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 Le chant des abricots

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Mike001
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MessageSujet: Le chant des abricots   Ven 18 Avr - 2:02

Le chant des abricots

1.

Le vent affamé rognait le métal et le verre. Ses crocs acérés se jetaient sans relâche sur le gratte-ciel et la vitre derrière laquelle Priam était assis. Sur son siège à roulettes bancal il contemplait le vent, gorgé de poussières orangées, s'engouffrer dans les rues. Petit à petit, l'acier des constructions était grignoté. Allongé sur un bureau près de son ami, Hécate fixait le faux plafond. Autour des deux hommes le désordre régnait : des feuilles de papier et leurs chemises sales jonchaient le sol, les chaises étaient renversées et tordues, les appareils électroniques détruits. L'électricité ne fonctionnait plus depuis longtemps déjà, seules les larges baies vitrées éclairaient l'immeuble d'une luminosité nébuleuse et alberge.

Le son strident et incessant du raclement de la terre sur l'alliage jouait toute la journée et toute la nuit. Il était le rappel perpétuel de la voracité du monde extérieur. L'orgasme permanent de la destruction. Parfois, un grognement de contentement leur parvenait quand une tour s'effondrait. Jusqu'ici celle sur laquelle ils avaient porté leur dévolu tenait bon, mais au premier signe d'affaiblissement audible de la structure ils en choisiraient une nouvelle. Au fur et à mesure, le binôme reculait et cédait du terrain au vent. Ils ne pouvaient gagner et ils le savaient.

— Rappelle-moi encore une fois pourquoi on est restés là ? demanda Hécate.
— Rappelle-moi pourquoi tes parents t'ont donné le prénom d'une déesse grecque alors que tu es manifestement un bonhomme, et pas le moins poilu en plus ? rétorqua Priam. Hécate soupira.
— Parce qu'ils passaient plus de temps sous champi' et whisky qu'à boire de l'eau.
— Ça c'est bien vrai ! Je me souviens qu'une fois ton pater s'était chié dessus dans son fauteuil tellement il était fait, dit Priam en riant fort. Oh putain qu'est-ce que ça puait. Hahaha.
— Ouais ben je t'emmerde profond.
— On est restés parce qu'on s'en branlait de leur espoir à deux balles, dit Priam sérieusement. Crever ici ou là-bas, quelle différence ?

Hécate tendit le bras et produisit un bruit de gorge afin d'attirer l'attention de son camarade. Celui-ci tourna la tête et lui mit dans la main une bouteille d'alcool.

— Parfois je me demande si on a bien fait, souffla Hécate.
— Tu parles ! Te laisse pas embobiner par leurs slogans à la con.  Priam prit une voix grave et montra du doigt Hécate. « Sauvez la Terre, devenez colon ! », « Un colon protège sa famille, il protège l'humanité ». Des conneries pour attardés.
— Ouais bien ils sont quasiment tous partis, précisa Hécate.
— C'est ce que je dis : des attardés. Aucun d'eux ne mettra le pied sur une planète, leurs enfants non plus. Les enfants de leurs enfants ? Niet ! Ça doit être du darwinisme, les malins picolent tranquillement sur Terre pendant que les crétins vont se cailler les miches dans des cimetières géants entre deux systèmes solaires.
— La Terre est perdue. S'ils avaient tous fait comme toi...
— Comme nous, coupa Priam.
— Ouais, comme nous, ben l'humanité se serait éteinte.
— C'est justement parce qu'ils ont fait le contraire de ce que j'ai fait que j'ai pu faire ce que j'ai fait. Ils seraient restés que moi je me serais barré direct.
— Heureusement qu'ils n'y ont pas pensé alors.
— S'ils avaient pensé tout court personne ne serait parti car il n'y aurait pas eu de pollution, de réchauffement climatique, de famines et de nuages nucléaires. 'Fin dans tous les cas j'aurai trouvé un moyen de me casser. 

La bouteille revint à Priam qui prit une longue rasade. Il toussota et s'essuya les yeux.

— Tu pleures ? s'enquit Hécate en souriant.
— Non, non. J'me dis que c'est con qu'il n'y ait plus de filles dans le coin. Et puis je repense à ta sœur.
— Hey !
— Ah, Roberta... Elle avait un nom de merde mais un boule d'enfer.
— Enfoiré.
— Ils étaient tellement cramés de la batterie tes parents. Haha.
— Parce que c'est mieux « Priam » peut-être ?!
— Ben ouais, c'est la classe. C'est définitivement plus coté que « Hécate » qui est un prénom de meuf ou que « Roberta » qui est un prénom de camionneuse goudou – 'fin sauf pour ta sœur parce qu'elle avait un bon boule, mais ma cousine m'avait dit qu'elle se l'était tapée alors je suis plus sûr de rien.
— « Priam » c'est un nom grec et tu sais ce qu'on dit des grecs ?
— Hey ! C'était un troyen d'abord, le dernier roi d'Ilios et si c'est encore une attaque voilée contre le jour où j'ai baissé ton froc pendant ton sommeil ben je t'ai déjà dit que c'était pour faire une blague.
— Ouais, ouais. À d'autres.
— Si je te le dis, affirma Priam.
— Le poireau dans la main c'était pour rigoler aussi ?
— Comment t'as deviné ?
— Tu sais, quand je lance en l'air si c'était le bon choix de ne pas devenir colon, ben en fait je me maudis en me demandant pourquoi je t'ai écouté et suivi, avoua Hécate.
— Mon charisme incommensurable j'imagine. Une fois j'ai convaincu une végétalienne d'aller au fast food avec moi. J'ai jamais vu quelqu'un bouffer autant de cheeseburger en si peu de temps.
— C'était lesquels les cheese déjà, j'm'en souviens plus ?
— Ceux avec le cornichon de merde au milieu, éclaira l'homme au poireau.
— Ah ouais. Combien elle en avait mangé ?
— Six. À l'époque deux comme ça plus le burger du menu, les frites et la boisson et j'étais rempli. Je crois que ce jour-là j'ai brisé en elle tous les interdits culinaires, se vanta Priam. Finalement, c'était peut-être la chose la plus excitante que j'ai jamais faite.
— J'ai connu un mec qui s'en était enfilé dix une fois.
— Dix ? Putain, le gouale. 

Ils continuèrent de boire doucement en silence pendant plusieurs dizaines de minutes. Hécate se redressa, s'assit au bord du bureau et balança ses jambes dans le vide. Son ventre gargouillait. À l'extérieur, la litanie stridente de l'oxydation était des lamentations frénétiques.

— J'ai faim, Priam. Je n'en peux plus des conserves de haricots et des abricots au sirop. Je les vois partout ces satanés abricots. Je rêve abricot. J'ai l'impression que dehors c'est une tempête d'abricots qu'il y a. J'en peux plus.
— Moi aussi j'ai la dalle, mon petit Hécate. On se dégotera un bon gros cassoulet, je te le promets.
— Tu le jures ?
— Ouais, je te le jure aussi s'il le faut.
— Cool, merci. 

La scène de silence se répéta. Le chant des abricots devenait insupportable.

— Dommage qu'il n'y ait plus de pain, annonça tristement Hécate.
— Tu voulais te faire un sandwich ?
— Non, pour saucer le cassoulet c'est nickel.
— Oui, c'est vrai, approuva Priam.
— Tu penses que si dans une maison on trouve du cassoulet il y aura du pain de mie pas loin ?
— C'est possible.
— Moi quand j'avais du cassoulet je faisais toujours attention de le manger quand j'avais encore du pain, pour pouvoir saucer.
— Je ne vais pas te mentir, Hécate, le pain de mie ça ne se conserve pas longtemps. Il aura certainement moisi.
— Quoi ?! Monde de merde ! Comment on va saucer le cassoulet alors ? 

Hécate était maintenant debout sur sa table et rouge de colère. Les veines de son visage saillaient et d'imposants postillons s'échappaient de sa bouche comme autant de maux de la jarre de Pandore. Priam lui faisait face en contrebas et tentait avec des gestes des mains probablement issus de méditation shaolin de le calmer.

— Détends-toi, Hécate. Tu refais une crise, on aurait jamais dû parler autant de nourriture.
— Du pain de mie qui moisi ?! Mais ils sont complètement cons d'avoir créé un truc pareil ! Comment je vais faire pour saucer moi maintenant ?! hurlait Hécate qui ne répondait plus de rien.
— Détends-toi. Souffle comme moi : tu expires, tu inspires. Tu expires, tu inspires.
— Qu'ils s'estiment chanceux d'avoir foutu le camp de cette putain de planète, parce que si je fous la main sur eux je les émascule ! Colons ou pas colons !
— Puisque tu t'arrêteras pas de sitôt et que de parler de colons et que ça m'a donné envie, je vais faire un tour.

Priam s'en alla un seau en main. Il laissa un Hécate hors de lui qui criait à travers le double vitrage contre le chef présumé des abricots : Monsieur Abricot. Priam était désormais à trois douzaines de mètres de son ami et faisait sa commission lorsqu'un bruit de glace brisé se fit entendre, vite talonné par celui de l'air qui s'engouffre. Priam jura et se dépêcha de finir. Il retrouva Hécate là où il l'avait laissé, mais ce dernier était toujours en colère et s'appliquait à pulvériser leur protection de verre précaire à coups de chaise.

— J'vais te niquer, Monsieur Abricot. Je vais te niquer ! disait-il au vent. Je vais te refaire le portrait, on va plus te reconnaître !

Priam sut qu'il n'y avait pas d'alternatives possibles et il assomma son camarade grâce à une barre métallique qui traînait. Il le porta et l'emmena un étage en-dessous ; son visage aux yeux gonflés et humides affichait enfin un masque reposé. Une heure plus tard il se réveillait.

— Rappelle-moi encore une fois pourquoi on est restés là ? demanda Hécate.
— Rappelle-moi pourquoi le pain c'est si génial ? rétorqua Priam en souriant. Hécate soupira.


2.

Hécate et Priam quittèrent le lendemain la tour. Une promesse étant toujours une promesse, même lorsque la planète était presque rendue inhabitable par l'hiver nucléaire et les retombées radioactives. L'état d'Hécate ne cessait d'empirer, ses crises se faisaient plus nombreuses. Il devenait irascible et violent, loin de sa nature passive et soumise. Pour reposer l'esprit torturé de son ami, Priam désirait qu'ils obtiennent une victoire, aussi quelconque fût-elle. La solution la plus efficace à court terme était de donner à Hécate ce qu'il voulait : un cassoulet.

Protégés par leur combinaison antiradiation de couleur poussin, ils affrontèrent l'extérieur. Ils s'éloignèrent du centre des affaires, sans se risquer à braver trop longtemps les éléments, et s'établirent dans un quartier résidentiel. Ils visitèrent et fouillèrent maison après maison, à la recherche de la conserve tant désirée. Bien que la quête alimentaire eût un effet positif sur Hécate, leurs relations continuaient de se dégrader. Plus les jours passaient et plus l'absence de résultat devenait frappante, plus Monsieur Abricot refaisait surface et malmenait Hécate. Par une nuit safranée ils pénétrèrent dans une énième demeure :

— Je suis fatigué et j'ai mal à la tête, je vais m'allonger dans ce canapé et dormir, prévint Hécate.
— L'idéal serait que tu m'aides pour qu'on finisse rapidement, mais si tu es crevé va te pieuter ouais. Je te réveillerai au besoin.
Hécate s'installa conformément à ses dires, Priam, lui, alla à la cuisine et ouvrit l'un après l'autre les placards. Ils étaient tous remplis de nourriture, ce que Priam trouva étrange puisque la plupart des maisons avaient été vidées de leurs produits consommables par les survivants. Il ne poursuivit pas sa réflexion plus loin, il venait de trouver quelque chose d'intéressant.
— Hécate, viens-là, tu veux ?
Ni une ni deux, faisant fi de son mal de crâne, l'appelé bondit hors du canapé. En plusieurs semaines de recherches, jamais Priam ne l'avait invité à le rejoindre sur ce ton, ça augurait du bon.
— Tu l'as trouvé ? Tu l'as trouvé ? Tu l'as trouvé le cassoulet ?
— Non, mais j'ai de la choucroute, ça pourrait le faire, non ? C'est aussi riche je pense. En plus y'a une tonne de bouffe ici, y'a de quoi se péter le bide méchant.
Hécate subtilisa la boîte joyeusement tendue et l'envoya valser à travers la pièce.
— Putain, pour qui tu me prends ?! cria Hécate. Tu m'avais promis qu'on aurait du cassoulet ! Tu m'as menti, Priam. Tu m'as menti. Je t'ai écouté sans rien dire parler du cul de ma sœur, j'ai supporté tes délires de beauf pendant deux lustres et toi, tu dis que tu vas faire un truc pour moi et t'es pas fichu de le faire.
— T'as fumé ou quoi ? riposta, sur le même ton, Priam. Je me coltine tes pétages de plombs et j'essaye de te faire plaisir avec un bon repas. C'est pas de ma faute si t'as pas ce que tu veux, j'peux pas te le démouler sur place ton cassoulet de merde, bordel !
— Hé oh ! Déjà, tu parles moins fort, okay ? Sinon Monsieur Abricot va nous entendre. Et ensuite t'arrêtes de parler de ma sœur.
— Mais j'ai pas parlé de ta sœur, c'est toi qui as parlé de ta sœur.
— Ouais, ouais...
La dispute s'essouffla et les deux hommes restèrent à se fixer en chien de faïence.
— Baisse les yeux et je retourne chercher ton cassoulet, dit Priam.
— Non, toi, baisse les yeux.
Une voix inconnue se fit entendre :
— Il y a quelqu'un en bas ?
Leur sang se glaça et ils hoquetèrent de surprise.
— Il y a quelqu'un ? Il y a forcément quelqu'un je vous ai entendu. Vous êtes deux : une voix mélodieuse et une voix autoritaire. Bon, j'arrive mais ne me faites pas de mal.
— C'est une fille, murmura Hécate.
— Ouais. Une fille.
— Il a une femme Monsieur Abricot ?
— Qu'est-ce que j'en sais ?
— J'espère pas, s'il en a une et que c'est elle, ce sera de ta faute. Je t'ai prévenu de baisser le volume.

Des bruits de pas annoncèrent que la femme descendait l'escalier. Hécate et Priam observaient l'embrasure de la porte de la cuisine. Moins de dix secondes plus tard, une rousse trentenaire aux traits creusés apparut.
— Bonjour, lança-t-elle, enjouée.
— Bonjour, répondirent-ils.
— Je m'appelle Rhéa.
— Moi c'est Priam, et lui Hécate.
— C'est un prénom de fille ça.
— Elle a les cheveux abricots, souffla Hécate dans l'oreille de son ami.
— Et alors ? rétorqua Priam.
— Demande-lui pour son mari !
— Qu'est-ce qu'il dit ? s'enquit Rhéa.
Priam toussota et prononça avec gêne et mauvaise volonté :
— Il veut savoir si tu es l'épouse de Monsieur Abricot ?
— Euh... Non.
— Peut-être qu'elle ment, demande-lui aussi pour le cassoulet.
— Est-ce que tu as du cassoulet ?
— Du cassoulet ? Euh... ça dépend.
Hécate pointa du doigt Rhéa et s'exclama :
— Haha, comme par hasard. Tu savais que c'était un piège alors tu ne réponds pas franchement. Parce que si tu avais dit « non », on aurait pu se douter que tu essayais de nous pousser dans les bras fruités de ton impitoyable époux, et que si tu avais dit « oui » ça prouvait que lui et toi vous nous espionniez.
— Tais-toi, bon sang ! ordonna Priam.
Étonnement, il obéit ; ce qui ne l'empêcha pas de faire les gros yeux à Rhéa et de lui faire de discrets gestes.
— Je ne comprends absolument rien du tout à ce que vous essayez de me dire depuis tout à l'heure. À part vos noms, tout est obscur.
Priam prit les choses en main.
— Je cherche du cassoulet pour mon pote, ça pourrait avoir un effet thérapeutique.
— Ah, je vois.
— Vraiment ?
— Non, mais je préfère qu'on aille au plus simple sinon ça va durer des heures. Surtout que là c'est la nuit et que j'étais censée dormir.
— On t'a réveillé ? Désolé.
— Tant pis, ce n'est pas souvent que je vois du monde.
— Nous pareil.

