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 Le silence de la neige.

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Lilith
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MessageSujet: Le silence de la neige.   Lun 24 Mar - 12:46

Le silence de la neige.



Chambre 2204.
Le temps est blanc. La lumière blafarde du soleil d’hiver éclaire la rue des toits aux balcons et des lampadaires aux trottoirs. Et tout semble blanc, un monde figé sous une mince pellicule de givre. Un silence assourdissant peuple les rues vides, là-bas, dehors. Mica se détourne de la fenêtre, et d’un pas mou se traine jusqu’au lit en fer au milieu de la petit chambre. Il regarde un moment ses mains, elles sont pales et sillonnées de veines bleutées, mais saines et fortes. Il jette un coup d’œil à la fenêtre. Il neige à présent, il le voit à travers les barreaux noirs. Puis, il lève les yeux vers la caméra de sécurité fixée au plafond et plonge son regard bleu dans l’œil artificiel.


Laboratoire de recherche.
Avec un profond soupir de fatigue, Marc repousse le microscope et renverse sa tête en arrière, les mains sur ses yeux rouges et fatigués. Des mois de recherche dans ce laboratoire haut de gamme, et aucun résultat. Des cellules flottent devant ses yeux fermés, comme une armée miniature, à l’assaut de ses pensées. Malgré son travail acharné, sur la lame qu’il observe, les globules continuent de mourir irrémédiablement. Marc se masse les tempes du bout des doigts avant de se pencher à nouveau sur son échantillon. Quoiqu’il tente, les cellules sous ses yeux finissent toujours par être attaquées par les nanomachines injectées au plasma sanguin et dégénèrent, lentement calcifiées, entrainant la mort des tissus et de l’hôte. Un coup d’œil à sa montre lui indique vingt-deux heures passées. Ses bras sont lourds et sa tête bourdonne alors qu’il se lève pour remplir sa tasse de café, chaud et amer. Il se masse le creux des reins pendant que liquide refroidit et observe le mur opposé. Des dizaines d’écrans s’étalent sur la surface nue. Il scrute les images des petites chambres qui s’étalent devant ses yeux. Il sait que leurs occupants le regardent aussi, sans le voir, quand il travaille. Il sent leur regard malade et fiévreux sur sa nuque alors qu’il cherche jour après jour un remède. En vain. Le regard toujours fixé sur les écrans de contrôle, le chercheur se souvient. La révolution tient en un seul mot : nanomachines. Un concentré de technologie de la taille d’une cellule humaine, injecté en masse dans le corps. En moins de quatre ans la plupart des virus succombent à l’efficacité de ces parasites d’aciers, que l’on appelle maintenant les bots. Le sida, les cancers, rien ne leur résiste.  Aujourd’hui, dans le laboratoire en sous-sol d’un blanc médicalisé, le sourire de Marc n’est plus qu’un rictus où la désillusion le dispute à l’inquiétude. Mille trois cent cinq jours après l’injection des premières nanomachines, les calcifications commencent. Quarante-sept pour cent de la population succombe à la dégénérescence des bots. Et le voilà aujourd’hui, dans la cave d’un grand hôpital à chercher en vain la solution pour sauver les malades qui peuplent les étages au-dessus de lui. Le chercheur attrape sa tasse de café brulant et la porte à ses lèvres. Le breuvage est puissant et lui arrache une grimace. Il se détourne des écrans pour chercher du sucre. Quelque part sur le mur d’images, où se succèdent des chambres et des malades, une porte s’ouvre et se referme sans bruit. Marc retourne à son microscope et la nuit file en silence.



