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 L'ombre

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Grendelor
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MessageSujet: L'ombre   Lun 25 Fév - 20:19


C'était une chaude journée du mois d'août. Andrew Slavich et son fils Thomas emménageaient dans une petite ville du Maine, Castle Rock. Andrew, qui avait déjà visité l'immense maison, montrait le chemin à Thomas.

« Tu sais Tommy, tu te plairas ici, il ne manque pas de place, tu seras à l'aise pour faire ta musique. »

Le garçon ne répondit pas et poursuivit en silence.
La mère de Thomas était morte en début d'année, fauchée par une voiture, et, depuis, ce garçon si joyeux et exubérant s'était renfermé : il ne sortait plus et ses amis mis de côté. Plus rien ne comptait que la musique. Alors, pour fuir le souvenir de ce bonheur passé et pour offrir un nouveau départ à son fils, Andrew avait décidé de déménager, de partir loin de Cheyenne et du rythme infernal qu'il avait pris. Il avait commencé à faire la tournée des agences pour trouver une maison et un nouveau travail. Quand il avait vu cette ville, il avait tout de suite accepté ; pour lui cet endroit était le paradis. Maintenant, ils étaient arrivés et il n'avait plus qu'une angoisse : que Thomas ne s'y plaise pas et se replie un peu plus sur lui-même. Aussi, après avoir déchargé le camion, il proposa d'aller faire un tour et de trouver un endroit où manger un morceau.

« - Alors, que penses-tu de la maison? Elle est belle, non? demanda Andrew, cachant mal son anxiété.
- Oui, très grande aussi, répondit laconiquement Thomas.
- C'est tout ce que tu en dis?! s'exclama son père un peu déçu.
- On verra bien quand tu l'auras aménagée, tu ne penses pas?
- Oui, bien sûr, tu as raison. »

Ils continuèrent leur chemin tout en regardant avec curiosité les passants, assez rares à cause de la chaleur étouffante. Les quelques personnes qu'ils croisèrent les regardèrent de haut en bas avec suspicion. La population n'avait pas l'air accueillante. Enfin, Tommy aperçut un diner.

« Là, p'pa. On pourra être au frais. »

En entrant, une vague d'air froid les fit frissonner en même temps que des relents de bière et d'ail les assaillirent. Tout était brillamment éclairé, pas un seul coin qui soit dans l'ombre. Toutes les tables étaient occupées ainsi que la majeure partie du bar. A leur entrée, tous les clients tournèrent la tête et détaillèrent les deux inconnus. Les conversations s'arrêtèrent. Tommy ressentit comme une menace et commença à être vaguement inquiété par cette ville mais, son père ne montrant aucune réaction, il n'en dit rien. Aussi ils s'installèrent et le barman arriva.

« Une pression bien fraîche et... Qu'est-ce que tu veux Tommy?
- Un coca.
- ... Et un coca donc, » reprit Andrew en se tournant vers le barman.

Curieux, le jeune garçon regardait autour de lui. Les conversations avaient repris, mais un ton plus bas, comme pour une confidence. Il remarqua que tous les hommes portaient des shorts et les femmes présentes des robes ou des jupes. Il pensa qu'ils avaient bien raison avec pareil chaleur. Son propre pantalon, pourtant en toile légère, le collait désagréablement.

« Une pression et un coca! dit le barman en posant les verres, faisant sursauter Thomas, ça fera 5 dollars. »

Tommy regarda sa bouteille avec méfiance, l'atmosphère s'étant soudainement tendue. Son père ne semblait pas l'avoir remarqué et buvait sa bière tranquillement. Thomas n'osa pas se retourner mais il sentait le poids des regards des clients. Il essayait de paraître détendu mais ses cheveux se hérissaient sur sa nuque. Alors, il prit son verre et commença à boire. Doucement. Tout doucement. Il en était au quart de son verre quand il s'aperçut que la tension baissait petit à petit, comme s'il avait réussi un test qui l'aurait fait admettre dans la communauté. Le ton des conversations retrouva un niveau sonore normal et bientôt les oreilles de Tommy furent pleines de ce bourdonnement incessant.

« Vous êtes nouveaux en ville? demanda le barman à Andrew.
- Oui nous emménageons aujourd'hui.
- Ah! Alors c'est vous les propriétaires de la maison Felinger. Elle est belle, hein?!
- Magnifique même. Vous connaissiez l'ancien propriétaire?
- M. Felinger? Pour ça oui, il venait tous les soirs au pub après le boulot.
- Et qu'est-ce qu'il lui est arrivé? intervint le garçon.
- Hum... je ne sais pas si c'est bien prudent de le demander...
Le barman se figea et coula un regard interrogateur à Andrew. Celui-ci semblait aussi curieux que son fils.
- Pourquoi?
- Tu pourrais avoir peur, petit.
- D'abord je ne suis pas petit et puis ce n'est pas à vous de décider si je vais avoir peur ou pas! répliqua Thomas, bravache.
- Bien. Alors je vais te le dire. Il s'est ouvert les veines dans sa baignoire...
- Tu le savais p'pa? Demanda le garçon en se tournant vers son père.
- Heu... non...
Andrew savait que la maison était en vente suite à un décès mais il n'avait pas imaginé que ce soit un suicide.
- Et pourquoi est-ce qu'il a fait ça? demanda Tommy, maintenant intéressé.
- Parce que des démons le pourchassaient pour en faire l'un des leurs, alors il a préféré se tuer, répondit le barman très sérieusement.
- Des démons?! S'exclama Tommy, incrédule.
- Oui, ils sont là, en ville, partout autour de nous, la nuit... fit le barman en roulant des yeux inquiets.
- Ne l'écoute pas Tommy. Il dit ça pour te faire peur, le rassura son père.
- Bien sûr... »

Tommy entendit percer une pointe d'ironie et de regret dans ces paroles. Le doute s'insinua dans son esprit et il décida de faire attention à tout ce qu'il entendrait à ce sujet.

« Allons! Il est temps que nous retournions à notre rangement! »

La chaleur dehors était insoutenable et ce fut avec bonheur qu'ils retrouvèrent une certaine fraîcheur dans la maison. L'après-midi se passa à déballer les cartons.
Tommy s'était refermé comme une huître et ne disait pas un mot. Son père était inquiet mais il savait qu'il ne servait à rien de le forcer à s'expliquer.


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MessageSujet: Re: L'ombre   Jeu 28 Fév - 17:58

Pendant les premières semaines, Tommy ne remarqua rien et oublia les propos du barman. Il avait repris l'école et s'était même fait un ami, Max. Le jeune garçon de 13 ans, comme Tommy, lui ressemblait étrangement, à tel point qu'on aurait pu penser qu'ils étaient jumeaux : grand, brun, les cheveux presque longs, mince et souple comme une liane. Dès le premier jour, les deux enfants s'étaient plus et, depuis, ils ne se quittaient plus et partageaient beaucoup de leurs secrets ainsi que leur passion commune : la composition. Aussi, lorsque le premier incident se produisit, Tommy en parla tout de suite à Max.

« Max, tu sais pourquoi personne ne parle de la disparition de Samantha », affirma-t-il.

Son ami le regarda droit dans les yeux pendant quelques secondes.

« Elle n'a pas disparu, elle doit être malade, c'est tout, fit Max d'un ton peu convaincant.
-Pendant une semaine ? Sans qu'on ait de nouvelle ? Il n'y a même personne qui a été la voir, j'ai demandé. Tout le monde fait comme si elle n'avait jamais existé. Et ça te paraît normal ?
-Non... Mais...
-Dis moi ! Je sens bien que tu es inquiet et que tu me caches quelque chose. Allez, dis-moi.
-Hum... Bon, d'accord. Il y en a pour un moment mais tu ne vas pas me croire.

La réticence de Max était palpable, et pourtant il avait envie de se confier. Ce qu'il pensait avoir découvert lui pesait.

« Et moi, je pense que si je ne crois pas mon meilleur ami, alors je ne crois personne, répondit gravement Tommy.
- Bon, voilà. Je ne sais pas tout, et à mon avis personne ne le sait, mais j'ai découvert des choses stupéfiantes. Ça a commencé il y a maintenant 5 mois, en mai, avec la disparition de Sofien et sa famille. Un beau jour on ne les a plus vus, comme Samantha. Pourtant, ils n'étaient pas morts ou partis, on l'aurait su, et la maison semblait encore habitée. J'ai décidé de faire mon enquête, j'étais inquiet..
- Et tu ne l'es plus?
- Si, bien plus même! Mais laisse-moi continuer. Tu sais, Sofien était un garçon assez étrange, toujours dans la lune, à rêvasser. Il observait tous les soirs le ciel dans l'espoir de voir un vaisseau spatial. Aussi je me suis mis à le guetter la nuit... Et je l'ai vu. Rien que d'y penser j'en ai encore des frissons dans le dos! Il était tout blanc, on aurait dit un cadavre! Et ses yeux! Dorés comme ceux d'un tigre!
- C'est pas possible! Tu exagères ou bien tu as rêvé!
- Tu vois bien que tu me crois pas! dit Max contrarié, Pourtant c'est la vérité! Moi aussi j'ai eu des doutes. C'est pour ça que j'y suis retourné le lendemain et même pendant plusieurs soirs après. Et j'ai revu la même chose. Bien pire même... »

Le jeune garçon eut un violent frisson à ce souvenir. Il se reprit et continua.

« Le lendemain, je l'ai donc revu. Il était avec ses parents. Cadavériques. Les yeux dorés. Ils semblaient attendre ou chercher quelque chose. Plusieurs bêtes étranges sont apparues. On aurait dit des gros rats noirs mais avec le même regard doré, brillant dans la nuit, comme phosphorescent. Sofien les a aperçus et a fait signe à son père. A ce moment là, ils ont disparu! Tous les trois! Comme par enchantement! Pourtant je ne les ai pas quitté des yeux un seul instant et la seconde d'après, pffft! Volatilisés! Je n'ai toujours pas compris comment... Et je ne sais pas non plus ce que viennent faire ces espèces de rats dans cette histoire mais, peu après, leurs voisins aussi ont commencé à vivre la nuit... Car ils semblent bien vivants... Max fit une moue de perplexité..
Je me demande comment c'est possible. Ils ne sortent jamais, il n'y a jamais de lumière chez eux... Ils ne mangent pas, j'en suis pratiquement sûr... Personne ne les voit en ville faire leurs courses... mais alors comment peuvent-ils vivre? »

Il était frustré par son incompréhension et son ami se sentit lui aussi gagné par ce sentiment.

« Ce sont peut être des vampires?!, fit Tommy en essayant d'être drôle pour distraire son ami de ce problème.
- Mais oui! Tu as raison! Ça ne peut être que ça, la blancheur, la nuit, ça explique tout!
- Non! Tu oublies les yeux et les rats.
- Oh non... C'est vrai, ça ne colle pas. Pourtant... »

Cette énigme désespérait Max.