Priam avait réussi à sauver un semblant de conversation et il en était heureux. Enfin une personne normale avec qui s'entretenir, cela changeait d'Hécate. Il estimait que le sexe féminin de Rhéa était une gratification indéniable. Il allait veiller à réactiver sa répartie enfouie et qui sait alors ce qui pourrait se passer.
Faites qu'elle ne soit pas lesbienne, s'il vous plaît, priait-il.
— J'ai peut-être une conserve qui traîne dans la cave maintenant que je réfléchis.
— Ce serait vachement cool.
— Mais à une condition...
Merde, la dernière fois qu'on m'a dit ça j'ai dû me laver, faire à bouffer et mettre une perruque.
— Laquelle ? hasarda Priam.
Une lueur brilla dans les yeux de Rhéa, son visage rougit légèrement.
Merde, c'est à double tranchant ce genre de regard. Faites qu'Hécate ne doive pas me tripoter pour que je la tripote elle, s'il vous plaît.
— Qu'on repeuple le monde, dévoila Rhéa, avec un grand sourire.
— C'est pas un peu extrême de repeupler le monde contre un kilo de flageolets blancs et trois morceaux de viande qui tirent la gueule. Moi j'veux juste te ken en fait, laissa échapper le tombeur.
Mais elle ne l'écoutait plus.
— La Terre a eu son châtiment divin, elle a eu ce qu'elle méritait. Les impurs ont brûlé, les pénitents sont partis dans les étoiles obtenir miséricorde, tandis que les êtres choisis sont restés.
Hein ?
— Il est de notre devoir de repeupler la Terre, de joindre nos pures lignées et de donner à notre patrie les enfants vertueux qu'elle attendait. Enfin, notre monde sera beau et grand.
Toute rougeur l'avait quitté dorénavant. Elle exultait, elle avait le discours et le comportement d'une fanatique. Elle fit quelques pas en leur direction, le malaise que ressentait Priam grandit. Il recula inconsciemment.
— Qu'en dites-vous ? Ça vaut largement un kilo de cassoulet, non ?
— Tu n'es pas avec Monsieur Abricot alors ? questionna naïvement Hécate.
Crétin.
— Je ne sais pas de qui tu parles. Mais j'ai le sentiment qu'il t'effraie.
— Oui, il est horrible et me suit partout.
Elle s'avança encore.
— Peut-être est-il une incarnation du démon. Tu ne peux le laisser te prendre, tu dois être fort. Tu dois lui résister et lui dire : non.
Elle était face à Hécate désormais. Du revers de la main et lui caressa tendrement la joue.
— Tu peux faire ça pour moi ?
— Ou-oui, balbutia-t-il. Oui, je le peux.
— Bien.
Hécate se détendit, il était aussi reposé que quand Priam l'assommait à coups de barre de fer, les inconvénients inhérents à cette méthode en moins.
C'est sûr que ça ne devait pas l'arranger de le tabasser pour stopper ses crises. Mais cette folle est en train de l'attirer dans son camp !

— Suis-moi et tu auras tous le cassoulet que tu désires, promit Rhéa.
— Avec du pain de mie pour saucer ?
— Non, mon chéri. Il n'y a plus de pain.
— Oh, tant pis alors.
Et il reste calme maintenant, on aura tout vu.
Elle prit la main d'Hécate et l'entraîna à sa suite hors de la pièce.
— Hey, vous foutez quoi là ? Vous n'allez pas me laisser en plan comme des connards.
— Je n'ai besoin que d'un seul reproducteur. En plus la polygamie n'est pas admise.
— Par qui ?! Je l'admets volontiers moi. Allez, on monte tous les trois.
Rhéa fronça des sourcils et se plaça entre Priam et Hécate.
— Tu es empli de péchés, homme.
— De péchés ? On te connaît depuis même pas une demi-heure et tu te tires avec mon pote pour faire une fournée de mioches. Tout ce que vous allez réussir à faire c'est une lignée d'attardés. Y'a pas de justice, putain ! Hécate il voit des abricots dans le vent et toi t'as tellement les ovaires enflammés que t'as viré prêtresse de la reproduction.
— Le démon s'est emparé de toi. Tu n'es qu'égoïsme et luxure.
— Parce que vous ne l'êtes pas tous les deux ?
— Notre mission est juste.
Elle était inflexible. Priam tenta de récupérer son ami, à son tour, il s'approcha.
— Hécate, tu ne peux pas filer comme ça.
— Elle me comprend, Priam. Elle peut me protéger de Monsieur Abricot. Je le sens.
— Elle est givrée du bulbe cette nana !
— Ben moi aussi d'après toi ! tonna Hécate, énervé. Et tu t'en fous de comment elle est tant que tu peux coucher avec elle. Moi je ne m'en fous pas, elle me comprend. T'es juste jaloux que quelque chose de bien m'arrive.
— Mais c'est faux ! Je veux que tu reviennes avec moi. On est potes, Hécate. Depuis un baille.
— Est-ce qu'un pote démonte son ami en le frappant à l'aide d'une barre de fer ?
— C'est médical, comme pour les électrochocs.
— C'est tout ce que tu as trouvé ?
— Ouais...
— À la prochaine, Priam. Tu n'auras qu'à passer nous voir bientôt.
Rhéa et Hécate firent mine de se tourner pour sortir de la cuisine. Priam se jeta sur la femme et attrapa fermement le haut de son bras.
— Hécate est à moi, sale pu...
Un poing fermé cueillit l'homonyme du roi d'Ilios en plein nez. La douleur fit qu'il porta ses mains à son nez, du sang coulait.
— Mais...
Le poing revint et le frappa à la tempe. Priam se cogna contre le mobilier et d'autres coups le firent choir.
Où est ma barre de fer ? Ça fait trop mal !

Priam se recroquevilla afin d'encaisser la raclée. Quand la punition rousse eut fini, Rhéa reprit la main d'Hécate et le guida vers sa chambre. Priam resta au sol, à pleurer sang et larmes. À l'étage, le bois piaulait.


3.

Jamais deux sans trois. De deux ils étaient passés à trois. De trois à un. S'il y avait une leçon à en tirer ce serait de ne pas suivre les proverbes à la con, ce ne sont que des emmerdes.

Priam s'était posté dans la maison située juste en face de celle de Rhéa. Après avoir fini de se tortiller sur le parquet de la cuisine en geignant, il avait embarqué de la nourriture – dont la choucroute – et avait traversé la rue, boitant tristement comme un chien en fin de vie. De cette piaule il gardait un œil sur son copain. Il les matait à travers le télescope – modèle pour gosse – qu'il avait trouvé dans le grenier et qu'il braquait continuellement sur la maison du jeune couple. Ça ne le dérangeait pas tellement de les voir à l'envers, ce n'était pas ça qui l'empêchait de se finir quand il se triturait la nouille en les épiant. Non, le remord et la colère gâchaient son plaisir solitaire, et ça, ça l'énervait.

Hécate était redevenu angélique, grâce au contact apaisant de l'amour. La thérapie par la violence avait montré ses limites, celle du corps n'en avait aucune. Même avec la Terre ravagée, le cul contrôlait encore tout. Priam maudit une nouvelle fois Rhéa, la sorcière qui l'avait séparé d'Hécate. Eux qui étaient comme les deux tétons d'un torse, qui avaient pour but de trouver le Saint Graal de la bouffe et de se murger le melon jusqu'à aux derniers jours. Peut-être bien devenir poètes aussi. Des putains de poètes. Ouais, tous les deux ils auraient déniché le tant convoité cassoulet et auraient écrit des milliers de vers à sa gloire.

Hécate devait quitter Rhéa, mais il fallait que l'envie vienne de lui, qu'un serpent fasse germer tendrement la graine de la discorde entre eux. Il abandonna son poste d'observation et alla faire des fouilles, vêtu de sa combinaison jaune. Il entra dans une épicerie dont les rayons étaient quasiment vides. Du verre craquait parfois sous ses pas, dissimulé dans la couche de poussière orangée. Priam se dirigea vers l'arrière boutique, à la recherche d'un restant de stock. Il poussa la porte et plongea la tête dans les cartons, envoyant valdinguer par-dessus lui ceux non remplis. Un bruit soudain vint perturber sa collecte, Priam se tourna pour observer la pièce principale de la boutique. Il n'y avait rien. Il haussa ses épaules et se remit au travail. Mais dans l'épicerie une silhouette noire s'avança lentement et silencieusement, elle leva une batte de baseball et l'abaissa violemment sur Priam l'assommant sur le coup.

Quand Priam reprit ses esprits, il eut terriblement mal au crâne. Il voulut par réflexe se tâter la zone qui le lançait le plus mais ses mains refusaient de lui obéir. Elles étaient attachées dans son dos à un radiateur. Le captif remarqua également qu'il ne portait plus son vêtement antiradiation. Il commença à gigoter dans tous les sens pour essayer de se libérer des entraves, mais cela eut pour conséquence de resserrer les liens en plastique et de lui écorcher les poignets. Une voix gronda sur sa gauche :
— Arrête ça, tu vas te faire mal et abîmer ton petit corps à force.

Un homme s'approcha et pénétra dans son champ de vision. Il était immense et super costaud. Priam estima qu'il devait faire dans les deux mètres dix de haut et les cent-cinquante kilos de muscles. Malgré sa corpulence, il parvenait à être d'une discrétion exemplaire ; ses foulées étaient légères. Le géant maîtrisait totalement son corps.

— Tu es à moi maintenant. Et je tiens à avoir de la marchandise intacte et fonctionnelle, ajouta la montagne.
— Vous êtes qui ? s'enquit du bout des lèvres Priam.
— Parle plus fort, moustique. Je ne t'entends pas.
— Vous êtes qui et vous me voulez quoi ?
— Je suis Clytios, et toi, t'es ma pute à présent, annonça-t-il avec un grand sourire.
Clytios balança sur Priam la robe bleu nuit et la perruque rose qu'il avait cachées dans son large dos.
— Tu vas être mignonne comme ça.
— Hein ?
— Je pense que ça doit être à ta taille. Tu la mettras tout à l'heure.
— C'est une blague ? demanda Priam, ahuri.

Clytios le regarda dans les yeux, un petit rictus en coin.

— Non, mon gars. Ce soir on dîne en amoureux et cette nuit on se fait des folies. Enfin j'ai de la compagnie, ce sera plus sympa pour manger, tu verras.
— Mais... mais je ne veux pas !
— Rassure-toi, t'es pas du premier choix non plus. On fait avec ce qu'on a sur ce putain de monde.
— Moi je sais où il y a du choix bordel !
— Comment ça ?
— Je sais où il y a une fille !
— Tu déconnes ? Je suis sûr que tu dis ça pour avoir du répit. Ça ne prend pas, ma caille, on ne me la fait pas à moi. T'es désespéré j'peux le comprendre.
— Fais chier ! Écoute-moi, y'a vraiment une fille. Rhéa qu'elle s'appelle. Une vraie chaudière en plus.
— Comme par hasard ? Tu me prends pour un débile ? C'pas parce que je suis grand que j'suis niais pour autant. Tu peux garder ce genre d'insultes pour toi, tout c'que tu vas réussir à obtenir ce sont des tartes dans la tronche pour te faire taire. En plus t'as une voix désagréable, tu pars pas avec un avantage.
— J't'assure, je mitonne pas. Elle a pété un boulon la fille. Son but c'est de faire des mioches pour repeupler la Terre. Elle a foutu le grappin sur mon pote, Hécate, et depuis ils forniquent toute la journée.
— Hécate ? C'est un nom de fille ça.
— Ouais, il avait des parents craignos.

Clytios, intrigué, se gratta le menton tout en réfléchissant.

— Tu jures qu'il y a une fille ?
— Ouais, j't'le jure. Sur ma tête, putain !
— Ils ont bien raison de faire ce qu'ils font en tout cas, ça apaise l'esprit et vivifie le corps. Mais pourquoi t'es pas avec eux ?
— Elle voulait pas partager, la connasse.
— Hey ! Elle fait ce qu'elle veut, si elle ne veut pas que tu lui grimpes dessus c'est son droit. Respecte ses choix, petit con. Je l'apprécie déjà, c'est une fille forte.

Priam fut hébété en entendant l'argumentaire contradictoire de Clytios et tint à ce qu'il le sache :

— Pourquoi tu ne respectes pas mon refus à moi alors ?
— T'es une femme ?
— Bah nan.
— Ben alors.
— Mais..., tenta de protester Priam.
— Tais-toi, je pense là.
— …
— Okay, dis-moi où elle est.
— Non, tu me détaches et je t'y emmène. Ensuite je me barre avec mon pote et on vous file la paix.
— Ton pote au nom de fille ?
— Ouais.
— Okay, ça me plaît comme plan. Mais je te préviens, si c'est une disquette, tu vas prendre cher.
— T'inquiète, j'suis réglo.
— C'est ce qu'on verra. C'est ce qu'on verra.


4.

Ils étaient quatre survivants. Trois hommes et une femme. Un quatuor saugrenu, misérable même. Pourtant, ils étaient les derniers rescapés d'une guerre nucléaire. Un statut dont tout le monde ne pouvait se prévaloir. La vie poursuivait son cours ; la dégénérescence s'intensifiait, mais peu leur importait. Ils auraient pu partir et recommencer ailleurs, s'offrir une nouvelle existence ; si seulement ils n'avaient pas été atteints à l'hypothalamus dès leur adolescence !

Clytios et Priam avaient tous deux revêtu leur bouclier portatif personnel, noir pour le grand gaillard et poussin pour le moins beau. Le premier tenait en laisse le second et le faisait avancer en lui pointant le canon de son fusil à pompe dans le dos. De temps en temps, Clytios tirait sèchement sur le lien, rappelant que le chef était celui qui avait la capacité de donner des ordres contradictoires s'il le voulait. Priam prenait son mal en patience, il savait que Clytios tomberait instantanément sous le charme de Rhéa, ce qui permettrait aux deux amis de toujours de s'en aller sans demander leur reste. Et si Hécate résistait, le traitement thérapeutique reprendrait là où il avait été abandonné : c'est-à-dire à l'aide d'une barre de fer.

La tendresse était un luxe, une émotion dangereuse. On avait fait comprendre aux humains, à base de bombes atomiques, que les sentiments trop prononcés n'étaient plus les bienvenus. Exit les gâteaux au chocolat et les films de kung-fu ; bonjour la fadeur.

— C'est encore loin ? tonna la voix étouffée de Clytios.
— Non, plus que quelques minutes. On irait plus vite si je n'avais pas cette foutue corde autour du cou.
— Tant que je ne constate pas de mes propres yeux la fameuse Rhéa tu es à moi.
— C'est chiant quoi...
— La prochaine fois tu surveilleras mieux ton cul.
— Ouais mais c'est chiant quand même.
Clytios fit claquer la laisse ; le patron c'était lui.
— Parle-moi de Rhéa au lieu de raconter des âneries.
— Que je la décrive ?
— Ouais.
— Ben c'est une rouquine, assez mignonne. Qu'est-ce que tu veux que je te dise de plus ? Je ne suis pas resté bien longtemps pour retenir l'emplacement de ses grains de beauté.
Surtout qu'elle m'a tatanné la gueule sévère, je préfère éviter d'y repenser, ajouta in petto Priam.
— Raconte mieux. De manière poétique, ordonna Clytios.
— Hein ? Avec des rimes et tout ? protesta Priam.
— Non, avec de jolis mots, de la sensualité et de l'élégance.

Priam se contraignit à se l'imaginer de nouveau. Pas quand elle avait son regard de tueuse et ses poings d'acier, mais quand elle leur était apparue dans l'encadrement de la porte de la cuisine ; ingénue et douce.

— J'attends, mollusque.
— Ouais, ouais. Deux secondes, tu permets ? S'il faut que je fasse ça propre, me faut de la préparation.
Clytios garda le silence et abaissa son arme.
— Rhéa... Je ne l'ai vu que pendant un quart d'heure mais... Rhéa elle est unique. Une battante, une survivante. Elle s'est donnée un but dans sa nouvelle vie et elle l'atteindra. Peu importe les obstacles qui viendront l'emmerder. Elle veut repeupler la Terre, et pour ça elle sait employer les manières agréables comme les plus violentes. Rhéa c'est une reine. Une petite rouquine d'un mètre soixante. Ses cheveux ressemblent à un crépuscule, ses yeux verts à une herbe fraîchement entretenue. Ses doigts sont agiles et ses poings terrifiants. Elle a les traits tirés et fatigués, mais elle conserve cette folle lueur d'espérance, un genre de truc vibrant et redoutable.

Je sors un sacré paquet de merdes là, j'espère que je n'en fais pas trop. Il pourrait être déçu.

— J'ai hâte d'y être.
— Et moi donc...
— Tu penses que ça va accrocher d'entrée de jeu entre nous ? Que je suis son type d'homme ?
— Je ne sais pas. Apparemment elle a une légère préférence pour les timides.
— Non, déconne ?
— Si. Hécate, mon pote, il a les fils qui se touchent là-haut. Il voit des choses. Et elle, elle l'a sélectionné lui. Pas moi. Alors que moi, je vois rien et que je suis sain d'esprit à côté de lui. Un vrai saint, ouaip.
— Ah, nardin. J'aviserai, j'avise toujours. Il voit quels genres de trucs ton pote ?
— Il voit « Monsieur Abricot ».
— « Monsieur Abricot » ?! Qu'est-ce que c'est ?
— Le chef des ennemis, le maître du smog orangé. Le roi de l'alberge. Il croit qu'il est tout le temps en train de nous épier. Une sorte de diable pervers quoi.
— Haha, quel con ! Le seul pervers qu'il y ait c'est bibi. Il n'aura qu'à m'appeler « Sieur Pruneau » ou « Messire Avocat ». Haha. Je les aime tes amis. Je sens qu'on va bien rigoler tous les quatre.
— Délire..., marmonna Priam.

Ils traversèrent plusieurs blocs avant de parvenir à la maison des tourtereaux. La planque de Clytios n'était qu'à une grosse vingtaine de minutes à pieds. Priam indiqua l'habitation et le duo s'arrêta devant l'entrée.
— Je suis stressé comme jamais, prévint Clytios. Je transpire un max ; je pue pas trop ?
— On porte nos combinaisons, comment je peux le savoir ?
— Ah, c'est vrai. Tu vois, je suis tellement chamboulé que je n'arrive plus à réfléchir.
— Ça l'excitera peut-être.
— Pas con. Tu sais que t'es un p'tit futé quand tu veux toi. Ça doit être le propre des moches. Pour palier à un défaut physique, la nature vous dote d'un cerveau un peu plus vif.

Clytios le poussa amicalement pour la peine, l'envoyant presque à terre.

— En avant, le monstre. J'ai une princesse à conquérir.

Priam tourna la poignée, mais la porte refusa de s'ouvrir.