Chambre 2204.
Avec un ultime regard pour la caméra de sécurité, Mica entrebâille l’unique  porte de sa chambre. Le profil d’une infirmière passe devant lui. Il retient sa respiration jusqu’à ce qu’elle disparaisse à l’angle du couloir et se faufile hors de sa prison aseptisée. Où ira-t-il ce soir ? Il laisse son esprit déambuler dans les couloirs sombres, une main effleurant le mur, comme un fil d’Ariane invisible pour le chemin du retour. L’étage est vide, Mica est le seul patient de cette section. Il l’a explorée de fond en comble, nuit après nuit, mais à part l’infirmière qui passe le voir deux fois par jour, Mica est seul. Ils l’ont surement oublié, tous les médecins qui venaient le voir avant, quand la maladie s’est répandue. L’enfant regarde à nouveau ses mains puis, une résolution nouvelle dans son regard délavé, entame son exploration nocturne. Prudemment il pousse la porte de l’escalier de service. Son cœur bat la chamade. « Faites que je rencontre quelqu’un », pense-t-il en amorçant sa descente.

Les marches s’enfoncent dans la pénombre. Mica descend, encore et encore, chaque pas une épreuve et une libération. Une mince ligne lumineuse s’étire sous une porte, l’attirant ainsi qu’un papillon de nuit. Il pose une main sur le battant, doucement, comme s’il caressait un animal sauvage et craintif, puis saisit la poignée et la tire. La lumière crue des néons se déverse dans la cage d’escalier. Il y a du bruit, des cliquetis, des paroles qu’il ne comprend pas. Il s’avance dans le couloir, ébloui, intimidé, avide. Ses yeux se posent partout, il voit, respire et ressent mille choses inconnues à la fois. Une porte claque, le garçon se colle contre la porte à présent fermée et écoute un bruit de pas venir vers lui. Son cœur s’emballe à nouveau. Il y a une autre porte en face de lui, identique à celle de sa chambre. Il guette de l’oreille en réfléchissant à toute vitesse. Il n’est pas sûr d’avoir le droit d’être ici. Il fronce les sourcils sous la concentration. Les pas s’arrêtent, une porte grince, Mica s’élance. Le battant glisse sans bruit et le propulse dans une petite pièce sombre. Pendant un instant, le jeune garçon hésite. La caméra de sécurité face à la porte le regarde avec intérêt. Un mouvement  attire son regard et bloque son souffle dans sa petite poitrine. Il y a quelqu’un dans le lit près de la fenêtre. Sur la pointe de ses pieds nus, Mica s’avance. Dans le lit, quelque chose remue doucement. Il tend la main et rabat les couvertures avec une douceur extrême. Deux yeux marrons le fixent, effrayés et immenses dans l’obscurité ambiante.

- Qui êtes-vous ? demande les yeux dans un murmure.

- Mica. Je viens de l’étage au-dessus.

- Il n’y a personne à l’étage au-dessus, répond l’autre en se redressant tant bien que mal en position assise.

- Eh bien, il y a moi. Comment tu t’appelles ?

Mica sourit de toutes ses dents, il a rencontré quelqu’un. C’est la première fois, depuis qu’il est arrivé à l’hôpital qu’il voit quelqu’un d’autre que les infirmières qui font les rondes.

- Je m’appelle Arthur, répond l’autre garçon. Qu’est-ce que tu fais hors de ta chambre ?

Avec ses cheveux blonds qui lui tombent sur les épaules, Mica se dit qu’Arthur ressemble à un soleil. Il est tout petit sous les épaisses couvertures et semble frêle comme un oiseau tombé du nid. Mica ressent une bouffée d’amitié pour cet autre au teint pâle qui le regarde avec curiosité.

- J’aime bien me promener. Tu veux venir avec moi ? demande-t-il plein d’espoir, s’élançant déjà vers la sortie.

Le visage d’Arthur se voile, il baisse les yeux et sors ses mains, cachées sous les draps. Elles sont aussi blanches que de la craie mais le bout de ses doigts, lui, est gris. Il effleure ses phalanges mortes du plat de sa main encore saine et lève en regard d’excuse vers Mica qui regarde sans comprendre.

- Je ne peux pas venir avec toi. Je ne peux pas marcher. Mes jambes… elles sont…

- Tu es malade ? Pourquoi on ne t’injecte pas de nanomachines ?

- Je … Mais enfin, c’est ridicule, s’énerve Arthur incrédule. C’est à cause des nanomachines que je ne peux plus marcher ! Elles se solidifient et … elles sont en train de me tuer.

