichir d’une autre façon que lorsqu’elle maintenait l’attention autour d’elle.
C’était la première rencontre, chacun se présentait, en expliquant qui ils étaient, leurs prénoms mais comment on les appelait vraiment, c’était un signe bien particulier pour chaque personne, pas un prénom interchangeable, il était tiré de la personnalité, de l’apparence. C’était les autres qui vous nommez selon leur impression. Il y avait un pacte secret qui se nouait dans le fait de baptiser à nouveau l’autre. Tous riaient devant les pitreries des autres, les gens réunis dans la salle étaient de tous âges, de toute origine, des parents avec leurs enfants, de jeunes étudiants, tous là pour une même raison, partager avec les autres, s’amuser comme les autres. Elle était triste devant leur bonheur, car elle lisait derrière cette euphorie le manque, la mise à l’écart qu’ils devaient subir d’habitude. Après de nombreux petits jeux qui prenaient une toute autre dimension dans ce monde silencieux, jacques a dit, le signe arabe.. elle leur disait au revoir timidement, de peur de les déranger. A l’extérieur, elle ne put s’empêcher de craquer, après s’être assez éloigné de la salle où ils s’étaient retrouvés, elle se mit à pleurer. Elle n’arrivait pas à supporter le sentiment qui l’envahissait, une sensation de vide lourd. Un caillou plombant ses entrailles et se cognant dans le néant de son corps.
Elle se mit à marcher plus rapidement, le ventre noué, et finalement s’arrêta pour se poser contre le tronc d’un vieil arbre. Elle essayait de calmer ses pleurs, d’essuyer ses larmes qui criaient son désespoir. Elle avait même honte de sa sensibilité, pourquoi avait elle pitié d’eux, ils ne voulaient pas de ça. Elle se reprit alors, souffla un grand coup et se dirigea vers son arrêt de bus, en essayant d’afficher non une mine souriante mais tout du moins neutre.

Elle attend dans le froid pendant quelques minutes, le temps de reprendre une apparence normale, sans expression comme la plupart des passagers qui attendent sans but, sans regard vers les autres le bus qui les mènera à leur foyer espéré.
Elle suit leur allure, leurs mines déconfites et tristes sans savoir pourquoi, elle s’installe sur un siège dans une alcôve de quatre places. Les arrêts passent, elle se met à regarder le temps passer, les paysages et les lumières floues défiler.
En face d’elle s’assit un jeune homme, peut être de quelques années plus vieux qu’elle, il n’est pas neutre, inconsistant comme les autres passagers du bus, il a un regard qui parle, qui décide. Il lui sourit légèrement puis se plonge dans la lecture d’un petit livre de poche qu’il vient de sortir de son sac. C’est un livre qu’elle connaît, qui parle de hasard, qui parle d’elle. Et il lit en face d’elle, sans savoir qu’il lit sur elle. Elle a oublié le vide qui l’occupait et ne cherche plus qu’à exister face à lui, à sortir des pages qu’il scrute minutieusement. Elle en oublie de descendre à son arrêt et reste penchée sur les lèvres, sur les mains de ce jeune homme qu’elle veut aimer sans même le connaître. Elle a les yeux humides et sait qu’elle n’a pas besoin de se cacher. Il va sortir à un moment donné et elle ne le reverra pas. Elle devrait lui saisir la main et lui empêcher de la découvrir plus en avant. Elle ne sait pas y faire, on ne lui a pas appris.
Soudain elle se rend compte que ce n’est pas un étranger, elle l’a déjà vu, il était là à l’atelier, il s’était présenté sans difficulté maniant la langue des signes avec dextérité. Il lui semble même que lorsqu’ils s’étaient tous mis en cercle, c’est à lui qu’elle tenait la main. Pourquoi ne s’en rappelait elle que maintenant ? peut être parce qu’il venait de lui parler, et qu’elle avait reconnu sa voix grave et qu’il la regardait sagement, sans la forcer attendant qu’elle lui réponde.