— C'est fermé, dit-il bêtement.
— Ouais bon, fallait s'y attendre.

Le géant tambourina à l'huis, aux volets et même aux murs. Il gueulait pendant qu'il frappait l'immobilier :

— HÉCATE, C'EST MONSIEUR ABRICOT !
— Jamais ils ne t'ouvriront, avertit Priam. Hécate doit être planqué sous le lit maintenant.
— Ouais bon, désolé. J'ai la gorge nouée et crier ça m'aide à décompresser.

Il reprit :

— C'EST PAS MONSIEUR ABRICOT. JE DISAIS ÇA POUR BLAGUER. C'EST CLYTIOS, VOUS ME CONNAISSEZ PAS, MAIS JE SUIS AVEC VOTRE POTE...
Il se tourna vers son prisonnier et lui demanda :
— Tu t'appelles comment au fait ?
— Priam, soupira Priam.
— JE SUIS AVEC PRIAM. OUVREZ, ON VEUT VOUS PARLER.

Le couple barricadé à l'intérieur céda au bout d'une demi-heure de hurlements. La serrure cliqueta et la porte s'écarta. Priam s'infiltra à l'abri, vite suivi de Clytios. Ils retirèrent leur première couche de vêtements une fois que la porte fût close. Rhéa se tenait devant eux, les mains posées sur les hanches. Manifestement, elle n'était pas ravie du tout.

— J'espère que tu as une bonne raison pour revenir, Priam ! déclara Rhéa. Surtout en étant accompagné d'un brailleur.
— Désolé de vous avoir dérangé, mamzelle, dit Clytios en s'inclinant devant elle, Priam m'a conté votre immense beauté et je n'ai pu résister à vous rendre visite.
C'est qu'il sait parler le colosse quand il veut, putain. Il a dû se répéter la phrase dans sa tête de moineau cuirassée en titane avant de la ressortir.
— En tout cas vous avez bien fait de le tenir en laisse, il est violent, lui répondit Rhéa en adoptant le vouvoiement.
Allô, fin du monde ! Pourquoi est-ce qu'ils se vouvoient ces cons, ils vont monter un colloque ou bien ?
— Où est Hécate ? s'enquit Priam.
— Sous les draps du lit, animal domestiqué, rétorqua la femme.
— Ouais, en parlant de ça : tu me détaches, s'il te plaît ? réclama le plus petit des deux humains.

Clytios avisa Priam puis Rhéa, haussa les épaules et retira la corde du cou de l'homme.

— Merci, grogna Priam en se massant la gorge.
— Vous êtes très charmante, Rhéa.
— Vous connaissez mon nom ?
— Rhianne me l'a dit, précisa Clytios en désignant le libéré sur parole.
— Priam, bordel.
— Et vous c'est … ? Je l'ai entendu quand vous avez crié mais j'ai oublié.
— Clytios, beauté du monde.
Ce mec a la délicatesse d'un mammouth ivre. Ces techniques de dragues ne sont plus utilisées depuis au moins trois cents ans. Voire depuis la disparition des mammouths et ça remonte à tellement loin que je ne peux même pas dire quand les mammouths ont disparu. C'était pas hier, ça c'est sûr. Ni avant-hier, je me suis branlé et je suis à peu près certain qu'ils étaient tous cannés à ce moment. Merde, je suis une merde en histoire !
— Pourquoi tant de flatteries, Clytios ?
— Je veux vous avoir pour moi, Rhéa.
— J'ai déjà quelqu'un dans ma vie.
— Je sais, mais ça peut changer ça. Je suis grand, beau, fort, intelligent ; le choix parfait pour reproduire une lignée vigoureuse de Terriens.

Rhéa pencha la tête sur le côté. Elle plissait des yeux et semblait réfléchir sérieusement à l'offre.

J'étais sûr qu'elle était de petite vertu celle-ci ! Priam il le sent ça. Il le sait quand elles veulent un coup de...

— Rhéa... Pourquoi tu ne lui dis pas non ?

Hécate venait de parler du haut des escaliers, il avait écouté la conversation dans l'ombre. Sa main droite tremblait, ses billes rondes et exorbitées passaient sur Rhéa, Clytios et Priam. Il peinait à conserver son calme.

— Sauf votre respect et le sien ; je suis solide mentalement. Ce qui fait de moi un meilleur partenaire.
Hécate regarda Rhéa avec supplice, tellement bouleversé qu'aucun mot ne le quitta. Rhéa, elle, le quitta avec verve :

— Vous avez raison. Il a raison, mon chaton en sucre, reconnut la rousse en s'adressant à Hécate. Il a des gènes plus avantageux. Je dois faire ma sélection par rapport au sperme, pas aux sentiments. Ce n'est pas contre toi, mais pour le futur de ce monde et de nos enfants, il faut que je me porte vers quelqu'un qui a de la stature. Navré. Tu garderas une place dans mon cœur pour toujours !

Clytios sentit que la victoire lui était pleinement acquise, si bien qu'il se permit un discret clin d'œil en direction de Priam. Ce dernier resta coi. Il savait qu'il allait récupérer Hécate, mais dans un état effroyable. Il se demanda s'il ne venait pas de faire une erreur. Peut-être que l'amitié c'était aussi de permettre à ses amis d'être heureux ?
Je suis une merde en amitié.

Étonnamment, la reconduite d'Hécate à la sortie de la maison se fit sans heurt. Il était trop hébété pour réagir. Il enfila sa combinaison jaune docilement et alla dehors en compagnie de Priam.

— Prenez soin de vous, recommanda la méchante.

Et ils partirent dans le souffle abricot, main dans la main.


5.

Cinq doigts étaient liés à cinq autres. Enfin. Mais pour combien de temps ? Hécate avait obéi à Rhéa ; Priam, lui, ne s'était pas fait prier pour entraîner son camarade à le suivre. Bientôt la pauvre âme comprendrait l'enjeu de la scène et la perte qu'elle venait de subir. Un amour si vite acquis, si vite flétri. Trahison, désespoir, cœur brisé ; les tragédies humaines persistaient.

Priam soupirait, il venait à penser qu'il s'était surestimé. Qu'il n'était pas le brave qu'il croyait être. Jamais il ne résisterait à la folie qui peuplait chaque murmure du vent. Oui, il était abricot et à l'abricot il retournerait. Et la poussière même tarif. Hécate avait vu juste de se méfier du brouillard pêche, quelque chose à l'intérieur rognait la raison des vivants. Le miroir était terni, opaque.

— Tu savais que les invertébrés résistaient aux radiations ?

C'est ainsi que Priam brisa le silence grinçant installé entre eux deux, par une discussion savante sur la biologie. Il n'y avait rien de tel pour renouer une amitié.

— Les cafards, également nommés « blattes », peuvent encaisser des doses hallucinantes de radiations. Des trucs de malade ! Fait intriguant, elles n'ont pas de hiérarchie sociale. Pas de chef. En fait, les cafards, ils sont tout ce dont les anciens soviétiques rêvaient. C'marrant, non ?
— Rhéa... Rhéa..., psalmodiait Hécate. Je veux ma Rhéa.
— Tu préfères pas qu'on capture des blattes plutôt ?
— Rhéa... Rhéa...
— Ouais, à ce propos... J'pense que c'est mort. Moi ça ne m'étonne pas, mais je sais que ça te fait de la peine, mon petit Hécate. Alors j'suis désolé, tu vois.
— Rhéa... Rhéa... Je dois y retourner. La récupérer.
— J'suis pas sûr que ce soit une merveilleuse idée. Clytios, c'est un balèze.
— Rhéa... Rhéa...

Priam saisit Hécate par les épaules et le força à le fixer.

— Écoute-moi tu veux ? Je te dis que le gars là-bas c'est pas un manche niveau baston. Tu sais ce qu'il voulait me faire en plus ? Non, forcément tu sais pas. Je vais te le révéler dans ce cas : il voulait que je sois son esclave. Son esclave sexuel, Hécate ! Comme toi avec Rhéa sauf que lui il fait cent kil' de plus et a la délicatesse en moins.
— Rhéa... c'est toute ma vie...
— Mais non. Vous avez été un couple pendant seulement quelques jours. Nous on se connaît depuis un quart de siècle. Minimum. Tu te rappelles quand on a partagé notre sang ? Ça a fait de nous des frères, Hécate. C'pas rien des frères de sang. Bon, oui on n'est pas pour autant de vrais frères de sang, pas comme Roberta et toi, mais pour moi c'est tout comme. C'est ça qui importe, la famille qu'on se crée, celle qu'on se choisit.
— Rhéa... c'est ma nouvelle famille.
— Et moi alors ?
— Tu peux porter un bébé ?
— Non.
— Ben alors.
— Va falloir que vous arrêtiez de m'envoyer bouler avec vos questions rhétoriques ! souffla Priam.
— On doit y retourner, Priam.
— T'es sérieux ?
— Elle m'a abandonné parce que je ne me suis pas battu pour elle. Je n'ai pas montré à quel point elle compte.
— Mais...
— Je lui ai dit : « si on a un garçon, on l'appellera Achille. Ça c'est un prénom de bonhomme. Je ne serai pas un mauvais père. »
— Mais...
— Ensuite j'ai dit : « Si c'est une fille, je verrai bien Athéna. Elle sera sage et pétera la main de celui qui voudra lui toucher les fesses sans sa permission. » Je dois y retourner et élever nos enfants.
— D'accord, très bien. Fabuleux. Et pour le géant, que fait-on ?
— Je vais lui crever les yeux !
— C'est aux cyclopes qu'il faut crever les yeux, pas aux géants.
— M'en fous !

Ils firent demi-tour. Hécate bouillait de rage et marchait à grands pas, prêt à en découdre. S'il avait été plus vif il aurait pu s'énerver plus tôt, évitant à Priam un nouvel aller-retour. Ce fut à d'Hécate de marteler la porte d'entrée. Il ne le fit pas de façon répétée. Non. Il bandait ses muscles avant chaque geste, y déversant sa colère et peut-être un peu de sa sagacité aussi.

Bam.
— Rhéa...
Bam.
— Rhéa...
Bam.
— Rhéa.
Bam.
— Rhéa !
Bam.
— RHÉA !
Bam.

Si l'amour pouvait rendre fou furieux l'homme le plus lucide, il ravageait assurément le plus névrosé. Le comble du dramatique était que les larmes salées d'Hécate ne pouvaient s'écraser au sol au ralenti à l'instar des œuvres les plus nazes des siècles précédents ; elles étaient contraintes d'humidifier sa grosse tête de bébé et de perler le long de son corps. Les nuages de radiation c'était définitivement chiant, ils n'autorisaient pas le romantisme. Priam, à cet instant précis pensa le contraire :
Romantisme mes couilles ! Arrête de chialer et déguerpissons sinon on va se faire démolir par Clytios. La grognasse ne te reprendra pas, c'est foutu d'avance.

L'antre s'ouvrit à nouveau et les deux zigotos s'y engouffrèrent.

Rhéa les attendait, elle se tenait pareillement que quand elle avait accueilli Priam et Clytios : l'air agacé et les mains sur les hanches. Mais cette fois elle avait les cheveux légèrement ébouriffés ainsi que son chemisier entrouvert. Il dévoilait une partie de sa gorge, rougie par le toucher d'une main empressée. Malgré son état, Hécate le remarqua. Sa fureur décupla.

— Où est-il ? cria-t-il.
— Qui ça ? répondit Rhéa.
— À ton avis. Où il est Crétinos ?
— Clytios. Il s'appelle Clytios. Si tu dois être énervé, soit poli au moins.
— Personne n'est poli quand il est énervé. C'est tout l'intérêt d'être en colère justement, bordel de merde !
— Du calme, Hécate, s'empressa d'intervenir Priam, qui sentait les problèmes approcher à grands pas.
— Non ! Je ne fais pas déposséder sans réagir !
— Rhéa n'est pas ta propriété, gronda les ennuis.

C'était au tour de Clytios d'être en haut des escaliers ; il y avait comme un air de déjà-vu, mais tous savaient que le sang allait couler pour cette représentation. Il descendit lentement les marches une par une avec fracas, y mettant une force exagérée. L'offrande d'une ultime échappatoire ne fut pas respectée ; Hécate conservait ses positions, la tête dans les épaules et les poings levés. Clytios se plaça devant son adversaire et lui fit de l'ombre. Un rictus mauvais s'afficha puis il attrapa rapidement Hécate et le lança dans le canapé sans difficulté. L'homme volant rebondit sur les coussins moelleux du meuble ; Clytios écarta les bras et fit un tour sur lui-même, mimant les gestes narquois des anciens lutteurs télévisés. Hécate, cependant, préparait sa contre-attaque. Dans le haut de son rebond il prit appui de la jambe droite contre le dossier du canapé afin de se propulser droit sur le géant. Les lois de la physique semblaient avoir été oubliées tant l'action d'Hécate était gracile. Il percuta sa cible qui se la racontait par derrière, au niveau des genoux. La brutasse s'effondra sur le côté et se cogna durement contre la table. À partir de là, l'affrontement perdit en élégance. Il n'eut pas de prises de taekwondo ou de savate. Hécate profita que Clytios fût sonné pour le griffer, le frapper et tenter de lui percer un œil. D'une main, celui-ci se débarrassa de son gêne en un revers qui retentit sèchement.

Pendant ce temps-là, il n'y avait personne pour prendre les paris. De toute façon, l'argent ne circulait plus. Quant aux deux spectateurs, l'un se fouillait pour y dénicher du courage et l'autre contemplait bouche bée la baston.
Clytios se releva avant Hécate, l'empoigna – toujours d'une seule main, peut-être que la seconde était blessée ? –, le plaqua contre un mur douloureusement – du genre violemment, accompagné d'un « bom » sourd et d'un « aaaaaargh » d'Hécate – et débuta l'étouffement.

Priam, lui, en avait assez de se cacher pour tirer sur son bout, d'être faible au point de frapper son ami mentalement dérangé et de passer à deux doigts de faire la pute. Il replaça sa vaillance dans ses testicules et fonça sur la bête, en hurlant pour se donner de l'entrain, comme quand les pauvres soldats fondaient sur les lignes ennemies lors des guerres antiques. Il réussit à libérer Hécate et reçut une torgnole en récompense ; bien joué. Hécate se faufila dans la cuisine à trois pattes, il avait la respiration d'un asthmatique qui se serait enfilé plusieurs paquets de clopes.

Clytios s'approcha de Priam et s'apprêta à lui écraser la semelle de son énorme chaussure sur le devant de la figure, quand Hécate, toujours haletant, surgit et jeta des armes blanches à tout va. Le premier ne toucha Clytios que du manche, le deuxième s'enfonça dans son biceps gauche, le troisième manqua sa cible, le quatrième fit comme le premier et le cinquième lui érafla l'épaule. Clytios préféra abandonner son projet de ravalement de façade au profit de celui de la déconstruction minutieuse du lanceur de couteaux maladroit. Il allait l'étriper volontiers, mais il remarqua qu'Hécate fixait un point derrière lui, tellement déconnecté de son sort que Clytios ne put résister à la tentation de se retourner.

Rhéa, au bout du salon, avait le troisième couteau planté en plein milieu de l'abdomen.


6.

Hécate haleta à six reprises. Les mains tremblantes ; les yeux écarquillés. Il avait su gérer à sa façon l'holocauste, les cadavres irradiés et le sentiment de mort inéluctable mais le couteau enfoncé jusqu'au manche dans celle qu'il disait aimer c'en était de trop. Pourtant, il était loin d'imaginer les révélations que son lancer misérable allait entraîner.

Six yeux, trois paires de ces billes pas forcément très goûtues, lorgnaient Rhéa. Un silence monacale régnait. Au-dehors, le cycle de la ruine semblait s'être interrompu aussi, à l'écoute de la suite. Priam, Hécate et Clytios fixaient bouche bée la femme-fourreau-malgré-elle. Aucun d'eux ne possédait de formation de sauveteur ou de bon sens, de sorte que l'inaction s'imposa. Priam était bien sorti avec une maître-nageuse pendant quelques semaines mais les positions de sécurité ne furent pas celles qu'il retînt ; pour l'aimable plaisir de ses conquêtes suivantes et au grand désespoir du civisme le plus élémentaire.

Les trois hommes s'attendaient donc à voir couler un flot rubis à travers le ventre déchiré de la jolie rouquine, voire qu'il s'en suivrait un au-revoir larmoyant et impuissant. Il n'en fut rien assurément. Un fluide grisâtre dégoulina ; l'abject de la chose était comparable à une soupe de champignons. La surprise des bonshommes s'accentua ; ils ne devaient pas aimer ce bouillon non plus.

Rhéa attrapa le manche du couteau et le retira de sa plaie d'un geste assuré. Sans crier, sans ciller. Elle conserva l'arme blanche et prit une posture de combat, digne d'un maître de wing chun. Ils savaient désormais à qui ils avaient à faire ; la couleur du sang ne trompait personne. Rhéa n'était pas un simple automate-ouvrier ou une machine d'agriculture mais un robot fait à l'image de l'Homme.

Pour la majorité du commun des mortels, la rencontre de tels êtres enfantés par l'humanité était inespérée. Seules les élites des pays pouvaient se procurer ces biens de consommation de luxe. Les trois navets n'en avaient probablement vu que sur les murvisions, où ces androïdes faisaient office d'animaux de compagnie à exposer au monde. Ici toutefois, la réalité rattrapait la mode en vogue et les potins sur la robotique, car la réalité tenait un couteau et savait s'en servir. Le blanc dura encore deux minutes de plus, jusqu'à ce qu'Hécate ne puisse se retenir.