Les deux jeunes garçons était devant la grande maison où habitait maintenant Tommy. Cela faisait près de 2 mois qu’il avait emménagé et il commençait seulement à s’habituer à ces grandes pièces, ce parquet qui craquait quand il y avait du vent dehors. Les grandes fenêtres en façade la rendaient lumineuse. Andrew avait fait insonoriser l’une des pièces du rez-de-chaussée pour son fils. Il pouvait ainsi jouer à toute heure sans crainte de déranger son père ou les voisins. Sur le devant, un petit jardin, une étendue de gazon séparée en deux par une allée de gravier qui menait à deux murets bas où étaient assis les garçons. Pendant qu’ils ruminaient ce qu’ils savaient, leurs regards se perdaient dans la rue, glissant sur les passants. Tommy reprit la parole, doucement, hésitant.

« Tu as essayé d’en parler ? A tes parents, je veux dire… »

Le visage de Max se renfrogna.

« Oui. Tout ce qu’ils ont dit c’est que je me faisais des idées. Tout en me faisant promettre de ne pas m’approcher à nouveau de chez Sofien. Son ton, maussade, s’enflamma. Tout le monde fait comme si de rien n’était ! Et pourtant leur comportement a changé. Ils n’approchent plus le quartier où vivent ces familles et ne me laissent plus sortir dès que la nuit tombe. Ils cachent quelque chose ! Mais comme toujours, nous, les enfants, nous n’avons pas le droit de savoir. » Un soupir frustré et mélancolique s’échappa.

« Alors, cherchons par nous-mêmes ! » Tommy sauta à bas du muret et se planta devant son ami, un grand sourire aux lèvres. « Qu’importe ce qu’ils disent. Allons voir Samantha demain en sortant de l’école. Il fait encore jour jusqu’à 8h, nous aurons donc largement le temps et tu ne désobéiras pas à tes parents. Jetant un coup d’œil à sa montre, il rajoute. D’ailleurs, si on veut avancer cette chanson avant que tu rentres, on ferait mieux d’y aller. »

Max hocha la tête. L’enthousiasme de son ami l’avait remonté et ils entrèrent avec entrain dans la maison et s’enfermèrent dans la pièce de musique.

Le lendemain, la journée passa lentement. Tout à leur enquête et brûlant d’impatience, ils avaient du mal à se concentrer sur les cours, parlant souvent à voix basse. Les professeurs les surveillaient d’un œil curieux et hésitaient : deux jeunes garçons renfermés et studieux qui avaient un comportement dissipé… devaient-ils mettre le holà tout de suite ou bien laisser faire en espérant les voir s’épanouir ? Ils obtinrent le bénéfice du doute pour la journée, d’autant qu’ils restaient suffisamment discrets pour ne pas déranger leurs camarades. Enfin, la cloche sonna, faisant bondir leurs cœurs d’excitation et d’angoisse.

Sur le chemin, ils évoquèrent le fait que Samantha n’habitait qu’à deux rues de chez Sofien.

« On dirait une épidémie. Ça se répand de proche en proche.
- Oui, mais de quoi ? »

C’était bien là la question et la source de leurs inquiétudes. Alors qu’ils approchaient, le nombre de passants se réduisit et un calme fantomatique s’abattit sur eux. Les maisons étaient fermées, il n’y avait personne dans les jardins. Même les oiseaux semblaient avoir disparus. Instinctivement, les deux garçons se rapprochèrent l’un de l’autre et baissèrent la voix.

« On dirait que tout le monde est parti…
- Sauf que les journaux et le courrier sont relevés. Remarqua Tommy en montrant les maisons. Tout est propre. On dirait plus que c’est… endormi. »

Une atmosphère pesante régnait sur la rue, comme un souffle retenu, une attente. Devant la maison de Samantha, ils s’arrêtèrent, indécis. C’était un petit pavillon, classique, qui ressemblait à tous ceux d’à côté. Les rideaux étaient tirés et pas un bruit ne brisait le silence qui s’était installé quand le son de leurs pas s’était dispersé. La relative chaleur que dispensait un soleil généreux en ce début de mois d’octobre ne suffisait pas à les empêcher de frissonner. Leurs regards se croisèrent un bref instant.

« Allons-y. »

Ils s’avancèrent ensemble et Max posa le doigt sur la sonnette. Le carillon retentit, sonore. Ils attendirent quelques minutes, mais pas un frémissement ne s’échappa de la maison. Deuxième essai, plus long. Rien. Une chape de plomb semblait s’être posée sur leurs épaules.

« Ils sont peut être sortis. Faire des courses.
- Peut être… »

Mais aucun des deux ne paraissait convaincu, tout leur semblait trop étrange pour être normal.

« Il faudra revenir ce soir… » Souffla Tommy.

Max le regarda avec de grands yeux écarquillés.

« Tu es fou ! Et mes parents ne me laisseront jamais sortir !
- J’irais seul alors, mon père ne m’a rien dit, lui.
- Tu es fou… répéta Max en secouant la tête.
- On ne va pas rester là sans rien faire ! » S’énerva Tommy. Sa voix résonna dans l’air, les faisant sursauter. Ils jetèrent un regard inquiet autour d’eux et, sans rien dire, prirent le chemin du retour.

Ce ne fut qu’une fois dans la chambre de Tommy qu’ils reprirent vie. Il était 18h, Andrew n'était pas encore rentré et la maison était calme. Pourtant, rien à voir avec ce qu’ils avaient ressenti plus tôt. Ici, les oiseaux pépiaient, l’air vibrait.

« Que vas-tu faire ? »

Tommy fixa Max. Les yeux noisette lui renvoyaient son propre regard, déterminé.

« Simplement ce qu’on avait prévu. Je vais parler à Sam’. Une visite amicale d’un camarade qui s’inquiète.
- Sauf qu’il fera nuit.
- Sauf qu’il fera nuit. » Le temps s’étira, les laissant tous deux s’imprégner de cette réalité. « Je serais prudent. Je ne rentrerais pas. Et s’il se passe quelque chose de bizarre, je pars. »

Max hocha la tête.

« Je prendrais mes cours avec moi, je dirais que je voulais lui apporter. » Nouveau silence. Discussion sans mot. « On ne s’étonnera pas. Je ne suis pas d’ici. »

Son compagnon acquiesça à nouveau, plus lentement. Il savait qu’il avait raison mais il restait dubitatif. Et inquiet.

« Descendons. Tu prends la batterie aujourd’hui. »

Pendant un peu plus d’une heure, ils oublièrent. Les disparitions. L'école. Les énigmes. La mort. Tout. Seuls comptaient le rythme, la vibration, les mélodies qui s’enlaçaient et les signes noirs sur le papier blanc.

Au moment où Max repartit chez lui, il regarda une dernière fois son ami. Son jumeau, son égo, le seul qui le sortait de sa bulle. Il le détailla, sérieux. Pas un mot ne fut échangé. Juste un long regard, intense. Max se retourna brusquement et s’en alla, levant une main en geste d’adieu. Demain. Il le verrait demain.
Tommy, lui, le regarda partir et ne rentra qu’une fois qu’il fut hors de vue. Il entendait son père à l’étage ; il était rentré pendant que les garçons jouaient. Il ne lui dira rien, juste qu’il allait voir une camarade malade pour lui apporter ses cours. La joie de voir son fils s’intéresser à d’autres gens l’empêcherait de le questionner.

S’il était prêt à prendre des risques, Tommy n’était pas pour autant fou. Pas la peine d’attendre la nuit noire : le jour s’éteignait doucement quand il reprit le chemin qu’ils avaient emprunté dans l’après-midi. Pendant le repas du soir, il avait prévenu Andrew qui s’était enthousiasmé devant la gentillesse de son fils. Il lui avait même proposé de l’emmener, ce qu’avait refusé le garçon, prétextant préférer profiter de la douceur du temps avant l’arrivée des frimas. Ce mensonge le fit rougir légèrement, ce que son père interpréta comme un signe de gêne parce qu’il avait le béguin pour sa camarade. Un sourire complice et tendre se dessina sur le visage d’Andrew alors qu’il y faisait allusion. Tommy n’aimait pas mentir mais cette méprise l’arrangeait bien et il laissa passer la remarque sans rien dire.

Ses affaires dans une main, l’autre enfouie dans la poche de son jean, il marchait d’un pas vif le long des rues désertées, les yeux en alerte. Tout semblait normal, si ce n’était cette espèce d’ambiance lourde, emplie de peur et de menace. De temps en temps, il voyait un rideau qui bougeait, se soulevait et il sentait des regards pesant dans son dos. Il se demandait ce qu’ils savaient, ce qu’ils pensaient. Un moment, il pensa aller au diner où ils s'étaient arrêtés avec son père lorsqu’ils étaient arrivés. Le barman avait l’air ouvert. Mais à cette heure-ci, détait l’établissement qui serait fermé. Une sorte de couvre-feu semblait s’être étendu sur la ville.
Enfin, il arriva. Sans se donner le temps de réfléchir, il alla à la porte et sonna. Un murmure, des craquements : il y avait du monde. Son cœur s’accéléra. Des pas derrière le battant, qui s’entrouvrit, à peine.

Se décalant pour essayer de voir à l’intérieur, Tommy sourit et débita son discours.

« Bonsoir, désolé de vous déranger. Je suis Thomas Slavich, un camarade de classe de Samantha. Comme ça fait quelques jours que je ne l’ai pas vu en classe je suis venu lui apporter les cours et prendre quelques nouvelles. Elle est là ? »

Dans l’entrebâillement, il ne voyait qu’une silhouette sombre et des yeux qui luisaient, dorés, comme le lui avait décrit Max. Ce regard le fit frissonner. Il sentit comme un flottement, une hésitation. A nouveau, il entendit un murmure, un chuchotement, trop bas pour être compréhensible. L’homme bougea.

« C’est gentil de ta part. » Sa voix était froide, sans inflexion. « Samantha est malade, elle est dans sa chambre. Tu veux monter la voir, ça lui fera certainement plaisir. » L’invitation fut faite sans émotion.

Tommy se retint de reculer d’un pas.

« Heu, non, je n’ai pas le temps ce soir, mon père m’attend. Je voulais juste lui donner les cours. Je vous les laisse et je passerai les récupérer demain après l’école, si ça vous va. »

Nouveau murmure dans le dos de l’homme. Tommy se haussa sur la pointe des pieds et tenta d’apercevoir ce qui se cachait dans la pénombre. Le père de Samantha, à supposer que cétait bien lui, ne réagit pas, semblant écouter attentivement. Enfin, il tendit le bras vers le garçon qui, cette fois, recula.

« Donne-les-moi. Par contre, il faudra que tu repasses à la même heure, nous rentrons tard ma femme et moi et Sam’ ne peut pas quitter son lit. »

Tommy n’hésita qu’un instant, il n’avait pas vraiment le choix sinon son histoire ne tenait plus debout. Il tendit ses affaires à l’homme qui les prit, effleurant au passage ses doigts. Leur contact était glacial.