Est-ce vraiment comme cela que se font les rencontres ? est-ce vraiment comme cela que c’est fait leur rencontre ? n’est ce pas trop stéréotypé, trop comme dans un roman ? Elle n’a plus que le souvenir, très flou d’un visage, d’un regard, d’un sourire qui lui ont plu. Elle a attrapé ce moment au vol et en a fait sa genèse, sa première page d’une longue nouvelle, qui s’étire dans le temps, dans les recoins de sa mémoire, sans savoir trop où aller, ou quoi garder.

Elle lui dit qu'elle l'aime et étrangement, il lui sourit.

**************************


Quelques heures plus tôt, ils plaisantaient autour d’un plat de spaghetti dans un restaurant italien de leur quartier en se moquant du faux accent rital de leur serveur. Et maintenant elle se trouvait à attendre son bus pour rejoindre une amie qui l’hébergeait en cas d’urgence, quand le coup d’éclat sonnait dans son couple. Elle attendait, en faisant le tour du lampadaire, la tête appuyé dessus, en faisant des cercles comme une attardé qui essaie de rassembler ses pensées, comme une autiste qui essaie de se recentrer, et de calmer ses émotions. En tout cas c’est l’idée qu’elle se faisait de ce rituel et elle avait l’impression que ceux qui attendaient tout autour d’elle n’en pensaient pas moins. Elle essayait de réfléchir aux mots qui avait surgit de sa bouche, de ce qu’il lui avait pris de les prononcer, et de sa réaction. Elle n’avait pas vraiment discuté, elle avait préféré s’en aller ne sachant pas si ce qu’il disait était la vérité, ou si c’était sa cruauté qui l’avait blessé. Il n’en pouvait plus de cette fille qui vivait dans un autre monde, trop rose, trop arc-en ciel , qui croyait que leur rencontre était le destin et qu’elle pouvait bien s’en arrêter là, arrêter les efforts, car l’amour l’avait touché et que ça lui suffisait. Lui voulait travailler à l’amour, à la vie, il pensait qu’on était maître de ce qui nous arrivait, maître de nos choix et de nos désarroi. Il avait décidé de l’aimer, ce n’était pas une émotion incontrôlable, et il travaillait tous les jours pour que cela perdure. Elle avait besoin de lui, elle avait besoin de l’autre, qu’importe qui était l’autre, elle était dépendante du regard, de l’opinion de son prochain. Elle tombait amoureuse à chaque goutte de pluie, à chaque gentillesse, à chaque intelligence. Tout ça par ce qu’elle se sentait mal, faible et ignorante. C’était un choix de se laisser laminer par la vie, de décider qu’exister suffisait, et de pleurer quand elle jouait de malchance. Il avait été dur, très dur. Elle sentait en elle des changements, elle pensait qu’elle s’épanouissait puis se remettait en cause, elle découvrait chaque jour quelque chose et s’étonnait de mûrir, de grandir. Mais à chaque fois de nouveaux rebondissements l’arrêtaient dans son évolution, des périples qu’elle ne cherchait pas vraiment à vivre. Elle pensait son être en perpétuel mouvement, et le laisser vagabonder dans tous les sens. Elle ne savait pas qui elle était et préférait être dispersée que d’affronter son vrai être. Il l’aimait aussi pour cela, mais il refusait de lui mentir, il refusait de lui donner la facilité, il voulait être mérité. Qu’elle se batte pour lui, qu’elle se batte contre les autres, et surtout contre elle. Il avait au plus profond de lui la peur qu’un jour elle parte, qu’elle le quitte sans raison et qu’elle ne puisse pas lui expliquer, seulement parce qu’elle s’était détaché, que la vie l’avait transporté ailleurs. Elle qui jouait souvent la carte de l’émotion pouvait passer de l’amour à l’indifférence totale sans savoir pourquoi, juste culpabilisant de ce manque d’empathie. Elle était à la fois une fourmilière d’émotions et un désert de sentiments.