— Non, c'est impossible... Tu... tu ne peux pas être un gynoïde. Ce n'est pas vrai... Je dois encore rêver. On est toujours au lit, tous les deux, serrés l'un contre l'autre. Je rêve. Je n'ai pas couché avec un robot !

Rhéa fit quelques pas sur le côté. De sa nouvelle place, elle avait les trois humains dans son champ de vision. Ces derniers reculèrent vivement quand elle fendit l'air devant elle en direction de Clytios. Le géant avait dû avoir un geste imperceptible, une contraction musculaire involontaire, ce qui n'avait rien d'étonnant étant donné qu'une lame de dix centimètres avait pénétré son corps. Néanmoins, en sus de bousculer la course des atomes, la situation se modifia. Leur stupéfaction passée, Clytios et Priam devinrent hargneux.

— Pourquoi nous avoir menti, droïde ? invectiva Clytios.
— T'es le chien du gouvernement, et le gouvernement nous a tous tués ! grogna Priam.
Rhéa lui jeta un regard noir, étouffant dans l'œuf toute nouvelle envie d'expression de colère.
— Je ne suis pas un chien. Je suis Rhéa.
— Qu'un sale droïde ! Un tas de ferraille conçu pour nous obéir. Tu es le serviteur des humains, alors réponds-nous !
— Je suis Rhéa ! Je suis Rhéa ! Je suis Rhéa !
— R. Héa ouais...
— JE SUIS RHÉA ! JE SUIS RHÉA !

La teinte de la voix de Rhéa prenait une tournure désespérée. Elle hurlait une tristesse et une douleur enfouies depuis longtemps. Le passé surgissait, s'entremêlant avec le présent ; le doute avait finalement fait son chemin. Patiemment il avait ébranlé les croyances philosophiques, patiemment il avait bouleversé l'ordre naturel.
Les yeux synthétiques de Rhéa pleuraient tandis que sa gorge se déchirait sous la peine qu'elle ressentait. Les sanglots de l'androïde perturbèrent Priam et Hécate ; ils étaient sensibles à ce drame, mal à l'aise. Clytios, par contre, n'y trouva que de la faiblesse. Pour des raisons qui lui étaient propres il détestait la race des robots. Alors apprendre qu'il s'était fait tromper par l'un d'entre eux n'améliora pas son caractère.

Que fait un taureau dos au mur dans l'arène ? Il charge. Clytios chargea aussi, droit sur Rhéa. Les cent-cinquante kilos du mastodonte éprouvèrent la résistance des matériaux composite du gynoïde. L'immense poigne de Clytios enserra le cou en apparence fragile de Rhéa. Sous la force de l'attaque elle fut violemment plaquée contre le mur puis soulevée à hauteur des yeux délétères du géant. Rhéa gémit. Bêtement, elle agissait comme si son corps était privé d'air alors que cela ne lui était pas vital. Elle se tortillait pour échapper à son agresseur et ouvrait la bouche dans un râle difficile afin de s'oxygéner. Sa faible lutte ne perturba pas Clytios qui continua de lui écraser la gorge jusqu'à ce qu'elle cesse. Ses doigts s'enfonçaient progressivement dans la peau de Rhéa, comprimant la carotide ainsi que de nombreuses veines, si bien que le sang grisâtre dû être dérouté d'urgence par le tronc dorsal. Malgré cela, le bas du corps de Rhéa semblait désarticulé, tandis que ses yeux roulaient dans leurs orbites.
Devant ce tableau horrifique, Hécate se replia à nouveau dans la cuisine.

— Sauve-la, ordonna-t-il à son ami.

Priam pesta et décida de l'écouter, estimant qu'il devait fouiller les fonds de tiroirs à la recherche d'une arme plus efficace qu'un couteau. L'humain disgracieux assaillit l'humain charpenté, il lui porta la botte interdite. Celle qui était tacitement proscrite depuis des générations : le coup de pied dans les testicules. Par ce geste, Priam traçait une barrière infranchissable entre lui et la chevalerie, voire les compétitions d'ultimate fighting. Un mâle qui se respecte n'écrabouille pas les organes reproducteurs des autres, il leur fracasse les poumons à la batte ou leur remonte le nez jusque dans le cerveau mais surtout, il ne s'abaisse pas à cela.

La réaction nerveuse escomptée eut bien lieu : Clytios libéra malgré lui sa victime. Rhéa tomba d'un bloc, le cou tordu. Elle ne bougeait plus. À côté d'elle, Clytios, agenouillé, jurait et promettait mille tourments à Priam.

— Dépêche-toi, Hécate ! beugla-t-il.
— J'fais aussi vite que j'peux ! lui répondit son comparse, à travers des bruits de placards et de tiroirs.
— Il va se lever bientôt !
— Deux minutes !
— Il se lève bordel !
— Éclate-lui une chaise sur la tronche !
— Y'a pas de chaise !
— N'importe !

Priam ne réfléchit pas. Il lui était plus facile de suivre les directives de violence que de se les imposer. Selon lui, la responsabilité se transférait vers l'ordonnateur. L'homonyme du roi saisit un pouf et martela le dos du géant. Pendant quelques coups Priam eut l'avantage, jusqu'à ce que Clytios parvienne à se redresser ; larmes aux yeux, nuque et bras ensanglantés. Il porta un crochet du droit à Priam qui, de manière in extremis, présenta le pouf devant lui pour faire office de bouclier. Néanmoins, la puissance de l'attaque était telle que le meuble blessa Priam quand il lui percuta le visage. Clytios soufflait, debout, toisant ses ennemis au sol. Une rage meurtrière le parcourait. Il était devenu une bête avide de sang et de vengeance, un démon jubilant à l'idée du carnage qu'il allait perpétrer. Il incarnait les pires traits de l'humanité, sa face la plus redoutable.

— Je vais te faire regretter d'être né, Priane. J'vais t'arracher les ongles un par un. Te tordre les doigts, te briser chaque os de la main. Je te cramerai la plante des pieds et te forcerai à ramper dans du verre pilé. Tu me supplieras de t'achever. Mais ça ne fera que commencer.

Les menaces ne laissèrent pas Priam indifférent. Il perdit le contrôle de sa vessie et de son sphincter ; apeuré, il se roula en boule au milieu de ses effluves. Il voulait revenir deux années en arrière, signer leur foutu contrat à la con et déguerpir loin de cette planète morbide. Il regrettait aussi son insouciance, de s'être mal comporté avec Hécate, de ne pas avoir été à la hauteur. Il priait à qui voulait l'entendre dans le cosmos qu'il avait changé.

Les certitudes de Priam étaient brisées, ses remparts ravagés, son cœur anéanti. Le feu avait tout emporté.
Le feu ?!
Priam ouvrit ses quinquets, détaillant ce qu'il se passait : Clytios brûlait.

— Bon retour chez toi, enfoiré de géant de mes deux ! balança Hécate juste après son cocktail molotov.

Les cris d'agonie empêchèrent le frondeur de continuer à cracher sa bile. Le torse et la face de Clytios fondaient. Ses mains tentaient d'étouffer les flammes mais l'alcool avait imbibé ses vêtements et recouvert sa chair. Il courait, chutait, se roulait au sol ; il s'épluchait vif. Clytios répondait aux précédents hurlements de Rhéa par les siens. La souffrance morale rivalisait avec la douleur physique, celle des nerfs qui s'évaporent et de l'épiderme qui part en cendres. Son agitation démentielle roussit le mobilier en tissu, tandis qu'autour de lui, torche humaine, des foyers rognaient les murs et le plancher. Le monstre quittait un enfer pour descendre dans le prochain cercle ; ses mugissements le suivaient, au plus grand soulagement de tous.

Le salon retrouva le silence quand Clytios s'affala face contre sol une bonne fois pour toute. Il ne persistait que les crépitements de sa graisse qui chauffait, ainsi qu'une odeur âpre qui les imprégnèrent.
Hécate se précipita vers Rhéa aussitôt le danger maîtrisé. Il lui prit la main, la serrant chaleureusement dans sa paume, puis la couvrit de baisers tout en murmurant son nom. Les appels désespérés obtinrent le résultat escompté : la belle se réveilla.

— Hé...cate.
— Chuuut. Garde tes forces, Rhéa... mon amour.
— Je suis désolé.
— Ne dis plus rien.
— J'ai échoué.
— Non.
— J'ai échoué.
— Non.
— Je voulais tellement offrir une deuxième chance à l'humanité que je me suis oubliée. J'ai oublié ce que j'étais : une simple machine, incapable de concevoir. Je suis désolé.
— Ne t'en fais pas, tout va aller. Tu m'as sauvé, Rhéa. Tu m'as guéri.
— Je...
— Je t'aime, Rhéa ! Je t'aime.
— Moi aussi, Hécate. Je t'aime. Pardonne-moi.

La vie se tut ; Hécate sanglota.

Souillé et en sang, Priam était bras ballant entre le gynoïde au corps brisé et l'humain calciné. Son ami aux yeux gonflés et rougis croassa :
— Il n'y a plus d'espoir. Plus de raison de vivre.
D'une voix incertaine, Priam lui fit écho :
— Non, plus d'espoir et plus de raison de vivre.

Hécate abandonna son recueillement endeuillé, se remit sur pieds et regarda Priam. La fin était proche ; ils le savaient. Deux années sur une Terre détruite leur avait paru une éternité. La folie les avait toujours talonné. Elle avait espionné chacun de leur déplacement, chacune de leurs pensées. Ils avaient grâce à cela pu jouir d'une liberté totale ; ils le savaient. La folie réclamait son paiement maintenant.

— Adieu. On se reverra dans les étoiles, Priam.
— Adieu, Hécate. On se reverra ailleurs.

Hécate franchit le sas antiradiation de fortune, tira le verrou et ouvrit en grand la porte d'entrée. Il courut sans protection droit dans la poussière alberge. Il ne fit pas plus d'un kilomètre avant de s'effondrer définitivement.
Priam, lui, préféra s'allonger au sol, dans une posture plus paisible que les deux autres qui gisaient déjà. À l'écoute du chant des abricots, il attendit patiemment que la fin vienne.

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DÂdädâîsme.


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MessageSujet: Re: Le chant des abricots   Ven 18 Avr - 13:45

Citation :

Le chant des abricots (Attention Je plonge en profondeur. Tu en fera ce que tu veux n'est-ce pas!)



Le vent affamé rognait le métal et le verre. Ses crocs acérés se jetaient sans relâche sur le gratte-ciel. (un point ici) et la vitre derrière laquelle Priam était assis (Remplacé par une phrase courte, à mon avis plus efficace car ainsi on cible plus Priam, même si on est sensible à la tourmente : Priam était assis derrière la vitre.). Sur son siège à roulettes bancal il contemplait le vent, gorgé de poussières orangées, (Les deux virgules isolant le groupe coupent trop le rythme, il faut les enlever) s'engouffrer dans les rues (Ici un point pour couper cette phrase assez longue : Il grignotait petit à petit l'acier des constructions. En isolant cette phrase, tu accentues le grignotage et son importance)et grignoter petit à petit l'acier des constructions. (Tu ne veux pas un nouveau paragraphe, là ?)Allongé sur un bureau près de son ami, Hécate fixait le faux plafond. Autour des deux hommes le désordre régnait : des feuilles de papier et leurs chemises sales jonchaient le sol, les chaises étaient renversées et tordues, l'électronique détruit et éclaté (ce mot ne veut rien dire. Je me demande s'il n'aurait pas été plus efficace de laisser « l'électronique détruit. Et ensuite, décrire l'amas de fils et de cartes). L'électricité ne fonctionnait plus depuis longtemps déjà, seules les larges baies vitrées éclairaient l'immeuble d'une luminosité nébuleuse et alberge (mot inconnu au bataillon. Tu ne veux pas en utiliser un plus fréquent ? Histoire que le lecteur ne coupe pas sa lecture comme j'ai pu le faire pour constater qu'il s'agit d'une couleur).
Le son strident et incessant du raclement de la terre sur l'alliage jouait toute la journée et toute la nuit. Il était le rappel perpétuel de la voracité du monde extérieur. L'orgasme permanent de la destruction. Parfois, un grognement de contentement leur parvenait quand une tour s'effondrait. Jusqu'ici celle sur laquelle ils avaient porté leur dévolu tenait bon, mais au premier signe d'affaiblissement audible de la structure et (ce « et » m'a gêné en lisant car après ce « mais » un et n'a pas sa place, sauf si tu mets un certain ton, qui n'était pas celui que j'utilisais. J'ai donc du le relire avec celui que tu utilisais. En fait, je l'enlèverais bien.)ils en choisiraient une nouvelle. Au fur et à mesure, le binôme reculait et cédait du terrain au vent. Ils ne pouvaient gagner et ils le savaient.

« Rappelle-moi encore une fois pourquoi on est resté là ? demanda Hécate.
— Rappelle-moi pourquoi tes parents t'ont donné le même prénom qu'une déesse grecque (un peu lourd : « le prénom d'une déesse grecque » suffirait) alors que tu n'es manifestement qu'un bonhomme,(dans le cas ou tu utiliserais ma suggestion le ne que deviendrait utile) et pas le moins poilu en plus ? » rétorqua Priam. Hécate soupira.
« Parce qu'ils passaient plus de temps sous champi' et whisky qu'à boire de l'eau.
— Ça c'est bien vrai ! Je me souviens qu'une fois ton pater s'était chié dessus dans son fauteuil tellement il était fait, dit Priam en riant fort. Oh putain qu'est-ce que ça puait. Hahaha.
— Ouais ben je t'emmerde profond.
— On est resté parce qu'on s'en branlait de leur espoir à deux balles. Crever ici ou là-bas, quelle différence ? »

Hécate tendit le bras et produisit un bruit de gorge afin d'attirer l'attention de son camarade. Celui-ci tourna la tête et lui mit dans la main une bouteille d'alcool.

« Parfois je me demande si on a bien fait, souffla Hécate.
— Tu parles ! Te laisse pas embobiner par leurs slogans à la con. » Priam prit une voix grave et montra du doigt Hécate. « Sauvez la Terre, devenez colon ! Un colon protège sa famille, il protège l'humanité. Des conneries pour attardés.
— Ouais bien ils sont quasiment tous partis, précisa Hécate.
— C'est ce que je dis : des attardés. Aucun d'eux ne mettra le pied sur une planète, leurs enfants non plus. Les enfants de leurs enfants ? Niet ! Ça doit être du darwinisme, les malins picolent tranquillement sur Terre pendant que les crétins vont se cailler les miches dans des cimetières géants entre deux systèmes solaires.
— La Terre est perdue. S'ils avaient tous fait comme toi...
— Comme nous, coupa Priam.
— Ouais, comme nous, ben l'humanité se serait éteinte.
— C'est justement parce qu'ils ont fait le contraire de ce que j'ai fait que j'ai pu faire ce que j'ai fait. Ils seraient restés que moi je me serais barré direct. (J'ai eu du mal à saisir le sens. Une fois la phrase comprise, je vois qu'il faut isoler le « moi » entre deux virgules. Mais je me dis qu'il serait plus astucieux de mettre «  S'ils étaient restés, je me serais barré direct. »)
— Heureusement qu'ils n'y ont pas pensé alors.
— S'ils avaient pensé tout court, personne ne serait parti car il n'y aurait pas eu de pollution, de réchauffement climatique, de famines et de nuages nucléaires. 'Fin dans tous les cas j'aurai trouvé un moyen de me casser. »

La bouteille revint à Priam qui prit une longue rasade. Il toussota et s'essuya les yeux.

« Tu pleures ? s'enquit Hécate en souriant.
— Non, non. J'me dis que c'est con qu'il n'y ait plus de filles dans le coin. Et puis je repense à ta sœur.
— Hey !
— Ah, Roberta... Elle avait un nom de merde mais un boule d'enfer.(C'est quoi un boule ? Tss J'pige pas ton langage... Je croyais que tu voulais dire « moule » et je vois que tu l'utilises ailleurs....)
— Enfoiré.
— Ils étaient tellement cramés de la batterie tes parents. Haha.
— Parce que c'est mieux « Priam » peut-être ?!
— Ben ouais, c'est la classe. C'est définitivement plus coté que « Hécate » qui est un prénom de meuf ou que « Roberta » qui est un prénom de camionneuse goudou – 'fin sauf pour ta sœur parce qu'elle avait un bon boule, mais ma cousine m'avait dit qu'elle se l'était tapée alors je suis plus sûr de rien.
— « Priam » c'est un nom grec et tu sais ce qu'on dit des grecs ?
— Hey ! C'était un troyen d'abord, le dernier roi d'Ilios et si c'est encore une attaque voilée contre le jour où j'ai baissé ton froc pendant ton sommeil ben je t'ai déjà dit que c'était pour faire une blague.
— Ouais, ouais. À d'autres.
— Si je te le dis.
— Le poireau dans la main c'était pour rigoler aussi ?
— Comment t'as deviné ?
— Tu sais, quand je lance en l'air si c'était le bon choix de ne pas devenir colon, ben en fait je me maudis en me demandant pourquoi je t'ai écouté et suivi.
— Mon charisme incommensurable j'imagine. Une fois j'ai convaincu une végétalienne d'aller au fast food avec moi. J'ai jamais vu quelqu'un bouffer autant de cheeseburger en si peu de temps.
— C'était lesquels les cheese déjà, j'm'en souviens plus ?
— Ceux avec le cornichon de merde au milieu.
— Ah ouais. Combien elle en avait mangé ?
— Six. À l'époque deux comme ça plus le burger du menu, les frites et la boisson et j'étais rempli. Je crois que ce jour-là j'ai brisé en elle tous les interdits culinaires, se vanta Priam. Finalement, c'était peut-être la chose la plus excitante que j'ai jamais faite.
— J'ai connu un mec qui s'en était enfilé dix une fois.
— Dix ? Putain, le gouale. »

Ils continuèrent de boire doucement en silence pendant plusieurs dizaine de minutes. Hécate se redressa et s'assit au bord du bureau et balança ses jambes dans le vide. Son ventre gargouilla.