Mica recule légèrement devant la colère de son nouvel ami. Il ne comprend pas, les bots l’ont sauvé lui. Avec des mouvements lents et précautionneux il s’avance et s’assoit à côté du garçon malade.

- Je peux voir tes jambes ? demande-t-il.

Arthur fait oui de la tête et repousse les couvertures. Ses jambes sont grises et raides des doigts de pieds jusqu’aux genoux. Mica ouvre de grands yeux. Il tend une main et effleure la peau du garçon, il a l’impression de toucher un mur froid et sec.

- Tu as mal ?

- Non, répond Arthur avec résignation. Je ne sens plus rien.

- Moi aussi on m’a injecté des bots, mais c’était il y a très longtemps. On dirait que les gens ont oublié que j’étais ici.

- Tu es là depuis longtemps ?

- Je crois que j’ai toujours été ici, répond Mica avec un sourire. Je me rappelle que les docteurs parlaient d’une maladie, dans mon sang. Alors on m’a amené ici pour me mettre des nanomachines, j’ai été très malade et les médecins ne sont plus venus. Mais regarde, lance-t-il en sautant du lit, je suis guéri maintenant. Alors on va se promener ?!

Arthur tourne la tête vers la fenêtre. Il neige de plus en plus fort dehors. Les flocons s’entassent autour des barreaux. Il serre les poings et plante son regard dans les yeux bleus qui attendent sa réponse.

- Allons-y ! Allons sur le toit, pour voir la neige.



Laboratoire de recherches.
Un nouveau coup d’œil à sa montre, minuit n’est plus très loin. Marc se passe une main sur le visage. Il est difficile de se rendre compte du temps qui passe quand on reste sous terre chaque nuit. Mais le temps file inexorablement, et lui fait du sur place depuis des semaines. Le chercheur se lève de sa chaise inconfortable d’un mouvement lourd, la faisant racler au sol. Il remet du café à chauffer et se dirige vers le petit frigidaire en quête de quelque chose à grignoter. Il farfouille entre les yaourts, les restes de soupe et les échantillons abandonnés quand une fiole attire son attention. Elle est toute seule dans sa boite et brille d’un rouge éclatant à travers le plastique. Marc la sort du frigo et regarde attentivement l’étiquette. « M.C. 2017 ». Il hausse un sourcil stupéfait. 2017. L’année des premières injections de bots, plus de cinq ans auparavant. Marc lâche un soupir las. Après tout, au point où il en est, autant examiner le sang contenu dans la fiole et la classer. Il retourne à son ordinateur et entre l’année et les initiales dans la base de données. Aussitôt un dossier s’ouvre. « Mica Clark, né 2015, leucémie aiguë type lymphoblastique. Echantillon en cours d’analyse après injection ». Marc sort une lame, une seringue et son matériel avant de prélever une goutte du sang dans la fiole. Lorsque la lame est prête, il la dépose sur le plateau de son microscope. Il commence alors son examen avant de se rejeter brutalement en arrière. Les mains tremblantes, il pianote sur le clavier pour ouvrir le dossier clignotant. 2017. Un examen ultra rapide, un seul coup d’œil en fait, et il est sûr de lui. Le sang qu’il observe est sain. Les nanomachines semblent normales, comme mises en pause. Il retourne vers le microscope. Aucune calcification des cellules sanguines. 2017. Un patient sain. Le dossier indique une chambre dans un étage juste au-dessus de lui. Marc sent son esprit s’emballer et il se tord les mains d’excitation et de peur mêlées. Il se retourne vivement pour regarder le mur de caméra de sécurité. Chambre 2204. Il scrute les images. Chambre 2204. Son cœur rate un mouvement, elle est là, dans le coin en bas à gauche. Elle est vide. Marc se retourne vers l’ordinateur. Aucun rapport de sortie pour cette chambre. Sans un autre regard pour le microscope ou les vidéos de surveillance, Marc s’élance vers l’ascenseur.