Tout cogitait dans sa tête, elle essayait de digérer ce qu’il avait dit, elle avait envie de pleurer car elle était incapable de se décider, car elle n’avait jamais eu dans sa vie de certitude et que c’est ça qui la ramenait toujours vers la solitude. Elle continuait à tourner autour de ce lampadaire, qui éclairait faiblement le haut de sa tête, auréole imparfaite.
Elle laissa passer le bus qui devait la ramener chez une amie, qui lui aurait dit les mots qu’elle attendait, ceux pour la rassurer, qu’il avait fait une crise de jalousie, que les hommes et les femmes ne se comprenaient jamais vraiment, elle aimait ces clichés dans lesquels elle pouvait se nicher et se réconforter. Mais elle restait figée à l’idée de l’abysse qu’elle aurait dans le corps, dans la tête si Lui arrêtait de travailler à leur amour, s’il démissionnait de leur couple, elle sentait qu’il lui apportait plus qu’elle n’aurait pu imaginer qu’une personne puisse donner.
Il n’y avait pas eu de cris, pas de larmes, elle s’était retenue. Elle était sortie, avec un claquement de porte pour marquer son mécontentement. Il n’avait pas essayé de l’appeler, son absence lui faisait mal. Il avait décidé de ne pas lui écrire, de ne pas prendre de nouvelles, de la laisser choisir, de lui donner sa liberté. Elle avait décidé de revenir et de se blottir dans un miroir qui lui reflétait les possibilités qu’elle pouvait être.


****************


Elle aimait les moments où elle n’avait pas à penser, à réfléchir. Elle était contre l’intellectualisme, elle aurait voulu naître avec le moins de capacités mentales, elle ne se considérait pas comme un génie mais elle avait assez de facultés pour pouvoir réaliser son sort et c’était déjà trop. Elle angoissait à l’idée de ne pas avoir de réponse. Elle préférait plonger la tête sous l’eau, c’est pourquoi elle aimait ses longues heures où elle venait nager à la piscine municipale, où personne ne lui parlait, où elle se laissait porter par l’élément. Dès qu’une bouffée de stress lui montait, elle plongeait sous l’eau et restait le plus longtemps possible dans cette profondeur liquide.
Le but était simple, faire la longueur, partir d’un mur pour toucher un autre, sans dérivation possible, une brasse sur une ligne droite, directe. Les corps cachés derrière l’eau trouble, qui ne cessent de bouger avec les battements de bras et de jambes de chaque nageur. Et des têtes qui se ressemblent toutes, affublés de ce ridicule bonnet en plastique, qui fait perdre toute singularité à une personne. Elle avait toujours eu l’impression que les cheveux étaient révélateurs de la personnalité, ici ils étaient tous unifiés.
Dans la piscine, dans cette eau aseptisée, où même la couleur est faussée, elle se sentait en sécurité. Un monde assourdi, comme une bulle, loin des réalités terrestres. La vie se déroulait au ralenti et avec un sens absurde, rejoindre l’autre côté et recommencer sans relâche jusqu’à peut être se noyer. Elle se demandait si elle se mettait à nager sans jamais s’arrêter, se laisserait elle couler quand elle serait épuisée ? Ou pousserait-elle un cri à l’aide ? Ou n’arriverait-elle pas tout simplement à cette extrémité car elle n’allait jamais au bout de ses idées, de ses projets ? Elle avait l’étincelle d’innovation, puis après se désintéressait. Elle s’essoufflait dans l’endurance, dans la continuité. Dispersée , en morceaux, elle ressentait une affection particulière pour les travaux jamais vraiment terminés, pour les pointillés qui n’avaient jamais réussis à se transformer en un trait uni. C’était un cri d’individualisme, un cri de disparition de naître dans la dispersion et de se taire dans la création.
Dans l’eau, tout était au ralenti, les mouvements devenaient imprécis, lents et l’engourdissement de ses membres lui donnaient l’impression de se dissoudre comme un cachet d’aspirine dans un verre d’eau. Elle ne lui proposait jamais de venir avec elle à la piscine. C’était comme son péché adultère. Lui pensait qu’elle dissimulait une activité bien plus honteuse que celle-ci et fantasmait sur tout ce que cette jeune femme pouvait faire. Il avait l’impression qu’elle l’échappait, et qu’elle contrôlait pour une fois son mystère. Elle n’était plus l’ingénue qui avait des secrets sans le savoir. Elle n’avait jamais réalisé qu’elle concrétisait une envie dans la nage, mais plus un besoin qu’elle ne guidait pas. Elle aimait la sensation de l’eau sur son corps, qui la rendait soudain plus légère et irréelle.