« A demain, monsieur. »

Il se força à sourire et à faire demi-tour sans se mettre à courir. Au coin de la rue, il accéléra le pas. En y repensant, l’explication se tenait. Sauf que…Pourquoi n’avait-elle pas crié pour signaler sa présence tout à l’heure ? Elle dormait ? La sonnette l’aurait réveillée… Ruminant ses pensées, il fit le trajet inverse sans remarquer les lueurs dorées qui le suivaient, à bonne distance.

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MessageSujet: Re: L'ombre   Jeu 22 Oct - 15:44

« Alors ? » demanda Max dès qu’ils furent dehors.

Il était 10h, c'était la coupure du matin et les cris retentissaient dans l’air qui commençait à se charger de chaleur. Vérifiant qu’il n’y avait personne à proximité pour les écouter, Tommy fit un rapide résumé de sa visite du soir, passant sur les détails étranges dans un premier temps. Il voulait connaître l’avis de son ami sur l’explication fournie par le père.

« Une épidémie alors ? » Le ton était sceptique. « Non, c’est pas possible, ça fait trop longtemps que Sofien a disparu. S’il était vraiment malade, on en aurait entendu parler quand même.
- Je suis d’accord avec toi. »

Tommy lui raconta alors ce qu’il avait pu remarquer : les yeux, les murmures, la peau glacée, la voix monocorde. Au fur et à mesure, il voyait Max pâlir et ses yeux s’écarquiller. Quand il lui décrit le moment où le père avait brusquement tendu son bras vers lui et où leurs doigts s'étaient touchés, un frisson parcourut les deux garçons.

« Tu n’y retournes pas ce soir ! » Le ton était sans appel.
« - Si. Je n’ai pas le choix. Il faut que je récupère mes affaires. Et je pourrais peut être voir ce qui fait ces murmures. »

La journée se déroula dans une sorte d’excitation contenue, mêlée d’appréhension. Les deux garçons étaient plus calmes que la veille mais leurs professeurs commençaient à se poser des questions sur leur manque d’attention. Devaient-ils prévenir les parents des deux enfants ? Une fois encore, leur discipline en temps normal joua en leur faveur mais ils se rendirent compte du malaise qui habitait leurs professeurs : il leur fallait se méfier car si les adultes venaient à découvrir ce qu’ils faisaient, leur liberté d’action serait réduite à néant.

A la sortie des cours, ils firent comme à leur habitude, allant chez Tommy pour jouer quelques heures, avant que Max ne doive rentrer chez lui et que le père de Tommy ne l’appelle pour le dîner. L’adolescent regardait l’heure tourner avec anxiété, pendant qu’Andrew mangeait avec une lenteur exaspérante, racontant de menues anecdotes sur sa journée. Ce qui était souvent l’un des meilleurs moments de la journée tourna au supplice alors que le soleil baissait sur l’horizon.
A huit heures, sachant qu’il lui restait encore 15 minutes de marche, Tommy n’en pouvait plus. Il se lèva brusquement de sa chaise, manquant de la renverser sur le carrelage de la cuisine.

« Papa, faut que j’y aille, il va être tard sinon pour que j’aille porter ses devoirs à Sam’. »

Son ton était sec, agacé et son père le contempla, étonné. Un silence tendu régna pendant quelques secondes.

« Oui, bien sûr, tu as raison. »

Tommy sortit rapidement de la cuisine et monta dans sa chambre prendre ses affaires.
Andrew resta à contempler la chaise vide, se demandant si son fils lui cachait quelque chose, s’il en avait marre de son père comme tous les adolescents ou si tout simplement il était amoureux pour de bon. Il ne savait quelle position adopter mais décida qu’il devait parler à Tommy. C’était ce qu’un bon père ferait.

Il marchait rapidement le long des rues désertes, tête baissée, tendu, songeur. Il allait devoir jouer la comédie, et bien, afin de voir Sam’ sans rentrer dans la maison. Il ne savait pas pourquoi, mais confusément il sentait que s’il entrait, il était fichu. Même brillamment éclairé par les réverbères le chemin était oppressant, les ombres épaisses derrières les haies et Tommy sentait comme des regards peser sur son dos. Il allongea le pas. Quand il arriva dans le quartier où vivait Samantha, il marqua un temps d’arrêt, surpris. L’éclairage s’arrêtait brusquement, plongeant les maisons dans un noir profond, à peine percé de temps en temps par les lumières de quelques pavillons. Ses sourcils se froncèrent et son visage prit un air contrarié. Pas un instant il ne sembla apeuré, seulement agacé par ce problème qu’on lui soumettait. Pourquoi ce changement alors qu’hier à la nuit tombante tout semblait normal ? Etaient-ils tous partis ? Un froissement dans la haie près de lui, lui fit vivement tourner la tête, braquant un regard inquisiteur dans les branchages. Pendant un instant, il lui sembla voir deux petites billes dorées mais elles disparurent aussitôt. Silence. Tommy reprit sa route, plus déterminé que jamais à découvrir ce qui se cachait ici.

Devant sa destination, la lumière extérieure était allumée, comme l’attendant. Sans une hésitation, le jeune garçon s’avança et sonna, recomposant un visage plus ouvert, essayant de se détendre. Cette fois-ci la réponse ne se fit pas attendre et la porte s’ouvrit un peu plus largement, éclairant la haute silhouette du père. Il était puissamment bâti, joueur de football depuis des années lui avait dit Max. Une aura imposante se dégageait de lui, renforcée par ce regard à la couleur peu naturelle. Perçant. Troublant. Pendant une seconde, ils s’évaluèrent ainsi, le frêle adolescent et l’homme solide comme un roc. Ce fut lui qui brisa l’échange, de sa voix d’outre-tombe.

« Ha, Thomas, nous t’attendions. »

Alors que l’homme souriait, il n’y avait toujours aucune émotion dans ses paroles. Ses lèvres s'étaient étirées mais rien n’avait changé, il restait glaçant, terrifiant dans son étrangeté. Alors qu’hier la lumière de la pièce plongeait son visage dans l’ombre, ce soir, la lampe extérieure l’illuminait, se reflétant sur sa peau d’albâtre, ou plutôt de marbre. Un marbre blanc, froid, lisse. Comme sa voix. Thomas ne put retenir le frisson qui lui traversa l’échine mais il réussit à décocher un sourire chaleureux.

« Bonsoir. J’apporte les nouveaux devoirs pour Sam’. J’espère qu’elle a pu faire ceux d’hier et recopier mes cours sans problème, je suis un peu difficile à relire… »

Sa mimique de gêne était tout à fait convaincante et aurait du lui attirer un regard de sympathie, peut être même un sourire ou une anecdote sur le fait que lui aussi, peut être, n’avait pas une belle écriture. Mais rien. L’homme restait figé, indifférent. Alors le garçon reprit très vite, avant que l’angoisse ne le prenne.

« J’espère que Samantha va mieux. Peut être est-ce qu’elle peut venir pour qu’on parle des cours ? »

La réponse fusa aussitôt.

« Monte donc la voir. »

Thomas reprit son air gêné.

« Je ne voudrai pas vous déranger et puis je risquerai de salir toute la maison », fit-il en montrant ses chaussures pleines de boue. En venant, il était passé par le parc, marchant au bord du lac, maculant chaussures et pantalon.

Visiblement, le père ne s’attendait pas à ça et, comme le soir précédent, il marqua une infime hésitation, penchant légèrement la tête sur le côté, à l’écoute. A nouveau, l’étrange murmure s’éleva. L’excitation s’empara de Tommy qui essaya de regarder furtivement derrière la porte. Malgré l’éclairage, il ne voyait rien, à peine aperçut-il que la cave était ouverte.

« Hé bien, ce n’est pas grave. Ma femme devait faire le ménage demain. »

Concentré sur le chuchotement et la recherche de son origine, Tommy sursauta. Affolement. Son cœur s’emballa.

« Heu, oui, enfin non. » Il bredouille encore quelques mots avant d’arriver à faire une phrase construite. « Je ne veux pas vous déranger, et puis mon père n’aime pas trop que je sorte le soir comme ça, la nuit. Alors je vais récupérer mes cahiers et rentrer. »

Il fit un pas en arrière, prêt à partir à la moindre alerte. Il lui sembla entendre un soupir de dépit.

« Ton père a raison, les rues ne sont jamais sûre pour un enfant seul…Très bien, comme tu veux. »

L’homme se pencha pour attraper les cahiers qui étaient juste sur la table, à l’entrée, là où il les avait posé hier soir. Dans le mouvement, la porte s’ouvrit un peu plus et Tommy devina une ombre dans la cage d’escalier de la cave. De la taille d’un petit chat, avec deux yeux jaunes qui le fixaient avidement. Quand il croisa son regard, un frisson d’épouvante le parcourut alors que l’ombre s’enfuit dans les profondeurs noires, laissant apparaître pendant un bref instant une queue annelée caractéristique. La nausée monta à la gorge de l’adolescent qui s’empressa de prendre ses affaires que lui tendait le père. Pourtant, au lieu de partir vite et loin de cette maison qui lui donnait la chair de poule, Thomas fit calmement demi-tour, disant au revoir, puis quelques pas pour être hors de portée de vue et se cacha dans un recoin. Là, il attendit, ses cahiers serrés contre son torse comme un rempart contre la nuit. Au bout de quelques minutes, quand il pensa que les occupants du pavillon étaient retournés à leurs occupations, quelles qu’elles fussent, il ressortit et s’approcha par le côté.

Observant attentivement les fenêtres de l’étage, il essayait de déterminer laquelle correspondait à celle de Sam’. Heureusement, les volets n'étaient pas fermés et il repéra des carreaux décorés de guirlandes. Max lui avait dit qu’elle était fille unique, ce devait donc être sa chambre. Plongeant la main dans la poche de son jean, le garçon en sortit une poignée de graviers, prélevés dans l’allée chez lui. Il souffla doucement pour se calmer puis lança un premier projectile. Trop faible, il n’atteignit même pas la façade. Tommy recommença, plus posément, prenant son temps pour viser. Le bruit contre la vitre fut faible mais clair et résonna dans le silence ambiant. Inquiet, il inspecta autour de lui. Rien. Dans la maison : pas un mouvement. Il reprit sa séance de tir, un peu plus fort. Un bruissement retentit derrière lui, le faisant brusquement se retourner. Son cœur battait la chamade, il commençait à transpirer dans son sweat. A nouveau, il ne vit rien. Avalant difficilement sa salive, il se retourna vers la fenêtre et décida d’un dernier essai. Cette fois, 4 ou 5 graviers partirent en même temps, s’égrenant contre le carreau, le faisant sursauter. Un flottement dans les rideaux attira son regard qui distingua une fine silhouette, surmontée d’un visage pâle comme la mort au milieu duquel deux yeux dorés fouillaient le jardin.