« J'ai faim, Priam. Je n'en peux plus des conserves de haricots et des abricots au sirop. Je les vois partout ces satanés abricots. Je rêve abricot. J'ai l'impression que dehors c'est une tempête d'abricots qu'il y a. J'en peux plus.
— Moi aussi j'ai la dalle, mon petit Hécate. On se dégotera un bon gros cassoulet, je te le promets.
— Tu le jures ?
— Ouais, je te le jure aussi s'il y faut. (tu tiens au y?)
— Cool, merci. »

La scène de silence se répéta.

« Dommage qu'il n'y ait plus de pain, annonça tristement Hécate.
— Tu voulais te faire un sandwich ?
— Non, pour saucer le cassoulet c'est niquel.
— Oui, c'est vrai, approuva Priam.
— Tu penses que si dans une maison on trouve du cassoulet il y aurait du pain de mie pas loin ?
— C'est possible.
— Moi quand j'avais du cassoulet je faisais toujours attention de le manger quand j'avais encore du pain, pour pouvoir saucer.
— Je ne vais pas te mentir, Hécate, le pain de mie ça ne se conserve pas longtemps. Il aura certainement moisi.
— Quoi ?! Monde de merde ! Comment on va saucer le cassoulet alors ? »

Hécate était maintenant debout sur sa table et rouge de colère. Les veines de son visage saillaient et d'imposants postillons s'échappaient de sa bouche comme autant de maux de la jarre de Pandore. Priam lui faisait face en contrebas et tentait avec des gestes des mains probablement issus de méditation shaolin de le calmer.

« Détends-toi, Hécate. Tu refais un crise, on aurait jamais dû parler autant de nourriture.
— Du pain de mie qui moisi ?! Mais ils sont complètement cons d'avoir créé un truc pareil ! Comment je vais faire pour saucer moi maintenant ?! hurlait Hécate qui ne répondait plus de rien.
— Détends-toi. Souffle comme moi : tu expires, tu inspires. Tu expires, tu inspires.
— Qu'ils s'estiment chanceux d'avoir foutu le camp de cette putain de planète, parce que si je fous la main sur eux je les émascule ! Colons ou pas colons !
— Puisque tu t'arrêteras pas de sitôt et que de parler de colons ça m'a donné envie, je vais faire un tour. »

Priam s'en alla un seau en main. Il laissa un Hécate hors de lui qui criait à travers le double vitrage contre le chef présumé des abricots : Monsieur Abricot. Priam était désormais à trois douzaines de mètres de son ami et faisait sa commission lorsqu'un bruit de glace brisé se fit entendre, vite talonné par celui de l'air qui s'engouffre. Priam jura et se dépêcha de finir. Il retrouva Hécate là où il l'avait laissé, mais ce dernier était toujours en colère et s'appliquait à pulvériser leur protection de verre précaire à coups de chaise.

« J'vais te niquer, Monsieur Abricot. Je vais te niquer ! » disait-il au vent. « Je vais te refaire le portrait, on va plus te reconnaître ! »

Priam sut qu'il n'y avait pas d'alternatives possibles et il assomma son camarade grâce à une barre métallique qui traînait. Il le porta et l'emmena un étage en-dessous ; une heure plus tard il se réveillait.

« Rappelle-moi encore une fois pourquoi on est resté là ? demanda Hécate.
— Rappelle-moi pourquoi le pain c'est si génial ? » rétorqua Priam en souriant. Hécate soupira.


Voici comment je perçois le fond du texte :


Ce texte n'est qu'un constat d'une fuite en avant qui se raccroche continuellement au passé. Elle fait, ainsi, du sur-place en attendant la mort. Aucun espoir en perspective sauf la folie.


Tu as choisi d'utiliser beaucoup de dialogues. Ceci a l'avantage de rythmer le texte, mais en même temps, Le texte conserve le même ton sur toute la longueur. De plus, le langage des deux amis est un langage oral très pauvre, autant en idée qu'en syntaxe. C'est un choix qu'on retrouve de plus en plus parmi les textes écrits sur TA. Pour ma part, je m'en lasse vite.
Autant, je trouve que mettre un langage « vrai » est une excellente chose, autant je trouve qu'il ne doit pas occuper tout le texte.


Ceci dit, je crois que tu rends bien une ambiance, tu rends bien la relation entre les deux amis et leur situation. Donc le texte atteint son but. Ma remarque précédente tendrait donc à te pousser à enrichir le texte par des descriptions plus subtiles (autres que les mots d'un dialogue) montrant l'envie d'autre chose, comme des gestes ou des pensées.


Voilà, j'ai écrit toutes mes réflexions pour t'aider.
Bien-sûr, ce n'est qu'un avis purement personnel. J'ai livré tous les commentaires que je me faisais en lisant ton texte.

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MessageSujet: Re: Le chant des abricots   Ven 18 Avr - 16:43

Cassie a écrit:
Citation :

Le chant des abricots (Attention Je plonge en profondeur. Tu en fera ce que tu veux n'est-ce pas!)



Le vent affamé rognait le métal et le verre. Ses crocs acérés se jetaient sans relâche sur le gratte-ciel. (un point ici) (Non, pas de point) et la vitre derrière laquelle Priam était assis (Remplacé par une phrase courte, à mon avis plus efficace car ainsi on cible plus Priam, même si on est sensible à la tourmente : Priam était assis derrière la vitre.). Sur son siège à roulettes bancal il contemplait le vent, gorgé de poussières orangées, (Les deux virgules isolant le groupe coupent trop le rythme, il faut les enlever) (Non plus) s'engouffrer dans les rues (Ici un point pour couper cette phrase assez longue : Il grignotait petit à petit l'acier des constructions. En isolant cette phrase, tu accentues le grignotage et son importance) (je vais y réfléchir) et grignoter petit à petit l'acier des constructions. (Tu ne veux pas un nouveau paragraphe, là ?)Allongé sur un bureau près de son ami, Hécate fixait le faux plafond. Autour des deux hommes le désordre régnait : des feuilles de papier et leurs chemises sales jonchaient le sol, les chaises étaient renversées et tordues, l'électronique détruit et éclaté (ce mot ne veut rien dire. Je me demande s'il n'aurait pas été plus efficace de laisser « l'électronique détruit. Et ensuite, décrire l'amas de fils et de cartes) (c'pas faux). L'électricité ne fonctionnait plus depuis longtemps déjà, seules les larges baies vitrées éclairaient l'immeuble d'une luminosité nébuleuse et alberge (mot inconnu au bataillon. Tu ne veux pas en utiliser un plus fréquent ? Histoire que le lecteur ne coupe pas sa lecture comme j'ai pu le faire pour constater qu'il s'agit d'une couleur) (Pas possible, comme synonymes d"orangé j'ai : abricot, brique, capucine, orange, rouge, roux, safrané et tango, et comme synonymes d'abricot : abricotine, alberge et orangé. Or il me faut une couleur de fruit.)
Le son strident et incessant du raclement de la terre sur l'alliage jouait toute la journée et toute la nuit. Il était le rappel perpétuel de la voracité du monde extérieur. L'orgasme permanent de la destruction. Parfois, un grognement de contentement leur parvenait quand une tour s'effondrait. Jusqu'ici celle sur laquelle ils avaient porté leur dévolu tenait bon, mais au premier signe d'affaiblissement audible de la structure et (ce « et » m'a gêné en lisant car après ce « mais » un et n'a pas sa place, sauf si tu mets un certain ton, qui n'était pas celui que j'utilisais. J'ai donc du le relire avec celui que tu utilisais. En fait, je l'enlèverais bien.) (c'est une coquille, j'avais modifié la phrase et il semblerait que le « et » soit resté) ils en choisiraient une nouvelle. Au fur et à mesure, le binôme reculait et cédait du terrain au vent. Ils ne pouvaient gagner et ils le savaient.

« Rappelle-moi encore une fois pourquoi on est resté (ce n'est pas une faute : http://www.academie-francaise.fr/la-langue-francaise/questions-de-langue#59_strong-em-on-nous-vous-accord-em-strong) là ? demanda Hécate.
— Rappelle-moi pourquoi tes parents t'ont donné le même prénom qu'une déesse grecque (un peu lourd : « le prénom d'une déesse grecque » suffirait) (je vais enlever « même » et « qu' ») alors que tu n'es manifestement qu'un bonhomme,(dans le cas ou tu utiliserais ma suggestion le ne que deviendrait utile) (Non merci) et pas le moins poilu en plus ? » rétorqua Priam. Hécate soupira.
« Parce qu'ils passaient plus de temps sous champi' et whisky qu'à boire de l'eau.
— Ça c'est bien vrai ! Je me souviens qu'une fois ton pater s'était chié dessus dans son fauteuil tellement il était fait, dit Priam en riant fort. Oh putain qu'est-ce que ça puait. Hahaha.
— Ouais ben je t'emmerde profond.
— On est restés parce qu'on s'en branlait de leur espoir à deux balles. Crever ici ou là-bas, quelle différence ? »

Hécate tendit le bras et produisit un bruit de gorge afin d'attirer l'attention de son camarade. Celui-ci tourna la tête et lui mit dans la main une bouteille d'alcool.

« Parfois je me demande si on a bien fait, souffla Hécate.
— Tu parles ! Te laisse pas embobiner par leurs slogans à la con. » Priam prit une voix grave et montra du doigt Hécate. « Sauvez la Terre, devenez colon ! Un colon protège sa famille, il protège l'humanité. Des conneries pour attardés.
— Ouais bien ils sont quasiment tous partis, précisa Hécate.
— C'est ce que je dis : des attardés. Aucun d'eux ne mettra le pied sur une planète, leurs enfants non plus. Les enfants de leurs enfants ? Niet ! Ça doit être du darwinisme, les malins picolent tranquillement sur Terre pendant que les crétins vont se cailler les miches dans des cimetières géants entre deux systèmes solaires.
— La Terre est perdue. S'ils avaient tous fait comme toi...
— Comme nous, coupa Priam.
— Ouais, comme nous, ben l'humanité se serait éteinte.
— C'est justement parce qu'ils ont fait le contraire de ce que j'ai fait que j'ai pu faire ce que j'ai fait. Ils seraient restés que moi je me serais barré direct. (J'ai eu du mal à saisir le sens. Une fois la phrase comprise, je vois qu'il faut isoler le « moi » entre deux virgules. Mais je me dis qu'il serait plus astucieux de mettre «  S'ils étaient restés, je me serais barré direct. ») (oui, je vais faire ça)
— Heureusement qu'ils n'y ont pas pensé alors.
— S'ils avaient pensé tout court, personne ne serait parti car il n'y aurait pas eu de pollution, de réchauffement climatique, de famines et de nuages nucléaires. 'Fin dans tous les cas j'aurai trouvé un moyen de me casser. »

La bouteille revint à Priam qui prit une longue rasade. Il toussota et s'essuya les yeux.

« Tu pleures ? s'enquit Hécate en souriant.
— Non, non. J'me dis que c'est con qu'il n'y ait plus de filles dans le coin. Et puis je repense à ta sœur.
— Hey !
— Ah, Roberta... Elle avait un nom de merde mais un boule d'enfer.(C'est quoi un boule ? Tss J'pige pas ton langage... Je croyais que tu voulais dire « moule » et je vois que tu l'utilises ailleurs....) (le boule c'est un cul, des fesses, un fessier, un postérieur https://www.youtube.com/watch?v=W91P9TirRG4#aid=P-vQkBQD7JA )
— Enfoiré.
— Ils étaient tellement cramés de la batterie tes parents. Haha.
— Parce que c'est mieux « Priam » peut-être ?!
— Ben ouais, c'est la classe. C'est définitivement plus coté que « Hécate » qui est un prénom de meuf ou que « Roberta » qui est un prénom de camionneuse goudou – 'fin sauf pour ta sœur parce qu'elle avait un bon boule, mais ma cousine m'avait dit qu'elle se l'était tapée alors je suis plus sûr de rien.
— « Priam » c'est un nom grec et tu sais ce qu'on dit des grecs ?
— Hey ! C'était un troyen d'abord, le dernier roi d'Ilios et si c'est encore une attaque voilée contre le jour où j'ai baissé ton froc pendant ton sommeil ben je t'ai déjà dit que c'était pour faire une blague.
— Ouais, ouais. À d'autres.
— Si je te le dis.
— Le poireau dans la main c'était pour rigoler aussi ?
— Comment t'as deviné ?
— Tu sais, quand je lance en l'air si c'était le bon choix de ne pas devenir colon, ben en fait je me maudis en me demandant pourquoi je t'ai écouté et suivi.
— Mon charisme incommensurable j'imagine. Une fois j'ai convaincu une végétalienne d'aller au fast food avec moi. J'ai jamais vu quelqu'un bouffer autant de cheeseburger en si peu de temps.
— C'était lesquels les cheese déjà, j'm'en souviens plus ?
— Ceux avec le cornichon de merde au milieu.
— Ah ouais. Combien elle en avait mangé ?
— Six. À l'époque deux comme ça plus le burger du menu, les frites et la boisson et j'étais rempli. Je crois que ce jour-là j'ai brisé en elle tous les interdits culinaires, se vanta Priam. Finalement, c'était peut-être la chose la plus excitante que j'ai jamais faite.
— J'ai connu un mec qui s'en était enfilé dix une fois.
— Dix ? Putain, le gouale. »

Ils continuèrent de boire doucement en silence pendant plusieurs dizaine de minutes. Hécate se redressa et s'assit au bord du bureau et balança ses jambes dans le vide. Son ventre gargouilla.

« J'ai faim, Priam. Je n'en peux plus des conserves de haricots et des abricots au sirop. Je les vois partout ces satanés abricots. Je rêve abricot. J'ai l'impression que dehors c'est une tempête d'abricots qu'il y a. J'en peux plus.
— Moi aussi j'ai la dalle, mon petit Hécate. On se dégotera un bon gros cassoulet, je te le promets.
— Tu le jures ?
— Ouais, je te le jure aussi s'il y faut. (tu tiens au y?) (euh non, mais j'ai trouvé comment mieux le tourner)
— Cool, merci. »

La scène de silence se répéta.

« Dommage qu'il n'y ait plus de pain, annonça tristement Hécate.
— Tu voulais te faire un sandwich ?
— Non, pour saucer le cassoulet c'est niquel.
— Oui, c'est vrai, approuva Priam.
— Tu penses que si dans une maison on trouve du cassoulet il y aurait du pain de mie pas loin ?
— C'est possible.
— Moi quand j'avais du cassoulet je faisais toujours attention de le manger quand j'avais encore du pain, pour pouvoir saucer.
— Je ne vais pas te mentir, Hécate, le pain de mie ça ne se conserve pas longtemps. Il aura certainement moisi.
— Quoi ?! Monde de merde ! Comment on va saucer le cassoulet alors ? »

Hécate était maintenant debout sur sa table et rouge de colère. Les veines de son visage saillaient et d'imposants postillons s'échappaient de sa bouche comme autant de maux de la jarre de Pandore. Priam lui faisait face en contrebas et tentait avec des gestes des mains probablement issus de méditation shaolin de le calmer.

« Détends-toi, Hécate. Tu refais un crise, on aurait jamais dû parler autant de nourriture.
— Du pain de mie qui moisi ?! Mais ils sont complètement cons d'avoir créé un truc pareil ! Comment je vais faire pour saucer moi maintenant ?! hurlait Hécate qui ne répondait plus de rien.
— Détends-toi. Souffle comme moi : tu expires, tu inspires. Tu expires, tu inspires.
— Qu'ils s'estiment chanceux d'avoir foutu le camp de cette putain de planète, parce que si je fous la main sur eux je les émascule ! Colons ou pas colons !
— Puisque tu t'arrêteras pas de sitôt et que de parler de colons ça m'a donné envie, je vais faire un tour. »

Priam s'en alla un seau en main. Il laissa un Hécate hors de lui qui criait à travers le double vitrage contre le chef présumé des abricots : Monsieur Abricot. Priam était désormais à trois douzaines de mètres de son ami et faisait sa commission lorsqu'un bruit de glace brisé se fit entendre, vite talonné par celui de l'air qui s'engouffre. Priam jura et se dépêcha de finir. Il retrouva Hécate là où il l'avait laissé, mais ce dernier était toujours en colère et s'appliquait à pulvériser leur protection de verre précaire à coups de chaise.

« J'vais te niquer, Monsieur Abricot. Je vais te niquer ! » disait-il au vent. « Je vais te refaire le portrait, on va plus te reconnaître ! »

Priam sut qu'il n'y avait pas d'alternatives possibles et il assomma son camarade grâce à une barre métallique qui traînait. Il le porta et l'emmena un étage en-dessous ; une heure plus tard il se réveillait.

« Rappelle-moi encore une fois pourquoi on est restés là ? demanda Hécate.
— Rappelle-moi pourquoi le pain c'est si génial ? » rétorqua Priam en souriant. Hécate soupira.


Voici comment je perçois le fond du texte :


Ce texte n'est qu'un constat d'une fuite en avant qui se raccroche continuellement au passé. Elle fait, ainsi, du sur-place en attendant la mort. Aucun espoir en perspective sauf la folie.