*****************************************


C’est dans ce petit parc de centre ville que tout arriva. Une grande fontaine au centre de cet ovale de verdure où plus grand monde ne venait se poser, le froid ayant pris le dessus sur les préoccupations bucoliques.
Ce jour là le soleil était présent et ils en avaient profité pour s’allonger encore une fois dans ce jardin à eux où ils avaient tant lu, ri, mangé et vécu.
Ce jour là, il se brisa, lui, le fondement, le ciment de leur relation se fissurait.

Il y a des moments où vous devez taire votre peur, votre désespoir, vous devez être fort pour l’autre, plus fort que vous ne le serez jamais pour vous, fort pour deux.

Lorsqu’il lui annonça la nouvelle, elle laissa de côté ses terreurs, ses pleurs pour le soutenir, pour le faire croire à vivre.
Tout s’écroula en elle, chaos intérieur indécelable, elle ne cessait de lui caresser les cheveux, de le couvrir de baisers et d’espoirs. Et plus elle le réconfortait, plus elle y croyait, et plus elle refusait la réalité.
Il avait pleuré sans honte, sans dignité. D’habitude, quand l’émotion le saisissait, il la cachait ou l’utilisait à son avantage pour charmer et bouleverser les autres. Ici seul demeurait le cri de la lâcheté, de l’humanité qui supplie d’être épargné par l’inconnu. Elle suppliait en silence qu’on ne lui enlève ce quotidien masculin.

Le parc était si calme, ils se sentaient plus seuls que jamais. Aucun brouhaha ne venait troubler leur malaise.
Il avait d’abord évité le sujet, puis s’était mis à balbutier pour enfin cracher le morceau, implorer, et s’agripper à son corps. C’est ce jour et pas un autre qu’il laissa son être parler, sans filtre, sans faux-semblant, en lui montrant le plus déchirant de ses visages.

*************************************


Enfant, elle n’aimait pas les contes de fées, la princesse étant toujours trop fade, trop transparente et le prince lui toujours trop bien coiffé et sans aspérité. A l’époque elle les traitait de stupide et de ridicule. Un jour, sa mère lui montra le dessin animé Aladin. L’univers exotique, loin de sa campagne natale, l’avait tout de suite charmé. Elle était comme hypnotisée par ses paysages aux couleurs chaudes et au palais d’Orient.
La princesse Jasmine avait pour animal de compagnie un tigre, ce qui faisait indéniablement d’elle une femme de caractère et digne d’intérêt. Elle était indépendante, voir sauvage, elle n’attendait pas qu’un prince falot vienne la libérer à l’instar de Cendrillon et de Blanche-Neige. Elle décidait qui aimer, et tout simplement d’aimer vraiment. Et que dire du prince ? Aladin, ce vagabond des rues avec sa peau mate, ses tours de passe-passe accompagné de son fidèle et malicieux singe. Rien d’ampoulé là dedans. Il n’avait rien à donner, ni de bonne manière, ni de richesse, ni de confort. Il lui offrait son amour sans artifice, et lui donnait son regard sur la vie et sur elle ; un regard qui changeait tout.
Elle se souvient qu’elle avait été longtemps amoureuse de ce prince va nu pieds et qu’elle l’avait gardé en tant qu’idéal à atteindre. Un amour sans obligation, pas lié à une libération ou au meurtre d’un quelconque dragon. Inconsciemment, elle recherchait ce parfum de danger et d’aventures dans ses relations avec les hommes. Mais ce qui l’intéressait, ce n’était pas les allures de voyou, le costume de rebelle mais l’idée de voir le monde autrement, d’être différent de ce qu’on attendait de nous, de ce qu’on nous avait appris.
Il était ce regard, il était cet Aladin. Pas besoin d’Inde, quand ce pays exotique s’incarne tout entier dans un rêve réalisé.