Toit de l’hôpital Henry Ford, Détroit, USA.
Mica raffermit sa prise sur les cuisses d’Arthur, agrippé à son dos. Le souffle court, projetant de petits nuages blancs devant lui, il gravit les dernières marches en béton. Le ciel explose au-dessus de lui. Le monde est blanc. Il dépose doucement Arthur au sol, et tend son visage vers le ciel. Le sol est froid, le vent aussi, et les flocons sont autant de petites piqures moelleuses sur son visage.

- Je n’avais jamais touché la neige, avoue-t-il. Tout est si blanc.

Derrière lui Arthur sourit et rigole en même temps. Les joues rouges, il retourne s’asseoir près de son ami, et prend délicatement ses mains malades dans les siennes. Les heures défilent autour d’eux dans le froid. Un silence ouaté les entoure. La neige continue de tomber.

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Dernière édition par Lilith le Mar 1 Avr - 15:51, édité 1 fois
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Aligby
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MessageSujet: Re: Le silence de la neige.   Lun 24 Mar - 13:30

Tu as une très belle écriture, très fluide et enlevée. Tu mènes ton histoire avec ce qu'il faut pour tenir en haleine ton lecteur jusqu'au bout de ce petit texte qui se lit d'une traite. Il me faudra peut-être une re-lecture pour te faire un commentaire plus construit, mais c'est en tout cas mon impression à chaud.

Je n'ai noté qu'une seule anicroche : le café dont tu dis deux fois coup sur coup qu'il est amer sans que cela n'intensifie véritablement l'effet d'amertume que tu veux souligner.

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Lilith
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MessageSujet: Re: Le silence de la neige.   Mar 1 Avr - 15:50

Merci pour ton commentaire et ton œil averti. En effet il y a redondance avec le café et je ne l'avais pas vu (surement pq je n'en bois pas Heureux ).
Je le corrige du coup.

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MessageSujet: Re: Le silence de la neige.   Mar 29 Avr - 22:03

Bonjour Lilith et merci pour le partage. Je me suis permis de te faire une petite correction et de te proposer quelque retouches pour ta nouvelle. Celles-ci sont bien évidemment à prendre ou à laisser, et nous pourrons en discuter ici ou en privée si tu penses qu'il est nécessaire de le faire. Je te laisse un commentaire sur ce que j'ai pensé du texte à la suite de la citation (;

Lilith a écrit:
Le silence de la neige.



Chambre 2204.
Le temps est blanc. La lumière blafarde du soleil d’hiver éclaire la rue des toits aux balcons et des lampadaires aux trottoirs. Et tout semble blanc [répétition du mot "blanc"], un monde figé sous une mince pellicule de givre. [Je pense que tu insistes trop sur le fait qu'il va neiger dehors, ça ton introduction vraiment lourde] Un silence assourdissant peuple les rues vides, là-bas, dehors. Mica se détourne de la fenêtre, et d’un pas mou se traine [traîne] jusqu’au lit en fer au milieu de la petit[e] chambre. Il regarde un moment ses mains, elles sont pales et sillonnées de veines bleutées, mais saines et fortes. Il jette un coup d’œil à la fenêtre. Il neige à présent, il le voit à travers les barreaux noirs. Puis, il lève les yeux vers la caméra de sécurité fixée au plafond et plonge son regard bleu dans l’œil artificiel.