Il ne se retint plus et partit en courant, terrorisé. Alors que ses pieds martelaient l’asphalte, il sentit un malaise le gagner, la sensation d’être suivi, surveillé. Il allongea encore sa foulée et tourna la tête pour constater avec horreur que des rats étaient derrière lui, leurs griffes crissant sur les trottoirs et la route. L’adrénaline coula à flot dans ses muscles et son sang rugit à ses oreilles, soutenant son effort alors qu’il forçait un peu plus l’allure. Ils ne le rattrapèrent pas. Pas encore. Pas ce soir. Thomas arriva comme un fou chez lui, ouvrant la porte à la volée et la refermant aussi vite, tournant les verrous avant de monter les escaliers quatre à quatre et de s’enfermer dans sa chambre, se jetant dans son lit, la tête sous les couvertures, tout habillé, priant. Son père cria et l’appela, mais le garçon ne répondit pas. Il entendit ses pas qui s’arrêtèrent devant sa porte. Andrew frappa et tenta d’ouvrir. Roulé en boule, le garçon avait les yeux écarquillés et ne bougeait pas, respirant par à-coups. Il avait tourné la clé dans la serrure. Andrew essaya à nouveau d’entrer et Thomas sentit l’interrogation dans sa voix céder la place à la colère puis à l’inquiétude. Tommy ne faisait toujours pas un mouvement, ne disait rien. Finalement, son père abandonna et redescendit.

Assis dans le salon, Andrew s’interrogeait. Le comportement de son fils était étrange. Il essayait de lui trouver une raison et la seule qu’il voyait le fait sourire et même temps que s’angoisser. Certainement que la petite Sam’ avait repoussé ses avances, renvoyant le jeune garçon face à l’abîme de solitude qui s’était ouvert quand sa mère était morte. Andrew avait peur qu’il ne retomba dans la dépression, comme quelques mois en arrière. A ce souvenir, son cœur se serra. Il parlerait à Thomas. Demain.

« Laissons-lui le temps de s’y habituer », murmura Andrew, sans remarquer à la fenêtre l’ombre qui le guettait, ses petits yeux dorés suivant chacun de ses gestes.

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MessageSujet: Re: L'ombre   Jeu 22 Oct - 17:27

A sept heure le lendemain matin, son père frappa à sa porte. Tommy avait finalement sombré dans un sommeil agité vers cinq heures, une fois le choc de la terreur passé et son cerveau fatigué d'avoir pensé. D'un pas pesant et les yeux piquants, le garçon ouvrit à Andrew. Il remarqua bien son air d'inquiétude mais ne prononça pas un mot. Il s'en fichait. Tout ce qui comptait, c'était que Samantha était perdue, que Max était en danger et qu'eux-mêmes l'étaient. C'était la conclusion à laquelle il était arrivé au petit matin avant de s'endormir. Même s'il n'avait pas tout compris, il savait. Il savait que ce qui arrivait était monstrueux. Il savait qu'il ne pourrait rien y changer, à moins d'un miracle qui impliquerait toute la ville et Tommy avait passé l'âge de croire à ce genre de miracle. Il savait que la seule chose qu'il pouvait faire, c'était d'essayer de sauver son ami, son père et lui-même. Peut être même que cette peur qu'il voyait se dessiner sur le visage de son père les aiderait.
Andrew s'avança vers son fils et s'installa sur son lit, lui faisant signe de s'approcher. Ils se retrouvèrent assis côté à côte, silencieux.

« C'est Samantha? » Demanda doucement Andrew.

L'adolescent hocha la tête, encore incapable de prononcer un mot et se demandant bien comment il allait pouvoir convaincre son père de partir de cette ville.

« Tu en auras d'autres, des amoureuses... », fit maladroitement son père.

Tommy soupira. Il avait conscience qu'il ne pourrait pas mentir encore, c'était contre sa nature.

« C'est pas ça, papa... 
- Quoi alors? C'est ta mère qui te manque? J'avais l'impression que tu allais mieux, grâce à Max. Tu sais, elle me manque aussi... » La voix d'Andrew était devenue un murmure. Il venait de constater que cela allait bientôt faire un an qu'Analyne était morte. Un an qu'il n'avait pas vu passer, occupé qu'il était à travailler et à surveiller son fils. A tenir bon pour lui. Un an. Et le chagrin était toujours aussi vif quand il revoyait certains objets, quand une odeur lui rappelait son parfum, quand son nom flottait dans son esprit. Sa gorge se serra.

Tommy se mordit la lèvre inférieure. L'évocation de sa mère l'avait bouleversé et il sentait bien qu'il en était de même pour son père. Épuisé et toujours terrorisé, le garçon craqua et s'effondra en larmes. Deux bras se refermèrent autour de lui. Le père et le fils partagèrent pendant de longues minutes ce chagrin qui les ravageait, qui les séparait et les réunissait en même temps. Ils partagèrent cette absence lancinante, ces débuts de phrase lancés par habitude et bien vite coupés, brutalement, comme le fil de vie d'Analyne.

Alors que le garçon se calma enfin, il commença à déverser son histoire à son père. Celui-ci l'écoutait avec patience et sang-froid alors que petit à petit il se disait que son fils avait vraiment sombré, au point d'inventer des histoires abracadabrantes. Il pensait qu'elles lui étaient devenues nécessaires pour donner un sens à ce qu'il voyait et ne comprenait pas : des disparitions brutales, sans autre motif que la malchance. Alors, il inventait des démons, des rats mutants. Andrew devrait parler à Max et lui expliquer que ce n'était pas bon de raconter des choses pareilles à Tommy qui était encore très fragile. Qu'il ne fallait pas rentrer dans son jeu. Quand Tommy raconta sa fuite et ses réflexions de la nuit, lui exposant qu'ils devaient tous les deux partir de Castle Rock le plus vite possible, Andrew le prit par les épaules et le regarda dans les yeux.

« Tommy, c'est ton imagination, tout ça. Et puis, nous ne pouvons pas partir maintenant. J'ai mon travail, nous avons la maison à payer et plus d'argent pour aller ailleurs. Je vois bien que tu es encore très perturbé. Mais il faut que tu te reprennes. »

Tommy sentait la panique le gagner. Évidemment, son père ne le croyait pas. Pire que tout, il le croyait devenu fou. Comment lui faire comprendre? Comment le faire changer d'avis? Il n'eut pas le temps d'y réfléchir que son père se levait et disait d'une voix ferme.

« Allons, prends ton petit déjeuner et je t'emmène à l'école. Tu seras en retard mais je te ferai un mot. Nous reparlerons ce soir. Il faut que j'aille travailler. »

L'adolescent était résigné. Au moins pourrait-il en parler avec Max et peut être trouver une solution pour convaincre Andrew.

Ils n'eurent pas le temps de discuter avant le midi. Emportés par le tourbillon des cours, les deux garçons n'avaient pu qu'échanger un long regard avant de plonger dans une journée rythmée par les interrogations écrites. Ils durent patienter jusqu'à la fin du repas pour trouver un endroit tranquille. Ce fut Max qui lança l'affaire en premier en serrant son ami dans ses bras avant de s'écrier :

« J'ai eu une peur bleue ce matin en ne te voyant pas ! J'ai cru qu'ils t'avaient eu ! Raconte-moi tout ! » fit-il d'une voix pressée.

Tommy soupira. La fatigue l'assommait et pourtant il savait qu'il devait tenir bon et être convaincant. Il resservit donc son histoire par le menu. N'oubliant aucun détail. Expliquant ce qui s'était passé le matin, gardant pour lui l'émotion qui les avaient étreints, son père et lui, à l'évocation de sa mère. Max l'écoutait, médusé.

« Et donc, il te croit fou. Remarque, c'est assez logique de la part d'un adulte. De mon côté, je sais que ça ne sert à rien de vouloir convaincre mes parents. Ils savent des choses mais ne sont pas partis. Je ne pense pas que ton récit y changerait quoi que ce soit. »

Les deux garçons soupirèrent en chœur.

« Si on ne peut pas fuir, que peut-on faire? » demanda Tommy. « Nous ne pourrons pas nous battre seuls. »

Max acquiesça.

« Il faut en savoir encore plus pour savoir comment s'en prémunir. Savoir ce qu'ils veulent pour les éviter et veiller les uns sur les autres. Tu crois qu'on devrait prévenir ceux de la classe? »

« - Comment faire pour qu'ils nous croient? »
« - Certains doivent bien avoir des doutes, c'est pas possible qu'on soit les seuls à se demander ce qu'il se passe ! » s'exclama Max.
« - Oui, mais comment les identifier? Si on en parle à tout le monde, on va vite être catalogués et même les profs seront au courant. »
« - Et si on plaçait une annonce au foyer pour une réunion? Avec des mots clés que seuls ceux qui ont connaissance de ce qui se passe pourraient comprendre? »
« - C'est une bonne idée ! »

Revigorés par cette idée, les deux adolescents purent finir leur journée à peu près sereinement. Rentrés chez Tommy, ils ne firent pas de musique mais rédigèrent leur annonce.

« Thomas ? »
La voix d'Andrew tira les garçons de leur écriture. L'annonce était prête mais ils travaillaient encore sur ce qu'ils allaient dire au cours de cette réunion.

« Dans la salle de musique ! » répondit Tommy. Ils avaient laissé la porte entrouverte afin de pouvoir surveiller les mouvements dans la maison.

Son père poussa la porte et les regarda d'un air étonné.

« - Vous ne jouez pas? Qu'est-ce que vous faites? » demanda Andrew en regardant d'un air suspicieux les feuilles étalées devant les garçons.

Ceux-ci restèrent stoïques. Ils avaient mis des tablatures sur le sol, recouvrant leurs écrits.

« - On travaille sur une nouvelle chanson. Pour le moment on l'étudie. » répliqua Tommy calmement.
« - Oh, d'accord. Hmm, Max, je peux te parler un instant s'il te plaît? » Demanda Andrew.

Max se leva en hochant la tête. Il savait ce que le père de Tommy allait lui dire mais c'était un passage obligé. Il le suivit jusque dans la cuisine. Andrew semblait embarrassé, il ne savait par où commencer et finit par lancer tout à trac.

« -Je m'inquiète pour Tommy. Il raconte des histoires bizarres. Et toi, tu ne l'aides pas en ajoutant foi à ses délires. Je comprends qu'il ait besoin de trouver des explications, même abracadabrantes, aux problèmes qu'il rencontre, mais toi, pourquoi fais-tu ça? Tu ne vois donc pas que c'est lui faire du mal? Ces histoires de rats, de vampires ou de je ne sais quoi, c'est du n'importe quoi ! Tu es un garçon intelligent, tu pourrais lui ouvrir les yeux, mais non, au contraire tu l'enfonces en abondant dans son sens ! Je ne comprends pas! »

Andrew s'était échauffé au fur et à mesure que les paroles sortaient de sa bouche. Il sentait bien que ce qu'il disait était décousu et ne ressemblait en rien au discours d'un parent calme et cartésien. Il paraissait presque aussi hystérique que son fils lui paraissait fou. En face de lui, Max gardait son sang-froid. Il avait décidé d'essayer de convaincre le père de Tommy malgré son échec avec ses propres parents.