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Le jour du départ, elle ne put lui dire au revoir.
Elle ne reconnaissait pas le corps qu’on lui montrait. Vulgaire cadavre sans âme, simple modèle de cire où celui qu’elle aimait, avait disparu.
Elle s’attendait à tout moment qu’il surgisse de nulle part, bien portant et que ce ne soit qu’une mauvaise blague. Peut être les médecins avaient ils fait une erreur, il fallait vérifier son pouls, sa respiration, il était peut être tout simplement profondément endormi, il ne fallait pas commettre d’impair car après il serait trop tard. Mais elle ne pouvait s’approcher de cet homme qui lui était devenu inconnu, qui reposait là dans cette boite tranquillement. Il avait ses traits, portait ses habits mais il ne lui ressemblait en rien.
Elle n’avait pas su comment s’habiller pour l’occasion, elle n’était jamais allée à un enterrement auparavant, devait-elle se faire jolie pour lui rendre hommage ? devait-elle nécessairement porter du noire, elle n’avait dans sa garde robe qu’une salopette bleue nuit pour convenir au dress-code de la cérémonie.
Elle n’avait pas pu rentrer dans le funérarium, elle ne voulait pas le voir brûler, c’était comme l’assassiner. Elle lui en voulait tellement de l’avoir abandonné, de n’avoir pas tenu le coup, de n’être pas resté pour elle.
Elle n’y croyait pas réellement, on ne pouvait pas mourir si vite, à l’improviste, c’était contre les lois de la déontologie, c’était contre ce qu’ils s’étaient toujours promis, de rester uni.
C’est comme si elle était morte avec lui mais qu’on ne la laissait pas partir.

Et si je reste couché ici, si je reste juste allongé ici, resteras tu à côté de moi pour oublier le monde ?

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Ce n’est pas un ascenseur émotionnel mais une montagne russe, car on ne suit plus dorénavant un chemin tout tracé, un parcours qui va de haut en bas, c’est sans cesse détourné, de différents virages et quand on s’y attend le moins, quand on est au plus haut on retombe d’un coup. On a pas vraiment envie de ressentir ça, mais on se l’inflige, comme une drogue, comme une sensation qui est nécessaire pour se dire qu’on est en vie, et que quelque part il est toujours là.

**************


Elle est seule dans ce grand supermarché aux couleurs criardes et aux néons aveuglants. Elle divague dans les rayons, erre sans but, sans réelle volonté d’achat, elle ne sait pas trop ce qu’elle fait là. Tout autour d’elle les gens s’agitent, se poussent pour une simple boite de conserve. Elle est là car elle doit avancer, et ça commence tout simplement par se nourrir. Elle ne sait pas quoi choisir, normalement elle faisait les courses avec lui et acquiesçait à chacune de ses envies, pas parce qu’elle était soumise mais parce qu’elle n’avait aucune idée de ses propres envies, elle ne savait pas réellement ce qu’elle aimait, ce qui la tentait et même tout simplement si elle avait faim. Alors déguisée en être humain comme les autres, elle suivait son rythme et elle leurrait tout ce beau monde qui la croyait comme eux, avec un répertoire de décisions. Pour elle c’était de la simple domination, territorialisation de la volonté, elle ne voulait rien s’imposer. Elle n’avait jamais mis de mots sur son état de dispersion permanente, qui la faisait aller de gauche à droite, de haut en bas sans réelle direction. Cette perdition dans son esprit ne la perturbait pas du tout, et maintenant elle était perdue dans la vie, sans aucune boussole pour lui indiquer le nord. Elle ne savait pas ce qui était bien ou mal, bon ou mauvais et ça l’angoissait.
Elle posait son panier à un rayon puis observait avec attention chaque produit pour essayer de faire un choix par rapport au slogan, à la couleur, à l’étiquette. Et chaque fois qu’elle revenait pour mettre ce qu’elle avait pris dans le panier, elle se perdait et ne retrouvait plus où elle l’avait posé. Pour rendre l’occupation, la tâche plus fluide, elle sortit ses écouteurs et mis en marche sa musique. Plusieurs chansons sans grand intérêt défilèrent dans ses oreilles, puis elle tomba sur la chanson Hamburg Song de Keane :