Laboratoire de recherche.
Avec un profond soupir de fatigue, Marc repousse le microscope et renverse sa tête en arrière, les mains sur ses yeux rouges et fatigués. Des mois de recherche dans ce laboratoire haut de gamme, et aucun résultat. Des cellules flottent devant ses yeux fermés, comme une armée miniature, à l’assaut de ses pensées. Malgré son travail acharné, sur la lame qu’il observe, les globules continuent de mourir irrémédiablement. Marc se masse les tempes du bout des doigts avant de se pencher à nouveau sur son échantillon. Quoiqu’il tente, les cellules sous ses yeux finissent toujours par être attaquées par les nanomachines injectées au plasma sanguin et dégénèrent, lentement calcifiées, entrainant la mort des tissus et de l’hôte. Un coup d’œil à sa montre lui indique vingt-deux heures passées. Ses bras sont lourds et sa tête bourdonne alors qu’il se lève pour remplir sa tasse de café, chaud et amer. Il se masse le creux des reins pendant que [le] liquide refroidit et observe le mur opposé. Des dizaines d’écrans s’étalent sur la surface nue. Il scrute les images des petites chambres qui s’étalent devant ses yeux. Il sait que leurs occupants le regardent aussi, sans le voir, quand il travaille. Il sent leur regard malade et fiévreux sur sa nuque alors qu’il cherche jour après jour un remède. En vain. Le regard toujours fixé sur les écrans de contrôle, le chercheur se souvient. La révolution tient en un seul mot : nanomachines. Un concentré de technologie de la taille d’une cellule humaine, injecté en masse dans le corps. En moins de quatre ans la plupart des virus succombent à l’efficacité de ces parasites d’aciers, que l’on appelle maintenant les bots. Le sida, les cancers, rien ne leur résiste.  Aujourd’hui, dans le laboratoire en sous-sol d’un blanc médicalisé, le sourire de Marc n’est plus qu’un rictus où la désillusion le dispute à l’inquiétude. Mille trois cent cinq jours après l’injection des premières nanomachines, les calcifications commencent. Quarante-sept pour cent de la population succombe à la dégénérescence des bots. Et le voilà aujourd’hui, dans la cave d’un grand hôpital à chercher en vain la solution pour sauver les malades qui peuplent les étages au-dessus de lui. Le chercheur attrape sa tasse de café brulant et la porte à ses lèvres. Le breuvage est puissant et lui arrache une grimace. Il se détourne des écrans pour chercher du sucre. Quelque part sur le mur d’images, où se succèdent des chambres et des malades, une porte s’ouvre et se referme sans bruit. Marc retourne à son microscope et la nuit file en silence.



Chambre 2204.
Avec un ultime regard pour la caméra de sécurité, Mica entrebâille l’unique  porte de sa chambre. Le profil d’une infirmière passe devant lui. Il retient sa respiration jusqu’à ce qu’elle disparaisse à l’angle du couloir et se faufile hors de sa prison aseptisée. Où ira-t-il ce soir ? Il laisse son esprit déambuler dans les couloirs sombres, une main effleurant le mur, comme un fil d’Ariane invisible [invisible est en trop ici] pour le chemin du retour. L’étage est vide, Mica est le seul patient de cette section. Il l’a explorée de fond en comble, nuit après nuit, mais à part l’infirmière qui passe le voir deux fois par jour, Mica est seul. Ils l’ont surement oublié, tous les médecins qui venaient le voir avant, quand la maladie s’est répandue. L’enfant regarde à nouveau ses mains puis, une résolution nouvelle dans son regard délavé, entame son exploration nocturne. Prudemment il pousse la porte de l’escalier de service. Son cœur bat la chamade. « Faites que je rencontre quelqu’un », pense-t-il en amorçant sa descente.

Les marches s’enfoncent dans la pénombre. Mica descend, encore et encore, chaque pas une épreuve et une [remplace "et une" par une virgule, c'est moins "encombrant" pour le lecteur] libération. Une mince ligne lumineuse s’étire sous une porte, l’attirant ainsi qu’un papillon de nuit. Il pose une main sur le battant, doucement, comme s’il caressait un animal sauvage et craintif, puis saisit la poignée et la tire. La lumière crue des néons se déverse dans la cage d’escalier. Il y a du bruit, des cliquetis, des paroles qu’il ne comprend pas. Il s’avance dans le couloir, ébloui, intimidé, avide. Ses yeux se posent partout, il voit, respire et ressent mille choses inconnues à la fois. Une porte claque, le garçon se colle contre la porte à présent fermée et écoute un bruit de pas venir vers lui. Son cœur s’emballe à nouveau. Il y a une autre porte en face de lui, identique à celle de sa chambre. Il guette de l’oreille en réfléchissant à toute vitesse. Il n’est pas sûr d’avoir le droit d’être ici. Il fronce les sourcils sous la concentration. Les pas s’arrêtent, une porte grince, Mica s’élance. Le battant glisse sans bruit et le propulse dans une petite pièce sombre. Pendant un instant, le jeune garçon hésite. La caméra de sécurité face à la porte le regarde avec intérêt. Un mouvement  attire son regard et bloque son souffle dans sa petite poitrine. Il y a quelqu’un dans le lit près de la fenêtre. Sur la pointe de ses pieds nus, Mica s’avance. Dans le lit [répétition du mot "lit"], quelque chose remue doucement. Il tend la main et rabat les couvertures avec une douceur extrême. Deux yeux marrons le fixent, effrayés et immenses dans l’obscurité ambiante.