« - Monsieur Slavitch, je ne fais pas ça pour enfoncer Tommy ou même en me disant que ainsi ça l'apaisera et le détournera de ses problèmes. Non. Ce que je lui ai dit est vrai. Vous-même n'avez pu passer à côté du comportement étrange des gens de Castle Rock. La ville est morte dès la nuit tombée. Tout le monde se regarde avec suspicion. Nous sommes en plein hiver et celui qui est trop emmitouflé est montré du doigt. Pourquoi? Qu'est-ce que les gens savent, ou soupçonnent, qui les fait agir ainsi? Pourquoi des familles entières semblent disparaître de la ville sans pour autant quitter leur maison? C'est ce que nous cherchons à découvrir avec votre fils. Et ce que nous avons vu est vrai. Peut être que nos explications ne sont pas les bonnes, nous mêmes nous n'en sommes pas vraiment contents, mais il est clair qu'il se trame quelque chose de pas clair. Vous savez, je comprends que vous ne nous croyiez pas. J'ai essayé d'en parler avec mes parents. Là seule chose qu'ils m'ont dit c'est de ne pas sortir la nuit. Ça a été toute la discussion. Ils n'ont pas dit que je racontais des fadaises ou insinué qu'il fallait que j'arrête de regarder la télé. Non. Ils ont dit, tais-toi et ne sors pas la nuit. Ça ne vous paraît pas bizarre à vous? »

Andrew regarda Max d'un air décontenancé. Il s'était attendu à ce que l'adolescent lui donna raison ou même coupa court à la conversation, mais pas à ce qu'il continue à appuyer les dires de son fils. Ni même qu'il en rajouta. Et pourtant. Il ne s'était pas laissé faire, le bougre. Et les points qu'ils soulevaient... Il les avait remarqués. Au début, il avait cru que c'était parce que Thomas et lui étaient nouveaux dans la ville. Mais bien vite, il s'était aperçu que le comportement était général, avec n'importe qui. Voir même plus prononcé avec certaines vieilles familles de Castle Rock. Mais tout cela n'avait aucun sens. Non aucun. Et puis... Ils ne pouvaient pas partir. C'était matériellement impossible. Et il devait y avoir une explication beaucoup plus simple. Tout bêtement des rôdeurs, ou même pire, un violeur. Les victimes se retranchaient dans leur maison et n'osaient plus sortir. Oui. Ça devait être ça. Quant aux rats... Il appellerait la mairie pour demander un assainissement. Ce qu'il expliqua à Max. Celui-ci haussa les épaules et secoua la tête d'un air désabusé.

« -Écoute, Max. Il n'y a pas d'extraterrestre ou de démon tapi en ville. Les seuls démons qu'il y a ce sont les hommes et il est vrai qu'ils sont très dangereux. Écoute tes parents et ne sors pas le soir, ni seul en journée. J'en parlerai avec Tommy aussi mais je compte sur toi pour que cessent ces élucubrations. D'accord? »

Max soupira et hocha la tête. De toute façon, il n'allait pas se mettre le père de Tommy à dos pour ça. Les deux garçons avaient déjà établi leur plan et rien ne les ferait changer d'avis. Autant que personne ne leur mette de bâtons dans les roues. Il rejoignit donc son ami dans la pièce de musique. Quelques notes s'en échappaient, celles d'une ritournelle d'enfant, talisman contre le grand méchant loup. Elle était de circonstance, pensa l'adolescent. D'un pas rapide, il s'assit derrière la batterie et ajouta sa partition à celle de Tommy, qui était à la guitare. Les deux garçons passèrent les minutes suivantes perdus dans un monde de musique où ils évoquèrent la réussite, la douceur, la sécurité. Comme les murs les protégeaient, le son faisait rempart contre un monde extérieur effrayant. Ils créèrent l'illusion que tout allait bien et qu'ils réussiraient. Mais, bien trop vite, vint le moment de se séparer et l'illusion éclata en poignards acérés qui lacérèrent leurs poumons comprimés par l'angoisse. Avec un sourire crispé, ils se quittèrent, chacun retournant à sa solitude familiale.

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MessageSujet: Re: L'ombre   Jeu 29 Oct - 18:02

La nuit fut à peine mieux que la précédente, pourtant Tommy fut debout aux aurores. Ses gestes saccadés trahissaient sa nervosité. Il arriva toutefois à faire bonne figure devant son père, s'obligeant à parler aussi normalement que possible, évitant les sujets sensibles et parvenant même à ébaucher un sourire à une blague. Mais l'adolescent fut soulagé lorsqu'ils se séparèrent, l'un pour aller au travail, l'autre pour l'école. Avec une joie mêlée d'appréhension, le garçon retrouva son camarade. Ils filèrent tout de suite au foyer pour déposer leur affiche. La réunion était prévue pour le lundi qui venait, il ne restait que quelques heures avant le week-end. La journée s'étira en longueur, givrée dans le froid de l'hiver qui s'invitait en ce début novembre. Enfin la sonnerie les libéra après des heures studieuses où les soupçons des professeurs s'apaisèrent. Une mauvaise passe, c'était tout, comme tant d'ados.

« On ne fait rien tant qu'on n'en sait pas plus, d'accord? » Fit Max d'un ton solennel.
« - Oui, on courbe le dos et on voit ce que diront les autres. On passe sous les radars en espérant qu'ILS nous oublient », acquiesça Tommy.

Les deux garçons se dirent au revoir. Le week-end était toujours consacré aux parents (ou inversement selon le point de vue) et ils se voyaient rarement dans ces moments là. Bien que l'inquiétude fut toujours là, cette journée normale leur avait fait du bien et ils rejoignirent leurs maisons respectives avec une certaine sérénité.

Tommy semblait reprendre pied et son père faisait tout ce qu'il pouvait pour le tenir occupé loin de ses pensées néfastes : sorties, jeux, peinture dans la maison, tout était prétexte à faire des choses ensemble, à partager du temps. Cela permettait à Andrew de surveiller son fils discrètement et d'essayer de le comprendre mieux. Ce qui n'était pas évident car celui-ci se refermait dès qu'ils évoquaient des sujets qui pouvaient se rapprocher de leurs problèmes actuels. Andrew avait téléphoné à la mairie, qui avait promis de faire appel à une société de dératisation pour évaluer l'installation de ces bestioles dans les deux quartiers concernés, celui de Samantha et celui de Tommy. Il avait fait aussi quelques recherches sur les potentiels malveillants du voisinage mais n'avait rien trouvé. Aucun délinquant sexuel n'était répertorié dans un rayon de quinze kilomètres autour de Castle Rock. Ce qui ne prouvait évidemment rien puisqu'il pouvait s'agir de quelqu'un qui n'avait encore jamais été pris. Il avait expliqué son hypothèse à son fils mais celui-ci ne l'avait écouté que d'une oreille et n'avait émis aucun commentaire. Visiblement, il ne voulait plus aborder le sujet et avait clos la discussion. Bien ou Mal? Andrew n'arrivait pas à le déterminer. Au moins, le week-end passait à une allure vertigineuse qui convenait tout à fait à Tommy.

Le lundi, la neige recouvrait la ville d'un manteau crémeux. Une dizaine de centimètres. Rien d'extraordinaire ici, mais Tommy s'en extasiait avec une joie toute enfantine. Son ami l'accueillit par une bordée de boules de neige et la bagarre était générale dans la cours de l'école dans les quelques minutes qui précédaient la sonnerie du début des cours. Ragaillardis par cet intermède, les deux garçons attaquèrent leur journée avec entrain. Histoire et mathématiques les emmenèrent loin de leurs préoccupations et ils se plongèrent avec délices dans leur cours de musique. Un rapide repas à midi et ils reprirent place dans leur classe avec de la biologie. A 14h30, leur journée était finie et ils se dirigèrent vers le foyer et la salle qu'ils avait réservée pour leur réunion. Elle sentait le renfermé, peu d'élèves avaient envie de rester après la fin des cours et il n'y avait pas de chauffage. Les deux adolescents restèrent donc avec leurs manteaux et attendirent nerveusement.
Les affiches, sans être explicites, contenaient des mots clés comme « disparitions », « vampires », « rats », ou encore « yeux jaunes ». Sous couvert d'écriture d'une nouvelle dans le thème du fantastique, ils espéraient pouvoir parler franchement à ceux qui viendraient. Les minutes passaient, froides et figées. Lentement, l'angoisse les enserrait. Personne. Personne ne venait. Leurs intestins se nouèrent. Pourquoi? Pourquoi donc? Le prétexte était pourtant intéressant et ils savaient que de nombreux élèves s'essayaient à l'écriture. Avaient-ils eu peur? Avaient-ils su ce qui allait se dire ici et décidé de ne pas venir? Avaient-ils reçu des consignes? Les questions se bousculaient et ils les échangeaint à voix basse, avec crainte. Ils n'avaient jamais imaginé un tel fiasco. Ils s'étaient dit qu'au pire ils auraient deux ou trois intellos qui viendraient discuter littérature. Mais non, rien. Strictement personne.
Au bout d'une demi-heure, ils le prirent comme un signe : ils seraient seuls face à ce défi, à ce danger qui menaçait leur ville et leurs vies. Aucune aide à attendre de nulle part. Les deux garçons étaient glacés, jusqu'au cœur. Dans un long regard, ils exprimèrent leur peur, leur incrédulité et leur solitude. Dans les bras l'un de l'autre, ils laissèrent couler des larmes de dépit.

« Rentrons », fit Tommy.

Max acquiesça et les deux amis prirent le chemin de la grande maison où la salle de musique accueillit l'expression de leurs sentiments. Ils ne pensaient plus, ils vivaient. Se vider, tout rejeter, ne garder que l'essence de leurs émotions. Et la jeter dans leurs instruments.

Andrew les trouva ainsi en rentrant, complétement ailleurs, semblables à deux fantômes jouant dans la pénombre. Ils n'avaient même pas pris la peine d'allumer alors que la nuit était déjà tombée depuis plus d'une heure. Après quelques banalités, le père de Tommy ramena Max chez lui en voiture. Entre le froid et la nuit, les parents avaient décidé de faire ainsi. Aucun n'avait envie de voir trainer son fils seul dehors alors que quelque chose rôdait. Que ce soit un démon ou un violeur. Et comme les enfants avaient fermement fait valoir leur droit, et leur besoin, de se voir, Andrew faisait la navette dès qu'il faisait sombre.

Deux jours plus tard, ils trouvèrent le courage de faire le point.