“ I don't wanna be adored
Don't wanna be first in line
Or make myself heard
I'd like to bring a little light
To shine a light on your life
To make you feel loved

No, don't wanna be the only one you know
I wanna be the place you call home

I lay myself down
To make it so, but you don't want to know

I give much more
Than I'd ever ask for”



Là dans ce supermarché, face à la voix du chanteur, aux instruments graciles et aux paroles anglaises, elle fut frappée d’émotion, en plein supermarché.

“Will you see me in the end
Or is it just a waste of time
Trying to be your friend
To shine, shine, shine
Shine a little light
Shine a light on my life
And warm me up again”


Elle ne pouvait plus bouger et rester planté là debout dans la grande allée à regarder les autres passer.

“Fool, I wonder if you know yourself at all
You know that it could be so simple

I lay myself down
To make it so, but you don't want to know
You take much more
Than I'd ever ask for”


Eux ne ressentaient rien, trop préoccupés par leur liste de course. Eux ne ressentaient pas le vide qu’elle avait en elle depuis qu’il avait disparu. Elle avait perdu avec lui ses envies, sa faim, son sens de l’orientation.

“Say a word or two to brighten my day
Do you think that you could see your way

To lay yourself down
And make it so, but you don't want to know
You take much more
Than I'd ever ask for “


Comme si quelqu’un soudainement avait éteint la lumière et vous forcez à devoir vivre en tâtonnant dans le noir.

***************************

Ils réfléchissaient parfois à leur devenir, à ce grand mot d’Avenir, comment eux encore bébés allaient un jour devenir vieux et ce qu’ils allaient raconter de leur histoire à leurs petits enfants. Sans penser qu’un jour leur histoire aurait une fin. La fin d’une parade.
Ils étaient prétentieux, dédaigneux de la vie, se dépêchant de l’éviter par tous les moyens. Ils pratiquaient le faux semblant, se prenant pour un comte et une duchesse, se pavanant en allant voir des spectacles sans sens, représentation de l’outrecuidance snobinarde . Le jeu n’en valait pas la chandelle. Parfois ils sortaient de ces scènes les yeux plein de larmes, et riant à gorge déployée face à l’incongruité qui se jouait devant eux, un foutage de gueule organisé où le maître mot était provocation. Choquer pour la gloire, c’était encore acceptable mais choquer pour l’argent en prétendant le faire au nom de l’art, là le compromis était impossible. Des actes sexuels simulés par des comédiens aux masques d’animaux ou de personnalités politiques, scandant des phrases pseudo-intellectuelles au contenu creux et fantasque.
Eux envisageaient l’art comme la vie, imprévisible et intense. Avec ces acteurs marchant à quatre pattes sur la scène, il n’y avait pas de surprise, juste du vulgaire, du choc entendu. Ils ne ressentaient rien, mais face aux visages sérieux et contrits de ces dits artistes et de ce public pompeux, ils n’avaient pu s’empêcher d’intervenir, d’enlever leurs masques, pour contrer ce qui se déroulait sous leurs yeux, pour déjouer ce mécanisme basé sur l’attentisme du spectateur. Ils avaient retourné la pièce à leur avantage, ce ballet de pantins ridicules laissait entrevoir désormais une simple coquille aux couleurs criardes mais vide de toute vie.
Ils se moquaient aussi des moins bien lotis, des sans abris de la culture, ceux qui n’avaient jamais lu un livre de toute leur existence, qui pouffaient à l’idée d’aller au théâtre comme si on leur demandait de défiler dans une robe de grand couturier. Ils aimaient alors s’aventurer dans cet univers inconnu, vu comme sauvage où l’intelligible, le sensible n’avaient pas place première. Au fond d’eux ils ne faisaient pas acte d’ouverture, ils les dédaignaient et s’amusaient à jouer le rôle du bon colonisateur qui s’intéresse sans écouter et considérer l’autre comme un égal.
Ils se moquaient d’eux, mais avec la conviction féroce que leur honte, leurs erreurs revêtaient un caractère culte, que chaque parcelle de gêne était mémorable. Ils se prédestinaient à être exceptionnels, invincibles. Cette croyance les empêchait de se remettre en question, de faire attention, de jeter un regard en arrière. Leur binôme leur donnait la force nécessaire à rendre l’espoir concret et à les faire briller dans le Panthéon de leur imagination. Ils ne seraient jamais seuls, toujours épaulés, au rythme de leurs deux cœurs battants l’un contre l’autre, ils écrivaient à une main leur histoire.