- Qui êtes-vous ? demande les yeux dans un murmure.

- Mica. Je viens de l’étage au-dessus.

- Il n’y a personne à l’étage au-dessus, répond l’autre en se redressant tant bien que mal en position assise.

- Eh bien, il y a moi. Comment tu t’appelles ?

Mica sourit de toutes ses dents, il a rencontré quelqu’un. C’est la première fois, depuis qu’il est arrivé à l’hôpital qu’il voit quelqu’un d’autre que les infirmières qui font les rondes.

- Je m’appelle Arthur, répond l’autre garçon. Qu’est-ce que tu fais hors de ta chambre ?

Avec ses cheveux blonds qui lui tombent sur les épaules, Mica se dit qu’Arthur ressemble à un soleil. Il est tout petit sous les épaisses couvertures et semble frêle comme un oiseau tombé du nid. Mica ressent une bouffée d’amitié pour cet autre au teint pâle qui le regarde avec curiosité.

- J’aime bien me promener. Tu veux venir avec moi ? demande-t-il plein d’espoir, s’élançant déjà vers la sortie.

Le visage d’Arthur se voile, il baisse les yeux et sors ses mains, cachées sous les draps. Elles sont aussi blanches que de la craie mais le bout de ses doigts, lui, est gris. Il effleure ses phalanges mortes du plat de sa main encore saine et lève en [un] regard d’excuse vers Mica qui regarde sans comprendre.

- Je ne peux pas venir avec toi. Je ne peux pas marcher. Mes jambes… elles sont…

- Tu es malade ? Pourquoi on ne t’injecte pas de nanomachines ?

- Je … Mais enfin, c’est ridicule, s’énerve Arthur incrédule. C’est à cause des nanomachines que je ne peux plus marcher ! Elles se solidifient et … elles sont en train de me tuer.

Mica recule légèrement devant la colère de son nouvel ami. Il ne comprend pas, les bots l’ont sauvé lui. Avec des mouvements lents et précautionneux il s’avance et s’assoit à côté du garçon malade.

- Je peux voir tes jambes ? demande-t-il.

Arthur fait oui de la tête et repousse les couvertures. Ses jambes sont grises et raides des doigts de pieds jusqu’aux genoux. Mica ouvre de grands yeux. ["grand les yeux" plutôt] Il tend une main et effleure la peau du garçon, il a l’impression de toucher un mur froid et sec.

- Tu as mal ?

- Non, répond Arthur avec résignation. Je ne sens plus rien.

- Moi aussi on m’a injecté des bots, mais c’était il y a très longtemps. On dirait que les gens ont oublié que j’étais ici.

- Tu es là depuis longtemps ?

- Je crois que j’ai toujours été ici, répond Mica avec un sourire. Je me rappelle que les docteurs parlaient d’une maladie, [la virgule casse la phrase un peu brutalement] dans mon sang. Alors on m’a amené ici pour me mettre des nanomachines, j’ai été très malade et les médecins ne sont plus venus. Mais regarde, lance-t-il en sautant du lit, je suis guéri maintenant. Alors on va se promener ?!

Arthur tourne la tête vers la fenêtre. Il neige de plus en plus fort dehors. Les flocons s’entassent autour des barreaux. Il serre les poings et plante son regard dans les yeux bleus qui attendent sa réponse.

- Allons-y ! Allons sur le toit, pour voir la neige.