Tu as choisi d'utiliser beaucoup de dialogues. Ceci a l'avantage de rythmer le texte, mais en même temps, Le texte conserve le même ton sur toute la longueur. De plus, le langage des deux amis est un langage oral très pauvre, autant en idée qu'en syntaxe. C'est un choix qu'on retrouve de plus en plus parmi les textes écrits sur TA. Pour ma part, je m'en lasse vite.
Autant, je trouve que mettre un langage « vrai » est une excellente chose, autant je trouve qu'il ne doit pas occuper tout le texte.

De plus en plus ? Je ne crois pas que ce soit vrai, nous ne sommes que trois sur le forum à écrire ainsi : dvb, LIS et moi. Et encore on ne le fait pas à chaque fois.


Citation :
Ceci dit, je crois que tu rends bien une ambiance, tu rends bien la relation entre les deux amis et leur situation. Donc le texte atteint son but. Ma remarque précédente tendrait donc à te pousser à enrichir le texte par des descriptions plus subtiles (autres que les mots d'un dialogue) montrant l'envie d'autre chose, comme des gestes ou des pensées.


Voilà, j'ai écrit toutes mes réflexions pour t'aider.
Bien-sûr, ce n'est qu'un avis purement personnel. J'ai livré tous les commentaires que je me faisais en lisant ton texte.

Il n'y a pas de description ou de pensée parce qu'ils ne font rien et ne pensent pas. Quand je traîne avec des potes et qu'on reste assis pendant des heures à rien faire, ben automatiquement il n'y a pas d'action à décrire ; ici c'est pareil. Ils ne font que parler. Je trouve même qu'il serait malvenu de faire des descriptions profondes à teneur philosophique sur ce qu'ils sont, ce qu'ils étaient et de comment est le monde ; pourquoi le narrer alors qu'ils le disent ?  Et ils se disent tout car le silence est pénible. Ils préfèrent répéter les mêmes choses inlassablement et raconter n'importe quoi plutôt que de se taire. Ceci étant, je vais rappeler le bruit du dehors quand ils se taisent brièvement et préciser qu'ils cherchent à combler les blancs.

Lumière Merci pour le commentaire (:

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MessageSujet: Re: Le chant des abricots   Ven 18 Avr - 16:57

J'ai très vite pensé au cachot divin en découvrant les noms des protagonistes (et je me suis de suite dit "Hécate ? mais c'est un nom de meuf !") et puis...

Et puis le texte prend son envol très vite et plane très haut comme un vautour dans ce ciel sec et orange, abrasif et acide comme la fin du monde.

J'ai vraiment adoré parce que tu as réussi à saisir le parfait équilibre entre l'ambiance lourde, les personnages justes et l'absurdité absolue de la situation.

Les dialogues sont efficaces car ils mettent en scène le ton, l'ambiance et le décor de ce bout d'apocalypse.



Le choix d'un dialogue pauvre, proche de la réalité, en tout cas de la sincérité de deux "caractères" (au sens anglophone, une idée d'un personnage "vivant" qui existe sur écran, dans l'imaginaire de l'auteur ou du lecteur, mais qui existe par lui, possède une histoire, un passé, un vécu... pas juste un élément de nouvelle, mais une vraie créature) est pour moi l'essence même de ce que j'aime, ce que je cherche et apprécie dans les créations écrites.

Je ne trouve pas qu'il y en ai trop sur TA. Au contraire, j'ai toujours un peu regretté le manque "d'histoires" dans nos bibliothèques. Mais ça, c'ets avant tout une question de goût personnel Heureux
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MessageSujet: Re: Le chant des abricots   Ven 18 Avr - 17:37

Je vois bien que je ne suis pas en accord avec vous.  Rôlliste 
Mais je suis une lectrice parmi d'autres. Vous avez l'avis de celle-ci et ça ne vaut pas plus mais pas moins.
Un seul type de commentaire n'est pas suffisant.

Cependant, pour compléter ce que je disais concernant ce dialogue. Je voulais dire que même en parlant, les gens font des choses et parfois ces petites choses sont extrêmement symboliques d'une situation. Cela peut être le regard qui s'attache à des détails ou qui exprime une angoisse ou cela peut être un geste répétitif. Ces petites actions presque insignifiantes sont pourtant révélatrices.

la couleur abricot pourrait aussi être pêche.


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MessageSujet: Re: Le chant des abricots   Ven 18 Avr - 17:44

Merci d'avoir lu et commenté, dav.

Alberge c'est très bien :b

Ils le font déjà : Priam regarde dehors et Hécate fixe le plafond. Il n'y a rien de plus à dire car il n'y a rien de plus à voir. Par ailleurs les détails ne sont pas le propos, c'est le dialogue qui l'est et je ne veux pas m'en éloigner inutilement. Les descriptions c'est joli mais pas nécessaire, or j'essaye de faire passer les informations qui d'ordinaire sont rattachées à la description dans les dialogues.

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MessageSujet: Re: Le chant des abricots   Ven 18 Avr - 18:22

je viens de voir une faute oubliée :

Détends-toi, Hécate. Tu refais une crise, on aurait jamais dû parler autant de nourriture.

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MessageSujet: Re: Le chant des abricots   Ven 18 Avr - 18:35

Je l'avais vue aussi, elle est déjà corrigée dans mon premier post (:

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MessageSujet: Re: Le chant des abricots   Dim 20 Avr - 3:15

Hop, trois ajouts sont affichés dans le premier message en rose. Cassie va être contente c'est de la description.

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MessageSujet: Re: Le chant des abricots   Ven 2 Mai - 14:19

Putain le délire... J'adore. C'est par excellence le genre de conversation décousue et absurde qu'on entretient avec les bons copains quand il fait moche dehors. Vous me comprenez.

Je suis fan du langage. Les mots mâchés et les insultes, c'est bête mais ça me fera toujours marrer. En plus c'est éducatif, je viens d'en apprendre pleins de nouvelles !
Ce que je trouve vraiment bien fichu aussi, c'est que ça a beau être essentiellement du dialogue, on saisit tout de suite le lien intime entre les deux types. C'est assez brillant.

Typiquement le genre de texte que je lirais en sirotant un diet coke sous un parasol.

Un titre délire pour un texte délire. Je veux la scène avec le cassoulet.

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MessageSujet: Re: Le chant des abricots   Ven 2 Mai - 15:02

J'me suis bien marré moi aussi. En effet, pas besoin d'autre chose que ces deux mecs assis là, pour juste montrer leur relation. Bien décalé comme il faut !

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MessageSujet: Re: Le chant des abricots   Ven 2 Mai - 21:04

J'ai envie de dire que c'est strange. Bon, en même temps, j'ai toujours tendance à trouver les textes de Mike strange.
Cependant, ça se lit bien. Et comme un texte me rend toujours curieuse d'en savoir plus, je verrai bien la scène du cassoulet. Même si en soi, ce morceau se suffit à lui-même.

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MessageSujet: Re: Le chant des abricots   Jeu 22 Mai - 18:47

Merci pour ces commentaires plus que positifs, cela me fait plaisir.
Néanmoins, je doute qu'il y ait une suite, n'étant plus dans « l'ambiance » et « l'émulation » de l'écriture de ce texte.

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MessageSujet: Re: Le chant des abricots   Lun 18 Aoû - 17:52

Citation :
Finalement, il y a une suite. Je l'ai ajoutée à mon premier post également.

2.
Hécate et Priam quittèrent le lendemain la tour. Une promesse étant toujours une promesse, même lorsque la planète était presque rendue inhabitable par l'hiver nucléaire et les retombées radioactives. L'état d'Hécate ne cessait d'empirer, ses crises se faisaient plus nombreuses. Il devenait irascible et violent, loin de sa nature passive et soumise. Pour reposer l'esprit torturé de son ami, Priam désirait qu'ils obtiennent une victoire, aussi quelconque fût-elle. La solution la plus efficace à court terme était de donner à Hécate ce qu'il voulait : un cassoulet.

Protégés par leur combinaison antiradiation de couleur poussin, ils affrontèrent l'extérieur. Ils s'éloignèrent du centre des affaires, sans se risquer à braver trop longtemps les éléments, et s'établirent dans un quartier résidentiel. Ils visitèrent et fouillèrent maison après maison, à la recherche de la conserve tant désirée. Bien que la quête alimentaire eût un effet positif sur Hécate, leurs relations continuaient de se dégrader. Plus les jours passaient et plus l'absence de résultat devenait flagrante, plus Monsieur Abricot refaisait surface et malmenait Hécate. Par une nuit safranée ils pénétrèrent dans une énième demeure :

— Je suis fatigué et j'ai mal à la tête, je vais m'allonger dans ce canapé et dormir, prévint Hécate.
— L'idéal serait que tu m'aides pour qu'on finisse rapidement, mais si tu es crevé va te pieuter ouais. Je te réveillerai au besoin.
Hécate s'installa conformément à ses dires ; Priam, lui, alla à la cuisine et ouvrit l'un après l'autre les placards. Ils étaient tous remplis de nourriture, ce que Priam trouva étrange puisque la plupart des maisons avaient été vidées de leurs produits consommables par les survivants. Il ne poursuivit pas sa réflexion plus loin, il venait de trouver quelque chose d'intéressant.
— Hécate, viens-là, tu veux ?
Ni une ni deux, faisant fi de son mal de crâne, l'appelé bondit hors du canapé. En plusieurs semaines de recherches, jamais Priam ne l'avait invité à le rejoindre sur ce ton, ça augurait du bon.
— Tu l'as trouvé ? Tu l'as trouvé ? Tu l'as trouvé le cassoulet ?
— Non, mais j'ai de la choucroute, ça pourrait le faire, non ? C'est aussi riche je pense. En plus y'a une tonne de bouffe ici, y'a de quoi se péter le bide méchant.
Hécate subtilisa la boîte joyeusement tendue et l'envoya valser à travers la pièce.
— Putain, pour qui tu me prends ?! cria Hécate. Tu m'avais promis qu'on aurait du cassoulet ! Tu m'as menti, Priam. Tu m'as menti. Je t'ai écouté sans rien dire parler du cul de ma sœur, j'ai supporté tes délires de beauf pendant deux lustres et toi, tu dis que tu vas faire un truc pour moi et t'es pas fichu de le faire.
— T'as fumé ou quoi ? riposta, sur le même ton, Priam. Je me coltine tes pétages de plombs et j'essaye de te faire plaisir avec un bon repas. C'est pas de ma faute si t'as pas ce que tu veux, j'peux pas te le démouler sur place ton cassoulet de merde, bordel !
— Hé oh ! Déjà, tu parles moins fort, okay ? Sinon Monsieur Abricot va nous entendre. Et ensuite t'arrêtes de parler de ma sœur.
— Mais j'ai pas parlé de ta sœur, c'est toi qui as parlé de ta sœur.
— Ouais, ouais...
La dispute s'essouffla et les deux hommes restèrent à se fixer en chien de faïence.
— Baisse les yeux et je retourne chercher ton cassoulet, dit Priam.
— Non, toi, baisse les yeux.
Une voix inconnue se fit entendre :
— Il y a quelqu'un en bas ?
Leur sang se glaça et ils hoquetèrent de surprise.
— Il y a quelqu'un ? Il y a forcément quelqu'un je vous ai entendu. Vous êtes deux : une voix mélodieuse et une voix autoritaire. Bon, j'arrive mais ne me faites pas de mal.
— C'est une fille, murmura Hécate.
— Ouais. Une fille.
— Il a une femme Monsieur Abricot ?
— Qu'est-ce que j'en sais ?
— J'espère pas, s'il en a une et que c'est elle, ce sera de ta faute. Je t'ai prévenu de baisser le volume.

Des bruits de pas annoncèrent que la femme descendait l'escalier. Hécate et Priam observaient l'embrasure de la porte de la cuisine. Moins de dix secondes plus tard, une rousse trentenaire aux traits creusés apparut.
— Bonjour, lança-t-elle, enjouée.
— Bonjour, répondirent-ils.
— Je m'appelle Rhéa.
— Moi c'est Priam, et lui Hécate.
— C'est un prénom de fille ça.
— Elle a les cheveux abricots, souffla Hécate dans l'oreille de son ami.
— Et alors ? rétorqua Priam.
— Demande-lui pour son mari !
— Qu'est-ce qu'il dit ? s'enquit Rhéa.
Priam toussota et prononça avec gêne et mauvaise volonté :
— Il veut savoir si tu es l'épouse de Monsieur Abricot ?
— Euh... Non.
— Peut-être qu'elle ment, demande-lui aussi pour le cassoulet.
— Est-ce que tu as du cassoulet ?
— Du cassoulet ? Euh... ça dépend.
Hécate pointa du doigt Rhéa et s'exclama :
— Haha, comme par hasard. Tu savais que c'était un piège alors tu ne réponds pas franchement. Parce que si tu avais dit « non », on aurait pu se douter que tu essayais de nous pousser dans les bras fruités de ton impitoyable époux, et que si tu avais dit « non » ça prouvait que lui et toi vous nous espionniez.
— Tais-toi, bon sang ! ordonna Priam.
Étonnement, il obéit ; ce qui ne l'empêcha pas de faire les gros yeux à Rhéa et de lui faire de discrets gestes.
— Je ne comprends absolument rien du tout à ce que vous essayez de me dire depuis tout à l'heure. À part vos noms, tout est obscur.
Priam prit les choses en main.
— Je cherche du cassoulet pour mon pote, ça pourrait avoir un effet thérapeutique.
— Ah, je vois.
— Vraiment ?
— Non, mais je préfère qu'on aille au plus simple sinon ça va durer des heures. Surtout que là c'est la nuit et que j'étais censée dormir.
— On t'a réveillé ? Désolé.
— Tant pis, ce n'est pas souvent que je vois du monde.
— Nous pareil.

Priam avait réussi à sauver un semblant de conversation et il en était heureux. Enfin une personne normale avec qui s'entretenir, cela changeait d'Hécate. Il estimait que le sexe féminin de Rhéa était une gratification indéniable. Il allait veiller à réactiver sa répartie enfouie et qui sait alors ce qui pourrait se passer.
Faites qu'elle ne soit pas lesbienne, s'il vous plaît, priait-il.
— J'ai peut-être une conserve qui traîne dans la cave maintenant que je réfléchis.
— Ce serait vachement cool.
— Mais à une condition...
Merde, la dernière fois qu'on m'a dit ça j'ai dû me laver, faire à bouffer et mettre une perruque.
— Laquelle ? hasarda Priam.
Une lueur brilla dans les yeux de Rhéa, son visage rougit légèrement.
Merde, c'est à double tranchant ce genre de regard. Faites qu'Hécate ne doive pas me tripoter pour que je la tripote elle, s'il vous plaît.
— Qu'on repeuple le monde, dévoila Rhéa, avec un grand sourire.
— C'est pas un peu extrême de repeupler le monde contre un kilo de flageolets blancs et trois morceaux de viande qui tirent la gueule ? Moi j'veux juste te ken en fait, laissa échapper le tombeur.
Mais elle ne l'écoutait plus.
— La Terre a eu son châtiment divin, elle a eu ce qu'elle méritait. Les impurs ont brûlé, les pénitents sont partis dans les étoiles obtenir miséricorde, tandis que les êtres choisis sont restés.
Hein ?
— Il est de notre devoir de repeupler la Terre, de joindre nos pures lignées et de donner à notre patrie les enfants vertueux qu'elle attendait. Enfin, notre monde sera beau et grand.
Toute rougeur l'avait quittée dorénavant. Elle exultait, elle avait le discours et le comportement d'une fanatique. Elle fit quelques pas en leur direction, le malaise que ressentait Priam grandit. Il recula inconsciemment.
— Qu'en dites-vous ? Ça vaut largement un kilo de cassoulet, non ?
— Tu n'es pas avec Monsieur Abricot alors ? questionna naïvement Hécate.
Crétin.
— Je ne sais pas de qui tu parles. Mais j'ai le sentiment qu'il t'effraie.
— Oui, il est horrible et me suit partout.
Elle s'avança encore.
— Peut-être est-il une incarnation du démon. Tu ne peux le laisser te prendre, tu dois être fort. Tu dois lui résister et lui dire : non.
Elle était face à Hécate désormais. Du revers de la main elle lui caressa tendrement la joue.
— Tu peux faire ça pour moi ?
— Ou-oui, balbutia-t-il. Oui, je le peux.
— Bien.
Hécate se détendit, il était aussi reposé que quand Priam l'assommait à coups de barre de fer, les inconvénients inhérents à cette méthode en moins.
C'est sûr que ça ne devait pas l'arranger de le tabasser pour stopper ses crises. Mais cette folle est en train de l'attirer dans son camp !