Je le confesse, je vous le dis avec difficulté et sincérité : Ils n’allaient jamais se remettre ensemble. Leur histoire a différents chapitres qu’on peut feuilleter à loisir mais leur passion échappe aux pages, leur amour déshabille les mots. Prononcer plus serait les trahir.

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Le sentiment de la perte ne s’éteint jamais, les souvenirs persistent. La vie se dissout. Je refuse qu’il y ait une fin et un commencement.

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emiana

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MessageSujet: Re: Crazy Birds   Mar 30 Oct - 15:27

coucou, allez je commente^^ j'ai lu ton texte d'une traite, j'y ai relevé quelques erreurs mais ce n'est pas le plus important ^^

donc:

- C’est s’endormir, et que le lendemain elle puisse se réveiller et le voir debout, le sourire aux lèvres, l’œil alerte, plein d’énergie, et qu’il s’occupe d’elle, plus rien à faire, juste le regarder, revenir avec un plateau où il lui aurait préparé tout son petit déjeuner : un jus d’orange pressé par ses mains habiles, un croissant posé sur une petite serviette où il aurait écrit des mots qui lui feraient perdre la tête, oublier la faim et qu’elle ne voudrait plus que sauter dans ses bras, l’embrasser, et enfouir sa tête dans sa nuque, s’agripper à son corps en sachant qu’il ne la laissera pas tomber. = c'est une méga phrase à rallonge! c'est volontaire???
- la solitude est dure à porter^^ et je trouve que tu rends de façon assez réaliste l'apathie dans la quelle cette demoiselle s'est laissée enfermer. la difficulté de pas rester dans la routine et de vivre
- Au départ la peur leur=les prit à la gorge mais ils se
- Le boulot c’était l’obligation pour avoir le reste. Comme l’école pour avoir le goûter avec des tartines au chocolat en rentrant à la maison=jolie comparaison ^^
-jusqu’àce qu’elle devienne incontrôlé, folle furieuse.
-nécessairement porter du noire
- et rester ait plantée là debout dans la grande allée à regarder les autres passer