« Que fait-on? » demanda laconiquement Max.
« - Rien. »
Max le regarda avec étonnement. Tommy poursuivit.
« J'y ai bien réfléchi. On, enfin au moins moi, s'est fait repéré chez Samantha. On ne peut plus y retourner. C'est possible que ce soit pareil pour toi avec Sofien. Du coup, on ne bouge pas. On fait le dos rond. Si ça se trouve, ça en restera là et on se sera fait des illusions, des films. S'il se passe à nouveau quelque chose, on ira voir. On aura de nouveaux éléments. Évidemment, il faut qu'on reste à l'affut du moindre ragot. Tout ce qu'on peut apprendre peut nous aider. Mais il ne faut pas qu'on se fasse remarquer. Pas d'interrogatoire, pas de fouille dans des archives ou quoi que ce soit avant qu'il y ait eu un mouvement en face. On joue la sécurité. Pour nous et nos parents. Pas de contact avec le quartier, pas de sortie le soir. Même pas un ciné en famille, ok? »

Max approuva.

« Je vois ce que tu veux dire. C'est vrai que pour le moment, on ne sait pas grand chose. On prend peut être beaucoup de risques alors que ce n'est rien d'aussi grave qu'on l'imagine. Ça marche comme ça. Profil bas. On agit normalement et on ouvre grand nos oreilles. »

Tommy hocha la tête.

La vie reprit son cours à Castle Rock. Rien ne bougeait et tout se figeait sous le poids de l'hiver. Au point que les deux adolescents en vinrent à douter d'eux-mêmes. Les jours passaient et se ressemblaient sans qu'aucun nouvel élément ne vienne s'ajouter. Jusqu'à ce jeudi de fin mars où le printemps faisait une poussée.

« Slavich?
- Présent !
- Santini ?
- Présent !
- Stanford ?

- Encore absent donc. »

Tommy glissa un regard vers Max. Cela faisait trois jours que Greg n'était pas venu à l'école. Vu la saison, personne ne s'en étonnait vraiment, l'hiver faisait encore des ravages et les maladies étaient encore nombreuses. Pourtant... Trois jours. A moins d'une grippe, c'était long. Ils décidèrent donc qu'il était temps d'agir et d'en savoir plus. Ils iraient tous les deux, à la sortie des cours, prendre des nouvelles de leur camarade et lui apporter ses devoirs. La couverture était parfaite.

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MessageSujet: Re: L'ombre   Lun 19 Nov - 17:20

Ils partirent sous le soleil. Les oiseaux chantaient, annonçant le retour des beaux jours. La neige fondait doucement, ruisselant sur la route. Tout était calme autour d'eux. Greg habitait à deux maisons de celle de Samantha, les deux amis la repérèrent donc facilement. Ils s'arrêtèrent quelques mètres avant et observèrent attentivement la rue ainsi que l'habitation. Plusieurs maisons, dont celles de Samantha et de Greg, avaient leurs volets fermés. Les autres, bien que désertées de leurs habitants, partis travailler, montraient leurs rideaux. Du linge pendait dehors, profitant des rayons du soleil pour sécher à l'air libre. Pas devant les maisons fermées. Elles semblaient inhabitées. Il s'en dégageait une impression d'abandon et une aura de froideur. Tommy et Max s'avancèrent lentement, frissonnant malgré eux. Tommy appuya sur la sonnette qui résonna bruyamment. Pas un mouvements de l'autre côté de la porte. Pas un son. Les deux adolescents se regardèrent et firent demi-tour. Ils allaient devoir trouver un moyen de revenir une fois la nuit tombée.

Ils en discutèrent en prenant le chemin du retour. Pas question d'y aller seul et pas question de renouveler l'expérience du contact. Observation à distance, voilà ce qu'ils décidèrent avec sagesse. Ce qui était bien moins sage, et ils en avaient conscience, c'était qu'ils allaient devoir faire le mur, avec le risque d'être découverts. Et ils allaient devoir sortir au cœur de la nuit, là où ils ne pourraient attendre de secours rapides.

Ils se donnèrent rendez-vous à une heure du matin, les parents de Max se couchant assez tard. Habillé de noir, Tommy sortit discrètement de sa maison en passant simplement par la porte. Son père avait le sommeil lourd et il n'avait pas à craindre qu'il l'entende à cette heure-ci. Il referma la porte d'entrée à clé et se rendit au point de rencontre, le début de la rue Collins. Malgré sa veste fourrée, le froid le transperçait. Gants et bonnet étaient encore de rigueur à cette époque. Noir sur noir, Tommy ne remarqua Max que lorsque celui-ci fut assez prêt pour que la petite lampe qu'il utilisait pour voir où il marchait soit visible. D'un sourire tremblant, les deux garçons se saluèrent puis se mirent en route. Seul le bruit de leurs pas leur parvenait et toutes les maisons étaient plongées dans l'ombre. Ils avaient pensé trouver celles des familles disparues éclairées, confirmant ainsi leur théorie qu'ils vivaient uniquement la nuit. Pourtant, il semblait n'en être rien. Ils s'approchèrent toutefois prudemment, à pas de loup, regardant fréquemment autour d'eux à l'affût des rats aux yeux dorés. Ils ne virent rien. Mais une fois pénétrés dans le jardin, ils purent constater qu'il y avait effectivement de la lumière chez Greg. Simplement, les rideaux étaient tirés, laissant juste passer quelques raies blafards.

Tout doucement, ils se collèrent contre la vitre du salon, essayant de distinguer bruits et mouvements. Par l'entrebâillement des rideaux, ils virent Greg, ses parents et sa sœur assis sur le canapé, comme s'ils regardaient la télévision. Sauf qu'elle était éteinte. Et sur la table basse du salon en plastique transparent rouge était posé un gros rat, de la taille d'un petit caniche, noir comme la nuit et aux yeux dorés qui fixaient les humains devant lui. Enfin humains. Les deux garçons en doutaient mais ils en avaient l'apparence. Leur teint lunaire, la couleur de leur iris et leur immobilité de statue démentaient toutefois cette idée. Les espions en herbe avaient beau tendre l'oreille, ils n'entendaient rien. Ils étaient pourtant sûrs qu'une communication était en cours. Intensément concentrés sur ce qu'il se passait à l'intérieur, ils ne firent pas attention à l'extérieur. De petites lueurs dorées, au nombre de huit, se rapprochaient rapidement. Soudainement, le gros rat sur la table tourna la tête vers la fenêtre, plantant son regard dans celui de Max et Tommy. Les deux adolescents sursautèrent et se reculèrent prestement, découvrant alors avec horreur les quatre ombres qui filaient vers eux. Dans la maison, ils entendirent du mouvement. Tout le monde se précipitait vers la porte d'entrée. Avec un cri de terreur, les deux garçons prirent la fuite, sautant par dessus les adversaires qui arrivaient, heureusement plus petits que le « chef » qui était à l'intérieur. Des couinements de frustration s'élevèrent derrière eux. Des pas se firent entendre quand la famille Stanford se lança à la poursuite de Max et Tommy, précédée par le rat noir.

Neuf poursuivants, rapides et déterminés. Deux jeunes proies effrayées. Les deux amis couraient aussi vite qu'ils pouvaient. Ils avaient pu surprendre les quatre rats qui tentaient de les encercler grâce à leur rapidité de réaction mais ceux-ci étaient désormais sur leurs talons. Le froid brûlaient leurs poumons, leurs souffles étaient audibles et rauques. Bien que jeunes, Tommy et Max n'étaient pas sportifs et à ce moment là, ils le regrettaient bien. Sans se concerter, ils avaient pris la direction de la maison de Tommy, plus proche. Quinze minutes de marche. Peut être cinq en courant. Et ils couraient, puisant dans leur peur de quoi aller encore plus vite. Mais le sol était glissant. Après le dégel de la journée, le froid de la nuit reformait une fine couche de glace, rendant périlleuse leur fuite. Derrière eux, ils entendaient les griffes de leurs poursuivants qui se rapprochaient, agrippant la glace alors qu'eux dérapaient fréquemment. La famille Stanford restait à une distance qui ne les inquiétait pas. Visiblement leur transformation n'avait pas amélioré leurs capacités physiques. Max et Tommy n'avaient pas vraiment le temps de s'en réjouir. Ils tournèrent à gauche pour entrer dans la rue King où habitait Tommy. Max glissa. Son pied droit dérapa et il tomba sur le goudron gelé. Sa cheville se tordit violemment et un glapissement s'échappa de ses lèvres, autant de douleur que de panique. Il se releva aussitôt mais l'un des rats sauta sur sa jambe et planta ses dents acérées dans son mollet. Un nouveau cri traversa l'air nocturne. Un coup de pied de Tommy qui s'était aussitôt arrêté pour aider son ami délogea l'intrus et ils reprirent leur course. Tommy commença à sortir les clés de sa poche alors qu'ils abordaient le porche. La meute était toujours à leur suite. Max attrapa la pelle à déneiger qui était posée à côté de l'entrée et frappa les premiers rats qui arrivèrent, le temps que la porte s'ouvrit. Les deux enfants s'engouffrèrent dans l'entrée et claquèrent le battant, faisant tourner le verrou fébrilement. Essoufflés, ils entendirent les couinements hargneux qui s'élevaient de derrière la porte. Ils craignirent que les Stanford n'essaient de la défoncer ou ne sonnent mais, pour une raison qui leur échappa, ils s'abstinrent. Alors les deux amis montèrent dans la chambre de Tommy, qu'ils fermèrent aussi à clé. Les volets étaient clos. Rassurés, ils s'effondrèrent sur le lit.

« Ça va? Demanda Tommy à son compagnon. Ta cheville? Comment tu te sens? »
Son ton était pressé, inquiet.

«- Ça va, elle est juste tordue. Ça fait mal mais je survivrai. »
Max remonta son pantalon pour évaluer les dégâts sur son mollet. La plaie n'était pas profonde, le jean ayant fait office de tampon. Un peu de sang s'en écoulait toutefois. Max grimaça.

« Tu crois qu'ils ont la rage? Faut peut être que j'aille à l'hôpital pour me faire vacciner? 
- Et comment on va expliquer cette incursion à l'hosto à nos parents? Attends je vais chercher de quoi désinfecter. Si demain matin tu ne te sens pas bien, on ira, on trouvera bien une histoire.
- D'ailleurs qu'est-ce qu'on va dire à ton père au matin? »

Tommy secoua la tête et sortit de sa chambre pour aller dans la salle de bain d'où il ramena du désinfectant ainsi qu'une bande de maintien pour la cheville de Max. Il s'occupa du blessé avant de répondre.

« - Tu ne peux pas ressortir ainsi, même au petit matin, c'est trop dangereux. Il va falloir prévenir tes parents aussi, ils seraient capables d'alerter la police en ne te voyant pas au petit déjeuner. »

Max hocha la tête. D'autant qu'il était toujours le premier levé dans sa famille et que c'était lui qui préparait le repas pour tout le monde.