Laboratoire de recherches.
Un nouveau coup d’œil à sa montre, minuit n’est plus très loin. Marc se passe une main sur le visage. Il est difficile de se rendre compte du temps qui passe quand on reste sous terre chaque nuit. Mais [sans le "Mais", la phrase est plus fluide] le temps file inexorablement, et lui fait du sur place depuis des semaines. Le chercheur se lève de sa chaise inconfortable d’un mouvement lourd, la faisant racler au sol. Il remet du café à chauffer et se dirige vers le petit frigidaire en quête de quelque chose à grignoter. Il farfouille entre les yaourts, les restes de soupe et les échantillons abandonnés quand une fiole attire son attention. Elle est toute seule dans sa boite et brille d’un rouge éclatant à travers le plastique. Marc la sort du frigo et regarde attentivement l’étiquette. « M.C. 2017 ». Il hausse un sourcil stupéfait. 2017. L’année des premières injections de bots, plus de cinq ans auparavant. Marc lâche un soupir las. Après tout, au point où il en est, autant examiner le sang contenu dans la fiole et la classer. Il retourne à son ordinateur et entre l’année et les initiales dans la base de données. Aussitôt un dossier s’ouvre. « Mica Clark, né 2015, leucémie aiguë type lymphoblastique. Echantillon en cours d’analyse après injection ». Marc sort une lame, une seringue et son matériel avant de prélever une goutte du sang dans la fiole. Lorsque la lame est prête, il la dépose sur le plateau de son microscope. Il commence alors son examen avant de se rejeter brutalement en arrière. Les mains tremblantes, il pianote sur le clavier pour ouvrir le dossier clignotant. 2017. Un examen ultra rapide, un seul coup d’œil en fait, et il est sûr de lui. Le sang qu’il observe est sain. Les nanomachines semblent normales, comme mises en pause. Il retourne vers le microscope. Aucune calcification des cellules sanguines. 2017. Un patient sain. Le dossier indique une chambre dans un étage juste au-dessus de lui. Marc sent son esprit s’emballer et il se tord les mains d’excitation et de peur mêlées. Il se retourne vivement pour regarder le mur de caméra de sécurité. Chambre 2204. Il scrute les images. Chambre 2204. Son cœur rate un mouvement, elle est là, dans le coin en bas à gauche. Elle est vide. Marc se retourne vers l’ordinateur. Aucun rapport de sortie pour cette chambre. Sans un autre regard pour le microscope ou les vidéos de surveillance, Marc s’élance vers l’ascenseur.



Toit de l’hôpital Henry Ford, Détroit, USA.
Mica raffermit sa prise sur les cuisses d’Arthur, agrippé à son dos. Le souffle court, projetant de petits nuages blancs devant lui, il gravit les dernières marches en béton. Le ciel explose au-dessus de lui. Le monde est blanc. Il dépose doucement Arthur au sol, et tend son visage vers le ciel. Le sol est froid, le vent aussi, et les flocons sont autant de petites piqures moelleuses sur son visage.

- Je n’avais jamais touché la neige, avoue-t-il. Tout est si blanc.

Derrière lui Arthur sourit et rigole en même temps. Les joues rouges, il retourne s’asseoir près de son ami, et prend délicatement ses mains malades dans les siennes. Les heures défilent autour d’eux dans le froid. Un silence ouaté les entoure. La neige continue de tomber.

C'est une très belle nouvelle, j'ai vraiment pris du plaisir à la lire. Mica est un personnage mignon et attachant, j'aime son envie de vouloir voir d'autres choses, de ne pas réussir à tenir en place. Tu as une écriture très fine, mais qui est parfois un peu lourde, je m'explique : tu t'attardes trop souvent sur des détails qui n'ont pas d'importances dans la suite de ton texte, et il arrive que cela puisse gêné si tu en abuses.

J'ai apprécié ce choix d'avoir l'image du chercheur et des enfants découpés de cette manière, simple et efficace. On sait ou tu nous mènes, un peu comme dans un bon film ou les transitions mettent en haleine les spectateurs.

J'ai vraiment envie de savoir ce qu'il va ce passer après, et de ce fait je pense que ta chute est réussie. Tu vas nous proposer une suite ?