voilà pour les quelques bricoles, il y en a surement d'autre mais j'ai été totalement absorbée par ton texte que je suis passée outre...
la description de la déchéance de l'autre quand se déclare la maladie... difficile à assumer, écrasante et très culpabilisante. on ne sait ni ce qu'on doit faire, ni comment réagir, ni que dire...
tu as très bien dépeint la solitude de cette jeune femme qui voit sa vie partir en lambeau, se retrouve face aux étapes du deuil, voudrait se relever mais ne sais pas comment et culpabilise de sa maigre tentative (la sortie au bar), le refus de la mort et le déni de la présence de l’être aimé au fond d'une boite.
un couple c'est deux personnes, quand on se retrouve seul, on est quoi?
bravo pour ton texte, je le trouve très réaliste (vécu?) en tout cas ça m'a beaucoup touchée ^^
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MessageSujet: Re: Crazy Birds   Mar 30 Oct - 16:04

PS : Premier travail de l'élève Xupi. Je vais vérifier de ce pas que ça fait 20 pages sur Word, sinon tu prendras ta rouste comme indiqué ce week end. Je lirais donc ça, à tête reposée avant de faire mon commentaire. Il devrait arriver dans la soirée, si je ne m'endors pas comme une poule.
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emiana

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MessageSujet: Re: Crazy Birds   Mar 30 Oct - 23:19

je ne connais pas tes exigences Tron, mais je trouve qu'elle a bien travaillée Riant * ou alors je suis trop émotive^^*
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MessageSujet: Re: Crazy Birds   Sam 3 Nov - 20:25

Merci beaucoup Emi, vraiment. D'avoir pris la peine de lire et de commenter, ça m'a pris du temps d'écrire cette nouvelle et j'ai travaillé dessus donc c'est bien d'avoir un retour dessus.
oupsss pour les fautes pour porter du noir par contre je pense pas avoir fait de faute ! ^^
j'aime avoir à la fois un retour stylistique, vocab, grammaire mais encore plus sur le fond, savoir si ça peut toucher les autres, j'ai toujours peur d'être dans la caricature donc si tu as trouvé plutôt ça réaliste et que ça t'a marqué c'est super.
Une question j'ai montré cette nouvelle à une amie mais elle avait pas compris elle croyait que chaque chapitre était une histoire différente, elle m'a dit que j'étais pas assez clair, il me semble pas que ça fut le cas pour toi mais en cas je te demande, la forme t'a t'elle perturbé? as tu cru que c'était un medley d'histoires romantiques?
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Erlidann

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MessageSujet: Re: Crazy Birds   Sam 3 Nov - 20:54

J'imprime ça ce soir et je le lis demain. Mentor

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emiana

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MessageSujet: Re: Crazy Birds   Sam 3 Nov - 22:34

non, j'ai bien suivi le fil du récit^^ j'ai d'ailleurs trouvé sympa de lire des "tranches de vie" de ton héroïne plutôt qu'un récit au jour le jour, surtout sur un sujet comme celui-ci, inutile de s'appesantir pendant quinze pages sur sa détresse, la façon dont tu nous livre sa vie est dosée juste comme il faut selon moi Clin d\'Oeil
au plaisir de te relire et chapeau

*ps: pour les fautes, je ne suis pas une experte hein, je te dis juste ce qui m'a dérangée^^*
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MessageSujet: Re: Crazy Birds   Mer 7 Nov - 0:07

Comme je n'ai plus de batterie sur mon téléphone. J'en suis à 5 pages commentées, j'en ai encore pour un peu de temps. Je devrais finir Vendredi je pense. Pour le prochain sujet, ce sera dans la même lignée. Il y a beaucoup d'inexactitudes dans le choix de certaines expressions et certains mots. A première vue j'aime bien le traitement du sujet. Tu focalises comme d'habitude trop sur l'action plutôt que sur la description. Action du type : je bouge, je mets un truc là, je rebouge, j'enfile un machin, je cours vers le bidule et je reviens là. Il faudra apprendre à poser le "discours". Une action, une description, des analogies, du lien entre l'action et le sentiment, de le description plus "claire", et éviter les qualificatifs inutiles, aux dépends du reste.

Je poste bientôt.

Bise m'amzelle.
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Crazy Birds
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