« On a qu'à dire que je t'ai appelé, en pleine panique paranoïaque et que tu es venu malgré l'interdiction de tes parents. Que tu as glissé et que tu t'es tordu la cheville. On évite de parler de la morsure tant que tu vas bien. D'accord?
- Mouais. Si on explique que Greg est absent depuis plusieurs jours, ton père n'aura pas de mal à croire que tu es reparti dans un délire. Mais ce n'est pas un peu risqué? Il ne va pas t'envoyer voir un psy qui te filera des trucs qui te rendront tout abruti? »

Tommy avait raconté à son meilleur ami ce qu'il s'était passé à la mort de sa mère et comment pendant quelques mois il avait été sous psychotrope pour éviter une tentative de suicide, qui était grandement probable, il le reconnaissait lui-même.

« - Non, pas si je parle normalement et qu'on explique que tu as réussi à me faire revenir à la raison. Mon père me surveillera et m'emmènera peut être voir un psy mais y'a pas de raison pour que ça aille plus loin. Je sais ce que je peux dire. »

Max regarda Tommy dans les yeux pendant quelques secondes avant de hocher la tête en signe d'assentiment. Il était prêt de trois heures quand ils parvinrent à s'endormir, épuisés.

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MessageSujet: Re: L'ombre   Dim 26 Mai - 19:12

Des coups à la porte les réveillèrent. Max alla ouvrir, boitillant. Andrew resta interdit, stupéfait de découvrir Max devant lui. Il passa la tête par l'ouverture et avisa Tommy, qui faisait semblant de dormir.

« Max?! Mais que fais-tu ici? Qu'est-ce qui se passe? »

Le garçon raconta alors l'histoire qu'ils avaint mis au point, la crise de paranoïa et l'apaisement enfin arrivé. Tommy ouvrit les yeux pendant ce monologue et posa un regard contrit mais calme sur son père.

« Tommy, comment ça va?
- Ça va papa. Désolé Max de t'avoir fait venir en pleine nuit, je sais que tu ne dois pas sortir. Ho! Il faut appeler tes parents ! » Fit Tommy d'un air catastrophé.

Andrew descendit tout de suite avec Max et Tommy les entendit téléphoner. Tout se passait comme prévu. Il se rendit à la cuisine et prépara le petit déjeuner. Quand son père et Max revinrent, tout était prêt et chacun mangea silencieusement. Andrew jetait de fréquent regards à son fils mais nota juste sa fatigue apparente. Il semblait calme et quand il lui demanda de raconter sa nuit, Thomas le fit avec un certain détachement, s'excusant encore pour le dérangement. Andrew fut rassuré par son comportement mais il prévint qu'il allait prendre rendez-vous avec le Dr. Thomson, qui l'avait suivi lors de sa dépression. Tommy approuva.

« Je ne devrais pas réagir aussi violemment, tu as raison. Mieux vaut que je le revoie, il y a peut être des choses qui restent à approfondir. »

Andrew fut fier de son fils et de son raisonnement mature. Tommy, lui, était désolé de devoir ainsi mentir à son père mais il n'avait pas le choix. Il glissa un regard vers Max, qui lui parut bien pâle. Quelques gouttes de sueur étaient visibles sur son front.

« Max? Ça va? 
- Oui, j'ai mal à la cheville, c'est tout. » répondit Max d'une voix tendue. En vérité, sa jambe entière le lançait et cela semblait plus venir de sa plaie que de sa foulure.
« - Tu devrais aller voir un médecin, Max, » reprit Andrew, « il ne faudrait pas qu'un ligament soit déchiré. »

Le garçon hocha la tête. Il irait avec ses parents ce soir. Ou bien à l'infirmerie de l'école s'il avait trop mal. D'ailleurs, sur le chemin qui les conduisait en cours, la douleur s'intensifia et il ne put plus poser le pied par terre. Tommy lui servit de béquille. Il était effrayé car avait bien compris qu'une simple cheville tordue ne pouvait faire cet effet là. Il s'inquiétait pour son ami qu'il conduisit directement chez l'infirmière. Thomas raconta que Max était venu chez lui en pleine nuit, se tordant la cheville et se faisant mordre par un rat. Pas la peine de le cacher, ça pourrait nuire à la santé de son ami. Celui-ci semblait de plus en plus mal et avait de la fièvre. L'infirmière renvoya Tommy en cours. Il attendit toute la matinée son retour et à midi finit par aller demander de ses nouvelles. On lui apprit que Max avait été envoyé à l'hôpital. Sous le choc, le jeune garçon se rongeait les sangs. Son ami allait mal et c'était sa faute, il en était persuadé. Les cours restant passèrent dans un brouillard cotonneux et Tommy alla directement à l'hôpital en sortant de classe. Le trajet en bus lui parut interminable. Sur place, l'odeur de désinfectant le prit à la gorge, les lumières blanches l'agressèrent. Il était effaré par le monde qui se trouvait dans le hall d'accueil. Se frayant un chemin jusqu'aux secrétaires, il expliqua qu'il venait voir Max Gallager qui avait été amené ce matin. La femme tapa sur son clavier et finalement lui répondit d'un ton ennuyé.

« Je suis désolée mais vous ne pouvez aller le voir, il est en quarantaine.
- Quoi? Mais qu'est-ce qu'il a?
- Je ne peux pas vous le dire, cette information n'est accessible qu'aux membres de sa famille.
- Ha. Bon. Merci. »

Tommy fit demi-tour d'un air dépité. Il savait qu'il ne servait à rien d'insister et que la femme ne faisait que son travail. Il appellerait donc les parents de Max ce soir. Il rentra chez lui lentement, morose et inquiet. Les heures passèrent, s'étirant avec paresse et Thomas n'arrivait pas à avoir de nouvelle de son ami. Personne ne répondait quand il appelait. Il imaginait que toute la famille était à l'hôpital, rongée par l'angoisse. Il aurait voulu être avec eux pour pouvoir partager sa propre peine. Quand son père rentra, il l'ignora et resta enfermé dans sa chambre, ressassant les évènements de la nuit dernière, se maudissant pour sa témérité. Ils auraient mieux fait de ne pas se mêler de cette histoire. Ils auraient mieux fait de convaincre leurs familles de partir. Ils auraient peut être du fuir tous les deux au moins et révéler aux médias ce qu'il se passait à Castle Rock. Le jeune garçon se redressa soudain sur son lit. Mais oui, bien sûr, si personne dans Castle Rock ne voulait les aider, il devait demander ailleurs. Et qui, mieux que les médias, pouvait relayer une information aussi stupéfiante que la disparition de plusieurs familles dans une petite ville? Mais comment les contacter? Comment les appâter?

Thomas en était là de ses réflexions quand Andrew l'appela pour manger. Un peu rasséréné par cette idée, le jeune garçon descendit dans la cuisine où le repas se déroula dans une ambiance un peu tendue.

« Je n'ai pas vu Max ce soir, il va bien? Demanda Andrew.
- Il est rentré chez lui à cause de sa cheville, répondit son fils. Il avait très mal. J'ai essayé de téléphoner tout à l'heure mais ça ne répondait pas, peut être que ses parents l'ont emmené chez le médecin.
- Oui, c'est plus prudent. Comment s'est passé ta journée? Rien de spécial à l'école?
- Non rien. La routine. »

Thomas avait répondu d'un ton faussement dégagé. Il savait très bien où voulait en venir son père.

« J'ai pris rendez-vous avec le Dr. Thomson. Nous irons le voir demain.
- Demain? S'étonna Tommy.
- Oui, avec le trajet, il a accepté de nous prendre un samedi.
- D'accord... »
La voix du garçon ne transpirait pas l'enthousiasme. Il allait avoir du mal à mettre au point un plan de communication s'il devait déjà réfléchir à ce qu'il allait dire au psychologue. Le dîner fini, Tommy essaya à nouveau d'avoir la famille Gallager, sans plus de succès que ces dernières heures. L'angoisse ne le lâchait pas. Il passa la soirée avec son père devant la télévision mais ne prêta pas attention aux images sur l'écran. Et une fois couché, le sommeil le fuit. Il se tournait dans son lit, froissant les draps en une vaine recherche de repos. La fatigue finit par l'emporter sur la peur à l'heure où la nuit était la plus sombre.

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MessageSujet: Re: L'ombre   Dim 26 Mai - 19:13

Une nouvelle fois, son père le réveilla, lui rappelant leur rendez-vous. Nouveau coup de fil chez Max. Nouvelle déception. Regain d'inquiétude. Thomas inventa un message vocal parlant de l'hospitalisation de Max pour en parler à son père.

« Papa, on peut passer à l'hôpital avant de partir? J'aimerai avoir des nouvelles...
- Désolé, Tommy, mais on n'a pas le temps. On passera au retour si tu veux.
- D'ac'. »

Deux heures de route dans un silence entrecoupé de quelques mots. Une heure d'entretien où Tommy dut biaiser pour en révéler suffisamment sans passer pour un fou. Ensuite, ils allèrent déjeuner, évitant les endroits qu'ils fréquentaient avant leur déménagement afin de ménager les vagues nostalgiques qui les assaillaient. Tout dans la ville de Cheyenne leur rappelait les années de vie à trois et le vide qui les avait envahis depuis la mort de la mère de Thomas. Le déjeuner se passa dans le silence, chacun perdu dans ses souvenirs. Le retour ne fut guère plus vivant.

Comme prévu, Andrew et Thomas s'arrêtèrent à l'hôpital pour s'enquérir de Max. Sur place, c'était la cohue. Le hall d'entrée était envahi de gens qui attendaient, certains l'air las, d'autres s'énervant et apostrophant le personnel médical qui passait, affairé et ne répondant pas aux questions qu'on leur adressait. Devant cette agitation, les deux hommes reculèrent.

« Qu'est-ce qui se passe ici? » S'étonna Andrew.
Un homme qui l'avait entendu répondit.
« - Faut croire que toute la ville a décidé de tomber malade au même moment. Je ne sais pas ce qu'il y a au juste, mais ils mettent tout le monde en quarantaine, ou presque. Ma femme est là à la suite d'une opération et depuis ce matin elle est aussi en quarantaine. Pas moyen de la voir. Ces enfoirés ne veulent rien dire. Je vous conseille de ne pas rester dans les parages. »

Andrew remercia l'homme et il poussa son fils dehors. Ils étaient tous les deux abasourdis et retournèrent à leur voiture comme des automates.

« C'est eux, papa, j'en suis sûr. »
Les mots étaient sortis tout seul et produisirent un électrochoc à Andrew.
« - Une simple épidémie. Le retour de la grippe sûrement. 
- Voyons, papa ! On est en mars, presque en avril ! Et même quand il y a la grippe ils ne mettent personne en quarantaine !
- La rougeole alors, tu sais comme elle fait des ravages chez les adultes !
- Tu crois? »
Tommy était dubitatif mais c'était vrai. En outre, il ne voyait pas bien le rapport entre ce qu'il savait des démons et une quarantaine. Après tout, rien n'avait été dit à propos des autres familles. La dernière partie du trajet s'effectua dans un lourd silence. Ils ne croisèrent qu'une ou deux autres voitures et personne n'était dehors dans leur quartier. A peine rentrés, Thomas essaya d'appeler les Gallager. Toujours rien.