Merci d'avoir partagé !

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MessageSujet: Re: Le silence de la neige.   Jeu 8 Mai - 0:52

Merci d'avoir lu Heureux
Certaines corrections proposées étaient très justes, je modifierais plus tard, la je suis un peu en rush dans ma vie.

Ce texte était prévu pour un AT et n'a pas été retenu et malheureusement, bien que j'ai pensé à une suite, trop de temps s'est passé depuis et je ne pense pas la reprendre. Où alors pas sous cette forme car l'univers me plait assez pour que je le garde quelque part Heureux

En ce qui concerne les détails, je sais que j'ai tendance à en mettre beaucoup qui peuvent paraitre insignifiants mais pour moi ils servent à créer un univers, une ambiance. Pq je visualise beaucoup ce que j'écris et tous ces détails que je donne me frappe quand j'y pense. Mais je m'efforce dans mettre moins ^^


Encore merci !

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MessageSujet: Re: Le silence de la neige.   Jeu 8 Mai - 10:42

J'avais pas pris le temps de commenter le texte lorsque tu l'avais mis en ligne (bien que je m'étais précipité pour le lire, tu penses bien ^^).


Bon alors à mon avis (et avec un peu de recul suite à cette aventure), ton texte souffre du même défaut que le mien : on a fait qu'effleurer une science et la considérer dans ses clichés habituels. C'est ce que je me suis dit après quelques jours et en repassant en revue les orga, partenaires et membres du jury... enfoirés de scientifiques qui ne voient que par la recherche appliquée. Et ne me dit pas que tu connais ton sujet et que tu fais de la recherche appliquée dans ce domaine ><

Bref, côté SF, je pense que tu es restée dans une vision très convenue et déjà pas mal exploitée. Même les personnages sont un peu caricaturaux au final (si si eux aussi on les a déjà lu ou vu un peu partout).

La trame est somme toute assez habituelle, elle aussi, et les sauts entre mini-chapitres, sont un artifice assez efficace pour gagner de l'espace et du temps, mais malheureusement assez grossier au niveau stylistique.

Enfin, la chute est trop ouverte et du coup ça n'en est pas une (en tout cas j'ai pas vu de dénouement se dessiner à proprement parlé).

Tout ça pour dire : c'est pas ce que tu as fait de mieux. Et je crois aussi qu'on s'est pas mal mis la pression sur cet AT (parce que je me suis foiré aussi dans les largeurs je suppose) et se focalisant sur le sujet, sur les attentes et peut-être en oubliant l'essentiel : le plaisir de créer.


Mais ne soit pas si dure envers toi-même (un peu comme ce que je viens de faire en démolissant tes rêves et ton texte) : c'était un putain de concours en 12 K !



12.000 !!

Ridicule les mecs !

Je vous hais, vous n'avez aucune conscience de ce que vous demandez, vous êtes pathétiques, je vous conspue !




Ah oui, et j'allais oublier : osef d'écrire la suite ! Si on devait écrire des suites à chaque nouvelle qu'on fait, on serait tous romanciers et on passerait notre temps à écrire des saga-fleuves plus larges que le Delaware ou les poèmes épiques scandinaves du moyen âge.
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Lilith
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MessageSujet: Re: Le silence de la neige.   Mar 13 Mai - 14:36

Merci de gacher mes rêves, mes espoirs, ma flamme, tout quoi !

Plus sérieusement, je dois admettre que je suis très d'accord avec toi. Je me suis mis beaucoup de pression pour cet appel à texte et j'étais très déçue de ne pas avoir passer le 1er tour. mais après quelques temps, en revenant sur mon texte j'en ait iré les memes conclusions que toi.
Tant pis ce sera pour une prochaine fois Heureux

En attendant, c'était un bon commentaire objectif et qui m'aidera à avancer j'en suis sure ! Clin d\'Oeil

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Il y a en toi le gâchis d'un soleil qui sommeille, plusieurs fois, on t'a dit : "Révèle".

I believe in you.

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Le silence de la neige.
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