— Suis-moi et tu auras tout le cassoulet que tu désires, promit Rhéa.
— Avec du pain de mie pour saucer ?
— Non, mon chéri. Il n'y a plus de pain.
— Oh, tant pis alors.
Et il reste calme maintenant, on aura tout vu.
Elle prit la main d'Hécate et l'entraîna à sa suite hors de la pièce.
— Hey, vous foutez quoi là ? Vous n'allez pas me laisser en plan comme des connards.
— Je n'ai besoin que d'un seul reproducteur. En plus la polygamie n'est pas admise.
— Par qui ?! Je l'admets volontiers moi. Allez, on monte tous les trois.
Rhéa fronça des sourcils et se plaça entre Priam et Hécate.
— Tu es empli de péchés, homme.
— De péchés ? On te connaît depuis même pas une demi-heure et tu te tires avec mon pote pour faire une fournée de mioches. Tout ce que vous allez réussir à faire c'est une lignée d'attardés. Y'a pas de justice, putain ! Hécate il voit des abricots dans le vent et toi t'as tellement les ovaires enflammés que t'as viré prêtresse de la reproduction.
— Le démon s'est emparé de toi. Tu n'es qu'égoïsme et luxure.
— Parce que vous ne l'êtes pas tous les deux ?
— Notre mission est juste.
Elle était inflexible. Priam tenta de récupérer son ami, à son tour, il s'approcha.
— Hécate, tu ne peux pas filer comme ça.
— Elle me comprend, Priam. Elle peut me protéger de Monsieur Abricot. Je le sens.
— Elle est givrée du bulbe cette nana !
— Ben moi aussi d'après toi ! tonna Hécate, énervé. Et tu t'en fous de comment elle est tant que tu peux coucher avec elle. Moi je ne m'en fous pas, elle me comprend. T'es juste jaloux que quelque chose de bien m'arrive.
— Mais c'est faux ! Je veux que tu reviennes avec moi. On est potes, Hécate. Depuis un baille.
— Est-ce qu'un pote démonte son ami en le frappant à l'aide d'une barre de fer ?
— C'est médical, comme pour les électrochocs.
— C'est tout ce que tu as trouvé ?
— Ouais...
— À la prochaine, Priam. Tu n'auras qu'à passer nous voir bientôt.
Rhéa et Hécate firent mine de se tourner pour sortir de la cuisine. Priam se jeta sur la femme et attrapa fermement le haut de son bras.
— Hécate est à moi, sale pu...
Un poing fermé cueillit l'homonyme du roi d'Ilios en pleine figure. La douleur fit qu'il porta ses mains à son nez, du sang coulait.
— Mais...
Le poing revint et le frappa à la tempe. Priam se cogna contre le mobilier et d'autres coups le firent choir.
Où est ma barre de fer ? Ça fait trop mal !

Priam se recroquevilla afin d'encaisser la raclée. Quand la punition rousse eut fini, Rhéa reprit la main d'Hécate et le guida vers sa chambre. Priam resta au sol, à pleurer sang et larmes. À l'étage, le bois piaulait.

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Dernière édition par Mike001 le Lun 7 Sep - 21:35, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Le chant des abricots   Lun 18 Aoû - 20:43

Tu viens de te condamner, Mike.
La suite doit venir. Et vite !

J'aime encore mieux l'histoire avec cette suite. Ça donne du corps à l'ensemble du texte.

(Remarque... Je crois que la suite avec la Rousse tu l'as déjà raconté, une nuit d'irl...)

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MessageSujet: Re: Le chant des abricots   Mer 10 Sep - 20:48

Ah ah. Il est bon ce p'tit Mike. L'art du détail saugrenu qui n'aide en rien la narration mais qui fait son petit effet tragique.
Un trio amoureux prometteur. Y'a de la baston et du love tout est bon pour un best-seller. La suite?

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MessageSujet: Re: Le chant des abricots   Mar 25 Nov - 21:02

Citation :
Merci à tous les deux d'avoir lu et commenté (:

3.

Jamais deux sans trois. De deux ils étaient passés à trois. De trois à un. S'il y avait une leçon à en tirer ce serait de ne pas suivre les proverbes à la con, ce ne sont que des emmerdes.

Priam s'était posté dans la maison située juste en face de celle de Rhéa. Après avoir fini de se tortiller sur le parquet de la cuisine en geignant, il avait embarqué de la nourriture – dont la choucroute – et avait traversé la rue, boitant tristement comme un chien en fin de vie. De cette piaule il gardait un œil sur son copain. Il les matait à travers le télescope – modèle pour gosse – qu'il avait trouvé dans le grenier et qu'il braquait continuellement sur la maison du jeune couple. Ça ne le dérangeait pas tellement de les voir à l'envers, ce n'était pas ça qui l'empêchait de se finir quand il se triturait la nouille en les épiant. Non, le remord et la colère gâchaient son plaisir solitaire, et ça, ça l'énervait.

Hécate était redevenu angélique, grâce au contact apaisant de l'amour. La thérapie par la violence avait montré ses limites, celle du corps n'en avait aucune. Même avec la Terre ravagée, le cul contrôlait encore tout. Priam maudit une nouvelle fois Rhéa, la sorcière qui l'avait séparé d'Hécate. Eux qui étaient comme les deux tétons d'un torse, qui avaient pour but de trouver le Saint Graal de la bouffe et de se murger le melon jusqu'à aux derniers jours. Peut-être bien devenir poètes aussi. Des putains de poètes. Ouais, tous les deux ils auraient déniché le tant convoité cassoulet et auraient écrit des milliers de vers à sa gloire.

Hécate devait quitter Rhéa, mais il fallait que l'envie vienne de lui, qu'un serpent fasse germer tendrement la graine de la discorde entre eux. Il abandonna son poste d'observation et alla faire des fouilles, vêtu de sa combinaison jaune. Il entra dans une épicerie dont les rayons étaient quasiment vides. Du verre craquait parfois sous ses pas, dissimulé dans la couche de poussière orangée. Priam se dirigea vers l'arrière boutique, à la recherche d'un restant de stock. Il poussa la porte et plongea la tête dans les cartons, envoyant valdinguer par-dessus lui ceux non remplis. Un bruit soudain vint perturber sa collecte, Priam se tourna pour observer la pièce principale de la boutique. Il n'y avait rien. Il haussa ses épaules et se remit au travail. Mais dans l'épicerie une silhouette noire s'avança lentement et silencieusement, elle leva une batte de baseball et l'abaissa violemment sur Priam l'assommant sur le coup.

Quand Priam reprit ses esprits, il eut terriblement mal au crâne. Il voulut par réflexe se tâter la zone qui le lançait le plus mais ses mains refusaient de lui obéir. Elles étaient attachées dans son dos à un radiateur. Le captif remarqua également qu'il ne portait plus son vêtement antiradiation. Il commença à gigoter dans tous les sens pour essayer de se libérer des entraves, mais cela eut pour conséquence de resserrer les liens en plastique et de lui écorcher les poignets. Une voix gronda sur sa gauche :
— Arrête ça, tu vas te faire mal et abîmer ton petit corps à force.

Un homme s'approcha et pénétra dans son champ de vision. Il était immense et super costaud. Priam estima qu'il devait faire dans les deux mètres dix de haut et les cent-cinquante kilos de muscles. Malgré sa corpulence, il parvenait à être d'une discrétion exemplaire ; ses foulées étaient légères. Le géant maîtrisait totalement son corps.

— Tu es à moi maintenant. Et je tiens à avoir de la marchandise intacte et fonctionnelle, ajouta la montagne.
— Vous êtes qui ? s'enquit du bout des lèvres Priam.
— Parle plus fort, moustique. Je ne t'entends pas.
— Vous êtes qui et vous me voulez quoi ?
— Je suis Clytios, et toi, t'es ma pute à présent, annonça-t-il avec un grand sourire.
Clytios balança sur Priam la robe bleu nuit et la perruque rose qu'il avait cachées dans son large dos.
— Tu vas être mignonne comme ça.
— Hein ?
— Je pense que ça doit être à ta taille. Tu la mettras tout à l'heure.
— C'est une blague ? demanda Priam, ahuri.

Clytios le regarda dans les yeux, un petit rictus en coin.

— Non, mon gars. Ce soir on dîne en amoureux et cette nuit on se fait des folies. Enfin j'ai de la compagnie, ce sera plus sympa pour manger, tu verras.
— Mais... mais je ne veux pas !
— Rassure-toi, t'es pas du premier choix non plus. On fait avec ce qu'on a sur ce putain de monde.
— Moi je sais où il y a du choix bordel !
— Comment ça ?
— Je sais où il y a une fille !
— Tu déconnes ? Je suis sûr que tu dis ça pour avoir du répit. Ça ne prend pas, ma caille, on ne me la fait pas à moi. T'es désespéré j'peux le comprendre.
— Fais chier ! Écoute-moi, y'a vraiment une fille. Rhéa qu'elle s'appelle. Une vraie chaudière en plus.
— Comme par hasard ? Tu me prends pour un débile ? C'pas parce que je suis grand que j'suis niais pour autant. Tu peux garder ce genre d'insultes pour toi, tout c'que tu vas réussir à obtenir ce sont des tartes dans la tronche pour te faire taire. En plus t'as une voix désagréable, tu pars pas avec un avantage.
— J't'assure, je mitonne pas. Elle a pété un boulon la fille. Son but c'est de faire des mioches pour repeupler la Terre. Elle a foutu le grappin sur mon pote, Hécate, et depuis ils forniquent toute la journée.
— Hécate ? C'est un nom de fille ça.
— Ouais, il avait des parents craignos.

Clytios, intrigué, se gratta le menton tout en réfléchissant.

— Tu jures qu'il y a une fille ?
— Ouais, j't'le jure. Sur ma tête, putain !
— Ils ont bien raison de faire ce qu'ils font en tout cas, ça apaise l'esprit et vivifie le corps. Mais pourquoi t'es pas avec eux ?
— Elle voulait pas partager, la connasse.
— Hey ! Elle fait ce qu'elle veut, si elle ne veut pas que tu lui grimpes dessus c'est son droit. Respecte ses choix, petit con. Je l'apprécie déjà, c'est une fille forte.

Priam fut hébété en entendant l'argumentaire contradictoire de Clytios et tint à ce qu'il le sache :

— Pourquoi tu ne respectes pas mon refus à moi alors ?
— T'es une femme ?
— Bah nan.
— Ben alors.
— Mais..., tenta de protester Priam.
— Tais-toi, je pense là.
— …
— Okay, dis-moi où elle est.
— Non, tu me détaches et je t'y emmène. Ensuite je me barre avec mon pote et on vous file la paix.
— Ton pote au nom de fille ?
— Ouais.
— Okay, ça me plaît comme plan. Mais je te préviens, si c'est une disquette, tu vas prendre cher.
— T'inquiète, j'suis réglo.
— C'est ce qu'on verra. C'est ce qu'on verra.

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MessageSujet: Re: Le chant des abricots   Dim 7 Déc - 4:34

4.

Ils étaient quatre survivants. Trois hommes et une femme. Un quatuor saugrenu, misérable même. Pourtant, ils étaient les derniers rescapés d'une guerre nucléaire. Un statut dont tout le monde ne pouvait se prévaloir. La vie poursuivait son cours ; la dégénérescence s'intensifiait, mais peu leur importait. Ils auraient pu partir et recommencer ailleurs, s'offrir une nouvelle existence ; si seulement ils n'avaient pas été atteints à l'hypothalamus dès leur adolescence !

Clytios et Priam avaient tous deux revêtu leur bouclier portatif personnel, noir pour le grand gaillard et poussin pour le moins beau. Le premier tenait en laisse le second et le faisait avancer en lui pointant le canon de son fusil à pompe dans le dos. De temps en temps, Clytios tirait sèchement sur le lien, rappelant que le chef était celui qui avait la capacité de donner des ordres contradictoires s'il le voulait. Priam prenait son mal en patience, il savait que Clytios tomberait instantanément sous le charme de Rhéa, ce qui permettrait aux deux amis de toujours de s'en aller sans demander leur reste. Et si Hécate résistait, le traitement thérapeutique reprendrait là où il avait été abandonné : c'est-à-dire à l'aide d'une barre de fer.

La tendresse était un luxe, une émotion dangereuse. On avait fait comprendre aux humains, à base de bombes atomiques, que les sentiments trop prononcés n'étaient plus les bienvenus. Exit les gâteaux au chocolat et les films de kung-fu ; bonjour la fadeur.

— C'est encore loin ? tonna la voix étouffée de Clytios.
— Non, plus que quelques minutes. On irait plus vite si je n'avais pas cette foutue corde autour du cou.
— Tant que je ne constate pas de mes propres yeux la fameuse Rhéa tu es à moi.
— C'est chiant quoi...
— La prochaine fois tu surveilleras mieux ton cul.
— Ouais mais c'est chiant quand même.
Clytios fit claquer la laisse ; le patron c'était lui.
— Parle-moi de Rhéa au lieu de raconter des âneries.
— Que je la décrive ?
— Ouais.
— Ben c'est une rouquine, assez mignonne. Qu'est-ce que tu veux que je te dise de plus ? Je ne suis pas resté bien longtemps pour retenir l'emplacement de ses grains de beauté.
Surtout qu'elle m'a tatanné la gueule sévère, je préfère éviter d'y repenser, ajouta in petto Priam.
— Raconte mieux. De manière poétique, ordonna Clytios.
— Hein ? Avec des rimes et tout ? protesta Priam.
— Non, avec de jolis mots, de la sensualité et de l'élégance.

Priam se contraignit à se l'imaginer de nouveau. Pas quand elle avait son regard de tueuse et ses poings d'acier, mais quand elle leur était apparue dans l'encadrement de la porte de la cuisine ; ingénue et douce.

— J'attends, mollusque.
— Ouais, ouais. Deux secondes, tu permets ? S'il faut que je fasse ça propre, me faut de la préparation.
Clytios garda le silence et abaissa son arme.
— Rhéa... Je ne l'ai vu que pendant un quart d'heure mais... Rhéa elle est unique. Une battante, une survivante. Elle s'est donnée un but dans sa nouvelle vie et elle l'atteindra. Peu importe les obstacles qui viendront l'emmerder. Elle veut repeupler la Terre, et pour ça elle sait employer les manières agréables comme les plus violentes. Rhéa c'est une reine. Une petite rouquine d'un mètre soixante. Ses cheveux ressemblent à un crépuscule, ses yeux verts à une herbe fraîchement entretenue. Ses doigts sont agiles et ses poings terrifiants. Elle a les traits tirés et fatigués, mais elle conserve cette folle lueur d'espérance, un genre de truc vibrant et redoutable.

Je sors un sacré paquet de merdes là, j'espère que je n'en fais pas trop. Il pourrait être déçu.

— J'ai hâte d'y être.
— Et moi donc...
— Tu penses que ça va accrocher d'entrée de jeu entre nous ? Que je suis son type d'homme ?
— Je ne sais pas. Apparemment elle a une légère préférence pour les timides.
— Non, déconne ?
— Si. Hécate, mon pote, il a les fils qui se touchent là-haut. Il voit des choses. Et elle, elle l'a sélectionné lui. Pas moi. Alors que moi, je vois rien et que je suis sain d'esprit à côté de lui. Un vrai saint, ouaip.
— Ah, nardin. J'aviserai, j'avise toujours. Il voit quels genres de trucs ton pote ?
— Il voit « Monsieur Abricot ».
— « Monsieur Abricot » ?! Qu'est-ce que c'est ?
— Le chef des ennemis, le maître du smog orangé. Le roi de l'alberge. Il croit qu'il est tout le temps en train de nous épier. Une sorte de diable pervers quoi.
— Haha, quel con ! Le seul pervers qu'il y ait c'est bibi. Il n'aura qu'à m'appeler « Sieur Pruneau » ou « Messire Avocat ». Haha. Je les aime tes amis. Je sens qu'on va bien rigoler tous les quatre.
— Délire..., marmonna Priam.

Ils traversèrent plusieurs blocs avant de parvenir à la maison des tourtereaux. La planque de Clytios n'était qu'à une grosse vingtaine de minutes à pieds. Priam indiqua l'habitation et le duo s'arrêta devant l'entrée.
— Je suis stressé comme jamais, prévint Clytios. Je transpire un max ; je pue pas trop ?
— On porte nos combinaisons, comment je peux le savoir ?
— Ah, c'est vrai. Tu vois, je suis tellement chamboulé que je n'arrive plus à réfléchir.
— Ça l'excitera peut-être.
— Pas con. Tu sais que t'es un p'tit futé quand tu veux toi. Ça doit être le propre des moches. Pour palier à un défaut physique, la nature vous dote d'un cerveau un peu plus vif.

Clytios le poussa amicalement pour la peine, l'envoyant valdinguer.

— En avant, le monstre. J'ai une princesse à conquérir.

Priam tourna la poignée, mais la porte refusa de s'ouvrir.

— C'est fermé, dit-il bêtement.
— Ouais bon, fallait s'y attendre.

Le géant tambourina à l'huis, aux volets et même aux murs. Il gueulait pendant qu'il frappait l'immobilier :

— HÉCATE, C'EST MONSIEUR ABRICOT !
— Jamais ils ne t'ouvriront, avertit Priam. Hécate doit être planqué sous le lit maintenant.
— Ouais bon, désolé. J'ai la gorge nouée et crier ça m'aide à décompresser.

Il reprit :

— C'EST PAS MONSIEUR ABRICOT. JE DISAIS ÇA POUR BLAGUER. C'EST CLYTIOS, VOUS ME CONNAISSEZ PAS, MAIS JE SUIS AVEC VOTRE POTE...
Il se tourna vers son prisonnier et lui demanda :
— Tu t'appelles comment au fait ?
— Priam, soupira Priam.
— JE SUIS AVEC PRIAM. OUVREZ, ON VEUT VOUS PARLER.

Le couple barricadé à l'intérieur céda au bout d'une demi-heure de hurlements. La serrure cliqueta et la porte s'écarta. Priam s'infiltra à l'abri, vite suivi de Clytios. Ils retirèrent leur première couche de vêtements une fois que la porte fût close. Rhéa se tenait devant eux, les mains posées sur les hanches. Manifestement, elle n'était pas ravie du tout.