« Papa, tu veux bien m'amener chez eux, s'il te plait? »
Andrew acquiesça. Malgré tout, il était un peu inquiet aussi et n'avait pas envie de laisser son fils seul dans les rues, même en plein jour. Ils reprirent donc la voiture et parcoururent les quelques rues qui les séparaient de la maison de Max. Arrivés devant, ils constatèrent que tout était fermé. Comme plusieurs autres maisons de la rue. Volets clos, rue déserte, ils avaient l'impression d'être dans un film sur la fin du monde. Bien qu'intérieurement effondré, Thomas sortit et alla sonner. Il croisait les doigts et espérait un miracle. Il espérait de tout cœur que ce qu'il croyait n'était qu'un cauchemar et que les parents de Max allaient lui ouvrir. Il priait inconsciemment. « Faites qu'ils soient là. Même si c'est pour me dire que Max est très malade, qu'il ne guérira pas. Faites qu'ils soient là. » Les secondes s'écoulaient, s'allongeaient en minutes. Il sonna plusieurs fois, mais rien ne bougeait. Il se sentait mal. Il imaginait des rats tapis derrière la porte, guettant l'occasion de sortir et de le déchiqueter de leurs petites dents pointues. Il frissonna. Tout à coup, une ombre se posa sur lui, en même temps qu'une main sur son épaule. Il sursauta, laissant échapper un cri de souris.

« Ce n'est que moi, Thomas. Il n'y a personne, viens, rentrons. »

Tommy se laissa guider par son père, totalement abattu. Il faisait tout automatiquement, sous l'impulsion d'Andrew qui essayait de le sortir de sa torpeur. Mais rien n'y faisait. Il avait à nouveau devant lui le Thomas d'il y avait un an, quand sa mère était morte. Apathique. Vide. Et cela dura tout le reste du week-end. Jusqu'à ce que la sonnette d'entrée retentisse, vers vingt et une heure trente le dimanche soir. Andrew et Thomas, assis sur le canapé du salon et regardant un film d'action, sursautèrent de concert en entendant ce bruit incongru. Ils échangèrent un regard. Celui d'Andrew était curieux. Celui de son fils, anxieux. Le père se leva et alla ouvrir alors que Tommy essayait de l'en empêcher.

« Non, papa ! A cette heure-ci, ça ne peut être qu'eux ! »
Son ton était hystérique. Mais quand la porte s'ouvrit et que Max apparut, suivi de sa famille, il resta un instant interdit et une joie sans nom le submergea.

« Max ! Tu vas mieux?! »
Tommy s'apprêtait à prendre son ami dans ses bras quand il remarqua ses yeux, son teint, son manque de réaction. Tommy commença à reculer en murmurant « non, non, non, non ». Son père n'avait rien vu et enjoignit la famille Gallager à entrer à l'intérieur où il faisait meilleur.

« Non ! Papa ! »
Trop tard. Ils avaient passé le seuil et Andrew regarda son fils avec surprise.
« - Voyons, Thomas, c'est Max, qu'est-ce qui ne va pas? Tu devrais être heureux de le voir, toi qui t'inquiétais tant pour lui... »
Mais Tommy, même s'il voulait y croire, voyait bien que ce n'était pas son ami qui était là. Il voyait les parents qui se rapprochaient de son père, il voyait un rat, deux rats qui rentraient par la porte encore ouverte. Il hurla.
« Sauve-toi, papa ! Sauve-toi ! »
Et sans attendre de voir ce qui se passait, il détala, monta les marches quatre à quatre et s'enferma dans sa chambre. Les volets étaient déjà fermés. Il poussa sa commode devant la porte, rajouta son lit, saisit un objet lourd dont il pouvait se servir comme d'une arme, une lampe, et attendit, tremblant. Il n'entendait rien. Pas de bruit de course, pas de cri, personne qui montait. Puis, enfin, l'écho d'une conversation lui parvint. Il ne comprenait pas les mots mais il reconnut la voix de son père. Les autres, il ne put les identifier. Pourtant, il devait s'agir de Max et de ses parents. Enfin, de ce qu'il en restait. Thomas ne comprenait toujours pas ce qu'il se passait exactement en ville, mais quoi que c'était, ça s'était accéléré ce week-end, peut être parce que Max était à l'hôpital. Ça ressemblait de plus en plus à une épidémie, mais une épidémie vivante, intelligente et qui passait par des rats étranges, eux-mêmes intelligents. Il devait y avoir une volonté derrière tout cela, mais laquelle? Tommy ne le savait pas et n'arrivait pas à la concevoir.

Dans un sursaut, il s'aperçut qu'il s'était laissé distraire par ses pensées. Il tendit l'oreille. Silence. Etaient-ils repartis? Avait-il complétement faux et fait une crise de démence? Il hésitait, doutait. Devait-il descendre pour voir ce qui se passait? Il avait peur. Bien trop peur. Il resta donc à monter la garde dans sa chambre, guettant les sons de la maison. De toute façon, s'il avait tort, il le verrait bien le lendemain, au soleil. Il pourrait toujours s'excuser auprès de son père et demander à revoir le Dr. Thomson. Le sommeil finit par s'emparer de lui au petit matin. Assis, les bras croisés sur son lit, Tommy s'endormit. Le chant des oiseaux le tira du gouffre noir où il avait sombré. Le garçon regarda l'heure avec étonnement, déjà dix heures ! Que son père n'ait pas essayé de le lever, qu'il n'ait rien entendu de la nuit ne lui semblait pas un bon présage. Quelques minutes de silence lui confirmèrent que rien ne bougeait dans la maison.

Prudemment, il remit son lit et sa commode en place, l'oreille aux aguets. Puis, tout doucement, il ouvrit sa porte. Tout était plongé dans la pénombre. A pas de loup, Tommy descendit les escaliers. Il vérifia chaque pièce, ouvrant à chaque fois les volets, faisant entrer le soleil à flots. Personne. La voiture de son père était pourtant dehors et pas de post-it collé sur le réfrigérateur lui expliquant son absence. Il ne restait qu'un endroit qu'il n'avait pas visité, la cave. A cette idée, ses poils se dressèrent sur ses bras et son cœur s'emballa. Mais il devait être sûr. Armé d'une lampe torche, il posa la main sur la poignée de la porte menant à la cave. Elle était blanche. Ce détail lui sauta aux yeux alors qu'il hésitait à appuyer. Lentement, très lentement, la poignée s'abaissa. Il alluma la torche. Et tira la porte d'un coup, laissant la lumière pénétrer dans les escaliers. Des cris, une débandade de pattes griffues. Il eut à peine le temps d'apercevoir les dizaines de rats qui étaient sur les marches que ceux-ci s'étaient réfugiés dans l'ombre de la cave et qu'il avait claqué la porte, violemment. Son cœur battait à tout rompre. Des larmes coulaient sur ses joues. Appuyé au battant, il se laissa tomber par terre. De gros sanglots le secouaient. Tommy ne savait pas où était son père mais il était sûr d'une chose, s'il le revoyait ça ne serait pas vraiment lui. Il n'avait plus rien. Plus personne. D'un pas lourd, il se dirigea vers le bureau de son père. Là, il fouilla dans les tiroirs, en tirant un révolver et une boite de cartouches. En remontant dans sa chambre, il chargea l'arme. Son père lui avait appris à s'en servir pour éviter un accident.

Tommy entra dans sa chambre et verrouilla la porte. Assis sur son lit, il regardait par la fenêtre. Une belle journée. Le chant des oiseaux étaient le seul signe de vie. Il ne pouvait croire qu'il était le seul survivant de la ville. Et pourtant, c'était l'impression qui se dégageait. Thomas ouvrit la fenêtre. Pas un bruit de moteur, pas un cri provenant du jardin d'enfants pourtant à moins d'une centaine de mètres. Son cœur se serra. Il pouvait encore fuir, quitter Castle Rock avant la nuit. Informer les médias, la police, le centre des maladies infectieuses... Eviter que cela se propage à d'autres villes.
Etait-ce possible ?

L'adolescent envisagea sérieusement cette option. Pour sortir de la ville, il lui faudrait bien une heure et demie, s'il pouvait récupérer son vélo dans le cabanon du jardin. Ensuite, il lui faudrait encore trois heures avant d'atteindre la prochaine localité. Et, une fois sur place, comment faire ? Qui contacter ? Qui le croirait et ne le ramènerait pas directement ici ? Il pensa à sa grande-tante Kate, qui n'avait jamais porté Andrew dans son cœur. Peut-être accepterait-elle de l'héberger ? Mais elle habitait San Diego et il n'avait que dix dollars en poche.

De toute façon, même s'il y arrivait, même s'il convainquait les médias, il avait plus de chance de voir l'armée débarquer et raser la ville que de voir les médecins sauver les habitants transformés. Un sanglot le secoua et les larmes se remirent à couler sur ses joues. Il pensa à sa mère. Elle lui manquait tant. Il avait essayé de tenir le coup pour son père. Et maintenant... Il n'était plus là non plus. Tommy se demanda où était l'âme de son père. Prisonnière des démons ? Il espérait que non. Elevé dans une foi simple et rassurante, le garçon pensait que sa mère l'attendait au ciel, que son père la rejoindrait bientôt, si ce n'était déjà fait. Un sourire éclaira le visage de Thomas. Ici, rien ne le retenait. Tout lui faisait mal. Il pouvait essayer de fuir et de faire bouger les choses mais il ne retrouverait jamais ses parents dans ce monde-ci. Il pouvait aussi ouvrir la porte et descendre à la cave se livrer aux démons. Il rejoindrait peut-être ainsi son père. Mais l'espèce de non-vie qui semblait être le destin des gens transformés l'effrayait encore plus que l'idée de vivre seul. Lui restait une dernière solution. Facile et simple.

Thomas contempla l'arme qu'il tenait. Dans un premier temps, il l'avait prise pour pouvoir se défendre. Maintenant... Elle lui offrait la possibilité de se défaire de toutes ses angoisses, de ses remords, de cette vie terrifiante qui s'ouvrait devant lui. La sérénité s'empara de lui, en même temps qu'il prenait sa décision. Certes, il ne sauverait pas le monde. Mais il n'y pensait pas. Il imaginait sa mère dans une lumière éclatante lui ouvrant les bras. Un doux sourire apparut sur son visage. Son bras se leva. Le canon froid de l'arme se plaqua sur sa tempe.

La détonation résonna dans la grande maison mais rien ne bougea. Dans la cave, des centaines d'yeux d'or brillaient et une rumeur, soulagement et dépit, se répandit en un bruissement.

Dehors, les oiseaux s'étaient tus et le temps s'était cristallisé.

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