— J'espère que tu as une bonne raison pour revenir, Priam ! déclara Rhéa. Surtout en étant accompagné d'un brailleur.
— Désolé de vous avoir dérangé, mamzelle, dit Clytios en s'inclinant devant elle, Priam m'a conté votre immense beauté et je n'ai pu résister à vous rendre visite.
C'est qu'il sait parler le colosse quand il veut, putain. Il a dû se répéter la phrase dans sa tête de moineau cuirassée en titane avant de la ressortir.
— En tout cas vous avez bien fait de le tenir en laisse, il est violent, lui répondit Rhéa en adoptant le vouvoiement.
Allô, fin du monde ! Pourquoi est-ce qu'ils se vouvoient ces cons, ils vont monter un colloque ou bien ?
— Où est Hécate ? s'enquit Priam.
— Sous les draps du lit, animal domestiqué, rétorqua la femme.
— Ouais, en parlant de ça : tu me détaches, s'il te plaît ? réclama le plus petit des deux humains.

Clytios avisa Priam puis Rhéa, haussa les épaules et retira la corde du cou de l'homme.

— Merci, grogna Priam en se massant la gorge.
— Vous êtes très charmante, Rhéa.
— Vous connaissez mon nom ?
— Rhianne me l'a dit, précisa Clytios en désignant le libéré sur parole.
— Priam, bordel.
— Et vous c'est … ? Je l'ai entendu quand vous avez crié mais j'ai oublié.
— Clytios, beauté du monde.
Ce mec a la délicatesse d'un mammouth ivre. Ces techniques de dragues ne sont plus utilisées depuis au moins trois cents ans. Voire depuis la disparition des mammouths et ça remonte à tellement loin que je ne peux même pas dire quand les mammouths ont disparu. C'était pas hier, ça c'est sûr. Ni avant-hier, je me suis branlé et je suis à peu près certain qu'ils étaient tous cannés à ce moment. Merde, je suis une merde en histoire !
— Pourquoi tant de flatteries, Clytios ?
— Je veux vous avoir pour moi, Rhéa.
— J'ai déjà quelqu'un dans ma vie.
— Je sais, mais ça peut changer ça. Je suis grand, beau, fort, intelligent ; le choix parfait pour reproduire une lignée vigoureuse de Terriens.

Rhéa pencha la tête sur le côté. Elle plissait des yeux et semblait réfléchir sérieusement à l'offre.

J'étais sûr qu'elle était de petite vertu celle-ci ! Priam il le sent ça. Il le sait quand elles veulent un coup de...

— Rhéa... Pourquoi tu ne lui dis pas non ?

Hécate venait de parler du haut des escaliers, il avait écouté la conversation dans l'ombre. Sa main droite tremblait, ses billes rondes et exorbitées passaient sur Rhéa, Clytios et Priam. Il peinait à conserver son calme.

— Sauf votre respect et le sien ; je suis solide mentalement. Ce qui fait de moi un meilleur partenaire.
Hécate regarda Rhéa avec supplice, tellement bouleversé qu'aucun mot ne le quitta. Rhéa, elle, le quitta avec verve :

— Vous avez raison. Il a raison, mon chaton en sucre, reconnut la rousse en s'adressant à Hécate. Il a des gènes plus avantageux. Je dois faire ma sélection par rapport au sperme, pas aux sentiments. Ce n'est pas contre toi, mais pour le futur de ce monde et de nos enfants, il faut que je me porte vers quelqu'un qui a de la stature. Navré. Tu garderas une place dans mon cœur pour toujours !

Clytios sentit que la victoire lui était pleinement acquise, si bien qu'il se permit un discret clin d'œil en direction de Priam. Ce dernier resta coi. Il savait qu'il allait récupérer Hécate, mais dans un état effroyable. Il se demanda s'il ne venait pas de faire une erreur. Peut-être que l'amitié c'était aussi de permettre à ses amis d'être heureux ?
Je suis une merde en amitié.

Étonnamment, la reconduite d'Hécate à la sortie de la maison se fit sans heurt. Il était trop hébété pour réagir. Il enfila sa combinaison jaune docilement et alla dehors en compagnie de Priam.

— Prenez soin de vous, recommanda la méchante.

Et ils partirent dans le souffle abricot, main dans la main.

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MessageSujet: Re: Le chant des abricots   Lun 22 Déc - 21:00

5.

Cinq doigts étaient liés à cinq autres. Enfin. Mais pour combien de temps ? Hécate avait obéi à Rhéa ; Priam, lui, ne s'était pas fait prier pour entraîner son camarade à le suivre. Bientôt la pauvre âme comprendrait l'enjeu de la scène et la perte qu'elle venait de subir. Un amour si vite acquis, si vite flétri. Trahison, désespoir, cœur brisé ; les tragédies humaines persistaient.

Priam soupirait, il venait à penser qu'il s'était surestimé. Qu'il n'était pas le brave qu'il croyait être. Jamais il ne résisterait à la folie qui peuplait chaque murmure du vent. Oui, il était abricot et à l'abricot il retournerait. Et la poussière même tarif. Hécate avait vu juste de se méfier du brouillard pêche, quelque chose à l'intérieur rognait la raison des vivants. Le miroir était terni, opaque.

— Tu savais que les invertébrés résistaient aux radiations ?

C'est ainsi que Priam brisa le silence grinçant installé entre eux deux, par une discussion savante sur la biologie. Il n'y avait rien de tel pour renouer une amitié.

— Les cafards, également nommés « blattes », peuvent encaisser des doses hallucinantes de radiations. Des trucs de malade ! Fait intriguant, elles n'ont pas de hiérarchie sociale. Pas de chef. En fait, les cafards, ils sont tout ce dont les anciens soviétiques rêvaient. C'marrant, non ?
— Rhéa... Rhéa..., psalmodiait Hécate. Je veux ma Rhéa.
— Tu préfères pas qu'on capture des blattes plutôt ?
— Rhéa... Rhéa...
— Ouais, à ce propos... J'pense que c'est mort. Moi ça ne m'étonne pas, mais je sais que ça te fait de la peine, mon petit Hécate. Alors j'suis désolé, tu vois.
— Rhéa... Rhéa... Je dois y retourner. La récupérer.
— J'suis pas sûr que ce soit une merveilleuse idée. Clytios, c'est un balèze.
— Rhéa... Rhéa...

Priam saisit Hécate par les épaules et le força à le fixer.

— Écoute-moi tu veux ? Je te dis que le gars là-bas c'est pas un manche niveau baston. Tu sais ce qu'il voulait me faire en plus ? Non, forcément tu sais pas. Je vais te le révéler dans ce cas : il voulait que je sois son esclave. Son esclave sexuel, Hécate ! Comme toi avec Rhéa sauf que lui il fait cent kil' de plus et a la délicatesse en moins.
— Rhéa... c'est toute ma vie...
— Mais non. Vous avez été un couple pendant seulement quelques jours. Nous on se connaît depuis un quart de siècle. Minimum. Tu te rappelles quand on a partagé notre sang ? Ça a fait de nous des frères, Hécate. C'pas rien des frères de sang. Bon, oui on n'est pas pour autant de vrais frères de sang, pas comme Roberta et toi, mais pour moi c'est tout comme. C'est ça qui importe, la famille qu'on se crée, celle qu'on se choisit.
— Rhéa... c'est ma nouvelle famille.
— Et moi alors ?
— Tu peux porter un bébé ?
— Non.
— Ben alors.
— Va falloir que vous arrêtiez de m'envoyer bouler avec vos questions rhétoriques ! souffla Priam.
— On doit y retourner, Priam.
— T'es sérieux ?
— Elle m'a abandonné parce que je ne me suis pas battu pour elle. Je n'ai pas montré à quel point elle compte.
— Mais...
— Je lui ai dit : « si on a un garçon, on l'appellera Achille. Ça c'est un prénom de bonhomme. Je ne serai pas un mauvais père. »
— Mais...
— Ensuite j'ai dit : « Si c'est une fille, je verrai bien Athéna. Elle sera sage et pétera la main de celui qui voudra lui toucher les fesses sans sa permission. » Je dois y retourner et élever nos enfants.
— D'accord, très bien. Fabuleux. Et pour le géant, que fait-on ?
— Je vais lui crever les yeux !
— C'est aux cyclopes qu'il faut crever les yeux, pas aux géants.
— M'en fous !

Ils firent demi-tour. Hécate bouillait de rage et marchait à grands pas, prêt à en découdre. S'il avait été plus vif il aurait pu s'énerver plus tôt, évitant à Priam un nouvel aller-retour. Ce fut à d'Hécate de marteler la porte d'entrée. Il ne le fit pas de façon répétée. Non. Il bandait ses muscles avant chaque geste, y déversant sa colère et peut-être un peu de sa sagacité aussi.

Bam.
— Rhéa...
Bam.
— Rhéa...
Bam.
— Rhéa.
Bam.
— Rhéa !
Bam.
— RHÉA !
Bam.

Si l'amour pouvait rendre fou furieux l'homme le plus lucide, il ravageait assurément le plus névrosé. Le comble du dramatique était que les larmes salées d'Hécate ne pouvaient s'écraser au sol au ralenti à l'instar des œuvres les plus nazes des siècles précédents ; elles étaient contraintes d'humidifier sa grosse tête de bébé et de perler le long de son corps. Les nuages de radiation c'était définitivement chiant, ils n'autorisaient pas le romantisme. Priam, à cet instant précis pensa le contraire :
Romantisme mes couilles ! Arrête de chialer et déguerpissons sinon on va se faire démolir par Clytios. La grognasse ne te reprendra pas, c'est foutu d'avance.

L'antre s'ouvrit à nouveau et les deux zigotos s'y engouffrèrent.

Rhéa les attendait, elle se tenait pareillement que quand elle avait accueilli Priam et Clytios : l'air agacé et les mains sur les hanches. Mais cette fois elle avait les cheveux légèrement ébouriffés ainsi que son chemisier entrouvert. Il dévoilait une partie de sa gorge, rougie par le toucher d'une main empressée. Malgré son état, Hécate le remarqua. Sa fureur décupla.

— Où est-il ? cria-t-il.
— Qui ça ? répondit Rhéa.
— À ton avis. Où il est Crétinos ?
— Clytios. Il s'appelle Clytios. Si tu dois être énervé, soit poli au moins.
— Personne n'est poli quand il est énervé. C'est tout l'intérêt d'être en colère justement, bordel de merde !
— Du calme, Hécate, s'empressa d'intervenir Priam, qui sentait les problèmes approcher à grands pas.
— Non ! Je ne fais pas déposséder sans réagir !
— Rhéa n'est pas ta propriété, gronda les ennuis.

C'était au tour de Clytios d'être en haut des escaliers ; il y avait comme un air de déjà-vu, mais tous savaient que le sang allait couler pour cette représentation. Il descendit lentement les marches une par une avec fracas, y mettant une force exagérée. L'offrande d'une ultime échappatoire ne fut pas respectée ; Hécate conservait ses positions, la tête dans les épaules et les poings levés. Clytios se plaça devant son adversaire et lui fit de l'ombre. Un rictus mauvais s'afficha puis il attrapa rapidement Hécate et le lança dans le canapé sans difficulté. L'homme volant rebondit sur les coussins moelleux du meuble ; Clytios écarta les bras et fit un tour sur lui-même, mimant les gestes narquois des anciens lutteurs télévisés. Hécate, cependant, préparait sa contre-attaque. Dans le haut de son rebond il prit appui de la jambe droite contre le dossier du canapé afin de se propulser droit sur le géant. Les lois de la physique semblaient avoir été oubliées tant l'action d'Hécate était gracile. Il percuta sa cible qui se la racontait par derrière, au niveau des genoux. La brutasse s'effondra sur le côté et se cogna durement contre la table. À partir de là, l'affrontement perdit en élégance. Il n'eut pas de prises de taekwondo ou de savate. Hécate profita que Clytios fût sonné pour le griffer, le frapper et tenter de lui percer un œil. D'une main, celui-ci se débarrassa de son gêne en un revers qui retentit sèchement.

Pendant ce temps-là, il n'y avait personne pour prendre les paris. De toute façon, l'argent ne circulait plus. Quant aux deux spectateurs, l'un se fouillait pour y dénicher du courage et l'autre contemplait bouche bée la baston.
Clytios se releva avant Hécate, l'empoigna – toujours d'une seule main, peut-être que la seconde était blessée ? –, le plaqua contre un mur douloureusement – du genre violemment, accompagné d'un « bom » sourd et d'un « aaaaaargh » d'Hécate – et débuta l'étouffement.

Priam, lui, en avait assez de se cacher pour tirer sur son bout, d'être faible au point de frapper son ami mentalement dérangé et de passer à deux doigts de faire la pute. Il replaça sa vaillance dans ses testicules et fonça sur la bête, en hurlant pour se donner de l'entrain, comme quand les pauvres soldats fondaient sur les lignes ennemies lors des guerres antiques. Il réussit à libérer Hécate et reçut une torgnole en récompense ; bien joué. Hécate se faufila dans la cuisine à trois pattes, il avait la respiration d'un asthmatique qui se serait enfilé plusieurs paquets de clopes.

Clytios s'approcha de Priam et s'apprêta à lui écraser la semelle de son énorme chaussure sur le devant de la figure, quand Hécate, toujours haletant, surgit et jeta des armes blanches à tout va. Le premier ne toucha Clytios que du manche, le deuxième s'enfonça dans son biceps gauche, le troisième manqua sa cible, le quatrième fit comme le premier et le cinquième lui érafla l'épaule. Clytios préféra abandonner son projet de ravalement de façade au profit de celui de la déconstruction minutieuse du lanceur de couteaux maladroit. Il allait l'étriper volontiers, mais il remarqua qu'Hécate fixait un point derrière lui, tellement déconnecté de son sort que Clytios ne pût résister à la tentation de se retourner.

Rhéa, au bout du salon, avait le troisième couteau planté en plein milieu de l'abdomen.

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MessageSujet: Re: Le chant des abricots   Mar 23 Déc - 0:43

J'ai enfin pu lire Le chant des abricots. C'est si facile ! Et si succulent ! Tu as parsemé ton récit de petites perles qui méritent d'être citées.
J'ai pris un grand plaisir.
Honnêtement, j'ai relu les 5 chapitres entièrement pour me remettre dans le bain car j'avais oublié les détails du début et je n'ai pas du tout retrouvé mes critiques du démarrage. Maintenant que les chapitres s'accrochent les uns aux autres, les descriptions que je te demandais ne me sont plus si nécessaires.

Merci pour le partage. J'attends la suite avec le plaisir différé en poche.

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MessageSujet: Re: Le chant des abricots   Mar 23 Déc - 15:45

Je plussoie totalement le commentaire précédent Complice
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MessageSujet: Re: Le chant des abricots   Mer 24 Déc - 2:08

Une histoire aussi saisissante que ton nouvel avatar.

J'veux un autographe sur celui-ci sous mon sapin de Noël.


Citation :
— Les cafards, également nommés « blattes », peuvent encaisser des doses hallucinantes de radiations. Des trucs de malade ! Fait intriguant, elles n'ont pas de hiérarchie sociale. Pas de chef. En fait, les cafards, ils sont tout ce dont les anciens soviétiques rêvaient. C'marrant, non ?


Tu déblatères (haha "rirerajoutékomedanslesséries") tellement de conneries que j'en rigole, je suis inquiet. Vraiment !

Merci d'avoir partagé, c cool ! Coeur

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MessageSujet: Re: Le chant des abricots   Jeu 25 Déc - 23:14

Merci à tous les trois d'avoir lu et commenté (:

J'espère que la suite vous plaira tout autant. Joyeuses fêtes Gardien

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MessageSujet: Re: Le chant des abricots   Lun 29 Déc - 13:08

La richesse est dans le détail, comme le faisait remarquer Airet plus haut. Il y a quelques phrases, quelques remarques et quelques situations de toute beauté dans leurs assertions apocalyptiques.


Je suis pas forcément convaincu de l'utilité, ou en tout cas du procédé, des réflexions intériorisées et des remarques in petto de Priam, par contre. en plus je trouve que leur place prend de plus en plus d'importance au fur et à mesure des chapitres. A mon avis, des incises ou de la narration brute, ça passerait tout autant.

Je commence à y voir une logique se dégager en mettant se texte en balance avec Olympus et le Carouble. Il y a quelques chose d'intéressant qui est en train de naître de ses recherches.


J'aime particulièrement ce paragraphe qui m'a xptdr

Priam a écrit:
La tendresse était un luxe, une émotion dangereuse. On avait fait comprendre aux humains, à base de bombes atomiques, que les sentiments trop prononcés n'étaient plus les bienvenus. Exit les gâteaux au chocolat et les films de kung-fu ; bonjour la fadeur.

Les personnages sont truculents et parfaits pour le jeu qui se met en place entre eux. Mais là encore je ressens le malaise de voir Priam, passer peu à peu du stade de personnage lambda, à celui de presque narrateur. Il y a quelque chose qui nuit à la cohésion globale. Il vaudrait sans doute mieux définir ce personnage dès le début pour mieux le cadrer.


Du coup j'ai hâte de lire la suite (le dénouement ?)
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MessageSujet: Re: Le chant des abricots   Lun 29 Déc - 13:14

Je suis loin d'avoir tout lu, je ne dirais donc rien pour l'instant. Mais en lisant le commentaire de dvb, je me demandais pourquoi tu as écrit "bonjour la fadeur", et non pas "bonjour fadeur", comme on écrit "bonjour tendresse" (alors même qu'il y a une référence évidente). Rajouter le déterminant ne me semble pas apporter quelque chose, sinon peut-être, comme une illustration de la fadeur elle-même. Mais il faut réussir à faire en sorte que cette fadeur n'en soit pas une. Bonjour la gageur !

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MessageSujet: Re: Le chant des abricots   

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Le chant des abricots
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